Abderrahmane Amrani, connu sous le nom de scène Dahmane El Harrachi (en arabe : دحمان الحراشي), est un musicien, auteur-compositeur-interprète algérien, de musique chaâbi. Né le à El Biar, Alger, et mort le à Aïn Benian dans la banlieue ouest d'Alger. Considéré comme l'un des plus grand maîtres (cheikh) du Chaâbi, il a contribué à faire connaître ce genre de musique en l'exportant à travers le monde par de nombreuses chansons notamment Ya Rayeh. Il est le père de Kamel El Harrachi, également auteur-compositeur-interprète de Chaâbi.

Biographie Algérois originaire de Djellal dans la wilaya de Khenchela, son père s'installe à Alger en 1920 et devient muezzin à la Grande Mosquée. Après la naissance de Dahmane (diminutif de Abderrahmane), la famille déménage à Belcourt, rue Marey, puis s'installe définitivement dans le quartier populaire de El-Harrach. Benjamin d'une famille de onze enfants, c'est d'El-Harrach que Dahmane tient son surnom de El Harrachi.

Carrière Dahmane El Harrachi s'initie très tôt au banjo, il est influencé par le chanteur Chaâbi Khelifa Belkacem (décédé en 1951). À , il interprétait déjà les chansons de ce dernier. Le certificat d'études en poche, il est cordonnier puis receveur de tramway sur la ligne reliant Maison Carrée à Bab El Oued. C'est déjà un virtuose du banjo et beaucoup de chanteurs Chaâbi des années 1940 s'offrent ses services tels que : Hadj Menouar, Cheïkh M'Hamed Bourahla,Cheikh El Baouni, Abdelkader Ouchala, Cheikh El Hasnaoui.

En 1949, Dahmane part en France et s'installe à Lille, puis à Marseille et enfin à Paris, ville qu'il ne quittera pratiquement plus. Pendant des années, il se produira dans les cafés maghrébins des villes de France, et surtout avec Cheikh El Hasnaoui pour la première fois au Café des Artistes, rue de Charonne à Paris en 1952. Il interprétait le répertoire Chaâbi accompagné d'un banjo. Il constate le décalage entre la réalité de l'immigration et le répertoire maghrébin du Melhoun écrit entre le et le . Auteur-compositeur de la périphérie d'Alger loin des dictats des maîtres du Chaâbi de la Casbah, il prend la liberté de créer un nouveau langage musical et poétique. Ses chansons parlent alors du quotidien dans une écriture compréhensible par toutes les couches populaires du Maghreb, mais peu apprécié par «le culturellement correct» d'Alger et «le politiquement parfait» du régime politique de l'époque, les chansons de Dahmane El Harrachi sortant des conventions habituelles du Chaâbi. Le journaliste et chercheur Mahdi Berrached précise qu'au début de sa carrière «El Harrachi était écouté dans les cafés, les bars ou entre copains en bord de mer. Il ne rentrait pas dans les maisons».

Il enregistre son premier disque chez Pathé Marconi en 1956, pendant la guerre d'indépendance. Sa chanson portait le titre de Behdja Bidha Ma T'houl (Alger la blanche ne perdra jamais de son éclat) et compose aussi la chanson Kifech Nennsa Biled El Khir (Comment pourrai-je oublier le pays de l'abondance). Artiste original, il a modernisé le Chaâbi et a donné au banjo et au mandole un phrasé, une harmonie et des accentuations qui lui sont propres et qui le distinguent des autres chanteurs Chaâbi. Son répertoire est constitué d'environ 500 chansons dont il est l'auteur. Cassant la tradition des ‘Qacidates (poésie populaire écrite en le 16e et le 19e siècle) et du rituel des soirées Chaâbi, il a réussi à populariser Chaâbi en chantant le vécu dans la langue du peuple. Pour donner plus de contenance à ses textes lyriques, il fait très souvent appel au procédé métaphorique. Sa voix rocailleuse se prête très bien à son répertoire brossant les thèmes de la nostalgie du pays, les souffrances de l’exil, la passion pour sa ville natale, l'amitié, la famille, les déboires amoureux, les vicissitudes de la vie, la droiture, la rigueur morale tout en fustigeant la malhonnêteté, l'hypocrisie, l'ingratitude et la mauvaise foi.

Sa notoriété s'accroit auprès de la diaspora algérienne, après le Festival de la Musique Maghrébine tenu au début des années 1970 à La Villette à Paris.

