Le peuple sherpa est un groupe ethnique originaire du Tibet. En tibétain, shar désigne l'« est » et pa est un suffixe qui signifie « peuple » : d’où le mot Sharpa ou Sherpa, désignant ceux qui viennent de l'est. Il y a environ , les Sherpas ont quitté la province du Kham, située dans l'Est du Tibet (bouddhiste), pour venir s'établir dans les hautes vallées himalayennes du Népal, notamment dans la vallée de Khumbu.

Les Sherpas sont au nombre de selon les données du recensement de 2001. Ils font partie d'un groupe plus vaste, qui habite tout le long de la frange nord du Népal à la frontière du Tibet, que l'on désigne par le terme « Bothia » en népali, lequel sert à identifier ceux qui viennent du Tibet (Both), par delà l'Himalaya.

Pour les Occidentaux, le terme sherpa, employé comme nom commun, désigne aussi les porteurs (20-30 dans une expédition) et les guides (4 ou 5), habituellement tous de l'ethnie Sherpa, qui aident les alpinistes sur les sommets himalayens ; ainsi que, par extension, en diplomatie, les hommes et femmes de l'ombre qui portent les documents et préparent les grandes réunions internationales de dirigeantsSherpa, CNRTL..

Histoire Les Sherpas actuels sont un groupe humain d'ethnie tibétaine vivant à haute altitude (entre et environ) dans les montagnes himalayennes du nord-est du Népal. Ils constituent une des nombreuses minorités ethniques qui habitent ce pays. Leurs ancêtres émigrèrent au Népal depuis la région du Kham dans le nord-est du Tibet, à la fin du et au début du : . Poussés par les luttes politico-sociales, les litiges religieux et les invasions mongoles secouant alors le Tibet, ils gagnèrent le sud et franchirent l'Himalaya par les cols donnant accès au Népal oriental, notamment le Lamjura La et le Nangpa La. Ils débouchèrent dans les hautes vallées de la Dudh Kosi. Certaines familles s'établirent au pied de l'Everest tandis que d'autres se fixèrent plus au sud. Arrivant par vagues successives, d'autres groupes tibétains vinrent grossir les rangs des premières communautés tribales sherpas et repoussèrent les limites de leur habitat en migrant dans d'autres valléesSherpa - L'habitat des sherpas, Un peu d'histoire, sur le site Zone Himalaya.

Une étude génétique publiée en 2017 a montré que les Sherpas sont une population remarquablement isolée, avec peu de flux de gènes provenant des populations népalaises environnantes Amy M. Cole et al., Genetic structure in the Sherpa and neighboring Nepalese populations, BMC Genomics, volume 18, , 2017..

Habitat thumb|Habitat d'architecture traditionnelle sherpa, avec des aménagements modernes (toit métallique).

L'habitat des Sherpas présente des conditions de vie parmi les plus rudes au monde. Les conditions climatiques y sont rigoureuses en raison des altitudes extrêmes. Le relief est très accidenté. Il n'y a pas de route, uniquement des sentiers reliant les villages les uns aux autres. Les Sherpas doivent marcher pour se déplacer. Le transport des marchandises est effectué à dos d'hommes ou à l'aide d'animaux de bât, notamment le yack et le dzo (croisement entre zébu et yack).

Les Sherpas habitent principalement les régions du Khumbu (la région la plus au nord, la plus élevée et la plus froide), du Solu (la plus au sud, la plus basse et la moins froide) et du Pharak (une vallée intermédiaire) au Népal : . D'importantes communautés sherpas sont également établies dans les régions adjacentes, notamment dans les vallées du Langtang (à proximité de la frontière tibétaine, au nord de Katmandou), du Rolwaling (à l'ouest du Khumbu), de l'Helambu (plus à l'est) et de l'Arun (encore plus à l'est)Sherpa - L'habitat des sherpas, Aire de dispersion, sur le site Zone Himalaya.

