Gustave Courbet, né le à Ornans et mort le à La Tour-de-Peilz, est un peintre et sculpteur français, chef de file du courant réaliste.

Auteur d'un important corpus de peintures , Courbet est l'un des artistes les plus puissants et les plus complexes du . Dès 1848-1849, ses toiles s'opposent aux critères de l'académisme, à l'idéalisme, aux outrances romantiques ; transgressant la hiérarchie des genres, il provoque le scandale chez ses contemporains, et l'attrait de quelques collectionneurs privés, perturbant les frontières de l'art.

Soutenu par quelques critiques, comme Charles Baudelaire et Jules-Antoine Castagnary, son œuvre, qui ne peut être réduite à l'épisode du réalisme pictural, contient en germe la plupart des courants modernistes de la fin de son siècle.

Individualiste, revendiquant son autodidactisme et son terroir, Courbet était un amoureux des forces de la nature et des femmes. S'il a mené quelques combats, notamment contre la religiosité, la mauvaise foi et le mépris pour les paysans et des travailleurs manuels, la fin de sa vie le montre tout entier face aux éléments du paysage. Rarement un peintre avait, de son vivant, essuyé autant d'insultes.

Élu républicain, acteur de la Commune de Paris de 1871, il est accusé d'avoir fait renverser la colonne Vendôme, et condamné à la faire relever à ses propres frais. Exilé en Suisse, il entretient des contacts épistolaires suivis avec sa famille, ses amis parisiens, et continue d'exposer et de vendre ses œuvres. Malade, il meurt épuisé, trois ans avant l'amnistie générale, âgé de 58 ans.

Reconsidérée depuis les années 1970, notamment par la critique anglo-saxonne qui lui donne ses premiers véritables biographes, son œuvre vigoureuse et sans compromis, éclairée par l'exploration de ses écrits privés qui révèle un être lucide, subtil et sensible, ne cesse d'entretenir avec notre modernité des rapports intimes, souvent surprenants.

Le musée départemental Gustave Courbet (Doubs, Ornans) est consacré à son œuvre.

Biographie

Origines et jeunesse vignette|gauche|Autoportrait à l'âge de quatorze ans ; fragment de tête barbue (ca. 1833). Musée Carnavalet, Paris.|193x193px vignette|redresse|Maison natale du peintre à Ornans (Doubs). vignette|redresse|Portrait de Régis Courbet (1840), collection particulière. Gustave Courbet est issu d’une famille aisée de propriétaires terriens de Franche-Comté. Son père Éléonor Régis Courbet (1798-1882), suffisamment riche pour devenir électeur au suffrage censitaire (1831), possède une ferme et des terres au village de Flagey, situé dans le département du Doubs, aux portes du Haut-Jura, où il élève des bovins et pratique l’agriculture ; par son beau-père, Jean-Antoine Oudot (1768-1848), il gère un vignoble de plus de six hectares situé sur les terres d'Ornans : c'est là que Jean Désiré Gustave naît le ; sa mère, Suzanne Sylvie Oudot (1794-1871), donne par ailleurs naissance à cinq autres enfants dont seules trois filles survivront : Thérèse (1824-1925), Zélie (1828-1875) et Juliette (1831-1915).. Gustave est donc à la fois l'aîné et le seul garçon de cette fratrie terrienne, profondément enracinée dans le territoire franc-comtois, où se croisent montagnards, chasseurs, pêcheurs et bûcherons, au milieu d'une nature forte et omniprésente.

vignette|redresse|Le Pont de Nahin (Ornans) (1837), huile sur toile, Ornans, musée Courbet.