En 1973, il sort le titre Ya Rayah (Celui qui s'en va), qui traite de l'émigration, du départ et de l'exil sur le 45 tours où figure le titre Elli Fat Mat (Ce qui est passé est mort ) en face A. Le titre Ya Rayah, connaitra un grand succès à sa sortie en France et deviendra son titre le plus connu jusqu'à devenir un tube planétaire quand Rachid Taha reprendra la chanson en 1997 (cf. rubrique Postérité).

Découvert sur le tard par la nouvelle génération en Algérie, il ne se produira officiellement en public qu'en 1974 à la salle Atlas d'Alger où il remportera un franc succès. Durant son exil à Paris, il vivra de ce qu'il gagnait au jour le jour, dépensant le soir ce qu'il avait touché durant la journée, même s'il avait parfois des revenus supérieurs à ceux de Oum Kalsoum. Dans les années 60-70, on le verra fréquemment avec une mandole en main, déambulant de café en café à Barbès, rue de Charonne et dans la banlieue nord. Il y côtoiera les voyous du nord de Paris, portant le même costard-cravate l'hiver et bleu Shanghai l'été, sauf qu'au lieu de monter des braquages il compose, dans un coin du café, ses chansons dans son calepin, inspirées par ce qu'il voyait : les conditions de vie et la vague à l'âme des ouvriers immigrés.

Le , Dahmane El Harrachi se produit dans un cabaret, ceux qui l'ont vu ce soir-là ignoraient qu'ils assistaient à sa dernière performance. Sur la corniche à Aïn Benian, à 19 km environ à l'ouest d'Alger, il décède dans un accident tragique alors qu'il sortait du restaurant chez Sauveur à la Madrague, où il aimait déguster des crevettes et croiser les figures et les voyous de Barbès rentrés au pays.

Postérité Sa chanson la plus célèbre Ya Rayah (Celui qui s'en va), qui traite de l'émigration, du départ et de l'exil, a connu un grand succès à sa sortie en France en 1973. Rachid Taha la reprendra en 1997, et la chanson connaitra un succès planétaire, ravivant l'héritage musical et consolidant la légende de Dahmane El Harrachi.

«Il n'aurait jamais imaginé que Ya Rayah (écrite en 1973) allait devenir un succès mondial, repris en grec, en turc, dans des défilés de mode de Versace à Miami et même des soirées bien françaises», raconte le journaliste Farid Aïchoune, dont le père était un intime du chanteur. «Depuis la création du groupe Carte de séjour, j'ai toujours fait des incursions dans le répertoire des musiques populaires du Maghreb. Il fallait juste attendre des opportunités, des possibilités et la confiance de la maison de disques pour reprendre les anciens. Comme au cinéma avec le film Vivre au paradis, c'est un besoin, une sensibilité du moment de recourir au passé des immigrés», précise Rachid Taha.

Dahmane El Harrachi laisse derrière lui plus de 500 titres musicaux et à la télévision algérienne trois enregistrements live et un téléfilm Saha Dahmane (Salut Dahmane), dans lequel il joue son propre rôle de chanteur Chaâbi, tourné juste avant sa disparition en 1980. Son fils, Kamel El Harrachi, également auteur-compositeur-interprète de Chaâbi, et d'autres artistes contemporains font vivre son répertoire au travers de reprises.

En 2014, sort le film documentaire Thaourate El Harrachi (La Révolution d' El Harrachi), écrit par Mourad Ouabbas et réalisé Farah Alame, qui retrace la carrière artistique de Dahmane El Harrachi. Dans le documentaire, la parole est donnée à certains artistes qui ont côtoyé El Harrachi, comme Kamel Hamadi ou Cheikh Namous, et à ceux qui ont repris ses chansons, comme Cheb Khaled.

