thumb|upright=2|alt=carte noir et blanc ancienne|Les aspirations irrédentistes dans les Balkans en 1912, dont la Megali Idea. La participation de la Grèce dans les guerres balkaniques est un épisode de l'histoire de la Grèce moderne. Les guerres balkaniques, qui se déroulèrent en deux temps dans les années 1912-1913, permirent au royaume de Grèce une grande expansion territoriale grâce à ses victoires.
La première guerre balkanique opposa l'Empire ottoman et la Ligue balkanique, une alliance de la Bulgarie, de la Grèce, du Monténégro et de la Serbie. La guerre fut déclarée par la Ligue le et se termina le avec la signature du traité de Londres. La Grèce combattit sur deux fronts : à l'est vers la Thessalie et la Macédoine et à l'ouest vers l'Épire. Sa principale armée, celle de Thessalie, prit de nombreuses villes dont Thessalonique, son principal objectif, et cela quelques heures avant les troupes bulgares qui désiraient aussi s'en emparer. Cela fut source de tensions dans les mois qui suivirent et une des causes de la deuxième guerre balkanique. L'armée grecque d'Épire prit son objectif, la capitale régionale Ioannina le après avoir été longtemps arrêtée à Bizani. Puis, elle s'engagea plus au nord dans la région disputée d'Épire du Nord qui fut ensuite source de tensions avec l'Italie et la jeune Albanie. Les victoires de la Grèce et de ses alliés furent facilitées par la maîtrise totale des mers par la flotte grecque, la seule véritable flotte de guerre lors de ce conflit. Elle coupa une bonne partie des communications de l'Empire ottoman et en confina la flotte dans les Dardanelles. Elle affirma sa suprématie lors des batailles navales d'Elli et Lemnos.
Les négociations de paix qui se tinrent principalement à Londres à partir de concernèrent plus le partage du butin entre les vainqueurs que le sort réservé au vaincu ottoman. Les tensions montèrent entre alliés, particulièrement avec la Bulgarie se considérant lésée sur le partage de la Macédoine, ce qui entraîna la deuxième guerre balkanique. Serbie, Monténégro et Grèce, auxquels se joignirent la Roumanie puis l'Empire ottoman, affrontèrent alors la Bulgarie. Les hostilités, que tous les belligérants attendaient et préparaient, furent déclenchées par la Bulgarie qui attaqua la Grèce et la Serbie dans la nuit du 29 au . Très rapidement, les forces bulgares furent partout repoussées, jusqu'à l'intérieur même de leurs frontières d'avant 1912. Les batailles furent très sanglantes, comme celle de Kilkís. La dernière bataille du conflit, la bataille de Kresna, se déroula dans les derniers jours de juillet. Cette ultime contre-attaque bulgare faillit écraser une armée grecque épuisée et à la limite de ses lignes de ravitaillement. Le roi et commandant en chef des forces grecques, Constantin manqua d'être capturé. La bataille s'arrêta avant toute véritable décision militaire lorsqu'un armistice politique fut signé le . La Grèce obtint au traité de Bucarest l'Épire, sans toutefois l'Épire du Nord, la Macédoine et la Thrace occidentale ainsi que la Crète.
Contexte international
Les guerres balkaniques sont à replacer dans un vaste contexte de montée des sentiments nationaux, dégénérant en nationalismes. Les concepts français et allemand d'identité nationale, définis au début du allaient à l'encontre de la définition ottomane du millet qui accordait une certaine autonomie aux différents groupes culturels de l'Empire en général et des Balkans en particulier. Des nations balkaniques étaient déjà apparues, contre le concept ottoman du millet et selon les conceptions occidentales de la nationalité : la Serbie en 1803 et la Grèce en 1830. Ensuite, les unités nationales « par le fer et par le feu » de l'Italie et de l'Allemagne en 1871 avaient montré que la voie militaire était une solution pour atteindre le but national. Cependant, le but national que s'étaient fixé les différentes nations balkaniques variait et se contredisait. Souvent, un ancien grand État historique était la référence : l'Empire de Stefan Dušan pour la Serbie ; les royaumes de Siméon ou d'Ivan Asen II pour la Bulgarie ou l'Empire byzantin de Basile II le Bulgaroctone (Tueur de Bulgares) pour la Grèce. La Macédoine se trouve à la croisée de ces trois États. La Bulgarie, créée lors du traité de San Stefano du , l'avait obtenue par ce même traité, mais elle l'avait perdue quelques mois plus tard lors du congrès de Berlin (-).
