Le traité de Bucarest est signé le entre la Roumanie et la Quadruplice : l'Empire allemand, l'Autriche-Hongrie, la Bulgarie et l'Empire ottoman. En raison de l'effondrement de l'armée russe, la Roumanie reste isolée sur le Front de l'Est et doit accepter l'armistice du . Imposé par les puissances centrales alors victorieuses sur ce front, le traité de Bucarest oblige le roi de Roumanie, , à plier devant les exigences du Reich et de ses alliés, sous peine de voir son royaume partagé entre la Bulgarie et l'Autriche-Hongrie. Paix de défaite, le traité se solde pour la Roumanie par une forte tutelle du Reich sur l'économie du royaume, mais ses pertes territoriales au profit de ses vainqueurs sont limitées et plus que compensées par l'union avec la République démocratique moldave qui s'était fraîchement émancipée de l'ancien Empire russe disloqué. Pendant six mois, la vie du royaume est soumise aux clauses du traité mais, la situation politique et militaire des puissances centrales se dégradant durant , l'application du traité est rapidement remise en cause. En effet, sa dénonciation par la Bulgarie, par l'Empire ottoman, par la double monarchie et enfin par le ReichLa fin des hostilités entre les alliés et les puissances centrales est sanctionnée par des armistices successifs entre les Alliés victorieux et chacun des membres défaits de la Quadruplice, d'abord le royaume de Bulgarie, puis l'Empire ottoman, l'Autriche-Hongrie et enfin le Reich. constitue l'une des conditions des armistices successifs sanctionnant la victoire des Alliés.

Contexte La Roumanie dans la Première Guerre mondiale

Conséquence des négociations entre le gouvernement roumain et les Alliés, le royaume déclare la guerre à la seule double monarchie le . En réponse, dès le lendemain, le déclare la guerre au royaume, suivi le par l'Empire ottoman , puis le par la Bulgarie.

Les opérations militaires se soldent rapidement par une sévère défaite roumaine, en dépit de succès roumains à la fin de l'été 1916 en Transylvanie : une offensive commandée par August von Mackensen, engageant des unités allemandes, austro-hongroises, bulgares et ottomanes aboutit à la conquête des deux tiers du royaume ; l'armée roumaine défaite maintient à grand-peine un front le long du Siret, épaulée par l'armée russe.

La révolution en Russie et le retrait des troupes russes laissent la Roumanie seule face aux troupes des puissances centrales, qui définissent précisément leurs buts de guerre respectifs. Face à la révolution russe, le Reich souhaite le maintien d'une Roumanie stable et viable (suffisamment pour écarter la Bulgarie du port de Constanța) et vise surtout à garantir ses propres intérêts dans le pays, notamment des participations dans l'industrie pétrolière et dans l'agriculture roumainesLes diplomates et hommes politiques des puissances centrales parlent alors de ., tandis que la Valachie occidentale serait octroyée à la double monarchie.

Un lien ténu avec les Alliés thumb|Henri Berthelot assure le maintien des liens entre les Alliés et la Roumanie (photographie prise en Roumanie le ).|alt=banquet Dès l'entrée en guerre de la Roumanie aux côtés des Alliés, ces derniers envoient sur place du matériel et des conseillers militaires organisés en missions militaires par chacun des alliés.

La mission française sur place, commandée par le général Henri Berthelot, composée surtout d'officiers du génie et du renseignement, constamment renforcée au fil des mois, constitue sur place un lien efficace entre l'Entente et le royaume de Roumanie. Son indéniable appui logistique, matérialisé par de rares envois de fournitures de guerre, matériel et munitions, n'est pourtant pas suffisant pour soutenir la Roumanie, réduite à une bande de terre en Moldavie, à l'heure où les mutineries de la Marne secouent l'armée française et où l'armée russe se débande.

Cette mission française exerce, jusqu'à son départ officiel, le Les missions militaires alliées quittent Iași, où le gouvernement s'était replié, en direction de Chișinău au moyen de cinq trains mis à disposition par le gouvernement royal : en effet, la République démocratique moldave n'est concernée ni par le traité de paix signé entre la Roumanie et les membres de la quadruplice, ni par l'occupation des puissances centrales en Russie selon le traité de Brest-Litovsk., une forte influence sur le roi, son entourage et le gouvernement en place, ce qui incite les puissances centrales à rechercher des interlocuteurs plus sensibles à leurs intérêts : c'est le cas d'Alexandru Marghiloman, prêt à beaucoup pour tenter de garantir la pérennité du royaume face aux exigences austro-allemandes.

Militairement, le territoire roumain encore contrôlé par l'Entente n'est plus épaulé par la Russie en pleine dislocation, d'autant que l'Ukraine est progressivement occupée par les troupes austro-allemandes dans le cadre des opérations qui reprennent sur le front russe, prenant ainsi à revers les troupes roumaines déployées sur le Siret. Cependant, la défection russe incite les Alliés, et notamment les Français, à échafauder des projets d'alliance avec le nouveau gouvernement ukrainien, les Cosaques, les Russes blancs et les Polonais, afin d'aider Bucarest à rester dans le conflit.

Situation politique du royaume

La défection russe non seulement remet en cause la participation roumaine au conflit, mais aussi est susceptible de remettre en cause l'existence d'un État roumain indépendant.

En effet, depuis la campagne de la fin de l'année 1916, les Austro-Hongrois et les Bulgares échafaudent des plans de partition du royaume ; les responsables allemands se murent dans le silence lorsque ces projets sont évoqués en leur présence, maintenant pendant quelques semaines l'ambiguïté à la fois sur les plans de partage et leurs objectifs propres.

