Camille Papin Tissot, né le à Brest (Finistère) et mort le à Arcachon (Gironde), est un officier de marine français.

Précurseur et pionnier de la télégraphie sans fil, il établit les premières liaisons radios opérationnelles françaises en mer.

Biographie

Origines familiales

Camille Tissot est né à Brest le au 43 rue Saint-Yves dans une famille bourgeoise et protestante, d’un père officier de marine et d’une mère d’origine brestoise.

Son père, Pierre Louis Tissot, est né à Vauvert dans le Gard le , commence sa carrière comme aide mécanicien dans la Marine nationale en 1842.

Le , Pierre Louis Tissot a 44 ans, il est lieutenant de vaisseau et chevalier de la Légion d'honneur quand il épouse à Brest Adeline Alexandrine Gérardin, âgée alors de 35 ans, née à Brest le . Bretonne sur six générations au moins, avec des racines se trouvant essentiellement à Brest dans le quartier Saint-Pierre-Quilbignon, elle est issue d’une famille aisée au sein de laquelle elle a pu faire des études.

Le naît Chilarète Tissot, le premier enfant du couple Tissot, mais le petit garçon meurt subitement deux ans plus tard. Camille Tissot a alors tout juste un an et demi.

Le couple Tissot aura ensuite une fille, Esther Adèle Tissot, née le . Les deux enfants seront essentiellement élevés par leur mère, car leur père, en activité, est souvent en mer.

Carrière militaire du marin-savant Recommandé par son père, Camille Tissot entre à l'École navale, à Brest en 1884. Il n’est alors âgé que de 16 ans.

Il fait ses classes sur le navire école Le BordaLe Borda ex-Valmy (1864-1890). jusqu’en 1886. Il est ensuite affecté au port de Brest.

Dans les premières années de sa carrière dans la marine, il voyage beaucoup puisqu’en 1887 il embarque successivement sur le navire-école Iphigénie, sur le Nive, sur le Bretagne, sur le Magellan, puis en 1888, sur le cuirassé Océan. Camille Tissot gardera un bel album photo souvenir de ses différentes expéditions et de ses expériences maritimes.

Il est nommé enseigne de vaisseau le au port de Brest.

En 1890, il embarque sur le croiseur à barbettes Primauguet, puis sur le Calédonien ; pour finir, il est affecté sur le croiseur Coetlogon, duquel il met définitivement sac à terre le . Sur proposition de sa hiérarchie, et volontaire pour ce poste, il accepte d’occuper provisoirement une des chaires de physique et chimie de l'École navale, rendue vacante par l'absence de son titulaire. Au , il est nommé sur Le Borda, en rade de Brest (Commandant Charles Aubry de la Noé). Son affectation est renouvelée en 1894, en 1896, année où il devient professeur titulaire..

Il est nommé lieutenant de vaisseau le . Au , il reste affecté sur Le Borda (Commandant Octave de Bernardières) puis en 1899, 1901, 1902, 1903, ... , 1911...

Il est fait Chevalier de la Légion d'honneur, le pour ses travaux dans le domaine de la télégraphie sans fil et il reçoit avec M. Marbec le prix extraordinaire de 6000 francs de l'Académie des sciences le ..

Il restera en fait 21 ans professeur à l'École navale..

La passion des sciences lui ayant été transmise par son père, il obtient sans effort les grades de licencié ès-sciences physiques et licencié ès-sciences mathématiques pendant son service actif. C’est aussi en qualité d'officier professeur à l'École navale qu'il se consacre à l'étude des oscillations électriques et de leur application dans le domaine maritime. Il fait d'ailleurs participer ses élèves-officiers à ses expérimentations. En 1905, il soutient sa thèse sur la résonance des antennes, publiée l'année suivante, et devient docteur ès sciences.

Son côté passionné et quelque peu original lui vaut une caricature en ombre baille que l’on peut admirer aujourd’hui encore sur les murs du hall tradition du musée de l’École navale.

