La crise de juillet est une crise diplomatique européenne déclenchée par l'assassinat à Sarajevo de François-Ferdinand, héritier des trônes austro-hongrois, le . L'assassinat de l'héritier austro-hongrois intervient au moment où les responsables austro-hongrois aspirent à renouer avec une politique active dans les Balkans. Rapidement, les acteurs austro-hongrois de la crise, divisés sur la conduite à tenir, s'accordent néanmoins sur la nécessité de connaître l'attitude du allemandEntre 1871 et 1945, le nom officiel de l'État national allemand est , simplement désigné par le terme de par la suite. ; dépêché à Berlin, le diplomate austro-hongrois Alexander Hoyos s'assure du soutien de Guillaume II et du gouvernement du , soutien nécessaire pour réduire l'influence serbe dans les Balkans. Une fois le soutien allemand obtenu, Leopold Berchtold, ministre des Affaires étrangères d'Autriche-Hongrie, charge alors un de ses subordonnés de rédiger une note au gouvernement royal serbe contenant un ultimatum étudié pour être repoussé. Une fois celui-ci repoussé, l'Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Serbie, alliée à l'Empire russe. L'intervention russe pousse le gouvernement allemand à se porter au secours de son allié, entraînant l'intervention française. Le plan de guerre allemand impliquant la violation de la neutralité belge, la Grande-Bretagne, garante de l'intégrité territoriale de la Belgique, s'implique dans la crise qu'elle voyait alors de loin et déclare la guerre au et à son allié, achevant le déclenchement d'une conflagration à l'échelle européenne. L'enchaînement de ces évènements constitue la cause immédiate de la Première Guerre mondiale. Son explication et son interprétation ont déclenché dès le début de la guerre de violentes controverses dans l'opinion publique comme dans la recherche historique de l'ensemble des pays belligérants.

Contexte La double monarchie en thumb|Alexander Hoyos, proche conseiller de Leopold Berchtold, compte parmi les partisans d'une politique agressive dans les Balkans.|gauche|alt=portait Quelques jours avant l'assassinat du Prince héritier. François-Ferdinand, les hommes d'État austro-hongrois définissent la nouvelle politique qu'ils souhaitent mener dans les Balkans redécoupés par les deux guerres balkaniques.

De plus, face aux tendances centrifuges qui fragilisent la double monarchie, les responsables austro-hongrois considèrent avec pessimisme l'évolution de la situation politique : en effet, ces dirigeants estiment qu'ils devront affronter rapidement une guerre ou une révolution, alors que le n'incite plus son allié à la modération, comme les diplomates allemands l'avaient fait en 1913.

Les tenants de cette ligne se recrutent parmi les collaborateurs les plus proches de Leopold Berchtold, le ministre austro-hongrois des affaires étrangères, notamment son chef de cabinet Alexander HoyosCelui-ci est envoyé à Berlin dans les jours qui suivent l'attentat du pour sonder les intentions du ., son conseiller Franz von Matscheko, les chefs de sectionDepuis les réformes de Joseph II, le ministère austro-hongrois des affaires étrangères est divisé en sections. Janos Forgach, chargé du réseau diplomatique austro-hongrois, Alexander von MusulinCelui-ci est chargé de la rédaction de la note du à la Serbie., chargé de l'Orient, et Friedrich Szápary, l'ambassadeur impérial et royal à Saint-Pétersbourg ; ils bénéficient de l'appui de Franz Conrad von Hötzendorf, le belliqueux chef de l'AOK, l'état-major austro-hongrois, proche de l'archiduc François-Ferdinand et d'Alexander von Krobatin, le ministre commun de la guerre. Le chef de l'AOK défend, depuis l'annexion de la Bosnie-Herzégovine à la double monarchie en 1908, la nécessité d'une guerre préventive, et limitée, contre la Serbie, afin de rétablir l'influence austro-hongroise dans le royaume.

Ces responsables bellicistes perçoivent la situation de la double monarchie sous un œil pessimiste et redoutent , impliquant la Russie, la Roumanie et la Serbie. Forts de cette analyse, ces hauts-fonctionnaires parmi les plus importants de la double monarchie aspirent à , selon le mot d'Alexander von Krobatin, ministre commun de la guerreL'Autriche-Hongrie est en réalité composée de l'Autriche, de la Hongrie, qui ont des institutions propres et partagent la gestion commune de l'armée, de la diplomatie et de l'administration de la Bosnie-Herzégovine. : le , le ministre commun des affaires étrangères, Leopold Berchtold, a reçu de l'un de ses principaux collaborateurs un rapport proposant la mise en œuvre d'une politique plus active dans les Balkans.

La Serbie en

thumb|Le coup d'État de mai, vu par le journal Le Petit Parisien.|alt=couverture de presse|redresse=0.8 Depuis le début de son émancipation progressive de l'Empire ottoman, la Serbie constitue une menace sur le flanc sud de la double monarchie. En 1878, les Serbes rompent leur dernier lien avec l'Empire ottoman, et érigent leur principauté en royaume en 1882 ; parallèlement à cette émancipation politique, les dirigeants serbes, aspirant à regrouper tous les Serbes dans un seul État, se heurtent au Nord à la monarchie des Habsbourg-Lorraine et au Sud, à l'Ouest et à l'Est, à l'Empire ottoman ; face à l'instabilité politique chronique en Serbie, Milan Obrenovic se cherche des protecteurs et se rapproche de la double monarchie, transformant son royaume en satellite de l'Autriche-Hongrie.

Le coup d'État de 1903 modifie la place de la double monarchie en Serbie, plaçant Pierre Karageorgevitch sur le trône. Le nouveau roi, francophile, s'appuie sur les milieux nationalistes et mène une politique de modernisation de son pays, s'émancipant progressivement de la tutelle habsbourgeoise.