Discographie

Zouj hmamet Ach eddani nkhaltou Khabbi serek Elli fat mat Ya Rayah Yal hajla Maak maak Elli yeddi hak ennas Ennjoum fellil Ansibek Saafni ouensaafek Ghir El barah Ma idoum ghir essah Ya leyam aâlèche elghdar Ennoujoum fellil Ma zal elhlal iban Ana houaya meryouh Edenya dahak outbeki Men soghri ana fel houl Mazal nessmaâ ounchouf Yal baghadni âffni Dir h'sabek ouakrah Elli yezra errih Ya nakkaret elmelh Elli hab slahou Ya kassi Elli moulou' belhoua S'hart ellil Ghabou enjoum Mazalni maak n'kassi Ya mendra ya rabbi Elli ma bgha yebghini Ya ness el houb fnani Ah ya bachar Ouine saadi Choufou lelouad El haraka ouessoukoune Hadik el ghamza Enta houa sbaibi Ila kanek aouam Ma bini oubinek ghir elkhir Rabbi blani bettassa L'USMMC Ana hammi yekfini Khelli fi kalbek ya flène Ness el houma Ghozali Kalou essabar inel rayi houa sbabi Khaliouni Ma rayi kiss kabl ma teghis Saafni oua nsaafek Ghir el barah Ghab âliya h'bib kalbi Ma yesthas beljamra Ya elbahdja el bahia Elli yeddi hak ennesse Ya Hasra Al L'Ghram Alache Ya Bnadem Ya d'zaïr kalbi tlem charâ allah ya lehbeb Aâleche ya s'heb Anser ma yeteraba Khedim erdjel El hal ahroub âliya Sel aâla men issel alik Azmane ma aâtali dala Alhak aâlih ennour Koul tir yelgha belghah Kablouni rabaâ riah Rouh ouennsani Rod balek ya oulid ennasse Aâdhrouni ya lehbab Ghourro bik el âdiyanne Maaraft alèche Enti rahti Dirha fi enniya Lakhbar idjibouh touala Hassebni ou Khoud Krek Lazem Essmah Binatna Assanet Ouafhem el ouelf saïb Mazalna hayine Ya rabbi ya sattar Rah ellil Sidi rabi ouache kal Aktebt abria Elli Yeddi Hak Enass Kalbak aksih Sbah el khir Chahdou alik el ibed N'challah mazel ya h'babi Kiss kbel ma teghis Zhit Maa Hbabi Ila Tebghi N'idlek Choufou Lahbab Eljafyine el moknine ezzine Ouine houma h'babna Ouallah Maderit Ya El Ghalet Ya h'lilou elli maandouche Lektaf Elli Rah Oulla Aaleche ya kelil El Khir El aabde el meghiare eddenia bel oujouh Alèche ma fik enniya ya el âadra lahouaouia Loukène ja leklam Ouine h'babi Allah yehdi ma khlak biled el khir Rayi ezzahouni Maikoun illa khatrek Bahja bida Alik rani memhoun Elli Yezraa errih Ya Nekaret El Melh Elli yehab slahou ya kassi Elli Moulou Belhoua Seharet Ellil Ghabou Enjoum Ach'hal Ayit Elli Tsibou Ya Ouih Elli Ghfel Ya Sayelni Ya Tir Elqafs Jarab Qarrab Li mahou lik Madha yejralou Ezzoukh Ma Izid Fi Rojla Koul Ouahed Yelaab fi laabou Men nehoua rouhi oua rahti Dir h'sabek ma tadkhoul fi h'sab ennasse Kolli oueche djabek liya Men sabni n'koun Choufou lezzmane Natloub laâfou Khmouss âlik jabrine aâlik Khmouss âlik esser aâliya el ouakt sayib ya oukhiyi Rah bayenne Ched fi hormek ya flène Ya men dra ya rabbi Ch'hel djrit Mwehla dak elmechemoume jarraat maak ahmoum dahmane elharrachi ât maak ahmoum Ibed el youm saab Yarhem elli mat ou khella khoud ma aâtak allah Enta enta. elli b'nit el fekha b'nit el fekha Bini ou binek elhassadine H'sebtek men ahl el khir K'taat lebhour Khoud ha men and echebaâne Ahlefte bimine akbir Ma jeb âlik meddah Kifeche rah Ila tebghi n'tallâou ennhar Naâdher khatri megouah Sal wa essaal elli chayef Ch'hel ouana m'saafek Hajou aâliya lechouak Khallini nertah Mabkate el gousra oual zhou Bacharni belkheir fel heyete Alache madjiti a lalla Ana Moulou' bel houa Assabhia khabbara Tallete ouahd el ghazala Ana loughram addani Aâlache ardjaate barani Gouli ouâlache Kalbi abghak Assannate ghir lel klem Annas belfaayel tafkhour Khlass ana ouayak Allah yehdik idli Ache Issaber Khatri Anaya Chehal Addite Maak el goumri Aleche kalbek taammar ghebane Ana Nahouak Yali Nsitini Men'Balek Ayit nsabbar fi kalbi Enta elli kedhebt aaliya. Ana nahouak

Cinéma En 1980, Dahmane el Harachi a joué son propre rôle de chanteur de Châabi dans un film intitulé "Saha Dahmane" (Salut Dahmane), réalisé par Salim Benkadi, tourné juste avant sa disparition.

Décorations

50x50px Ahid de l'Ordre du Mérite National d'Algérie.

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Chaâbi Algérien Musique Algérienne Ya Rayah Sanâa (musique) Kamel El Harrachi

Bibliographie Algérie-Actualité, 981, du 2 au Algérie-Actualité, 1234, du 8 au Révolution africaine, 1332, du Révolution africaine, 1357, du 2 au Le Soir d'Algérie, Horizons,

Liens externes