Suivant l’exemple paternel, Camille Tissot acquiert progressivement ses grades au cours de ses diverses affectations : : aspirant de seconde classe, : aspirant de , : enseigne de vaisseau, : lieutenant de vaisseau (3 galons),

: capitaine de frégate (5 galons panachés). Cette dernière promotion, exceptionnelle pour un marin n'ayant pratiquement pas navigué, est due à l'importance des travaux menés par Tissot pour la Marine nationale.

En 1912, il est affecté à Paris, au Laboratoire central de l’Artillerie navale et entame des recherches sur la direction optique des tirs.

Mort Pendant la Grande guerre, Camille Tissot ne dispose pas de collaborateurs et est envoyé de port en port et de station en station dans des conditions climatiques difficiles pour installer du matériel de fortune sur des bâtiments auxiliaires et pour faire des réglages de TSF sans épargner sa santé. L'ingénieur général du génie maritime Gibouin a rendu dans une étude son regret que les talents de Tissot n'aient pas été correctement employés.

Camille Tissot meurt le de maladie dans la villa Régine, 2 allée des Dunes à Arcachon (Gironde).Un musée à ciel ouvert à Arcachon : Visite et découverte du cimetière des Abatilles, Société historique et archéologique d'Arcachon et du Pays de Buch, 2021, pp. 38-39..

Déclaré mort pour la France par le président de la République Raymond Poincaré, il repose dans le carré militaire du cimetière d’Arcachon. Il était officier de la Légion d'honneur (1909) et officier de l’Instruction publique (1910).

Le physicien André Blondel a rendu hommage à la carrière de Camille Tissot lors de la cérémonie d'enterrement:

Travaux vignette|redresse=1|En 1902 : depuis le phare du Stiff, la station radiotélégraphique à cohéreur a une portée de 80 kilomètres. vignette|redresse=1|Article de Camille Tissot, accompagné d'une dédicace à Maurice Jeance, paru dans le de juillet 1906 du bulletin de la Société internationale des électriciens. vignette|redresse=0.5|Poste à écouteur de faible impédance.

Dès l’année 1896, alors que les travaux de Lodge et de Marconi concernant la TSF sont encore très peu connus, Tissot reprend les théories de Hertz et les expériences d'Édouard Branly et d'Alexandre Popov pour poursuivre, sur le « Borda », des recherches parallèles et indépendantes. Il construit lui-même son matériel de TSF avec l’aide d’Édouard Branly et du constructeur Eugène Ducretet, pour qui il mettra au point des appareils.

Le , en présence du ministre de la Marine, il établit la première liaison radio opérationnelle française en mer : entre le « Borda » et le sémaphore du parc aux Ducs à Brest. Convaincu, le ministre prescrit le au port de Brest de financer à Tissot l’achat de matériel pour lui permettre de poursuivre ses essais.

En 1898 également, il établit le contact radio entre l’île d’Ouessant et le phare de Trézien sur le continent, créant, de fait, la première station de TSF qui ait été installée en France.. Cette station deviendra Ouessant TSF, indicatif FFU (station Française Fixe de Ushant), active jusqu’en 1943 puis déplacée au Conquet après la guerre.

Avec ces appareils, Camille Tissot monte en 1899 une grande campagne d’essais et assure des communications par ondes hertziennes, d’abord entre différents points de la rade de Brest et l’église Saint-Martin, puis jusqu’à l’île Vierge (Plouguerneau) et le Stiff (Ouessant).

En 1899, Tissot publie au bulletin des travaux des officiers un rapport d’un intérêt historique remarquable, dans lequel il décrit ses travaux et expériences à travers la rade de Brest. Il émet des réserves, à plusieurs reprises, sur la qualité de certains travaux de Marconi. À l'époque de l’écriture de ce rapport, la TSF en tant que moyen opérationnel de communication n’a même pas 18 mois.

En 1900, Tissot équipe la Marine nationale de ses premiers appareils de TSF.

En 1902 : depuis le phare du Stiff, essais par Camille Tissot de la station Ouessant TSF avec un récepteur radio à cohéreur et un émetteur à arc par bobine de Ruhmkorff. Cette station à une portée radiotélégraphiques de 80 kilomètres avec une flotte de 14 navires en mer et avec Brest.