En 1831, Gustave l'aîné entre comme élève externe au petit séminaire d'Ornans où il reçoit, entre autres, un premier enseignement artistique auprès d'un professeur de dessin, Claude-Antoine Beau, ancien élève d'Antoine-Jean Gros ; Gustave se passionne pour cette discipline et s'y distingue, négligeant ses études classiquesHarry Kessler, Journal. Regards sur l’art et les artistes contemporains, 1889-1937, Paris, INHA/Éditions de la Maison des Sciences de l'homme, 2017, [notes du la journée du ].. On garde de cette époque son premier tableau, un Autoportrait, à l'âge de 14 ans (1833, Paris, musée Carnavalet)Notice du musée Carnavalet : au dos du tableautin, est mentionné : . Don de en 1952.. Ensuite, il entre comme interne au collège royal de Besançon où, dans la classe des beaux-arts, il suit les cours de dessin de Charles-Antoine Flajoulot (1774-1840), un ancien élève de Jacques-Louis David. À cette époque, Flajoulot était également le directeur de l'école des beaux-arts de Besançon, mais Courbet n'y est pas inscrit. Durant son parcours académique, Gustave Courbet se rend également à l’école gratuite de dessin de Besançon, fondée par le peintre néoclassique François Laurent Bruno Jourdain.. Cependant, alors que Courbet se plaint de sa vie encasernée dans les murs du collège, ses parents le font loger chez un particulier. Puis, l'adolescent, de moins en moins assidu aux études classiques, se plaît à suivre les cours de Flajoulot directement dans l'enceinte de l'école des beaux-arts : là, il y croise toute une jeunesse composée d'étudiants en art, dont Édouard Baille, plus mature, ne rêvant que de monter à Paris ; Baille fit le portrait de Courbet en 1840. Le collégien produit certes de petits tableaux mais ses parents le destinent avant tout à des études supérieures d'ingénieur ; le père rêve pour son fils de l'École polytechnique, mais, avec son épouse, étant donné les résultats médiocres de leur fils en mathématiques, ils se rabattent sur l'étude du droit à Paris. Dans la capitale s'illustre un certain François-Julien Oudot (1804-1868), avocat jurisconsulte et philosophe du droit, le plus éminent membre de la famille. La mère de Gustave demande donc à ce parent d'accueillir son fils à Paris.

vignette|redresse|Premier dessin de Courbet pour les Essais poétiques de Max Buchon (1839)Source Gallica..

Il part pour Paris en Biographie sommaire de Gustave Courbet, Institut Courbet., non sans avoir réalisé quelques semaines plus tôt, avec son ami Max Buchon, quatre dessins destinés à l'illustration lithographique des Essais poétiques de ce dernier : publié par un imprimeur de Besançon, il s'agit-là du premier exercice public du jeune artiste, âgé d'à peine vingt ansNotice du Catalogue général, BnF..

Logé dans un premier temps chez François-Julien Oudot à Versailles où se côtoient des bourgeois assez mondains et d'autres, ouverts d'esprit, il commence ses études de droit, vivant d'une pension que lui versent ses parents. L'année 1839-1840 est déterminante : Courbet délaisse son droit au profit de la peinture. En effet, il passe plus de temps dans l’atelier parisien du peintre Charles de Steuben. D'autre part, il retrouve à Paris ses amis d’enfance, tels Urbain Cuenot et Adolphe Marlet, ce dernier l’introduit à l’atelier de Nicolas-Auguste Hesse, un peintre d’histoire qui l’encourage dans la voie artistique. Courbet, qui s'est toujours défendu d'avoir eu de tels maîtres, écrit à ses parents qu'il abandonne le droit et qu'il veut devenir peintre : ses parents acceptent sa décision et continuent à lui verser sa pension. De plus, le , Gustave Courbet parvient à se faire réformer du service militaireLettre à son père du , où il mentionne qu'il avait tiré un mauvais numéro et qu'il essaya de passer pour inapte au service lors du conseil de révision afin de ne pas durant la préparation militaire..

Élève libre, Courbet se rend, comme tout étudiant en art de son époque, au musée du Louvre pour y copier les maîtres, activité qu'il poursuivra tout au long des années 1840. Il est admiratif du clair-obscur hollandais, de la sensualité vénitienne et du réalisme espagnol. Courbet est un œil, il a un sens unique de l'alchimie visuelle. Il est aussi influencé par les œuvres de Géricault dont il copie une tête de cheval.

vignette|redresse|Marine ou Vue d’Honfleur (1841), huile sur toile, Lille, palais des Beaux-Arts.

