Ottokar Theobald Otto Maria, comte Czernin de et à Chudenitz (en , en , né le à Dimokur – mort le à Vienne), est un diplomate et politique noble austro-hongrois. Il a notamment été ministre impérial des Affaires étrangères pendant la Première Guerre mondiale.
Formation Né dans une famille de l'aristocratie germanisée de Bohême, comtes du Saint-Empire, il mène des études en droit à l'université allemande de Prague.
En 1897, il épouse Maria Kinski von Wychnitz und Tettau, aussi d'ascendance noblesse bohémienne.
En 1891, à l'âge de 19 ans, il rejoint par cooptation le ministère commun des affaires étrangères à Vienne. Il est alors affecté pour un premier poste à Paris en 1895, puis, en 1899, à La Haye. En 1902, âgé de 30 ans, contraint de démissionner « pour raison de santé », il se retire en Bohême, région dans laquelle sa famille noble possède d'immenses domaines.
Il commence ensuite une carrière politique et siégea à la diète de Bohême au sein du Parti populaire allemand (1903–1913) et à partir de 1912 aussi à la chambre des seigneurs du parlement impérial.
Carrière diplomatique
Ami proche et allié de l'archiduc François-Ferdinand, l'héritier du trône de la double-monarchie, il se montre partisan de la mise en place d'une dictature afin de redonner à l'empire une constitution centralisée.
Il revient à la carrière diplomatique et est nommé ambassadeur à Bucarest en Roumanie en , à la demande de l'archiduc héritier.
Fort de cette expérience, il est nommé ministre des affaires étrangères de la double monarchie le , en remplacement du baron Stephan Burián; il conserve ce poste jusqu'au retour de son prédécesseur à ce poste le .
Ambassadeur en Roumanie
Ambassadeur à Bucarest, il acte de la faillite de l'alliance de 1883, liant le royaume de Roumanie aux puissances centrales, une , le royaume se rapprochant de l'orbite russe.
S'appuyant sur ses impressions sur le roi Carol en 1914Czernin parle du nouveau roi comme d'une ., partisan de l'intervention de son pays aux côtés des puissances centrales, puis sur la réalité des rapports de force dans la région en 1916, Czernin, ambassadeur à Bucarest, joue un rôle non négligeable dans le maintien de la neutralité roumaine durant la Première Guerre mondiale, contre les sentiments francophiles de l'opinion et du gouvernement dirigé par le premier ministre Brătianu, sans être dupe des ambitions territoriales roumaines à l'égard de ses voisins russe et austro-hongrois, ni de la réalité du retournement d'alliance pratiqué par la Roumanie, matérialisé par la visite de Nicolas II à Bucarest en .
Czernin, appuyé par son ministre du tutelle et par le Reich, mène une politique qui doit ramener la Roumanie dans le giron des puissances centrales en promettant le rétablissement de l'autonomie de la Transylvanie (abolie depuis 1867), mais ne réussit pas à obtenir de telles concessions de la part de Budapest. Ambassadeur à Bucarest, il est parfaitement conscient du rôle du Reich dans l'intransigeance de la position austro-hongroise dans la crise de juillet : dans ses échanges avec ses homologues et les ministres des affaires étrangères des principales puissances intéressées dans la crise, il évoque, dans une indiscrétion le la possibilité d'une demande d'aide formulée par le gouvernement de Vienne auprès du gouvernement de Belgrade. Dans cette situation, il ne peut s'opposer durablement à l'entrée en guerre de la Roumanie aux côtés de l'Entente le : le roi Ferdinand l'assure de la sécurité de sa personne et il peut regagner l'Autriche-Hongrie dans les jours qui suivent.
Ministre impérial des affaires étrangères alt=portrait d'un homme en uniforme|vignette|Ottokar Czernin, en uniforme d'ambassadeur (portait du peintre Friedrich Miess).
En , Czernin avait développé des propositions dans un rapport qui, tout en affichant son attachement à l'alliance allemandeCzernin compte parmi les plus farouches partisans du maintien de l'alliance entre le Reich et la double monarchie, n'en promouvait pas moins la recherche d'un traité de paix générale entre les belligérants.
Proche de longue date du nouvel empereur Charles , il est nommé ministre des affaires étrangères, un des trois portefeuilles communs de la double monarchie. Cependant, à la différence de son prédécesseur Stephan Burián von Rajecz, Czernin, conscient des possibilités austro-hongroises à ce stade du conflit, tente alors de sortir la monarchie des Habsbourg du conflit dans lequel elle s'est précipitée, notamment en proposant une paix sans vainqueur ni vaincu. Ainsi, à la suite des propositions de paix envoyées par les puissances centrales, il conseille au nouveau monarque de faire preuve de prudence et de circonspection à l'égard des Hongrois et du président du conseil du royaume de Hongrie, István Tisza.
Régulièrement informé des propositions de paix allemandes, il rappelle régulièrement à ses interlocuteurs allemands, tout au long des conférences de l'année 1917, le rôle du Reich dans le déclenchement du conflit. Ainsi, il se montre partisan d'une paix de compromis avec les principaux pays de l'Entente, voire d'une paix blancheIl signe une déclaration dans ce sens avec le chancelier allemand, Theobald von Bethmann-Hollweg, le ..
Le ministre, qui aurait préféré être nommé chef du gouvernement autrichien, ne cache pas son mépris pour un jeune souverain de quinze ans son cadet. Il aurait dit à Alexander Spitzmüller, le directeur du Creditanstalt, nouveau président du conseil en Autriche à la suite du renvoi d'Ernest von Koerber : . Il obtient également le départ d'un autre proche conseiller de l'empereur, son ami et chef de cabinet, , le .
