Maurice Marinot, né le à Troyes, où il est mort le , est un artiste peintre et artisan verrier français.

Biographie Maurice Marinot est issu d'une famille de bonnetiers. Il convainc en 1901 ses parents de l'envoyer à l'École des beaux-arts de Paris où il intègre l'atelier du peintre académique Fernand Cormon. Jugé trop original, il est bientôt renvoyé, mais continue, en l'absence de Cormon, à y venir peindre.

En 1905, Marinot expose ses peintures avec les Fauves au Salon des indépendants puis au Salon d'Automne.

En 1911, il visite la verrerie-cristallerie des frères Eugène et Gabriel Viard à Bar-sur-Seine. Ceux-ci mettent à sa disposition toutes les ressources de leur établissement. Ses débuts consistent à décorer d’émail des verres exécutés d’après ses dessins, en tirant parti pour cela de ses expériences picturales. En 1912, il expose ses créations à la Maison cubiste, conçue par André MareLa façade est de Raymond Duchamp-Villon, la décoration intérieure est de Mare, les peintures de Fernand Léger, Albert Gleizes et Jean Metzinger, les vases, carafes et bouteilles de Marinot.. L'année suivante, sa première exposition individuelle se tient à la galerie d'Adrien Hébrard.

La première guerre mondiale interrompt ses travaux verriers. De 1914 à 1917, il est soldat au Maroc, mais trouve le temps de réaliser de nombreux dessins et aquarelles.

Après la guerre, il retourne à Bar-sur-Seine et pratique la gravure à l’acide et la taille à la roue avant de s’initier à la pratique du verre soufflé qu'il est capable de réaliser lui-même à partir de 1923. À partir de 1927, il le traite en très forte épaisseur, et pratique le modelage à chaud de pièces épaisses et d’un seul bloc.

Maurice Marinot expose tous les ans ses créations à la galerie Hébrard, ainsi qu’à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, tout en s’élevant contre le terme « décoratif » : « Je m’élève contre le mot de décorateur, ma verrerie est un acte aussi gratuit que la peinture ou la sculptureCatalogue de la Donation Florence Marinot, Rouen, 1985, cité dans .» De fait, indifférent envers un quelconque sujet, à l’opposé de Gallé ou de Lalique, artistes mais aussi industriels intéressés par la fabrication en série, Marinot façonne, seul, des objets uniques et parfaitement inutiles, qui naissent les uns des autresJean-Luc Olivié, Maurice Marinot : l’œuvre en verre, dans . On estime que, dans toute sa carrière, il n’a pas produit plus de , avec une moyenne annuelle inférieure à 200, car il détruit toute pièce qui ne lui donne pas entièrement satisfaction.

En 1932, Marinot expose à New York dans la galerie de Joseph Brummer. Le catalogue est préfacé par Walter Pach.

La verrerie Viard Frères ferme en 1937. Marinot cesse le travail sur verre, mais continue à peindre. En 1944, les bombardements alliés sur Troyes frappent son atelier, détruisant une partie de ses peintures, des dessins et une grande partie de ses verreries. L'artiste poursuit son œuvre, secondé par sa fille Florence. À partir de 1950, les expositions collectives commencent à reconnaître sa place dans le mouvement fauveParis, Musée national d'Art moderne, 1951 et 1966 et son apport fondamental dans l'art de la verrerieL'Art du verre, Paris, Musée des Arts décoratifs, 1951..

Marinot meurt à Troyes le 8 février 1960.

En 1939, il s'était lié d'amitié avec Pierre et Denise Levy, industriels troyens. En 1976, ce couple fait un important don de ses œuvres au musée d'art moderne de Troyes. Florence Marinot donne également une partie des œuvres de son père aux villes de Grenoble, Lille, Limoges, Lyon, Nice et Rennes. Elle fait don des archives à la Bibliothèque d'Art et d'Archéologie de l'Université de Paris.

Peintre L’œuvre picturale, éclipsée par le succès de ses verreries, est longtemps oubliée. Marinot ne l'expose plus après 1912, même s'il ne cesse jamais de peindre et de dessiner.