Au printemps 1841, il découvre les rivages de la Normandie : c'est son premier séjour face à la mer, accompli en compagnie d'Urbain Cuenot. Les deux amis descendent en bateau la Seine depuis Paris jusqu'au Havre, explorant les rives. Il écrit à son père Exposition Courbet et l'impressionnisme, dossier pédagogique, Ornans, Musée Courbet, juin 2016 — en ligne. :

C'est à l'occasion de ce voyage qu'il fait la connaissance de Virginie Binet, une Dieppoise de onze ans son aînée avec qui il entretiendra une liaison amoureuse de quatorze années, qui lui donnera un fils prénommé Désiré - représenté au premier plan de L'atelier du peintre et dans Les Cribleuses de blé- et qui lui causera un grand chagrin lorsqu'il apprendra en 1854 par Champfleury qu'elle le quitte (rupture qui lui a inspiré L'homme blessé). Il a représenté à plusieurs reprises celle qu'il appelait - dont Femme nue dormant près d'un ruisseau (1845) et La Blonde endormie (1849) - et il conservera jusqu'à sa mort Les Amants heureux dans la campagne peint en 1844. Il reviendra souvent à Dieppe voir son petit garçon, qu'il regrettait beaucoup, et plus tard, par son ami Paul Ansout, il le fera embaucher chez un maître ivoirier dieppois, mais le jeune homme mourra prématurément à vingt-cinq ansJacques-Sylvain Klein, La Normandie, berceau de l'Impressionnisme 1820-1900, Editions Ouest-France, 1996, p. 64.

D'autre part, et malgré la faible documentation, il effectue probablement à cette époque un premier séjour en forêt de Fontainebleau. Il a quitté Versailles pour loger dans une chambre au 4, rue Saint-Germain-des-Prés, puis une autre au 28, rue de Buci. Beaucoup de ses premières toiles ont disparu. Certaines portent des titres comme Ruines le long d'un lac et L'Homme délivré de l'amour par la mort, d'inspiration romantique« Biographie » par Marie-Thérèse de Forges, Gustave Courbet (1819-1877), catalogue, Paris, RMN, 1977, ..

Les années 1840 : des débuts difficiles Premiers Salons vignette|redresse|Portrait de l'auteur dit Autoportrait au chien noir (1842), huile sur toile, Paris, Petit Palais. vignette|redresse|Guitarrero, jeune homme dans un paysage (1844), huile sur toile, New York, Collection Hitesman. vignette|redresse|L'Homme à la ceinture de cuir (1845-1846), huile sur toile, Paris, musée d'Orsay.

Début 1841, Courbet se sent suffisamment prêt pour oser présenter au jury du Salon une grande toile, Portraits d'Urbain Cuenot et Adolphe Marlet, qui est refusée. En 1842, il s’installe au Quartier latin et occupe son premier atelier au « 89 » rue de la Harpe, dans les anciens locaux du collège de Narbonne, qu'il loue 280 francs par an. Il fréquente, toujours en élève libre, l'académie de Charles Suisse, à l'angle du boulevard du Palais et du quai des Orfèvres, mais abandonne rapidement, jugeant les exercices (anatomie, modèle, etc.), sans intérêt. Il présente au jury du Salon de 1842 Halte de chasseurs et Un intérieur, deux petits tableaux, refusés.

Il continue à se former lui-même en dessinant et copiant au Louvre des maîtres du passé qu'il affectionne tel que Diego Vélasquez, Francisco de Zurbarán, José de Ribera, en compagnie d'un nouveau camarade, François Bonvin, qu'il a rencontré à l'académie aux cours du soir, et qui lui sert de guide. Au jury du Salon de 1843, il présente Portrait de Ansout et un Portrait de l'auteur (musée de Pontarlier), refusés.