vignette|Le château Albert, dessiné par Nazaire Dugas en 1906 et la station-service Irving Oil, conçue par Samuel Roy en 1939. On appelle architecture acadienne, parfois architecture cadienne, un style d'architecture traditionnelle utilisé par les Acadiens et les CadiensLes Cadiens, aussi appelés les Cajuns, résident surtout en Louisiane, dans le Sud des États-Unis, et forment un groupe ethnique intimement lié aux Acadiens, surtout en AcadieL'Acadie comprend grosso modo le nord et l'est de la province canadienne du Nouveau-Brunswick ainsi que des localités plus isolées à l'Île-du-Prince-Édouard, à Terre-Neuve-et-Labrador et en Nouvelle-Écosse. Au sens large, l'Acadie fait aussi référence aux communautés de la diaspora acadienne situées au Québec et aux États-Unis; des personnes d'ascendance acadienne se retrouvent également en France, aux îles Malouines et dans les Antilles. L'Acadie n'est pas reconnue officiellement, mais formerait une nation par sa langue, sa culture, ses institutions et ses symboles. et, par extension, l'architecture en général faite en Acadie.
Fondée en 1604, l'Acadie voit se développer une architecture d'inspiration française, mais adaptée aux conditions climatiques et aux matériaux locaux. Plus tard, des techniques de construction amérindiennes sont utilisées, surtout pour améliorer l'isolation des maisons. Durant la déportation des Acadiens, entre 1755 et 1763, la plupart des constructions acadiennes sont démolies. Durant plusieurs décennies, les maisons sont de piètre qualité et construites à la hâte. Malgré l'amélioration des conditions de vie, l'architecture est restée simple jusqu'au milieu du , où disparaissent les traces d'influence française alors que l'influence américaine et anglaise commence à se faire sentir tandis que les premiers architectes acadiens commencent leur carrière.
Les exemples les plus anciens d'architecture acadienne encore intacte datent du début du . De plus en plus de municipalités préservent leur patrimoine et plusieurs édifices ont été restaurés ou reconstruits dans sept villages historiques. Toutefois, aucune étude exhaustive n'a encore été faite au sujet de l'architecture acadienne et il est difficile de définir un style typique acadien. Certaines recherches sont tout de même faites sur des édifices existants ou lors de fouilles archéologiques et, depuis quelques années, plusieurs édifices sont construits en tenant compte de ces découvertes.
Architecture coloniale (1604-1755) Premiers établissements thumb|L'habitation de l'île Sainte-Croix. thumb|L'Habitation de Port-Royal.
Les premiers colons européens s'établissent en Acadie en 1604, durant l'expédition de Pierre Dugua de Mons. L'habitation de l'île Sainte-Croix est alors fondée et une douzaine de maisons sont construites et agencées de telle façon que l'impression donnée est celle d'un fort. Les édifices sont d'inspiration française, avec leur toit à quatre versants aigus. En 1605, par suite d'un hiver difficile, les maisons sont démolies afin d'en récupérer les matériaux qui sont transportés pour établir l'Habitation de Port-Royal, où tout est reconstruit sur le même modèle.
Maisons et fermes L'Acadie renaît en 1632 par l'arrivée d'Isaac de Razilly, accompagné de Menou de Charnizay et Nicolas Denys ainsi que 300 hommes d'élite et de trois capucins, partis d'Auray (Bretagne) France. L'architecture qu'ils développent a des influences françaises, reprenant notamment le style des maisons à colombage. Les matériaux disponibles sur place étaient utilisés, surtout le bois et parfois la pierre pour les fondations, alors que la brique était rare. Vers la fin du , les Acadiens adoptèrent des techniques amérindiennes pour isoler leurs maisons. L'une d'elles était la méthode des poteaux en terre, qui consistait à planter des poteaux dans le sol et à les attacher avec de petites branches, ce qui rendait les murs plus solides et permettait de former des poches d'airs qui aidaient à l'isolation. À l'intérieur, les murs étaient enduits de boue ou d'argile pour boucher les trous tandis que de petites planches fixées à l'extérieur parachevaient l'isolation. Les cheminées étaient faites de la même façon que les murs, sauf qu'elles étaient enduites de boue et d'argile pour éviter les incendies. La queue d'aronde fut introduite plus tard.. Les abris rudimentaires étaient fabriqués selon deux types d'assemblage.
