La collégiale Notre-Dame de Montréal est une ancienne collégiale située à Montréal en Bourgogne, construite au par les seigneurs de Montréal.
Bâtie à une époque de transition entre le roman et le gothique, elle a été qualifiée de « véritable bijou architectural » par l'architecte Eugène Viollet-le-Duc à qui l'on doit sa restauration.
Elle abrite un ensemble de stalles sculptées du .
Historique La fondation
Au , la petite cité de Montréal est un bourg florissant établi sur une butte qui domine la région. Par sa position stratégique entre le duché de Bourgogne et le comté de Champagne, puis entre la Bourgogne et la France, par l'habileté de ses seigneurs, par ses foires et son commerce, Montréal est une ville capable de rivaliser avec Avallon.
thumb|left|upright=0.7|Bernard de Clairvaux L'histoire de la collégiale est intimement liée à celle des seigneurs de Montréal. Pour asseoir leur pouvoir et leur prestige, ces derniers entourent Montréal de remparts, en bois d'abord puis rapidement en pierre. Ils établissent leur château sur le sommet de la colline.
Grands bâtisseurs, ils se préoccupent également du salut de leur âme. En 1068, Anséric II fonde le chapitre de Notre-Dame, un collège constitué de dix chanoines chargés de prier et de célébrer la louange. La petite église seigneuriale devient donc une église collégiale sous le vocable de sainte Marie.
En 1146, Bernard de Clairvaux, à la demande du pape, vient à Vézelay prêcher la croisade. Anséric III fait partie de ceux qui répondent à cet appel et partent vers la Terre sainte. Mais avant de s'engager dans cette aventure dont il mesure tous les dangers, il fait le vœu – s'il revient vivant – d'édifier une nouvelle église.
C'est donc à partir de 1150, tout près de son château dans l'enceinte qui l'entoure, qu'il fait édifier la collégiale que nous connaissons aujourd'hui. Son fils Anséric IV en achève la construction.
Guy IV Besors, seigneur de Villarnoult, lègue en 1304, une rente perpétuelle de vingt sous, sur son moulin de Bussières, au chapitre de MontréalAbbé Jacques-François Baudiau:" Le Morvand ",t.III. p.136..
Renaissance et époque moderne
Les Anséric disparaissent et, à la fin du , Montréal tombe dans l'escarcelle du duc de Bourgogne. Puis en 1477, à la mort de Charles le Téméraire, le duché de Bourgogne est rattaché au royaume de France.
En 1521, le roi François vient à Montréal présider les États de Bourgogne. Il sait se montrer généreux envers le chapitre de Notre-Dame, et fait un don aux chanoines. Cette somme importante aurait été utilisée pour la réalisation de stalles sculptées dans la collégiale.
Église collégiale, église seigneuriale, la collégiale Notre-Dame n'est pas l'église de la paroisse de Montréal. Curieusement celle-ci se trouve à Cherisy, un ancien village au bord du Serein qui a décliné tandis que Montréal se développait. Lassés de parcourir quatre kilomètres pour assister à l'office et en revenir, au les Montréalais obtiennent des chanoines que la collégiale leur soit ouverte. À partir de 1690, le curé de Montréal sera l'un des chanoines.
La réputation de la collégiale était telle qu'on venait en pèlerinage depuis les villages de la région, et même depuis Avallon, distant de douze kilomètres. Ainsi en 1554, il y eut une procession de onze paroisses. La dernière eut lieu en 1709, après le rigoureux hiver qui avait plongé la région dans la misère.
La Révolution
Jusqu'à la Révolution, les chanoines sont chargés de l'entretien de la collégiale. Ils perçoivent pour cela la dîme prélevée sur les villages alentour, les revenus de leurs terres et biens, ainsi que des dons. Mais une loi révolutionnaire supprime la dîme tandis que les biens sont confisqués au profit de la Nation, puis vendus ou loués comme biens nationaux. La collégiale elle-même devient un bien national.
