vignette|Le Christ de Vũng Tàu a été construit entre 1974 et 1993.

L'Église catholique au Viêt Nam (en vietnamien : nhà thờ công giáo tại Việt Nam), désigne l'organisme institutionnel et sa communauté locale ayant pour religion le catholicisme au Viêt Nam.

Bien qu'elle ne couvre qu'uniquement ce territoire, elle n'est pas une église nationale soumise à une juridiction nationale, mais une union de paroisses rassemblées en vingt-six diocèses (3 archidiocèses métropolitains et 23 diocèses), répartis en trois provinces ecclésiastiques en étroite communion avec l'Église catholique et le pape.

Il existe en outre, comme dans la plupart des pays où l'Église catholique est présente, une conférence épiscopale, c’est-à-dire une instance de concertation entre les évêques des différents diocèses vietnamiens : la .

Bien que l'Église soit autorisée par la Constitution de la république socialiste du Viêt Nam de 1980Vietnam : Constitution du 18 décembre 1980, art. 57 et 68, Digithèque MJP. qui stipule que « les citoyens jouissent de la liberté de conscience ; qu'ils sont libres de pratiquer une religion, ou de n'en pratiquer aucune », cette liberté est cependant limitée par le gouvernement communiste vietnamien qui n'autorise l'admission de nouveaux séminaristes que tous les six ans et interdit d'importer la Bible.

Historiquement, l'Église catholique est présente au Viêt Nam depuis le .

Selon une estimation du , environ vivent au Viêt Nam, soit 7,4 % de la population Catholic Church in Socialist Republic of Vietnam, G-Catholic..

Histoire

Sous la période impériale vietnamienne (avant 1858)

L'évangélisation et les premières persécutions vignette|Ave Maria utilisé par Monseigneur Bertrand Reydellet entre 1749 et 1773 au Viet Nam. Les premiers contacts avec des commerçants chrétiens commencent en 1533. Les premières étapes significatives de l'évangélisation du Viêt Nam ont été l'œuvre de quelques missionnaires dominicains, franciscains et jésuites, français ou portugais, qui arrivent dès le au Viêt Nam pour évangéliser cette région qui a pour religion un mélange entre le bouddhisme et le confucianisme.

. : .

Le jésuite français, Alexandre de Rhodes ouvre une église à Hanoï en 1627. Il transcrit les caractères de l'écriture vietnamienne en une écriture à alphabet à caractères romains. Il ouvre un institut pour catéchistes appelé la « Maison du Seigneur des Cieux » (Nha Duc Chua Troi).

Mais le Viêt Nam est très hostile aux premières conversions. Les persécutions seront quasiment permanentes avec des périodes d'embellie et de calme au moment du règne d'un prince lui-même chrétien ou qui est plutôt bienveillant par rapport à cet apport occidental, parfois par intérêt commercial ou politique.

C'est en 1644 qu'est exécuté le premier martyr du Viêt Nam (en Cochinchine), André de Phú Yên, un jeune catéchiste laïc vietnamien âgé de dix-huit ans.

En 1645, les chrétiens en Cochinchine et au Tonkin sont déjà au nombre de , nombre restant stable, jusqu'à la fin du .

L'Église catholique au Viêt Nam a été implantée d'un point de vue institutionnel au Tonkin, au , à l'époque de l'Empire d'Annam, par des prêtres de la Société des Missions étrangères de Paris fondée en 1663 par François Pallu.

Les persécutions sous Minh Mang (1824-1841) Tandis que les missions commerciales européennes se multiplient en Extrême-Orient, en 1824, l'empereur Minh Mang, surnommé le et successeur de son demi-frère qui fut baptisé, inaugure une période de persécution. Il ferme son pays au commerce et interdit le christianisme diffusé en marge depuis deux siècles.

En 1825, l'empereur Minh Mang déclare que .. La persécution est déclenchée après la mort du maréchal Lê Van Duyêt, gouverneur du Gia Dinh, et protecteur des chrétiens. L'édit impérial date du .

De 1833 à 1838, nombre de missionnaires dominicains espagnols et français des Missions étrangères de Paris sont exécutés par torture.