Les principaux villages sherpas sont situés au Khumbu, lequel constitue le véritable cœur du pays sherpa. Les Sherpas y sont nettement majoritaires. Namche Bazar (les Sherpas disent Naujie ou Nauche), comptant un peu plus de cent habitations, est le plus peuplé. Citons aussi Thame, Khunde, Khumjung, Phortse, Pangboche. Pangboche serait le plus ancien village sherpa au Népal. Il aurait été construit il y a plus de . Au nord de ces villages, plus haut en altitude, se trouvent des kharka, zones de hauts pâturages comportant quelques habitations temporaires et quelques lodges (petites auberges rustiques destinées aux touristes de passage).

Malgré leur nombre restreint, les Sherpas se retrouvent également dans d'autres régions du Népal, surtout à proximité des hauts sommets et dans les centres touristiques disposant d’une industrie hôtelière importante. Ils sont nombreux à Katmandou et à Pokhara, près du massif de l’Annapurna dans le centre-ouest du Népal. Des communautés sherpas importantes occupent la vallée de l'Arun près du Makalu, dans le nord-est du Népal. Hors Népal, en Inde notamment, des communautés sherpas sont établies dans les régions de Darjeeling, de Kalimpong de même que dans l’État indien du Sikkim.

Mode de vie thumb|right|Un Sherpa du Népal avec son sac, en 2005.

Les Sherpas sont traditionnellement paysans, éleveurs, commerçants et, depuis les années 1950, guides de montagneSherpa - Le peuple Sherpa, Paysans, commerçants, guides..., dans le site Zone Himalaya.. La plupart des familles sherpas possèdent quelques champs, plutôt de petite dimension, dont l'un est attenant à leur maison. Les autres se trouvent souvent à des distances importantes. Ce morcellement de la terre est principalement dû aux règles régissant l'héritage.

Les Sherpas vivent d'une agriculture de subsistance. Dans le Solu, ils sont principalement cultivateurs, les conditions climatiques permettant des cultures variées. Plus au nord, dans le Khumbu, ils font l’élevage du yack. Ils cultivent l’orge, le blé, le sarrasin et la pomme de terre. Cette dernière fut introduite au Khumbu au . Du fait que l’on peut la cultiver à des altitudes supérieures à celles des céréales nordiques, la patate a passablement modifié le mode de subsistance des Sherpas. L'été, les Sherpas conduisent leurs bêtes dans les alpages d'altitude (kharka). Les familles y disposent la plupart du temps d'une cabane rudimentaire (la yersa) pour s'abriter durant leur séjour à la kharka.

Les expéditions vers les hauts sommets himalayens et les grandes randonnées dans les pistes d’approche de ces sommets ont ouvert de nouvelles possibilités aux Sherpas. Ceux-ci pratiquent désormais en grand nombre les métiers de la montagne en accompagnant les membres des expéditions vers les sommets de même que les trekkeurs dans les sentiers du pays sherpa. Ces métiers sont venus compenser l'importante diminution de revenu liée à la réduction du commerce du sel tibétain, à la suite de l’annexion du Tibet par la Chine.

Langue

Les Sherpas parlent le sherpa, une langue tibétaine rattachée à la famille des langues tibéto-birmanes,

Société Leur organisation sociale est basée sur le clan patrilinéaire. L'autorité au sein de la famille relève du père. La règle de filiation est donc paternelle : en l'absence du père, l'autorité sur les enfants est exercée par un membre du clan paternel, habituellement son frère aîné. Les clans sont exogames : un Sherpa ne peut épouser une personne appartenant à son propre clan. La société sherpa compte de nos jours une vingtaine de clans dont les Punassa, les Lhurka, les Paldorjee, les Nawa, les Chappa Barbara A. West, Encyclopedia of the Peoples of Asia and Oceania, Infobase Publishing, 2010, 1025 pages, : , etc.

Stratification sociale Il n'y a pas à parler de régime de castes, comme c'est le cas chez les hindous. La société est néanmoins hiérarchisée. Les plus anciens clans sont considérés comme supérieurs aux clans regroupant ceux arrivés au cours du . Les immigrants d'origine tibétaine plus récents forment une « caste » inférieure considérée impure. Les membres de ce groupe exercent souvent des métiers qui sont interdits aux Sherpas : ceux de forgeron (kami) et de boucher (yiawa) notamment. La prépondérance du clan tend à diminuer au sein de la société sherpa proprement dite, la richesse devenant de plus en plus le critère de différenciation sociale.