Lorsqu'il étudie chez Fernand Cormon, Marinot réalise des études quasiment sculpturales où le coup simplificateur du pinceau, presque à la truelle, modèle avec sobriété le sujet, sans se soucier aucunement des détails, des traits des visages et des mains et des accidents de l’environnement. Mais la substance des êtres et des choses représentées est là, comme nourrie du dedans, poteléeVictor Beyer, Le peintre Maurice Marinot, dans .

Ses premières œuvres exposées, particulièrement colorées, le font classer parmi les Fauves, quoique leurs sujets calmes et intimistes le rapprochent des Nabis. C'est un « fauve tendreExpression de Jean-Jacques Lerrant, dans son compte-rendu de l’exposition Marinot (Musée de Lyon, 1965), citée par », son pouvant tour à tour être éprouvé comme une réduction de la force brutale et libérante de la couleur dont l’espace ne serait pas contraint, et, à l’inverse, comme une appropriation sereine et mesurée du sujet, révélé dans toute sa complexité structurelle et spatiale, avec une connotation ludiqueVictor Beyer, Le peintre Maurice Marinot, dans .

Après 1911, son style pictural change radicalement et il entre dans ce qui a été nommé sa « période noire », avec des tons noirs et gris, une rugosité de contours, et des sujets limités à sa famille et à des amis proches. L’amour de la matière et des beaux volumes nés de la pratique du modelage à chaud, en verrerie, l'amène à une sorte de conception sculpturale de la peinture, où sa pâte fortement maçonnée met en relief de puissants contours qui font inévitablement penser aux formes massives de ses verres. Les juxtapositions colorées, alertes et dansantes de l’intimisme joyeux ont fait place à la lumière sourde et pesante d’un intimisme plus grave. La gamme austère des œuvres de cette époque rappelle le camaïeu des cubistes, mais la pâte épaisse et luisante recèle, dans les fonds ocres, une force lumineuse contenue qui affleure dans des empâtements bistres ou rosés.

Une des constantes de l’œuvre picturale de Marinot est le paysage. Il s'approprie la nature d'une manière large, synthétique, presque symbolique : des masses d'arbres concentrées, puis liées entre elles par des bandes souples et neutres de terrain, de collines, de nuages auxquels répondent en les reflétant une grande plage de rivière ou de champs. Cette nature n'est pas descriptive, familière, mais plutôt incantatoire, montrant une certaine complaisance à l'égard des éléments saisis dans leur force dramatiqueVictor Beyer, Le peintre Maurice Marinot, dans

Dans sa dernière période, Marinot réalise une série, littéralement obsessionnelle, de Soleils. Une même plaine, indécise, assiste à la trouée du ciel comme celle du feu dans le magma d’un cratèreVictor Beyer, Le peintre Maurice Marinot, dans , ou comme la flamme du four de verrier.

Verrier L’œuvre de verrier de Marinot est traditionnellement découpée en quatre séries techniques successives : émail peint ; gravure à l’acide ; décor intercalaire ; modelage à chaud. Mais la richesse créative traverse de façon beaucoup moins linéaire cette évolution techniqueJean-Luc Olivié, Maurice Marinot : l’œuvre en verre, dans . Excepté le décor à l’émail, il n’y a pas de passage strict d’une technique à une autre mais l’emploi continu de tous les procédés.

Dans les pièces émaillées par lesquelles il débute, Marinot substitue à l’univers précieux et pervers de salon du peintre-illustrateur, une imagerie naïve, tendre et champêtre qui ne sombre pas dans la mièvrerie, mais évoque la simplicité d’un décor archaïque. Il utilise la peinture émaillée pour créer des fleurs, des oiseaux, et des figures simples et volontairement naïves, bien que ses motifs aient également un aspect géométrique. Le verre et les émaux ne sont que les substituts de la toile et de la peinture. Malgré l’originalité du support, Marinot agit en dessinateur et s’attache plus au décor qu’à la matière elle-même.