Les premiers à être condamnés sont un prêtre tonkinois, Pierre Tuy, et un missionnaire français, Isidore Gagelin.

La persécution atteint son paroxysme avec le martyre du père Joseph Marchand qui est condamné au supplice des cent plaies en 1835.

L'empereur Thiêu Tri libère en 1845 certains missionnaires (comme Dominique Lefèbvre) sous la menace d'une flottille française.

Les persécutions sous Tu Duc (1847-1858) La persécution recommence en 1847 avec l’arrivée de l'empereur (1847-1883) qui refuse toute ouverture de l'Empire d'Annam pourtant conseillée par certains de ses mandarins à l'instar des Chinois qui avaient ouvert cinq ports de commerce à la suite des guerres de l'opium.

Enfermé dans son palais de la Cité Interdite de Hué, il signe une suite de décrets qui condamne à mort tous les chrétiens. Des populations entières de villageois chrétiens fuient d'une région à l'autre.

Le sanctuaire de Notre-Dame de La Vang devient symbole de la résistance religieuse pendant les différentes vagues de persécution du , sous l'empereur notamment.

Sous la période française (1858-1954) vignette|droite|Petite église paroissiale du temps de l'Indochine française dans la province d'An Giang (delta du Mékong). Première période sans persécutions (1858-1885) En 1856, le navire français Le Catinat bombarde Tourane, puis c'est l'échec de la mission française de Charles de Montigny à la cour de Hué. vignette|droite|Vue de la mission catholique à Hanoï dans les années 1880 (Missions étrangères de Paris). Prenant prétexte de l'ampleur des persécutions (en fait ses raisons de défense des droits de l'Homme masquent des intérêts commerciaux des puissances européennes), fait envoyer un corps expéditionnaire de trois mille hommes, ce qui aboutit à la prise de Tourane (aujourd'hui Da Nang) par Charles Rigault de Genouilly le , puis au protectorat français. La liberté de culte des chrétiens est en principe garantie désormais. La colonisation française apporte une période d'accalmie et de sérénité pendant moins de 100 ans.

La Société des Missions étrangères de Paris a poursuivi son œuvre pendant la période de colonisation française en Cochinchine, dans le Tonkin et en Annam, devenant l'Indochine française, jusqu'en 1954.

Les principales cathédrales du pays ont été construites par les Français. D'autres congrégations, comme les dominicains espagnols, évangélisent également le pays.

Tandis que la Cochinchine voit se développer les missions des Missions étrangères de Paris qui ouvrent le chemin à des congrégations enseignantes et hospitalières : Sœurs de Saint-Paul de Chartres, Filles de la charité de Saint-Vincent-de-Paul, Frères des écoles chrétiennes

Cependant à partir de 1880, les lois laïques s'appliquent à la colonie et la métropole n'envoie plus de subventions, ni pour les écoles, ni pour les hôpitaux. C'est aux congrégations d'assurer entièrement par elles-mêmes leur subsistance.

Les persécutions sous Hàm Nghi (1885) alt=|gauche|vignette|Les batailles de 1884 à 1885 lors de la guerre franco-chinoise (1881-1885). En 1883, le gouvernement de Jules Ferry lance la seconde expédition du Tonkin qui met fin à la guerre franco-chinoise par le traité de Tianjin signé le . La France a les mains libres pour coloniser le Viêt Nam.

En 1885, le nombre des chrétiens se chiffre à pour 300 prêtres vietnamiens et 176 missionnaires français (en majorité des Missions étrangères de Paris) ou espagnols. Plusieurs congrégations enseignantes ou contemplatives viennent y fonder de nouvelles maisons (trappistes, bénédictins, carmélites, franciscains et franciscaines). Des congrégations autochtones se développent (Amantes de la Croix).

L'armée du général de Courcy pénètre dans la capitale de Hué le . Le , l'empereur Hàm Nghi s'enfuit dans les montagnes, avant que la capitale ne tombe le . Le régent Nguyễn Văn Tường se soumet et forme un gouvernement étroitement contrôlé par les Français.