Inégalités sociales Comme la quasi-totalité de celles présentes dans notre monde, la société sherpa est inégalitaire. Autrefois, les familles les plus riches étaient celles qui possédaient les plus vastes troupeaux de yacks. Plusieurs habitaient notamment la région de Khumjung et Khunde, deux villages voisins au nord de Namche Bazar. Ces villages sont toujours habités par des familles relativement aisées. La société sherpa compte désormais de nouveaux riches. Plusieurs Sherpas ont su profiter de l'essor du tourisme pour se lancer en affaire et ont fort bien réussi : propriétaires d'auberges, de restaurants, d'agences de trekking, guides de montagne, etc. Le fossé entre les riches et les pauvres s'est accentué. À côté des propriétaires prospères, de nombreuses familles sherpa vivent dans une pauvreté extrême, surtout en dehors des circuits fréquentés par les touristes.

Famille La Sherpani (femme sherpa) est assujettie à son époux. Elle s'occupe des tâches ménagères, de l'éducation des enfants et des cultures en l'absence du mari. Elle gère souvent les dépenses du logis. Avec l’avènement du trekking, de nombreux Sherpas ont ouvert une petite auberge ou ont converti une partie de leur maison en lodge pour héberger les trekkeurs. Durant la saison touristique, au printemps et à l'automne, lorsque le mari part à la montagne, la Sherpani assume l'entière responsabilité du foyer et assure le fonctionnement de la petite auberge ou du lodgeSherpa - La société sherpa, La Sherpani, sur le site Zone Himalaya.

Les parents sherpas sont très permissifs en ce qui a trait à l'éducation des enfants. Les enfants se voient par ailleurs confier des responsabilités très tôt dans la vie. Ils doivent exécuter les corvées d'eau et de bois de chauffage. On voit souvent les fillettes porter un jeune enfant de la famille dans une sorte de poche en tissu accrochée à leur dos. Les jeunes garçons apprennent tôt à prendre soin des yacks. Vers la fin de l'adolescence, nombreux sont ceux qui partent dans les hauts pâturages pour y faire paître les yacks durant la saison estivaleSherpa - La société sherpa, La famille + Éducation, sur le site Zone Himalaya.

Traditionnellement, bien que ce ne soit pas strictement pratiqué, le prénom attribué aux hommes correspond souvent au jour de la semaine où ils sont nés : Dawa (lundi) ; Mingmar (mardi) ; Lhakpa (mercredi) ; Phurbu (jeudi) ; Pasang (vendredi) ; Pemba (samedi) ; Nyima (dimanche)Collectif, Népal 7, Lonely Planet, 2013, 634 pages, section « Les noms népalais » (Livre numérique Google, n. p.).. Les Sherpas ont pour patronyme, le nom de leur ethnie. Afin de se distinguer entre eux, puisque nombreux sont ceux qui portent le même nom, les Sherpas ont l'habitude de préciser le lieu de résidence de la personne qu'ils veulent désigner : Mingma Sherpa de Pangboche ou Pasang Sherpa de Khumjung par exemple.

Religion thumb|, l'un des nombreux monastères sherpas.

Les Sherpas pratiquent le bouddhisme tantrique rattaché à l’école Vadjrayana et Mahayana, parfois appelé bouddhisme tibétain ou lamaïsme. Plus précisément il s'agit de l'école Nyingma du bouddhisme tibétain. Cette forme de bouddhisme se caractérise par ses nombreuses divinités et par un ensemble de rituels faisant largement appel au mouvement et au son, ce qui lui confère un caractère quelque peu ésotérique. Ayant conservé des rudiments de la vieille religion bön prébouddhique, le bouddhisme des Sherpas comporte de nombreuses superstitions et la croyance en un monde d'esprits malveillants, d'où le recours à des pratiques chamaniques ayant notamment pour but d’amadouer les mauvais esprits, cause de maladie et de mauvaise fortune.