Dès 1904 : la station Ushant (Ouessant TSF) avec l'Indicatif (radio) FFU (depuis le Stiff), effectue des liaisons radiotélégraphiques sur la longueur d'onde des avec une flotte de 80 paquebotsArrêté du 7 octobre 1904 : Le ministre du Commerce de l'Industrie et des Postes et Télégraphes arrête : La station radiotélégraphique d'Ouessant est ouverte à partir du 10 octobre 1904 à l'échange des correspondances privées avec les navires en mer..

À partir de 1905, Camille Tissot fait des études très approfondies sur la détection des signaux radio. Les archives de Tissot et ses cahiers d’expériences laissent penser qu’il est celui qui a poussé le plus loin les essais dans ce domaine en France. C'est à la suite de ces travaux que Maurice Jeance et Victor Colin améliorent durant plusieurs années l'émetteur des ondes radio. Ils emploient le moyen exposé en 1892 par Elihu Thomson, c’est-à-dire l’arc électrique et utilisent l'émetteur à arc, dit Arc de Poulsen dû à l'inventeur danois éponyme Valdemar Poulsen en 1903La revue électrique, 1909, 18 La Nature : Revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie, 1914, 91 ..

En 1907, à la suite de ces essais, Tissot démontre la possibilité d’utiliser la TSF pour transmettre un signal horaire et régler les chronomètres des navires en mer.

Il saisit le , le Bureau des longitudes d’une proposition de création du service journalier d’émission de ces signaux depuis la tour Eiffel. Ce bureau procède à l’installation de ce service à partir du . Ce système sera ensuite étendu à la transmission des longitudes.

En 1907, Camille Tissot conçoit avec F. Pellin un récepteur à galène sans réglage fastidieux pour recevoir ces signaux à bord des navires de commerce.

En 1911, son expertise technique est demandée par un comité d’industriels français mené par E. Girardeau, durant la série de procès qui opposent Marconi et l’industrie française de la TSF : la Société française radio-électrique (SFR) et la Compagnie générale radioélectrique (CGR). À l'occasion de ces procès, Tissot et Ferrié chercheront notamment à démontrer certaines failles du brevet 77777 de Marconi, mais aussi l'antériorité d'expériences de certains savants français, comme Eugène Ducretet. Marconi gagne le procès en première instance contre la SFR et la CGR, mais cette décision de justice qui donnait le droit à Marconi de demander le remplacement du matériel français par du matériel de la Wireless Company ne sera jamais appliquée en France, puisqu'en 1914 Marconi se voit débouté définitivement de sa demande.

Durant la guerre, Camille Tissot fait plusieurs séjours à Bizerte (Tunisie française), pour équiper en radio des cargos charbonniers utilisés par l’armée, et travaille en même temps sur l’écoute des bruits rayonnés par les sous-marins dans la mer.

Publications vignette|redresse=0.5|Résonance de l'antenne.

Camille Tissot a écrit trois ouvrages très détaillés et clairs : Mémoire de thèse de doctorat sur la résonance des antennes (1905).. Traité sur les oscillations électriques (1906) Manuel de TSF théorique et pratique (1912), réédité jusqu’en 1932 ().

Il est aussi l’auteur de nombreux articles de vulgarisation de la TSF dans des revues scientifiques internationales, et donnera de très nombreuses conférences sur le sujet.

Décorations

(Officier de l’Instruction publique)

Hommages Bien que n’en étant pas membre, Camille Tissot intervient régulièrement devant l’Académie des sciencesSur l'emploi de détecteurs sensibles d'oscillations électriques basés sur les phénomènes thermo-électriques, présentée devant l'Académie des Sciences le 6 juillet 1908, et certaines de ces interventions sont de véritables brevets d’invention. Il reçoit plusieurs prix et récompenses de cette Académie.

Ses travaux lui ont valu d’être appelé à participer au Comité de TSF scientifique, comité dont il fut l’un des membres les plus compétents et écoutés. Il était aussi membre de plusieurs autres sociétés scientifiques à travers le monde.