Le château de la Turmelière, situé dans la commune française de Liré (Maine-et-Loire), est surtout connu comme lieu de naissance du poète Joachim du Bellay (1522-1560).

Le château qu'a connu Joachim du Bellay est aujourd'hui en ruines. Il se trouve dans un parc, où un autre château a été construit à la fin du . Les vestiges de l'ancien château (ruines, douves et colombier) ont été inscrits monuments historiques par arrêté du et sont propriétés de la commune.

Localisation Liré (devenue une commune déléguée de celle d'Orée d'Anjou) est située au sud de la Loire, face à Ancenis, commune de la Loire-Atlantique.

Le château et son parc sont à quelques centaines de mètres à l'ouest du bourg de Liré.

Présentation Le château du XIX est le siège de l'association "la Turmelière" qui accueille des scolaires, collégiens, lycéens et étudiants ainsi que de nombreux touristes qui viennent découvrir ce lieu chargé d'histoire et de poésie.

Les ruines se trouvent en contrebas du nouveau château.

Depuis 2008, des bénévoles de l'association Chantiers Histoire et Architecture Médiévales participent à la restauration du château.

Historique Moyen Âge Le domaine de la Turmelière doit son nom de « Turmelière » des « tours meulières », les moulins, qui existaient en grand nombre sur cette hauteur.

Le chevalier Jean d'Avoyr apparaît à Liré vers 1228, il a épousé Jeanne, fille de Matthieu de Liré. Ce seigneur s’occupa surtout des intérêts de son domaine. Les immenses bois qui occupaient la majorité du territoire commencèrent à être défrichés, et le droit de pâture permis et réglé. La culture de la vigne s’étendit. Depuis longtemps déjà les seigneurs habitaient le château de Vieille-Cour élevé à proximité de l’ancienne « motte féodale ». Des douves entourant le bâtiment en assuraient la défense. Ces douves furent comblées à la fin du . Des restes de cette motte primitive sont encore visibles dans une propriété privée (route de Bouzillé, au lieu-dit « Vieille Cour »).

« En 1230, le roi de France Louis IX et sa mère Blanche de Castille, poursuivant la lutte contre le roi d’Angleterre et son allié Mauclerc, duc de Bretagne, établirent leur camp à Liré, avant d’investir les châteaux d’Ancenis et de Chasteauceaux ».

La Turmelière est mentionnée pour la première fois en 1285 dans un manuscrit où le Chevalier Hardouin d'Avoyr s’intitule « seigneur de Lyré et de la Turmelière ». Celle-ci devait à l’époque n’être qu’une place-forte avancée, le seigneur de Liré résidant à la « Vieille Cour » (actuellement route de Bouzillé).

Le château primitif date du . Il fut restauré au par Perceval Chabot de Chantemerle, bisaïeul de Renée Chabot, la mère de Joachim du Bellay. La Turmelière est alors une place-forte, située aux confins de l'Anjou où les Seigneurs de Liré se retranchaient en cas de guerre. La position du bâtiment, entre des coteaux escarpés et la Loire, le rendait quasiment imprenable.

La Turmelière est abritée contre les vents du Nord par le plateau de Liré. Le seigneur qui la construisit était plus soucieux de sa tranquillité que des riches aspects de la belle nature : il voulut profiter pour la défense du château du ravin escarpé du Douet. La présence de la rivière du Douet assurait un approvisionnement facile en eau potable. La situation du château à mi-pente s’imposait, d’une part pour être protégé des vents, d’autre part le creusement des fondations requiert un terrain ni trop dur ni trop mou, et les matériaux doivent être disponibles à proximité. La Turmelière est un quadrilatère fermé au sud par un simple mur au-dessus du ruisseau, à l’est par une muraille crénelée avec deux faibles tours de quatre mètres de diamètre. À l’est toujours elle est protégée par une douve, qui est plutôt une pièce d’eau. Au nord il y avait une douve, aujourd’hui comblée. Face à la chapelle Sainte-Madeleine, qui était peut-être à l’origine le châtelet d’entrée, détourné au (travaux de Perceval) de sa fonction défensive, se trouvait l’habitation des serviteurs. Puis l’on franchissait une deuxième porte pour entrer dans le « quarteron » (deuxième cour »). Le logis des maîtres s’y trouvait, formé de deux ailes disposées en équerre, regardant le midi et le soleil couchant. La distinction entre « haute cour », ou cellule défensive, et « basse cour », ou cellule domestique, est soigneusement marquée. Sans doute des bâtiments agricoles étaient-ils sis dans l’enclos seigneurial, à côté du logis. Il y avait d’un côté, le petit jardin noble, mi-ornemental, mi-potager, sur lequel ouvraient les principales croisées du logis (généralement vers le levant), de l’autre, la cour utilitaire autour de laquelle s’alignaient granges, étables, bergeries, écuries, pressoir, remises et autres annexes agricoles.