En 1794 se développe une campagne de déchristianisation en France. Malgré les pressions des autorités départementales, tout le village – ou presque – continue à pratiquer le culte catholique, sans que la municipalité n'intervienne. Ce qui vaudra à Montréal le surnom de "petite Vendée".
En est promulguée une loi qui accélère les choses : les églises deviennent des temples voués au culte républicain de l'Être suprême, elles sont mises à disposition des communes, afin d'y organiser fêtes civiques et réunions publiques. Le repos des dimanches et fêtes religieuses est interdit et remplacé par les décadi et les fêtes nationales.
upright=2|thumb|Les inscriptions sur le tympan Dans la collégiale, devenue le temple, la nouvelle municipalité entreprend des travaux. Les murs intérieurs et les autels sont abattus, on fait disparaître quelques-unes des « vieilles stalles gothiques » qui représentent « des emblèmes et des trophées fanatiques » et on déplace les autres. La sacristie devient un local de rangement : on y place le drapeau, les piques et les archives de la municipalité. Le comité de surveillance se réunit dans une ancienne chapelle. On décore les murs de l'ancienne église de tableaux révolutionnaires et d'inscriptions républicaines. On brise le bas-relief du tympan pour y peindre « Le peuple français reconnaît l’Être suprême et de l'immortalité de l'âme » puis « Liberté, égalité, fraternité », inscriptions qu'on devine encore aujourd'hui. La clef du temple est désormais entre les mains du maire.
Malgré tous ces efforts, le culte de l’Être suprême ne s'impose pas à Montréal, rebaptisé Mont-Serein de 1793 à 1800, pas plus qu'on ne parvient à faire disparaître la pratique du culte catholique. Ultime épreuve de force : au début de l'année 1795, un décret interdit le culte catholique dans les églises et assigne à résidence les prêtres dans le chef-lieu de district (Avallon pour le sud de l'Yonne).
Mais dès le , une nouvelle loi autorise les prêtres à exercer leur ministère, s'ils prêtent serment de soumission à la République. Les citoyens rentrent en possession de leur église et peuvent y pratiquer leur culte, sous certaines conditions. Ils doivent élever un autel à leurs frais, respecter les tableaux et inscriptions républicaines. On organise l'utilisation de la collégiale entre catholiques et républicains, en fonction des jours et des heures. De même l'utilisation de l'espace dans le chœur, la nef ou les travées est soigneusement codifiée. L'utilisation des cloches pour appeler aux offices reste interdite. C'est une coexistence pacifique qui s'instaure.
Il faut attendre l'Empire pour que les catholiques de Montréal retrouvent le plein usage de la collégiale.
Au
upright=0.7|left|thumb|Eugène Viollet-le-Duc
Héritage de la révolution, l'entretien de la collégiale est à la charge de la commune. Or au , le village de Montréal n'est plus la cité prospère du . Et les fonds manquent pour entreprendre les lourds travaux de restauration, même les plus indispensables.
En 1840, l'architecte Eugène Viollet-le-Duc conduit les travaux de restauration de la basilique de Vézelay. Profitant des moments libres que lui laisse sa charge, il visite la région et découvre la collégiale, qu'il qualifie de . Il écrit dans son Dictionnaire d'architecture : . Mais il ajoute : .
Viollet-le-Duc rédige un mémoire à l'intention de la commission des monuments historiques, qui vient d'être créée. Peu après, il obtient que les travaux de sauvetage soient entrepris, pour un montant supérieur à francs. La collégiale, classée aux monuments historiques en 1846, est sauvée.
De nos jours …
Les travaux de réparation, de conservation et d'embellissement ne sont pas pour autant terminés. En 1990, le père Alphonse Garnier crée l'Association des Amis de la Collégiale. À l'initiative de cette association, des travaux de restauration sont menés en 1998 pour restaurer et embellir l'intérieur. Un système de vidéo-surveillance est installé, pour éviter qu'un vol comme celui du retable ne se reproduise (voir plus bas). En 2007, un système de chauffage par le sol est mis en place.
