alt=34° 39′ 33″69° 50′ 56″|vignette|Sper Kunday, Vallée d'Uzbin 34° 39′ 41″ N, 69° 50′ 57″ E L'embuscade d'Uzbin (aussi écrit Uzbeen) ou embuscade de Surobi., ou bataille de Surobi (aussi écrit Saroubi), est un engagement militaire qui a opposé une patrouille de la Force internationale d'assistance et de sécurité (FIAS) composée de soldats français, afghans et américains, à des talibans et à des insurgés du Hezb-e-Islami Gulbuddin. Cet engagement, qui s'inscrit dans le cadre de la guerre d'Afghanistan, s'est déroulé les 18 et à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Kaboul autour du village de Sper Kunday, aussi écrit Spir Kundai, dans la vallée d'Uzbin, dans le Nord du district de Surobi...
Lors de l'embuscade et des opérations de contre-offensive qui ont suivi, dix soldats français sont tués ainsi que l'interprète afghan, français et deux soldats de l'armée afghane sont blessés, environ sont mis hors de combat et tués. Les pertes pour l'armée française sont les plus élevées en une seule fois depuis l'attentat du Drakkar en 1983 à Beyrouth, qui avait coûté la vie à français.. Cette embuscade fait le plus grand nombre de victimes à la FIAS depuis deux ans. et a suscité une réaction politico-médiatique internationale.. En France, ses répercussions provoquent un débat politique sur la pertinence de la présence française et internationale en Afghanistan, ainsi que sur le niveau opérationnel de l'armée française.
Contexte : la deuxième guerre d'Afghanistan
gauche|vignette|Tireurs de précision du étranger d'infanterie en Afghanistan en 2005 armé d'un FR-F2.|alt=Tireur de précision français allongé sur un talus.
Depuis le renversement du régime taliban par la coalition internationale en 2001, la situation ne cesse de se dégrader pour la FIAS, avec une recrudescence des attaques terroristes et de guérilla et donc une augmentation des pertes militaires, qui dépassent, au cours de certains mois de l'année 2008, celles subies dans la guerre d'Irak pour les forces américaines qui représentent la majorité des effectifs de la FIAS. Alors que la production afghane d'opium – 93 % de la production mondiale en 2008. – a repris de plus belle et que l'argent de son trafic finance aussi bien des responsables du gouvernement afghan que les talibans., près de la moitié du pays échappe au contrôle du gouvernement afghan qui n'exerce qu'un contrôle limité en dehors de Kaboul. C'est ce qui conduit l'ONU à craindre, fin 2006, que l'Afghanistan ne devienne un État en déliquescence..
C'est dans ces conditions que les États-Unis et le Canada, impliqués dans des engagements armés dans différentes régions du pays, demandent de l'aide à leurs alliés de la coalition, dont la France, qui avaient jusqu'ici une mission de « stabilisation du pays » et d'appui au gouvernement. Le Canada, qui a le même effectif en place que la France et a perdu 80 hommes, contre 14 pour les Français, va même jusqu'à menacer de retirer ses troupes. Devant la situation et malgré le fait qu'il avait suggéré un retrait des troupes françaises entre les deux tours de la campagne électorale de 2007, le président français Nicolas Sarkozy annonce en un renforcement des effectifs militaires français qui est alors de , précisant que « l'échec n'était pas une option ».. Les forces françaises qui, jusqu'ici, se cantonnent surtout à la formation des forces afghanes et au maintien de l'ordre dans la région de Kaboul, dans le cadre de la « stabilisation du pays » décidé par l'ancien président Jacques Chirac et le gouvernement Jospin, passent à un engagement armé. français sont déployés en Afghanistan en .
Situation à Surobi avant l'embuscade vignette|gauche|Forces italiennes de la FIAS (image d'archive).|alt=Cinq hommes des Forces italiennes de la FIAS dont un sous perfusion.