La Macédoine
La Macédoine était peuplée de Grecs, de Bulgares, de Serbes, d'Albanais, de Turcs et de Valaques. +Statistiques comparées de la population macédonienne Estimation bulgare (1900) Estimation serbe (1900) Estimation grecque (1904) Estimation turque (1905)Population totaleBulgaresGrecsn.c.Serbes700n.c.n.cTurcsn.c.
Tous les pays avec des minorités ethniques dans la région essayaient d'y faire avancer le plus possible leurs intérêts. La Grèce et la Bulgarie y soutenaient des bandes de combattants irréguliers depuis les années 1890 : « makedonomakhoi » et « andartes » pour les Grecs et « komitadjis » de l'« Organisation révolutionnaire intérieure macédonienne » (ORIM) organisée en comités pour les Bulgares. Un intense travail de propagande, création d'écoles ou d'orphelinats par exemple, était aussi mené. Des combats sporadiques avaient lieu entre komitadjis et andartes ; entre andartes et gendarmes turcs, mais principalement entre komitadjis et gendarmes turcs. Les exactions étaient nombreuses : pillages, incendies ou assassinats. L’ottomanisation menaçait de faire regagner du terrain aux Turcs en Macédoine, ce que ne pouvaient accepter les autres pays balkaniques, d'autant plus qu'un nationalisme albanais commençait à faire valoir des revendications albanaises sur la région.
La révolution Jeunes-Turcs et la faiblesse ottomane
thumb|alt=photographie noir et blanc : une foule dans la rue devant des bâtiments à dôme et minarets|Manifestation contre le Sultan à Constantinople, 1908. La révolution des Jeunes-Turcs inquiéta les non-Turcs de l'Empire ottoman, ainsi que les pays voisins. Les premiers espoirs suscités par cette révolution libérale qui avait promis l'égalité entre les différents groupes ethniques de l'Empire commençait à s'estomper devant la politique d’ottomanisation. La question de la Macédoine recommençait à se poser avec de plus en plus d'acuité.
Au même moment, l'Empire ottoman montrait sa faiblesse, malgré les mesures Jeunes-Turcs. L'Italie, qui se cherchait un empire colonial, avait attaqué et vaincu l'Empire ottoman et s'était emparée de la Libye et du Dodécanèse en 1911. Giovanni Giolitti avait promis de rétrocéder ces îles à la Grèce, mais il n'en avait finalement rien fait. Si la Grèce ne se joignait pas au mouvement anti-ottoman qui se dessinait, elle risquait de se retrouver exclue du partage futur de la Macédoine, comme elle s'était vue refuser le Dodécanèse. Elefthérios Venizélos, alors Premier ministre en Grèce, hésitait en effet à attaquer ouvertement l'Empire ottoman, à cause des nationaux grecs présents partout sur le territoire de l'Empire et potentiellement à la merci de représailles ottomanes.
Enfin, en 1908, l'Autriche-Hongrie avait définitivement annexé la Bosnie-Herzégovine, profitant de la faiblesse ottomane. Vienne se plaçait de plus en plus dans les Balkans et son diplomate, Aehrenthal, responsable de l'annexion de la Bosnie, avait très clairement énoncé les vues autrichiennes sur Thessalonique.