Le , l'empereur Hàm Nghi lance un mouvement d'insurrection contre le protectorat français par l’appel à la résistance « mouvement Cần vương » (« soutien au roi » ou « aider le roi », appelée par les Français « l'insurrection des lettrés ») et qui déclenche une série de révoltes. et entraîne une vague de persécution en 1885 dans le nord qui frappe des dizaines de milliers de chrétiens.

Le général de Courcy s'emploie alors à pacifier le Viêt Nam en luttant contre l'insurrection.

En novembre 1888, l'empereur Hàm Nghi est capturé et déporté en Algérie. La résistance contre les Français ne s'éteint pas pour autant : si la pacification du pays est achevée en 1896, l'insurrection connaît ensuite plusieurs résurgences, ce qui la fait s'étendre sur plus de deux décennies.

Seconde période sans persécutions (1885-1954) La Cochinchine, l'Annam et le Tonkin (auxquels s'ajoutent le futur Laos et le Cambodge) forment les trois provinces du protectorat à l'intérieur de l'Indochine française les plus actives du point de vue des missions et de leurs œuvres sociales. Elles sont divisées en plusieurs vicariats apostoliques, avec un évêque à Saïgon (cathédrale Notre-Dame de Saïgon), à Hué, à Hanoï (cathédrale Saint-Joseph de Hanoï), à Bac Ninh, à Quy Nhon, etc. et plusieurs préfectures apostoliques.

En 1924, les vicariats et les préfectures apostoliques prennent le nom de leur siège : ainsi par exemple le vicariat apostolique de Cochinchine occidentale devient vicariat apostolique de Saïgon, ou celui du Tonkin méridional, devient celui de Bac Ninh.

En 1929, un père missionnaire français, Jean CassaigneLouis et Madeleine Raillon, Jean Cassaigne, la lèpre et Dieu, éditions Saint Paul, 2015., entreprend de soigner les lépreux et d'installer un village de lépreux, à Djiring (actuellement Di Linh), qui devient à la fois une léproserie et un centre rayonnant d'évangélisation des "montagnards" et de scolarisation des enfants. Il a dû pour cela apprendre leur langue – le koho – et créer des outils (dictionnaire, livre de catéchisme, entre autres) qui ont contribué à l'essor du catholicisme dans cette région.

Le premier évêque vietnamien a été Jean-Baptiste Nguyễn Bá Tòng, consacré en 1933. Le pape Pie XI (1922-1939) souhaite une indigénisation massive de la hiérarchie, qui commencera qu'après l'indépendance du Viêt Nam en 1954 avec l'expulsion du clergé étranger.

La guerre d'Indochine (1946-1954) Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1945, le Viêt Nam compte une majorité de prêtres vietnamiens, 1 400, pour 330 prêtres missionnaires européens, pour une population de sur près de vingt millions d'habitants dont coloniaux. Cinq mille religieuses sont vietnamiennes et près de 400 européennesPierre Brocheux, Histoire du Vietnam contemporain, Fayard, Paris, 2011, 296 p..

En , les Japonais suppriment le protectorat français. Le chef du parti communiste vietnamien, Hô Chi Minh, s'empare du nord du Viêt Nam quelques mois plus tard, descendant de plus en plus vers le sud.

En 1946, les Français envoient des troupes. C'est la guerre d'Indochine qui a lieu jusqu'en 1954 avec la chute de Dien Bien Phu.

En 1950, il y avait environ sur une population d'environ 19 millions.

Les persécutions au Nord Viêt Nam (1954-1990) Les accords de Genève du mettent fin à la guerre sanglante d'indépendance, la France quitte le Viêt Nam qui est divisé en deux parties : le Nord Viêt Nam sous influence communiste et le Sud Viêt Nam sous influence occidentale.

Les persécutions anti-chrétiennes au Nord Viêt Nam dureront pendant une trentaine d'années : avant la fin de l'année 1954, du Nord fuient vers le Sud Viêt Nam dont ..

Des paroisses entières et des diocèses entiers ont émigré avec leurs évêques.

Il ne reste plus que catholiques au Nord. Tous les prêtres du Nord sont incarcérés ou interdits de ministère (soit 375 prêtres), sauf trois prêtres.

Les missionnaires étrangers sont expulsés ou se réfugient au Sud.

Les séminaires sont fermés et les écoles nationalisées.