Les Français, qui ont déjà eu la zone sous leur contrôle en 2006 et 2007, n'ont dépassé le qu'une seule fois, le secteur au-delà étant considéré comme dangereux. Ensuite, jusqu'en , le district de Surobi est sous la responsabilité de , qui ont entrepris des actions civilo-militaires et des projets de développement en faveur de la population locale, dans le cadre de la stratégie « d'approche globale » de la FIAS, comme en rénovant des écoles, le gouvernement italien considérant que le mandat de la FIAS se limite à la stabilisation du pays sans engagement armé. Le district est présenté par l'OTAN comme un exemple de réussite dans le rétablissement de la sécurité et il est considéré comme un secteur militaire tranquille. Cependant, certains officiels reconnaissent qu'il y avait encore des poches de résistance d'insurgés dans des zones isolées comme la vallée d'Uzbin. Des militants talibans et des forces loyales au seigneur de guerre Gulbuddin Hekmatyar sont reconnues comme actives dans le district.. Selon un reportage de The Times d' et démenti par l'OTAN, le calme est dû au fait que les services secrets italiens ont payé les insurgés afin de ne pas subir d'attaque, pratique dont les Français n'étaient pas informés.. Les Italiens ne sortaient presque plus de la base depuis la mort d'un des leurs.
En août, à la suite du changement de commandement de la région centre de la FIAS, qui passe de l'Italie à la France, les forces françaises en Afghanistan remplacent les Italiens dans la base de Tora qui contrôle la route reliant Kaboul à la frontière pakistanaise« La France touchée au cœur », Paris Match , .. Cette base avait été créée par l'Armée rouge au début de la guerre civile Afghane, et la garnison d'une cinquantaine de soldats russes avait été entièrement tuée en 1984, les blessés achevés par les moudjahidins. Contrairement aux Italiens qui se cantonnaient à des actions humanitaires, les Français commencent des patrouilles militaires dans ce secteur stratégique, les talibans ayant des bases arrières au Pakistan. Les Italiens n'étaient jamais allés dans la vallée d'Uzbin. La France et ses militaires ont une image pro-Massoud, nom du commandant d'ethnie Tadjik qui combattait les talibans alors que Gulbuddin Hekmatyar était opposé à MassoudLes troupes françaises face à une hostilité croissante de la population afghane, Natalie Nougayrède, Le Monde, .. Les soldats français font une reconnaissance dans la vallée trois jours avant l'embuscade, et ils sont prévenus de ne pas aller plus loin par des villageois.. Les Français leur confirment néanmoins qu'ils reviendront.
Déroulement de l'embuscade Disposition des forces vignette|gauche|Véhicule de l'avant blindé français patrouillant près de Surobi en 2009.|alt=Véhicule de l'avant blindé français en patrouille.
Le , une patrouille composée d'une centaine d'hommes quitte la base opérationnelle avancée de Tora à bord d'une vingtaine de véhicules blindés. Elle comprend la section Carmin 2 du de parachutistes d'infanterie de marine, la section Rouge 4 du régiment de marche du Tchad, une autre de l'Armée nationale afghane (ANA), une section de la garde nationale afghane composée de sur deux pick-ups et des forces spéciales américaines, constituant une équipe de soutien aérien rapproché JTAC et de son escorte.. La mission consiste à reconnaître le terrain et prendre contact avec les populations, point important dans une guerre contre-insurrectionnelle, c'est-à-dire reprendre une zone abandonnée aux talibans.. La vallée d'Uzbin est moins déserte que les autres vallées alentour et est peuplée de . La patrouille s'attend à trouver des insurgés talibans dans la vallée mais ne bénéficie d'aucune reconnaissance aérienne ou d'héliportage sur les crêtes pour éviter une embuscade, les hélicoptères français étant utilisés pour une mission d'inspection de haut-gradés.
vignette|gauche|Talibans armés de fusils d'assaut AK-47, d'une mitrailleuse Kalachnikov et de lance-roquettes RPG-7 (image d'archive).|alt=Talibans armés de fusils et de lance-roquettes installés à l'arrière d'un pick-up.