Création de la Ligue balkanique thumb|left|alt=photographie noir et blanc : portrait d'homme chauve barbu à lunettes|Elefthérios Venizélos. Cette situation (déclin ottoman et montée des concurrences italienne et autrichienne) poussa les États de la région à essayer de s'entendre, au moins dans un premier temps. Tout un « réseau » de relations, d'accords et d'ententes pas toujours ni bien finalisés ni même rédigés se mit en place. Le premier accord fut signé le ( calendrier julien) 1912 entre la Serbie et la Bulgarie. Les deux États ne s'entendaient pas, mais ils ne pouvaient rien refuser à leur protecteur, la Russie, qui les poussa à signer un traité d'alliance contre l'Empire ottoman qui prévoyait un partage de son territoire européen (Thrace pour la Bulgarie, Kosovo et Albanie pour la Serbie et partage nord-sud de la Macédoine arbitré par le tsar). Cette alliance défensive était aussi tournée contre l'Empire austro-hongrois. Le Monténégro signa des conventions avec la Serbie et la Bulgarie. La Grèce, quant à elle, avait des accords, non écrits, avec la Serbie et le Monténégro. Le fait que les accords n'aient pas été mis noir sur blanc ne posait pas de problème, puisque les revendications de ces trois États n'entraient pas en conflit. Le problème était de fermer le cercle, entre la Bulgarie et la Grèce qui s'affrontaient, indirectement depuis vingt ans en Macédoine. Cependant, chaque pays avait besoin de l'autre pour défaire l'Empire ottoman : la Bulgarie avait la plus forte armée et la Grèce avait la seule marine. Le Premier ministre grec Elefthérios Venizélos finit par convaincre ses interlocuteurs à Sofia en suggérant de renvoyer la question du partage du butin à après la victoire. L'accord fut signé le (julien) complété le (julien). Il s'agissait avant tout d'un accord défensif valable trois ans, dirigé contre l'Empire ottoman, et donc peu précis quant au partage des territoires en cas de victoire. La Bulgarie était persuadée de l'incapacité de l'armée grecque. Elle était donc aussi persuadée qu'elle pourrait très rapidement s'emparer de la majeure partie de la Macédoine, au détriment de son alliée. Le mois suivant, en , l'alliance gréco-serbe fut finalement mise par écritC. M. Woodhouse, op. cit., ..
La Roumanie n'entra pas dans la Ligue balkanique car Venizélos avait exprimé de grandes réticences à l'entrée de ce pays dans l'alliance contre les OttomansD. Michalopoulos, Attitudes parallèles., ..
Les forces en présence Situation générale thumb|alt=photographie couleurs : un petit canon bleu|Le canon de 75 Modèle 1897 (employé exclusivement dans l'armée française, jamais dans les guerres balkaniques). Les armées de nations balkaniques étaient assez similaires car elles étaient calquées sur le modèle des armées occidentales. Elles avaient (hormis celle du Monténégro) adopté le système de l'état-major à l'occidentale. Leurs officiers avaient été formés dans les écoles de guerre occidentales : en France, en Allemagne, en Russie ou en Italie. Ils avaient tous adopté le concept d'offensive à outrance, théorisé par le général Grandmaison. Leur équipement provenait (en majeure partie) des arsenaux occidentaux. Ainsi, les canons étaient dans toutes ces armées un mélange de Krupp datant un peu et de Schneider-Creusot de Modèle 1912, plus modernes. Les soldats de base étaient dans toutes ces armées des paysans illettrés endoctrinés par la propagande patriotique. De plus, les minorités ethniques n'étaient pas incorporées.
L'armée ottomane était quant à elle dans une situation différente. Réformée dans la seconde moitié du par des officiers allemands, elle avait pu écraser la Grèce lors de la guerre de 1897. Cependant, ensuite, elle avait décliné. Les Jeunes-Turcs avaient entamé une nouvelle réforme après 1908, avec l'aide d'officiers allemands pour l'infanterie et britanniques pour la marine. En 1912, ces réformes étaient loin d'avoir porté leurs fruits. Un corps d'officiers formés à l'occidentale était encore seulement en voie de création. Si l'armée régulière (nizam) était assez bien équipée et entraînée, elle était peu nombreuse. L'Empire ottoman comptait sur une vaste réserve d'infanterie (redif) mal équipée, mal entraînée et mal commandée. De plus, cette réserve était composée de troupes issues de multiples ethnies de l'Empire, sans aucune loyauté pour celui-ci, et prêtes à déserter à la première occasion, comme ce fut le cas lors des guerres balkaniques.
Les troupes grecques thumb|left|alt=photographie couleurs : un petit canon kaki|Le canon Schneider-Danglis 06/09