Michel Paillé est un démographe québécois qui s'est spécialisé dans le domaine de la démographie linguistique du Québec et du Canada, spécialité communément appelée démolinguistique.
Biographie Formé en démographie aux universités de Montréal et de Pennsylvanie Revue d'études canadiennes, vol. 23, no 4, hiver 1988-1989, p. 69. dans les années 1970, il a été professeur au Département de sociologie de l’Université Bishop’s (Lennoxville, Québec) de 1977 à 1980. Il a principalement œuvré dans deux organismes de la loi 101 entre 1980 et 2004 : au Conseil de la langue française (CLF) d'abord, et à l’Office québécois de la langue française (OQLF) ensuite. Président de l’Association des démographes du Québec (ADQ) en 1989-1991 et 1991-1993Site internet de l'ADQ, il fut chercheur associé de 2004 à 2008 à la Chaire Hector-Fabre d’histoire du Québec de l’Université du Québec à Montréal (UQAM)Site internet de l'UQAM.
On lui doit de nombreux ouvrages portant sur la plupart des aspects de la démolinguistique : langue d'enseignement, migrations et fécondité, substitutions linguistiques, prospectives, études des minorités, etc. Outre son intérêt pour l’impact linguistique des chartes et des lois, il s’est intéressé à des notions théoriques ainsi qu’à la critique des sources et des méthodes. Souvent invité à participer à des séminaires, colloques ou tables rondes, il a été publié dans des actes et dans des ouvrages collectifs. Dans le cadre du «suivi de la situation linguistique» de l’OQLF, il fut le principal rédacteur de deux fascicules : un premier portant sur la population québécoise en général (2005)Les caractéristiques linguistiques de la population du Québec : profil et tendances, «Suivi de la situation linguistique, fascicule 1», Montréal, Office québécois de la langue française, 2005, 101 p., un second ayant pour objet la langue d'enseignement (2008)La langue de l'enseignement : indicateurs pour l'éducation préscolaire, l'enseignement primaire et secondaire, le collégial et l'université, «Suivi de la situation linguistique, fascicule 4», Montréal, Office québécois de la langue française, 2008, 107 p. En 1995, il a collaboré au Rapport de la Commission nationale sur l'avenir du Québec présidée par Monique Vézina en préparation au référendum de 1995Québec, Conseil exécutif, Secrétatiat national des commissions sur l'avenir du Québec, 102 p. ..
Peu après le décès de Jacques Henripin, il a participé à l'hommage que les Cahiers québécois de démographie lui ont rendu. On lui doit un article sur la vulgarisation scientifique intitulé «Faire connaitre la démographie dans les médias. L’exemple de la démolinguistique»Évelyne Lapierre-Adamcy, Réjean Lachapelle et Anne H. Gauthier, La démographie au service de la société, un hommage à Jacques Henripin (1929-2013), Cahiers québécois de démographie, 45-1, printemps 2016, p.51-69.. En 2019, invité par une revue internationale de linguistique, il a contribué au bilan de la Charte de la langue française après 40 ans. Son texte fait le point sur les «Succès et faiblesses de l’intégration des immigrants par la scolarisation obligatoire en français au Québec»François Vaillancourt, éditeur, '40 Years of Bill 101 in Québec', Language Problems & Language Planning, Special Issue, 43-2, July 2019, 135-158..