En ce début du , la collégiale de Montréal fondée il y a plus de 800 ans, est un monument historique qui attire chaque année touristes.
Depuis 2006, elle est l'aboutissement du spectacle de rue historique créé par l'association "Montréal en lumière". En 2008, elle est même le thème du spectacle "Le vœu d'Anséric".
Chaque dimanche et lors des grandes fêtes religieuses, elle accueille les chrétiens des paroisses de Montréal, Guillon, Sainte-Magnance.
Architecture L'extérieur
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La collégiale est édifiée sur un plan en croix latine, c'est un édifice assez petit. Ses murs sont unis, bâtis en pierre de Coutarnoux et armés de lourds contreforts. Ils sont percés de fenêtres en plein cintre.
Les quatre pignons sont surmontés de croix toutes différentes.
La façade thumb|upright
La façade est large et sobre, bâtie en pierre de taille. Le portail et la rosace en sont ainsi mis en valeur.
Le portail
Le portail en plein centre est une œuvre remarquable. Tout d'abord, par son équilibre, son assise est large : il occupe le tiers de la façade. Particulièrement bien proportionné, il semble soutenir avec une extrême finesse, la rosace qui l'effleure à peine.
Les colonnettes, de part et d'autre des portes, sont séparées par des rangées de fleurs bien ciselées, qui font du portail un beau spécimen de l'"art bourguignon fleuri".
Les arcs polylobés qui entourent les portes évoquent les architectures mozarabes d'Espagne. Certains ont voulu y voir une inspiration orientale rapportée de Terre sainte par Anséric, à son retour de croisade.
Le tympan surmontant les portes devait porter un bas-relief, qui fut martelé à la Révolution et recouvert par l'inscription "le peuple français reconnaît l'Etre suprême et l'immortalité de l'âme".
Les vantaux des portes ont conservé leurs pentures de fer forgé du .
La rosace
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La rosace est, dans son genre, l'une des plus anciennes de France. Ses huit rayons sont formés de fines colonnettes et terminés par une arcature ajourée.
Selon l'architecte Viollet-le-Duc, qui l'étudia au , la fit restaurer et classer monument historique, la rosace .
Le clocher
Lors de sa construction, la collégiale Notre-Dame n'était pas destinée à accueillir les paroissiens de Montréal. Elle n'avait donc ni cloche, ni clocher.
Plus tard, on a cherché à lui adjoindre une flèche, élevée à la croisée des transepts. Mais les vents soufflent fort au sommet de la colline, et occasionnaient de nombreux dégâts sur la flèche. En 1704, une grande tempête emporta le clocher. On reconstruisit au milieu du , un clocher dans le style de la Renaissance. Mais un siècle plus tard, il penchait et menaçait d'entraîner les voûtes dans sa chute. On préféra le détruire, sur les conseils de Viollet-le-Duc.
Les cloches ont été installées au-dessus de la Porte d'en haut, où l'on peut toujours les voir et surtout les entendre.
L'intérieur de l'église
thumb|upright|la nef et l'abside
La collégiale mesure de long sur de large, au niveau des transepts. Construite dans la seconde moitié du , elle bénéficie des innovations de l'art gothique, telles les voûtes d'ogives de la nef qui apportent hauteur et lumière, tandis que l'art roman est encore présent dans les bas-côtés, voûtés d'arêtes. C'est donc un style de transition entre le roman et le gothique.
Le transept, orienté nord-sud, est fermé par deux murs droits, qui ne sont pas exactement parallèles. Ils sont ajourés de rosaces qui laissent entrer la lumière et éclairent le chœur.
left|thumb|upright|Plan (Eugène Viollet-le-Duc) L'abside est carrée, fermée par un mur droit à trois étages. En bas, celui-ci est orné d'une galerie d'arcades romanes fermées qui prend appui sur un banc de pierre, avec une piscine liturgique.
L'étage du milieu est percé de trois fenêtres, celle du centre étant plus large et plus haute que les autres