Le comté de Chiny est une ancienne principauté féodale en terres lotharingiennes du Saint-Empire romain germanique qui a connu son apogée au avant de disparaître progressivement entre 1337 et 1364. Elle couvrait la vallée de la Chiers et une fraction de la Woëvre essentiellement en Lorraine, une partie de la Gaume ou "Lorraine belge" et du sud de l'actuelle province du Luxembourg belge, ainsi que quelques enclaves dispersées près de la Meuse tels que Warcq et Givet-Agimont. Son territoire, espace seigneuriale presque d'un seul tenant si on excepte les enclaves citées, se situait dans des actuels cantons de la Meuse, des Ardennes (France) et province de Luxembourg (Belgique). Toutefois, la dynastie comtale fut en partie vassale de la maison princière de Bar.
Définition et étendue maximale Le nom de Chiny, autrefois Chini, est aujourd'hui celui d'une petite ville belge de la Gaume. Chiny n'est, semble-t-il, qu'une simple bourgade médiévale à l'origine. Elle a connu un essor bref et limité en tant que capitale reconnue, sans jamais devenir une ville marchande.
Aussi la puissance comtale aurait pris son essor à partir de la ville médiévale par excellence qu'était Yvois et du comté homonyme d'Ivois. Yvois est située alors sur la voie commerciale entre Verdun et Saint-Hubert-d'Ardenne, elle est la ville frontalière-lieu de rencontre entre "Francia" et Empire.
Le comté d'Ivois correspondait primitivement aux deux doyennés d'Ivois et de Juvigny (diocèse de Trèves). Il s'étendait de la Meuse à la Semois et s'avançait dans l'Ardenne au nord de ce dernier cours d'eau, jusqu'au-delà de Longlier et de Neufchâteau.
Autour de la capitale au début du , se regroupent à l'origine les villes modestes ou petites bourgades d'Avioth, Bastogne, Chauvency, Damvillers (aujourd'hui en Meuse, France), Dierik, Durbuy, Étalle, Florenville, Hoffalize, Ivois-Carignan, La Roche en Ardenne, Marche en Famene, Muno, Neufchatel, Orval, Saint-Vreit, Vianden, Virton, Vaux-les-MoinesCette liste concerne les droits territoriaux du comté au début du . Un lent processus d'émancipation urbain les réduit progressivement aux siècles suivants. Le comté de Chiny accuse aussi un retrait face au comté de Luxembourg ou à la principauté épiscopale de Liège, véritables rivaux au nord.. Un lent rétrécissement s'opère, pour mieux asseoir l'autorité de la maison comtale. Dès le début du , le regroupement territorial de seigneuries, au cœur dense du comté originel, paraît assez compacte.
Entre 1221 et 1239, les comtes de Chiny transfèrent leur capitale à Montmédy, pour des raisons stratégiques et pour affirmer leur sujétion à l'Empire. Le pays de Montmédy sur la Chiers se situe en position centrale.
Le comté de Chiny s'étendait au sur l'extrême sud-ouest de l'actuelle province de Luxembourg en Belgique, et le nord-ouest du département de la Meuse en France. Il était traversé notamment par la Semois et la Chiers. Il finit par englober d'un seul tenant la plus grande partie des cantons belges de Virton, Étalle, Florenville, Neufchâteau (province de Luxembourg, Belgique), les cantons français de Montmédy, et d'Yvois-Carignan, devenu Carignan (Ardennes, France). Il avait conservé sur la Meuse la seigneurie de Warcq près de Charleville-Mézières et la seigneurie de Givet-Agimont.