Vers 1408, l’héritière de Liré, Perrine d'Avoyr, épousa Guillaume de L'Isle-Bouchard, seigneur de Gonnord et de Thouarcé. Châtelaine de Liré, dame de Gonnord et de Thouarcé, vicomtesse du Grand-Montrevault, leur fille Jeanne de L’Isle-Bouchard était restée veuve très jeune d’un premier mariage. Riche, elle contracta bientôt une nouvelle alliance avec un jeune seigneur d’une race non moins ancienne que la sienne, Perceval Chabot, originaire du Poitou. En 1431 malgré l’opposition des membres de sa famille, notamment de son beau-frère Georges de la Trémoille, premier ministre de Charles VII et ancien compagnon de Jeanne d'Arc, elle épousa Perceval Chabot, après un enlèvement romantique.

En 1435, le livre des comptes du seigneur Perceval Chabot fait état des travaux de rénovation entrepris à la Turmelière : les salles basses et hautes du manoir sont restaurées, de même, le pont-levis et les douves. À l’époque les seigneurs de Liré habitaient leur fief de Vieille-Cour et non la Turmelière, qui était une place-forte où l’on se retranchait en cas de guerre.

En 1472 Christophe Chabot, petit-fils de Perceval, et grand-père maternel du poète, abandonne la Vieille Cour pour s’installer définitivement à la Turmelière. Christophe Chabot est chargé par le roi de France de garder la Turmelière contre les invasions des Bretons. Les années 1490 sont marquées par des guerres fréquentes entre Bretagne et Anjou. Christophe Chabot meurt en 1503. Sa fille, Renée, élevée à la Cour d’Anne de Bretagne, alors reine de France, épousera Jean du Bellay, petit-cousin du cardinal Jean du Bellay, issu d’une grande famille originaire du Saumurois, à l’âge de 14 ans.

L'arrière-grand-père du poète, Jean III du Bellay (vers 1400-1480) s'installe à la Turmelière en 1472.

Son grand-père Eustache du Bellay, le solitaire de Gizeux (vers 1440-1504), est également seigneur de Gizeux, autre résidence familiale des du Bellay, situé à l'autre bout de l'Anjou, au nord de Bourgueil.

En 1504 (?) ou 1521 Jean du Bellay (vers 1480-vers 1523/1527), père de Joachim, épouse Renée Chabot, l'héritière de la Turmelière et de Liré, qui entrent ainsi dans le patrimoine des Du Bellay.

Joachim du Bellay est né à la Turmelière vers 1522-1525 (et mort à Paris en 1560). Il y passera toute sa jeunesse et il est certain que les paysages de bocage qui entourent le château ont pu inspirer au poète son attachement à la douceur angevine... La Turmelière demeure possession des du Bellay jusqu'en 1562, date à laquelle décède, sans descendance, Claude du Bellay, fils de René du Bellay et neveu de Joachim qui était mort deux ans plus tôt. Le domaine et Liré reviennent alors à la sœur du poète, Catherine du Bellay (vers 1505-1590), mariée en 1534 à Christophe du Breil. Jusqu'en 1643, les du Breil sont maîtres de la Turmelière et de Liré ; en 1643, l'arrière-arrière-petite-fille de Catherine et Christophe, Marie du Breil, transmet Liré et La Turmelière à son mari Jean II de La Bourdonnaye-(branche de Bratz et de Couëtcandec) (1616-1692).