Il y a quatre types de maisons construites en Acadie à l'époque. La première est la maison à ossature de bois. Cette méthode de construction est en fait la toute première à avoir été utilisée, dans l'Habitation Sainte-Croix.. Un autre type de maison très populaire est de type pièce sur pièce, c'est-à-dire construite avec des troncs d'arbre équarris empilés les uns sur les autres. Cette méthode permet de construire des maisons peu dispendieuses assez rapidement. Elle est surtout utilisée par les nouvelles familles ou dans les régions éloignées ne disposant pas de scierie. En 1688, à Port-Royal, toutes les maisons étaient construites de cette façon et couvertes d'un toit de chaume ou de planches. Un troisième type de maison est construite en torchis. Elle consiste en une charpente dont les espaces sont remplis de bousillage ou de bauge, fait de terre et de paille, le tout retenu en place par des poteaux appelés palissons ou palots, installés horizontalement entre les poteaux de la charpentePlusieurs textes anciens parlent plutôt de maisons bousillées, qui pourraient être en fait des maisons de colombage bousillées, une technique semblable où la principale différence réside dans l'espace entre les poteaux.. Cette technique de construction est originaire de Haute-NormandieR.-L. Séguin, La civilisation traditionnelle de l'« habitant » aux , Fidès, Montréal, 1967, , cité par Paul Thériault, . et a probablement été importée par Abraham Dugas, parti de Toulouse en 1640.. Ses descendants ont en effet répandu la technique dans diverses régions de l'Acadie jusqu'au . Au tournant du , ces maisons sont seulement lambrissées à l'intérieur, ce qui laisse le bousillage et la charpente exposée du côté extérieur. Quelques autres sont par contre recouvertes de terre glaise blanche à l'extérieur, ce qui est une invention locale. Le quatrième type de maisons est fait de madriers. Les spécialistes pensaient que la pierre était rarement utilisée, mais une étude non publiée confirme que les maisons faites de pierres et de bois étaient très fréquentes et consistaient en une adaptation des maisons à colombage françaises.. En 1704, Port-Royal compte une seule maison de briques, celle des Récollets, qui de toute façon est d'inspiration française.
Églises vignette|Le musée Culturel du Mont-Carmel site acadien à Grand Isle dans l'État du Maine.Les premières églises acadiennes ressemblent souvent à des maisons et parfois à des granges, aussi bien dans leur construction que dans leur style. Elles sont peu confortables et n'ont même pas de cloche, les paroissiens étant plutôt appelés à l'aide d'un tambour ou d'un coquillage. À Port-Royal, l'église a du papier en guise de vitre. La situation change vers 1689 lorsque le seigneur Richard Denys construit son fort à Burnt Church, composé d'une palissade de bois entourant plusieurs bâtiments en pierre, dont l'église.. Vers 1690, l'église Saint-Charles-des-Mines est construite à Grand-Pré, qui a alors dépassé Port-Royal en nombre d'habitants. Selon des fouilles récentes, le presbytère de l'église était le seul bâtiment dans toute l'Acadie avec un toit en tuiles d'argile, témoignant de l'importance du lieuSteve Hachey, « Établissements acadiens d’avant la Déportation : Les recherches archéologiques en dévoilent beaucoup », dans L'Acadie Nouvelle, 5 août 2003 .. L'église Saint-Joseph-des-Mines était également connue pour sa beauté, avec un intérieur décoré de moulures de bois.
Architecture domestique Habitat précaire (1755-1784)
Provinces maritimes thumb|La Maison Martin, construite en 1770 par Jean-Balthazar Martin près de Sainte-Anne-des-Pays-Bas et déplacée au Village historique acadien de la Rivière-du-Nord (VHA).