Les petites villes et leurs campagnes sont mieux connues au et , alors que le comté vit ses derniers jours, se désagrège ou s'évanouit définitivement des mémoires en quelques générations. Yvois, Montmédy, Virton, Neufchâteau... sont des petites villes abritées derrière leurs remparts et leurs fossés. Elles sont connues pour leurs marchés hebdomadaires et leurs rares foires animées. Une manufacture de drap est attestée à Yvois en 1304. Pour donner un indice de leurs importances relatives, la comparaison du nombre de droits acquis de bourgeoisie peut être utilisée. Ainsi Yvois s'impose en 1340 comme une ville prospère avec 314 foyers ayant acquitté leurs droits de bourgeoisie, alors que Montmédy et Virton n'en compte respectivement que 274 et 214. Chini n'est qu'un modeste centre urbain au riche passé, avec environ une cinquantaine de familles bourgeoises. La crise démographique impulsée par les redoutables épidémies pesteuses va encore plus changer les campagnes en quelques décennies d'années. L'élevage bovin et chevalin s'impose comme une spécialité en vallée de Chiers et dans les terres riches de fourrages, alors que les champs de céréales et l'élevage ovin en partie associé marquent les plateaux plus secs ou les terres mieux ressuyées. Les peaux, sous-produits de l'élevage prolifique, et le gain des bois exploités en taillis accentuent l'essor des tanneries. L'Homme s'est certes raréfié, car il faudra encore parfois plusieurs siècles pour retrouver la densité humaine perdue, mais partout la technique hydraulique, la gestion rationnelle ou mécanique la plus impitoyable ou encore les migrations humaines saisonnières y suppléent.
Histoire du comté Le comté d'Yvois, ou pagus evodiensis, est mentionné en 923 et en 955 ; Selon la chronique de Mouzon, rédigée entre 969 et 971, la maison de Warcq qui le dirige au installe son administration à Chiny, un ancien relais carolingien, est à l'origine du comté de Chiny.
Premières lignées légendaires et fondation En 882, la légende rapporte que Bérenger est comte d'Ivois. Son fils Hildebert lui succède. Au , Rodolphe, un autre noble personnage mort avant 946 gouverne le comté d'Ivois. Il appartiendrait à la famille des Régnier. Son épouse Leva aurait été une parente de Wigéric de Bidgau, fondateur avec son épouse de la puissante maison d'Ardenne. Son fils également appelé Rodolphe (également comte du Verdunois, mort avant 962) lui succède. Ce dernier n'a d'autre héritier qu'un fils, Rodolphe, qui entre dans les ordres et devient abbé de Montfaucon.
Le comté d'Ivois aurait été momentanément envahi par le comte du Porcien, Étienne qui évinça le comte Rodolphe peu après 946. La fille d'Étienne, Mathilde, possédait par héritage des terres dans le comté d'Yvois. En 935, elle donne à l'abbaye Saint-Hubert la moitié des dépendances du domaine ou villa de Chini. Frappé de paralysie, Étienne donna vers 956 à l'abbaye de Saint-Hubert la moitié de Chauvency, situé dans le comté d'Ivois. Selon Dom Calmet, Arnold ou Arnoû serait au sens strict le premier comte d'Yvois ou de Chiny. Il avait épousé Mechtilde ou Mathilde, fille du puissant duc de Mosellane Ricuin. Lors de son mariage, il aurait obtenu l'érection du comté par son parrain protecteur, le duc Frédéric, frère de l'empereur Otton et de l'archevêque de Cologne, Brunon. Le fils aîné du noble couple ne serait autre, selon cette tradition lorraine, que le comte Otton, celui que la dynastie comtale nomme Otton Ier de Chiny.
Après 975 apparaît en Yvois le comte Otton, qui apparaît comme un seigneur de guerre et protecteur des marges de la Francia, obéissant à la tendance qui poussait les vassaux ou acteurs de cette région à franchir la Meuse, et qui, tout en agrandissant leur pouvoir, savaient se placer en allégeance de la Lotharingie soumise à l'Empire. Le nouveau titulaire reconnu avait édifié en 971 la forteresse de Warcq dans le pagus Castricius. La Chronique de Mouzon, qui rapporte ces événements, ajoute qu'Otton était du sang des empereurs ; le fait s'expliquerait s'il était fils d'Albert de Vermandois et de Gerberge, fille de Gislebert de Lotharingie et petite-fille de Henri l'Oiseleur Foundation for Medieval Genealogy..
Otton, par son service militaire à l'Empire et ses bonnes relations, réussit à se mettre en possession du comté d'Yvois, et ses successeurs l'occupent conjointement à Warcq. Après avoir choisi vers 980 de fixer sa capitale à Chiny, il en prit le nom, devenant alors le premier comte de Chiny.