Sachant la Roumanie menacée dans son existence, les diplomates austro-hongrois font savoir aux Roumains, par l'intermédiaire de leur attaché militaire à Bucarest, qu'une demande de paix ne serait pas repoussée par les Puissances Centrales et que si une demande d'ouverture de négociations parvenait à la double monarchie austro-hongroise, Ferdinand ne serait pas obligé d'abdiquer. Celui-ci change aussitôt de président du conseil et nomme le général Alexandre Averescu pour négocier avec les puissances centrales.

Dans le même temps, le royaume connaît une forte instabilité institutionnelle. Les conservateurs parviennent à prendre le pouvoir, grâce à l'appui des puissances centrales qui encouragent les intrigues visant à renverser la dynastie des Hohenzollern-Sigmaringen, promettant en échange que le royaume puisse conserver Constanța et le Nord de la Dobrogée. Cette proposition est cependant refusée par qui souhaite intégrer la dévolution de la Roumanie dans un règlement plus global des questions balkaniques et caucasiennes, prenant en compte les intérêts ottomans.

Exigences des Empires centraux et de leurs alliés

Après la conclusion de l'armistice entre les Puissances centrales et la Russie, le roi Ferdinand et son gouvernement comprennent que l'État roumain est menacé de disparition sans une suspension d'armes avec la quadruplice : les offres de négociations formulées par les représentants des Puissances Centrales sont donc étudiées. Les objectifs des puissances centrales, et tout particulièrement du Reich, sont précisés lors d'échanges formels et informels au début de l'année 1918, les Allemands posant les bases de leur domination économique et financière sur la Roumanie. Les négociateurs allemands se montrent particulièrement intéressées par les richesses du royaume, bien qu'ils soient conscients des limites des ressources pétrolières roumaines, insuffisantes, selon les experts économiques du Reich, pour parvenir à une certaine forme d'autarcie.

Revendications territoriales vignette|alt=Autriche-Hongrie|Le plan des militaires austro-hongrois pour la Roumanie vaincue en 1918 : Autriche, Hongrie et Roumanie formant une « triple-monarchie » sous le sceptre des Habsbourg.

Si les aspects économiques sont l'essentiel des buts des puissances centrales en Roumanie, des gains territoriaux sont aussi espérés : ainsi, la Bulgarie exige de la Roumanie, par une note du , la totalité de la Dobrogée, et non la simple rétrocession du territoire qu'elle avait été obligée de lui céder à l'issue de la deuxième guerre balkanique, lors de la conclusion du traité de 1913. Mais, pour les Empires centraux, la cession de la Dobrogée entière à la Bulgarie est conditionnée par les clauses du traité d'alliance de 1915, obligeant la Bulgarie à rétrocéder à l'Empire ottoman les rives de la basse-Maritsa. Ce territoire étant finalement partagé entre les Bulgares et les OttomansLa Bulgarie rend aux Ottomans Mandra, au sud de Demotika, mais conserve Ferecik et la rive droite de l'embouchure du fleuve., il en est de même pour la Dobrogée entre Bulgares et Empires centraux : la Roumanie cède à ces derniers, et non à la Bulgarie, la partie située au nord d'une ligne Rasova-Agigea (avec le port de Constanța) qui devient un condominium germano-austro-hongrois : la Bulgarie doit se contenter du territoire situé au sud de cette ligne et l'opinion bulgare en conçoit de l'amertume.

L'Autriche-Hongrie avait souhaité, dans un premier temps, annexer la Petite Valachie, cédée par l'Empire ottoman à l'Autriche en 1718 et rétrocédée en 1739 ; dans un second temps, les négociateurs austro-hongrois se contentent de rectifications de frontières aux dépens du royaume de Roumanie, donnant à la double monarchie la possession des cols et des lignes de crête dans la chaîne des Carpates ; de plus, dans la région des Portes de Fer sur le Danube, les négociateurs austro-hongrois revendiquent pour la double monarchie le port de Turnu Severin afin de priver la Roumanie de la possibilité d'une attaque-surprise comme celle de 1916.

Tutelle politique thumb|gauche|redresse=0.8|alt=carte ancienne de Constanța|Le port de Constanța, but de guerre allemand, sur une carte de 1893. Les projets austro-hongrois et bulgares déplaisent aux militaires allemands qui les trouvent trop modérés. Ainsi, contre l'avis du chancelier du Reich, certains, notamment les Dioscures, proposent en 1917, peu après la conquête de la majeure partie du pays, la transformation de la Roumanie en colonie.

En effet, méfiant face à la francophilie de l'opinion et de la classe politique roumaines, , convaincu par la richesse du royaume lors de son voyage de en Roumanie occupée, souhaite mettre en place une étroite tutelle allemande sur le pays. Pour réaliser cet objectif, il hésite entre deux modalités de contrôle allemand : soit, il impose sur le trône roumain un prince allemand plus fiable que la branche cadette des Hohenzollern, soit il transforme le royaume en colonie ou en dominion allemand.

L'empereur souhaite également réformer le pays selon le modèle allemand afin de rendre pérenne l'influence du . souhaite avant tout mettre en place un contrôle allemand direct sur le port de Constanța et les bouches du Danube, s'opposant à la dévolution de la totalité de la Dobroudja à ses alliés bulgares. L'objectif allemand de mise sous tutelle de la Roumanie ne fait pas l'unanimité et nécessite une convention militaire entre le et ses alliés, d'une part, et le royaume de Roumanie de l'autre.

Intérêts économiques