Son style se développe à partir de la gravure à l’acide, qui lui permet d’obtenir un fort contraste entre le corps du verre et le motif gravé, ce qui l’amène à travailler avec un verre de plus en plus épais. Il est également fasciné par les bulles qui se forment dans le verre et parvient à contrôler leur taille, leur densité et leur couleur. Il réussit également à piéger des couches de verre coloré entre deux couches de verre transparent, à l’aide d’oxydes métalliques insérés dans le verre en fusion. Leur couleur semble changer selon l’intensité et l’angle d’une source lumineuse. Le terme de employé par Marinot pour qualifier ce décor enfermé entre deux épaisseurs de verre transparent est explicite. Le choix éclatant des couleurs : du rouge, du blanc et du noir, montre que son œuvre verrière prolonge la période fauve de son œuvre de peintre.

Le modelage à chaud est sa dernière manière. C'est sur cette technique, qu’il commence à pratiquer en 1927, qu’il laisse le plus de notes : . Marinot parle volontiers de sculpture à chaud. Car s'il commence par dessiner la forme qu’il souhaite réaliser, il laisse le poids et les caractéristiques de la pièce en fusion dicter une partie de la réalisation.

Ces verreries Œuvres en verre

Œuvres picturales Les tableaux de Maurice Marinot sont présents dans les collections de plus d'une dizaine de musées en France, en Irlande, au Royaume-Uni, aux États-Unis. Composition - Personnages dans un paysage, 1901, Troyes, musée d'Art moderne. Voir en ligne Sans titre, 1902, Paris, musée d'Art moderne de la Ville. Voir en ligne Femmes lisant dans un paysage, 1904, Sète, musée Paul-Valéry. Étude vidéo en ligne, 2'21 Femme lisant et nu, 1903, Troyes, musée d'Art moderne. Voir en ligne Marcelle, 1904, Dublin, National Gallery of Ireland. Voir en ligne Étude d'atelier, 1904, Saint-Étienne, musée d'Art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole. Voir en ligne Étude de Femme âgée, 1905, Saint-Étienne, musée d'Art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole. Voir en ligne Étude pour "David", 1905, Dublin, National Gallery of Ireland. Voir en ligne

Hélène lisant, 1905, Louisville, Speed Art Museum. Voir en ligne Intérieur à la chaise cannée avec Hélène,1905, Paris, musée d'Art moderne de la Ville. Voir en ligne Nu à l'atelier, 1905, Lille, palais des Beaux-Arts. Voir en ligne Portrait de Mademoiselle J.M.(étude), 1905, Lyon, musée des Beaux-Arts. Voir en ligne Portrait de Périer, 1905, Paris, musée d'Art moderne de la Ville. Voir en ligne Église des Noës, un après-midi d'avril, 1905, Troyes, musée d'Art moderne. Voir en ligne Vue prise d'un cinquième à Paris, 1905, Troyes, musée d'Art moderne. Voir en ligne Intérieur, femme lisant, Hélène, 1906, Paris, musée d'Art moderne de la Ville. Voir en ligne Bouquet de roses chez les parents de l'artiste, 1906, Paris, musée d'Art moderne de la Ville. Voir en ligne Paris, vue sur le Luxembourg, 1906, Paris, musée d'Art moderne de la Ville. Voir en ligne Trois Femmes au jardin, 1907, Saint-Étienne, musée d'Art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole. Voir en ligne Jeune femme et son enfant, vers 1907, Paris, Centre Pompidou- Musée national d'Art moderne. Voir en ligne L'enfant nu, 1908, Paris, musée d'Art moderne de la Ville. Voir en ligne Femme dans un paysage, 1908, Troyes, musée d'Art moderne. Voir en ligne L'Enfant à la rose, 1909, Saint-Germain-en-Laye, musée départemental Maurice-Denis. Voir en ligne

Paysage, 1910, Saint-Étienne, musée d'Art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole. Voir en ligne Danaïde, 1910, Paris, musée d'Art moderne de la Ville. Voir en ligne Femme à la draperie, 1911, Paris, musée d'Art moderne de la Ville. Voir en ligne Maroc, 1917, Troyes, musée d'Art moderne. Voir en ligne Maroc, 1917, Troyes, musée d'Art moderne. Voir en ligne Maroc, 1917, Troyes, musée d'Art moderne. Voir en ligne Marocain au bord de la mer, 1917, Lille, palais des Beaux-Arts. Voir en ligne Paysage, le soir, période noire Troyes, musée d'Art moderne, Voir en ligne Portrait de Florence au chapeau, 1924, Dublin, National Gallery of Ireland. Voir en ligne