Naissance d'une principauté en partie inféodée Très vite, l'ancien relais de chasse mérovingien, même agrandi, se révèle malcommode pour gouverner la principauté naissante. Yvois est toujours la ville phare, la suite comtale y réside dans un château d'apparat où le comte rend sa justiceCe bâtiment ouvert est détruit au . Chiny se dote pourtant d'un château-fort à la fin du et d'une modeste ville basse. Le comté prospère est l'objet de fortes rivalités.
Les comtes héritiers de père en fils du premier Othon restent fidèle aux héritiers locaux de la maison d'Ardenne, à savoir la maison de Bar-Mouzon, d'autant que le comté de Chiny fait allégeance pour quelques terres. Les comtes de Chiny font aussi régulièrement hommage aux comtes de Bar, dans un intérêt de mutualisation des forces militaires. vignette|Armoiries du comté de Chiny Au printemps 1189, un hommage lige est attesté entre Thibaut de Bar et Louis III de Chiny. En , Louis IV renouvelle l'hommage. En , se déroule au château de Mouzon une cérémonie d'hommage-lige avec Arnould III, fiancé de Jeanne de Chini. La proximité des lignées comtales se retrouvent dans le choix des armes du comté de Chiny, De gueules semés de croisettes d'or à deux bars adossés de même brochant sur le toutToutefois, Dom Calmet nous décrit plus simplement l'écu comtal du D'or à truites adossées, accompagnées de croisettes répandues.. Mais d'autres armes de la maison de Chiny sont connues : D'or et de gueules de huit pièces au lion de fable, brochant sur le tout.
Aussi l'inféodation reste partielle. La famille comtale s'est déjà illustré par son activité en Lorraine, surtout avec deux évêques de Verdun, au , avec Adalbéron III de Chiny (1131-1156) et Arnould de Chiny (1171-1181). Le prestige religieux est d'ailleurs associé très tôt à la lignée comtale, Arnoldus ou Arnoû II le Grand, époux d'Adélaïde, avait fondé en 1070 l'abbaye d'Orval au milieu de ses terres ainsi qu'auparavant le prieuré saint Sulpice des Prés près de Mézières en 1068 et, plus tardivement, le prieuré de Chiny, dédié à sainte Valburge ou Walpurgis en 1097 et dépendant pour sa gestion de l'abbaye Saint Arnould de MetzIl s'agit du prieuré, aujourd'hui église au pied de l'ancien château de Chiny. La charte de fondation de ce prieuré est signée par Arnoû le Grand, ses fils Othon et Louis, sa belle-fille Adelaïde. En échange, l'abbaye messine saint Arnould avait fourni un tombeau et un gisant au fondateur-donateur du prieuré, le comte Arnould II.. Le prestige religieux de la famille comtale dépassait le territoire du comté, car Halvide, la fille du comte Arnould II, avait fondé avec son mari, le seigneur de Granville, le prieuré saint-Michel en 1085. Le monastère d'Orval le plus important du comté de Chiny est aussi le plus riche de ce secteur lotharingien car il possède des biens jusqu'à la vallée du Rupt de Mad, à Ans-sur-Moselle. En 1132, sa gouvernance échoit à des moines cisterciens.
Louis de Chiny frappe des propres monnaies dans son atelier monétaire à Yvois. Arnould III de Chiny agit de même, ainsi les archéologues retrouvent parfois des doubles tournois de billon, des plaques et demi-plaques sur les terres du comté et ses abords. Mais ses monnaies imitent fortement les monnaies barroises.
Dès les années 1220, les affranchissements de communautés urbaines se multiplient. La loi de Beaumont s'applique à Avioth dès 1223, puis à Montmédy en 1239. La ville neuve de Montmédy, par cette charte, confirme son rôle de bonne ville et capitale du comté de Chiny.
L'union comtale et dynastique de Looz et de Chiny vignette|Armoiries de l'union des maisons Looz et Chiny Louis IV de Chiny n'a pas d'héritier mâle, il ne laisse que deux filles à son décès en 1226. Jeanne, l'aînée, épouse Arnould, promu comte de Looz. C'est la naissance de la seconde dynastie comtale de Looz et de Chiny, peut-être la plus connue du grand public. La maison comtale est installée dans sa capitale de Montmédy. gauche|vignette|Où sont les belles joutes ? Médaillon d'Arnold V de Looz et Chiny