Or, le comte comme l'empereur découvrent vite que la dépendance accrue de l'Autriche-Hongrie à l'égard de l'Allemagne empêche une politique étrangère véritablement souveraine, comme l'attestent les résultats des pourparlers de Kreuznach, en : Czernin est réduit au rôle de figurant et les bases de négociations qu'il propose ne sont même pas évoquées, tandis que ses interlocuteurs allemands lui distillent parcimonieusement des informations sur les objectifs politiques et économiques du Reich. Cette dépendance se matérialise de façon définitive lors des pourparlers germano-austro-hongrois de l'automne 1917 : à cette occasion, Czernin se trouve dans l'obligation d'accepter la vassalisation de la double monarchie, en échange de sa survie sous tutelle et sous perfusion économique du Reich, sous couvert de la constitution de la Mitteleuropa.
Les relations entre l'empereur et son ministre se dégradent, d'abord parce que Czernin modifie les consignes données aux diplomates chargés des négociations en 1917, ensuite parce que Charles privilégie la recherche de la paix générale fût-ce contre la volonté allemande (il n'écarte pas la possibilité d'une rupture avec le Reich sur cette question), tandis que le ministre, plus réaliste, préférerait convaincre l'Empire allemand de la nécessité de la paix, restant ainsi fidèle à cette alliance.
Ainsi, Czernin est réservé sur la reprise de la guerre sous-marine à outrance par les Allemands en , arguant qu'une telle décision aurait dû être prise par le Reich après consultation de ses alliés, mais laisse l'empereur exprimer ses réticences et n'y fait pas participer la flotte austro-hongroise. En réaction, les États-Unis rompent leurs relations diplomatiques avec l'Allemagne mais pas avec l'Autriche-Hongrie. Czernin et son souverain tentent en de convaincre, sans succès, les dirigeants politiques et militaires allemands de la nécessité d'obtenir une paix de compromis. De même, il critique de plus en plus ouvertement la politique menée par le Reich dans les territoires conquis en commun, se heurtant aux intérêts du Reich en Pologne et en Roumanie, cette dernière alors promise à la double monarchie est alors complètement sous influence économique allemande.
Le , dans un discours à Budapest, Czernin se prononça en faveur du désarmement international puis, dans un autre discours prononcé le , il osa qualifier d'« idées négociables » les Quatorze points du président Wilson.
Négociateur austro-hongrois, –
Dès sa prise de fonctions, souhaitant garantir l'existence de la double monarchie après la cessation des hostilités, perçue comme encore lointaine lors de sa prise de fonctions, il tente de sortir la double monarchie du conflit dans lequel elle est engagée depuis l'été 1914.
Diplomatie parallèle
Il essaie, d'accord avec l'empereur, de mener une diplomatie parallèle, en suggérant notamment des concessions territoriales (Alsace-Lorraine à la France et Posnanie à la Pologne par l'Allemagne ; Trentin à l'Italie, Galicie à la Pologne, Bucovine à la Roumanie et Bosnie à la Serbie par l'Autriche-Hongrie) afin d'obtenir une paix rapide avec l'Entente. Charles entame même des discussions avec les puissances alliées par l'entremise des États-Unis, encore neutres en février 1917, ou de ses beaux-frères officiers dans l'armée belge. En mars, puis en , Czernin s'entretient avec les deux princes, en présence de l'empereur, et pose comme conditions pour une négociation avec les Alliés le maintien de la double monarchie (moins les territoires cédés) et le refus d'un traité de paix séparée entre la double monarchie et les Alliés, excluant le Reich.
Les négociations par l'intermédiaire du prince Sixte de Bourbon-Parme ayant échoué, Czernin utilise un autre canal pour parvenir à une paix de compromis. Par l'intermédiaire de Matthias Erzberger, et avec l'accord du Reich, il se rapproche alors de la papauté, mais cette initiative ne trouve aucun écho de la part des membres de l'EntenteLes rapports entre certains États membres de l'Entente et la papauté sont de longue date exécrables.. Enfin, il tente durant l'été 1917 un dernier rapprochement, via la Suisse, sans succès. En effet, tiraillé entre le besoin de paix de la double monarchie et les exigences allemandes, il se voit obligé de défendre les positions allemandes en Alsace-Lorraine, mettant au même niveau les revendications italiennes sur Trieste et les revendications françaises de retour des départements cédés au Reich en 1871, alors qu'il propose au mois d’ un complet désintéressement de la double monarchie en Pologne, en échange de la rétrocession de l'Alsace-Lorraine à la France.
Czernin face au Reich
Ministre impérial des affaires étrangères, Czernin est le principal interlocuteur des diplomates et hommes d'État allemands lors des négociations continuelles entre les membres de la Triplice. En effet, au fur et à mesure que le conflit se prolonge, non seulement le Reich négocie à son profit exclusif, mais aussi hésite de moins en moins à prendre en compte les intérêts de la double monarchie.
Ainsi, il participe à l'élaboration des buts de guerre de la double monarchie et à leur publicité auprès des alliés de la double monarchie, notamment lors des échanges de Kreuznach en 1917 ; à cette occasion, il parvient à obtenir du Reich et de son chancelier le contrôle politique et économique austro-hongrois sur la Serbie, le Monténégro et l'Albanie.