Pendant ce temps, prennent position sur le col que la patrouille doit traverser. Cette préparation des insurgés avait fait suspecter une fuite d'information volontaire ou forcée provenant notamment de traducteurs afghans, disparus peu auparavant du camp de Tora. Cette information a été démentie par l'armée française et par les talibans, qui ont précisé qu'ils avaient des guetteurs et préparé des caches d'armes dans les environs.
Le groupe taliban est constitué principalement de combattants étrangers selon un communiqué du secrétaire général de l'Élysée., information démentie par un des chefs du groupe taliban qui admet cependant une aide en armes, combattants et financement de l'étranger. Une enquête du Parisien montre que l'embuscade a d'abord été improvisée par des responsables locaux du Hezb-e-Islami Gulbuddin, parti islamiste armé considéré comme terroriste par la FIAS et qui tient la vallée d'Uzbin, auxquels se seraient joints les talibans devant l'ampleur de l'opération. Une enquête du Nouvel Observateur a confirmé cette répartition des forces, qui était constituée aussi de villageois des environs affiliés à l'une ou l'autre des organisations, alors que, dans un autre entretien, des chefs talibans affirment que le Hezb-e-Islami Gulbuddin n'a pas participé à l'opération. Les journalistes précisent que la plupart des combattants talibans ayant participé à l'embuscade et leurs chefs sont des réfugiés afghans qui résident au Pakistan et passent fréquemment la frontière.
Les insurgés ont préparé l'embuscade dans le cadre d'une stratégie d'encerclement de Kaboul, la capitale, l'OTAN dépendant à 70 % des approvisionnements passant par cette route qui va jusqu'à Jalalabad et au Pakistan. L'ordre a été donné depuis le siège du mouvement Hezb-e-Islami Gulbuddin basé au Pakistan, en concertation avec les talibans..
Cependant, des commandants talibans ayant participé à l'embuscade affirment que le Hezb-e-Islami Gulbuddin n'a pas participé à l'attaque, et que celle-ci a été préparée en deux heures à peine par trois unités de talibans afghans. Une partie d'entre eux vit au Pakistan qui n'est qu'à trois heures de la vallée de Surobi.
Le pays et les zones tribales pakistanaises abritent des millions de réfugiés afghans, la frontière est extrêmement poreuse et permet le passage de combattants ou de nombreux trafics tel que l'opium et les armes. Ces talibans étaient généralement soutenus par une partie des services secrets pakistanais. Une certaine rivalité existe entre les talibans et le Hezb-e-Islami Gulbuddin.. vignette|Disposition des Forces Armées / 1 vignette|Disposition des Forces Armées / 2 vignette|Disposition des Forces Armées / 3
Embuscade et tentative d'encerclement des troupes françaises vignette|upright=1.2|Arrivée à 50 mètres du col, Carmin 2 se retrouve sous le feu de deux groupes d'insurgés au nord et au sud de sa position.|alt=Carte topographique détaillant la position des forces en présence lors des premiers tirs. vignette|upright=1.2|Rouge 4 fait mouvement pour secourir Carmin 2 et tombe sous le feu d'un troisième groupe d'insurgés embusqués derrière une crête au nord de Sper Kunday.|alt=Carte topographique détaillant la position des forces en présence lors de l'arrivée d'un troisième groupe d'insurgés. vignette|upright=1.2|Rouge 4 se déploie et contourne Sper Kunday par le nord. Ce faisant, elle tombe sur un autre groupe d'insurgés faisant mouvement pour encercler le village et prendre les VABs de Carmin 2 à revers. Un combat de rencontre éclate.|alt=Carte topographique détaillant la position des forces en présence lors de la tentative d'encerclement.