En 1504/1521 (?), au moment du mariage de Jean du Bellay avec Renée Chabot, la Turmelière devient le siège de la seigneurie de Liré car les seigneurs ont abandonné leur château primitif de Vieillecour. Aveu de 1521 de Jean du Bellay à son suzerain de Champtoceaux : « le manoir, hostel de la Turmelière, maison, tours, fossés, pont-levis, grange, pressoir en dehors, garennes, domaine de 32 septées de terre en un tenant, entre le ruisseau du Douet du Lou, les terres du Plessis, la Martinière et le dit ruisseau du Lou » Les armes des du Bellay sont « d’argent à la bande fuselée de gueules, accompagné de six fleurs de lis d’azur, trois à dextre, trois à senestre ».

Jean du Bellay ne modifie pas l’aspect rustique du château de la Turmelière. Il exécute des travaux plus importants dans son château de Gonnord, pour le modifier dans le goût du . La Turmelière reste un manoir rustique comme tant d’autres (il y en avait une vingtaine dans la seigneurie de Champtoceaux). À cette époque, l’appareil militaire est détourné de sa fonction, et le châtelet d’entrée est peut-être devenu à ce moment-là la chapelle. « Quant à l’enceinte, dite encore clôture, circuit, estrize du lieu, elle a progressivement perdu sa valeur défensive véritable. Des fossés doublés de murailles en délimitent le tracé ; des tours rondes renforcent les angles. De telles dispositions ne sauraient guère permettre de soutenir un siège véritable ; tout au plus représentent-elles un moyen de dissuasion contre les attaques des brigands ».

Le , le marquis Charles-Bertrand de La Bourdonnaye de Liré (1726-1792 ; fils de François III-Marie, marquis de Liré (1696-1753), fils de François II (1661-1716), fils de Jean II et Marie du Breil ci-dessus), ruiné, doit vendre à Pierre Thoinnet.

En , le château de La Turmelière est donc acheté par Pierre Thoinnet († 1788), fils d'un tonnelier aisé (Jean-Baptiste Thoinnet), maire d’Ancenis en 1757-1760, député aux États de Bretagne en 1760, négociant et propriétaire terrien, fermier général de la baronnie d’Ancenis depuis 1765, secrétaire du roi au Parlement de Bretagne (charge qui l'anoblit).

Pierre Thoinnet a 19 enfants de ses deux mariages (x 1° 1736 Marie Tigé ; et 2° 1739 Françoise Tessier), nés entre 1738 et 1761. Il meurt en 1788 et sa seconde femme en 1792. Son fils aîné survivant, Pierre-Guillaume Thoinnet (né en 1743) est connu sous le nom de Thoinnet de la Beuvrie ; un de ses frères cadets est Dominique-Isaac Thoinnet (né en ; marié à une fille de Simon Greffulhe et Marguerite de Pourtalès).

En 1781, Pierre Thoinnet fils s’associe avec un de ses frères pour faire du commerce, de vin notamment. En 1790 la ville de Nantes le charge de l’approvisionnement de la ville, et la générosité de deux des frères Thoinnet leur fait donner une grosse somme pour secourir le peuple lors de la disette de 1791-1792. La Turmelière est pillée en 1793 sous la Révolution. Les Thoinnet font construire des terrasses par des ouvriers sans travail de Nantes, terrasses où sont plantés des marronniers au-dessous de la chapelle. En 1794, ces mêmes ouvriers viennent incendier le château, et les frères Thoinnet sont arrêtés et meurent à Nantes.

Période de la Révolution française Le , départ de l’insurrection vendéenne à Saint-Florent : les populations sont mécontentes des mesures prises par le nouveau gouvernement (conscription et Constitution civile du clergé). Les Liréens suivent l’armée de Bonchamps. Sous les ordres de Chetou et d'Oger de L'Isle, ils combattent les Bleus.

Le , l’armée vendéenne franchit la Loire à Saint-Florent et l’artillerie commandée par Piron traverse la Loire au port des Léards face à Ancenis. C’est la « Virée de Galerne ». Les 16 et , les Vendéens poursuivis par Westermann repassent la Loire entre Ancenis et Liré : désastre, plus de mille morts. La Rochejaquelein, Stofflet et Beauje (Pierre-Louis de La Ville de Beaugé ?) qui avaient été des premiers à passer, se cachent quelques jours à la Turmelière.

Le , un ordre d’évacuation venant de Nantes ordonne le départ des populations des bords de Loire vers Angers, Blois et Orléans. Ceux qui refusent sont considérés comme rebelles et poursuivis par les « colonnes infernales ».