La Déportation des Acadiens commence en juin 1755 lorsque le fort Beauséjour tombe aux mains des Britanniques. Durant les années suivantes, de nombreux villages sont détruits, mettant fin au style de vie prospère basé sur l'autosuffisance. Jusqu'en 1784, les Acadiens sont sans cesse pourchassés par les Britanniques et doivent ensuite vivre sans titre de propriété.
Les abris et maisons de cette période sont construits à la hâte. En 1761, Gamaliel Smethurst écrit qu'après une attaque sur leur village, les Acadiens de Nipisiguit construisent des abris en deux ou trois jours William F. Ganong, « Historical-geographical documents relating to New Brunswick », dans New Brunswick Historical Society, Volume 2, 1905, .. Ces maisons sont petites, rectangulaires, presque carrées et comptent une seule pièce avec trois ou quatre ouvertures, incluant la porte, chauffée par une maçoune, un foyer de pierres. Le type de maison le plus populaire est construit pièce sur pièce avec du bois équarri et joint en utilisant des queues d'aronde, une influence américaine. Dans un autre type de maison, les pièces de bois sont plutôt jointes par des planches cornières et un système de tenons et de mortaises. Le plancher est fait en bois équarri, parfois en rollons, c'est-à-dire en bois rond, ou même en terre battue. La toiture est couverte de bardeaux et les murs sont plus tard revêtus à clinsAnselme Chiasson, Chéticamp, Histoire et Traditions acadiennes, Édition des Aboiteaux, Moncton, 1961, .. La cheminée peut être en pierre des champs, en torchis ou même en pierres plates, percées puis liées avec du mortier. La cheminée est d'habitude installée au milieu de la maison, mais lorsqu'elle est installée sur l'un des murs pignons, on y annexe parfois un four à pain du côté extérieur. Les maisons sont mal isolées, avec de la terre glaise, de la mousse et de la bouse de vache.. Un grenier, accessible par une échelle ou parfois un poteau encoché, sert de remise pour le foin et les outils et parfois de chambre pour les garçons. Il arrive également que le premier étage soit condamné pour l'hiver, les habitants profitant de la chaleur du grenier.
Deux traits caractérisent les maisons acadiennes à partir de cette époqueBernard Leblanc, « Le Congrès mondial acadien », Table ronde : l’architecture acadienne d’hier et d’aujourd’hui, page consultée le 13 septembre 2008., le premier, est la tête de mur dans la façade, qui mesure d'un mètre à un mètre et demi de haut entre les fenêtres du rez-de-chaussée et la corniche, le deuxième, est la toiture à deux versants, souvent en pente douce.
Les principaux outils utilisés durant la construction sont le godendard – grande scie que l’on manie à deux –Le godendard est une très grande scie utilisée par les charpentiers., l'égoïne, la hache, la hache à équarrir, le couteau à deux manches et le canif. Les clous ne sont pas utilisés, sauf parfois pour les bardeaux. Les gournables, des chevilles de chêne, sont utilisées à la place pour joindre les pièces ; même les charnières sont fabriquées en bois.
Le mobilier est strictement fonctionnel, est généralement bas et n'a aucune décorationÉquipe du Village historique acadien, Les Défricheurs d'eau, Les Éditions de la Francophonie, 2003 . La plupart du temps fabriqué par l'usager, il est généralement fait de pin, pour sa maniabilité et son abondance. Des encoches sont faites sur le banc du châssis, le cadre des fenêtres, pour servir de cadran solaire. Le foyer sert à la fois pour le chauffage et la cuisine et souvent pour l'éclairage, qui peut aussi se faire au moyen de boîtes de fer-blanc ou de bols remplis d'huile de morue ou de sureauNicolas Landry, Nicole Lang, Histoire de l'Acadie, Septentrion, 2001, , ..
Îles de la Madeleine