Des premières Il fut le premier démographe à avoir calculé combien d’adultes vivant au Québec en 2001 avaient été scolarisés en français en vertu de la loi 101«L’enseignement en français au primaire et au secondaire pour les enfants d’immigrants : un dénombrement démographique», dans : Pierre Bouchard et Richard Y. Bourhis, éd., L’aménagement linguistique au Québec : 25 ans d’application de la Charte de la langue française, Québec, Les publications du Québec, 2002, p. 51-67.. Auparavant, il fut le premier démographe au Canada à avoir estimé combien d’enfants, dans chaque province du pays, avaient un droit constitutionnel en vertu de l'Article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés de s’instruire en anglais au Québec ou en français hors Québec (études primaires et secondaires)Les écoliers du Canada admissibles à recevoir leur instruction en français ou en anglais, Québec, Conseil de la langue française, 1991, xv-114 p.. Il a lui-même procédé à une mise à jour«Portrait des minorités francophones et acadiennes au Canada : un bilan démographique», dans : Réal Allard (dir.), La recherche en éducation en milieu francophone minoritaire : Bilan et prospectives, Association canadienne d’éducation de langue française et Centre de recherche et de développement en éducation, Faculté des sciences de l’éducation, Université de Moncton, 2003, p. 21-29..
Des remises en question Lors de son passage à l'Office québécois de la langue française à partir de 2002, il a effectué un retour aux fondements de la démolinguistique. Ainsi, dès 2003, il a publié un texte théorique et critique : «Démolinguistique 101 : Pertinence et légitimité de la démographie dans le domaine linguistique»L’Action nationale, vol. XCIII, n° 7, septembre 2003, p. 170-204.. Il a eu l'occasion de revenir sur ce sujet dans quelques articles, notamment dans L’Action nationale«La portée de la loi 101 se limiterait-elle au domaine public par peur de l’assimilation?», L’Action nationale, novembre 2006, p. 23-37. et dans la série «Le Devoir de philo» en «Max Weber et la majorité francophone», Le Devoir, 3 et 4 novembre 2007 (via Vigile.net).
À la demande de l’Office québécois de la langue française, Michel Paillé a reconsidéré le traitement traditionnel des données portant sur la langue maternelle et sur la langue parléeLes réponses multiples aux questions sur les langues maternelles et d’usage dans la population québécoise, d’après les recensements canadiens de 1981 à 2001. Analyse critique de la «répartition égale» des réponses multiples, Montréal, Office québécois de la langue française, collection Langues et sociétés n° 44, 2008, 104 p., traitement arbitraire qui posait des «difficultés du point de vue de l’éthique [et nous privait] d’informations sur le multilinguisme»Jacques Maurais, «Préface» à l’ouvrage de Michel Paillé, ibid., p. 9..
En 2011 et 2012, il a remis en question une interprétation abusive de l’«Indice de vitalité linguistique». Concluant «que les indices de vitalité du français et de l’anglais naviguent sur des échelles qui leur sont propres, […] [l]es comparer sans précaution conduit tout droit à la réification»«Un examen critique : Vitalité du français et de l’anglais au Québec», L'Action nationale, CI, (), p. 41. Citant le démographe Marc Termote, il affirme que les indices de vitalité n’expriment «que partiellement le comportement de mobilité linguistique des groupes linguistiques», car ils sont plus influencés par les facteurs démographiques à l’œuvre (fécondité, mortalité, immigration, émigration)«Deux faces cachées de la vitalité du français et de l’anglais au Québec», L'Action nationale, CII, (), p. 42..
Faisant une recension d’une très brève publication du Conseil supérieur de la langue française (CSLF)Suivre l’évolution de la situation linguistique au Québec au XXI siècle, Québec, 2009, iv-11p., Michel Paillé a dû rappeler quelques notions élémentaires de géographieÀ l’instar d’une recommandation de Statistique Canada, il affirme qu’il est nécessaire d’ajuster les limites des régions métropolitaines de recensement qui varient dans le temps («Des remises en question irrecevables», Bulletin d'histoire politique, 18-3, printemps 2011, p. 219). et de démographieIl est faux d’affirmer que cette discipline doivent «prédire le nombre d’individus à l’unité près» (Ibid., 221). que le CSLF ne respecte pas. De plus, il a jugé nécessaire de revenir sur certains objectifs de la Charte de la langue française comme sur l’«indice de langue d’usage public».