Le coup d'État ne modifie pas seulement les influences extérieures auxquelles est soumis le royaume, il ouvre une crise politique dont les effets se font encore sentir dans le royaume au mois de . Les civils et les militaires s'opposent sur leur influence respective au sein de l'État : Nikola Pašić, chef du parti radical et premier ministre, souhaite instaurer un régime parlementaire et libéral, tandis que les militaires, principaux acteurs du coup d'État, aspirent à contrôler les décisions du gouvernement. Le , la crise semble atteindre son paroxysme, Nikola Pašić présentant sa démission au roiIl se maintient au pouvoir à la faveur de l'action conjuguée des représentants français et russes., tandis que le roi Pierre est écarté de l'exercice du pouvoir au profit de son fils cadet, Alexandre, nommé régent ; le , alors que Dragutin Dimitrijević envisage un coup d'État contre le gouvernement, le régent dissout la chambre conformément à la constitution et convoque des élections pour le .

L'assassinat du prince héritier

thumb|La voiture du prince héritier quelques minutes avant son assassinat.|alt=voiture|gauche

Le , jour du anniversaire de la défaite serbe à Kosovo, à , le François-Ferdinand, en visite officielle à Sarajevo, est assassiné par Gavrilo Princip, un nationaliste serbe originaire de Bosnie-Herzégovine. Le assistait depuis le aux manœuvres de l'armée austro-hongroise dans le condominium de Bosnie-HerzégovineOccupée depuis 1878, annexée en 1908, la Bosnie-Herzégovine n'est attribuée ni à l'Autriche, ni à la Hongrie, mais administrée conjointement par les deux parties de la double monarchie..

Gavrilo Princip et ses complices bénéficient de l'appui d'une partie des services secrets de l'armée serbe, sous la responsabilité de Dragutin Dimitrijević, dirigeant, sous le surnom d'Apis, d'une société secrète nationaliste, la Main noire. En effet, les conjurés sont entraînés au tir au pistolet et, sur ordre de l'organisation, infiltrés en Bosnie-Herzégovine par des douaniers serbes membres de la Main noire. Les conjurés ne bénéficient pas du soutien clair de l'ensemble de l'appareil d'État du royaume de Serbie : en effet, le premier ministre Nikola Pašić, avisé du passage en Bosnie-Herzégovine d'activistes de la Main noire, informe les représentants austro-hongrois à Belgrade de projets d'attentats, tout comme l'ambassadeur serbe à Vienne éclaire le ministre des finances de la double monarchie Leon Biliński sur les risques encourus par l'héritier impérial et royal durant sa prochaine visite à Sarajevo, sans succèsL'administration du condominium est placée sous la responsabilité du ministre commun des finances de la double monarchie..

Les conjurés exploitent également les multiples négligences des autorités austro-hongroises lors de la visite du couple archiducal. L'archiduc et son épouse n'ayant pas été inquiétés, que ce soit lors de la visite du bazar de Sarajevo ou durant leur séjour à la station thermale de Ilidze, le dispositif de sécurité a été allégé : le couple se déplace en voiture ouverte et le parcours du cortège dans Sarajevo est publié dans la presse locale quelques jours auparavant. L'attentat a lieu alors que la voiture de François-Ferdinand manœuvre pour rebrousser chemin, le chauffeur s'étant égaré dans les rues de la ville.

L'implication des services de renseignements serbes n'est démontrée sans équivoque qu'en 1919. Cependant, les policiers austro-hongrois parviennent à démontrer la complicité de douaniers serbes dans la fourniture des armes utilisées lors de l'attentat par la Serbie et dans le franchissement clandestin de la frontière par les conjurés chargés de l'attentat. Dès le , les conjurés encore en liberté sur le territoire austro-hongrois sont arrêtés et les enquêtes diligentées par la police austro-hongroise mettent en évidence de multiples tentatives d'attentats contre des responsables austro-hongrois, organisées depuis 1903 avec le soutien des services secrets, des autorités douanières, de militaires et d'hommes politiques serbes.

Crise austro-serbe

Entre le , date de l'assassinat de François-Ferdinand, et le , date du déclenchement des premières opérations militaires, les principaux protagonistes sont serbes et austro-hongrois, définissant les contours d'une crise internationale affectant les seules relations entre la double monarchie et le royaume de Serbie.

La Serbie face à l'attentat

thumb|Nikola Pašić, premier ministre serbe, ici en 1915, suit une ligne politique erratique après l'attentat de Sarajevo.|redresse=0.8|alt=Nikola Pašić Dès l'annonce de l'attentat, le premier ministre serbe, Nikola Pašić, alors en campagne électorale, envoie des signaux contradictoires à ses homologues européens ; ces réactions sont scrutées à la loupe par le gouvernement austro-hongrois.

Le gouvernement royal se désolidarise rapidement des activités de la Main noire à l'origine de l'attentat du par une lettre circulaire adressée à l'ensemble des diplomates serbes, appelant à agir avec la plus grande fermeté contre les auteurs de l'attentat contre le austro-hongrois. Le premier ministre Nikola Pašić ajoute à ce désaveu un appel à distinguer les activistes serbes et les officiels du royaume : aucune sanction n'est prononcée, ni contre Dragutin Dimitrijević, le principal animateur de la société secrète, ni contre l'instable représentant du royaume à Saint-Pétersbourg, Miroslav Spalajković, qui multiplie les provocations : dès le , le diplomate serbe menace d'une offensive en Bosnie-Herzégovine, tout comme il défend dans les interviews qu'il donne à la presse russe les auteurs de l'attentat. Enfin, le premier ministre surenchérit également, se montrant maladroit devant le corps diplomatique, puis affichant un .