Intrigué par le traitement des données sur les langues de travail par Statistique CanadaStatistique Canada, «Le travail au Canada : faits saillants du Recensement de 2016», Le Quotidien, 29 novembre, 2017., Michel Paillé a pu identifier des «sommes d’occurrences», un indicateur rudimentaire qui place les langues principales et les langues secondes sur un pied d’égalité«Résumé», Cahiers québécois de démographie, automne 2019, 48-2, 213.. Ainsi, il a montré que ces sommes ont donné l’illusion d’une stabilisation de l’usage du français au Québec à plus de 94 % entre 2006 et 2016. Or, ce qui fut stable, ce n’est pas l’usage du français, mais plutôt le nombre des occurrences relativement à la population active, les deux ayant augmenté de 6,2% au cours de la décennie«La langue de travail au Québec en 2006 et 2016. Examen critique du traitement des données de recensements par Statistique Canada», Cahiers québécois de démographie, automne 2019, 48-2, 222.. Il a récidivé à cet égard à propos des langues parlées à la maison au recensement de 2021. Son argumentaire s’est appuyé sur la situation du Québec et du Nouveau-Brunswick«Comment présenter le recul des francophones de manière moins dramatique, Le Devoir, .
Publications Livres Les caractéristiques linguistiques de la population du Québec : profil et tendances, 1996-2006, Montréal, Office québécois de la langue française, 2011, 124 p. (édition électronique en format pdf, ). La fécondité des groupes linguistiques au Québec, 1991, 1996, 2001, Suivi de la situation linguistique, étude 5, Montréal, Office québécois de la langue française, 2008, 80 p. Les réponses multiples aux questions sur les langues maternelles et d’usage dans la population québécoise, d’après les recensements canadiens de 1981 à 2001. Analyse critique de la «répartition égale» des réponses multiples, Montréal, Office québécois de la langue française, collection Langues et sociétés n° 44, 2008, 104 p. La langue de l'enseignement : indicateurs pour l'éducation préscolaire, l'enseignement primaire et secondaire, le collégial et l'université, «Suivi de la situation linguistique, fascicule 4», Montréal, OQLF, 2008, 107 p. Les caractéristiques linguistiques de la population du Québec : profil et tendances, «Suivi de la situation linguistique, fascicule 1», Montréal, OQLF, 2005, 101 p. (corédacteur avec Charles Castonguay et l'Office québécois de la langue française). Migrations interrégionales des groupes linguistiques au Québec, Québec, Conseil de la langue française, 1999, xx-182 p. Les écoliers du Canada admissibles à recevoir leur instruction en français ou en anglais, Québec, Conseil de la langue française, 1991, xv-114 p. Accroissement de la population allophone au Québec : horizon 2006, Québec, Conseil de la langue française, 1990, 19 p. Nouvelles tendances démolinguistiques dans l'île de Montréal, 1981-1996, Québec, Conseil de la langue française, 1989, 173 p. Aspects démolinguistiques de l'avenir de la population du Québec, Québec, Conseil de la langue française, 1986, 71 p. Contribution à la démolinguistique du Québec, Québec, Conseil de la langue française, recueil d’articles, 1985, 246 p. Qu’en est-il des inscriptions à l’école anglaise publique?, Québec, Conseil de la langue française, 1981, xii-120 p
Ouvrages collectifs «Canada’s Official Languages In the Provinces of Québec and Ontario: A Demographic Comparison», dans : Michael A. Morris, ed., Canadian Language Policies in Comparative Perspective, Montréal et Kingston, McGill-Queen's University Press, 2010, p. 297-325. Lise Dubois, Jacques Maurais, et Michel Paillé, « L’avenir du français en Amérique du Nord », dans : Jacques Maurais et al. (éd.), L’avenir du français, Paris, Agence universitaire de la Francophonie et Éditions des archives contemporaines, 2008, p. 171-177. «Les langues officielles du Canada dans les provinces de Québec et d'Ontario : une comparaison démographique», dans : Michael A. Morris, éd., Les politiques linguistiques canadiennes : approches comparées, Paris, L’Harmattan, 2003, p. 111-152.