Les personnes LGBTQ au Mexique ont une longue histoire, une vie culturelle dynamique et un miliantisme pour l'acceptation sociale et religieuses ainsi que des avancées légales.

Les historiens distinguent généralement trois périodes, qui coïncident avec les grands moments de l'histoire du pays : époque précolombienne, époque coloniale et depuis l'indépendance. Le rejet de l'homosexualité constitue cependant un fil conducteur traversant les différentes époques.

Les informations sur les peuples précolombiens et la première époque de la colonisation espagnole sont rares et confuses. Les chroniqueurs ont souvent décrit les coutumes autochtones qui les surprenaient ou qu'ils désapprouvaient, mais ils avaient tendance à prendre une posture d'accusation ou de justification, ce qui rend impossible la distinction entre réalité et propagande. En général, il semble que les Mexicas étaient aussi opposés aux pratiques homosexuelles que les Espagnols et que les autres peuples autochtones inclinaient à plus de tolérance., au point d'honorer les berdaches, ou « deux-esprits », comme chamans.

L'histoire de l'homosexualité à l'époque coloniale et à la période qui a suivi l'indépendance reste encore en grande partie à écrire. Le tableau est dominé par les exécutions de sodomites en 1658 et par le « Bal des 41 » en 1901, deux grands scandales qui ont défrayé la chronique mexicaine.

La situation change peu à peu au , en partie grâce à la découverte de la communauté LGBT comme consommatrice potentielle, une cible nommée le « peso rose », et aux touristes. Des lois ont été créées pour combattre la discrimination (2003).

Histoire thumb|Drapeau du Mexique mêlé au drapeau LGBT. Mexique précolombien La majorité des informations concernant les peuples précolombiens provient des chroniques des colonisateurs espagnols. Ces récits doivent être pris avec précaution, étant donné que l'accusation de sodomie était employée pour justifier la conquête, de même que d'autres accusations réelles ou inventées, comme les sacrifices humains, le cannibalisme ou l'idolâtrie. Les défenseurs des autochtones comme leurs oppresseurs manipulaient l'information suivant leurs convictions : il est donc impossible de donner une image fidèle de l'homosexualité dans le Mexique précolombien. L'historien Antonio de Herrera y Tordesillas arriva à cette conclusion dès 1601..

L'institution du berdache était généralisée au sein des peuples amérindiens. D'abord considérés comme des hermaphrodites par les conquérants espagnols, il s'agissait d'hommes qui adoptaient des fonctions et un comportement féminins. Aussi appelés « deux esprits », ils n'étaient considérés ni comme des hommes, ni comme des femmes par ces sociétés, mais vus comme un troisième sexe et exerçaient souvent des fonctions spirituelles. Les conquistadors les considéraient souvent comme l'équivalent des homosexuels passifs et les traitaient avec mépris et cruauté..

Les Mayas thumb|Peinture homoérotique maya sur les murs des grottes de Naj Tunich (Petén, Guatemala). Les Mayas étaient relativement tolérants envers l'homosexualité. On sait que certaines de leurs fêtes incluaient des relations homosexuelles, ce qui n'empêchait pas que la sodomie soit condamnée à la mort par le feu dans un four..

La société maya considérait que l'homosexualité était préférable aux relations sexuelles avant le mariage, c'est pourquoi les nobles procuraient des esclaves sexuels à leurs fils.

Les Mexicas Les Mexicas ou Aztèques étaient extrêmement intolérants envers l'homosexualité, malgré la couleur homoérotique de certains de leurs rituels publics. Ils adoraient par exemple la déesse Xochiquetzal qui, sous son aspect masculin, sous le nom de Xochipilli, protégeait la prostitution masculine et l'homosexualité. L'histoire mythique du peuple aztèque se divise en quatre « mondes », le plus bas offrant « une vie facile, faible, de sodomie, perversion, de danses des fleurs et d'adoration à Xochiquétzal », dans laquelle étaient oubliées « les vertus masculines de la guerre, de l'administration et de la sagesse ».. Richard Texler, dans son livre Sex and the Conquest, affirme que les Aztèques faisaient de leurs ennemis vaincus des berdaches, suivant la métaphore de la pénétration comme signe de pouvoir..

La loi mexica punissait la sodomie par la pendaison et le pal pour l'homosexuel actif, d'extraction des entrailles par l'orifice anal pour l'homosexuel passif, et de mort par garrot pour les lesbiennes.

Quelques auteurs affirment que ces lois strictes n'étaient pas appliquées dans la pratique et que les homosexuels étaient relativement libres. Ils citent par exemple des chroniques espagnoles qui parlent de sodomies généralisées incluant même des enfants de ou d'enfants qui s'habillaient en femmes pour exercer la prostitution. Les chroniques parlent aussi de cérémonies religieuses lors desquelles se pratiquait la sodomie..

L'existence du lesbianisme est attestée par le mot nahuatl patlacheh, qui nomme les femmes s'adonnant à des activités masculines, y compris la pénétration d'autres femmes, comme le relève l’Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne de Bernardino de Sahagún.

Autres peuples autochtones Malgré le puritanisme des Mexicas, les coutumes sexuelles des peuples soumis par l'empire aztèque variaient considérablement. Par exemple, Bernal Díaz del Castillo parle de l'homosexualité dans les classes dirigeantes, de prostitution de jeunes et de travestissement dans la zone de Veracruz. Les yauyos tenaient des bordels remplis d'hommes au visage maquillé et portant des habits de femme.

Les cultures toltèques, d'autre part, montraient une grande tolérance envers l'homosexualité.

La conquête thumb|upright=1.3|Gravure de Théodore de Bry représentant la scène où Balboa excite ses chiens contre des berdaches (1594) ; Bibliothèque publique de New York. Depuis les premiers contacts entre les Espagnols et les autochtones, une équivalence entre Indien, cannibale et sodomite s'était créée. C'est le médecin de Christophe Colomb, Diego Álvarez Chanca, dans une lettre de 1494, qui fut le premier à mentionner cette idée. Il parlait de la coutume caraïbe de capturer les jeunes hommes pour les émasculer. Ces derniers développaient « des caractéristiques féminines et les Caraïbes les employaient pour pratiquer la sodomie, de même que les Arabes profitaient de leurs jeunes gens comme eunuques et bardaches. […] Une fois hommes faits, les Caraïbes les tuaient et les mangeaient »..

En 1511, Pierre Martyr d'Anghiera édita son De orbe novo decades, à partir des informations obtenues des premiers explorateurs grâce à son amitié avec Isabelle la catholique. Anghiera racontait comment Vasco Núñez de Balboa, lors de son exploration de Quarequa, dans l'isthme de Panama, en 1513, dégoûté par « un des fils du roi et d'autres jeunes gens, des hommes obséquieux, [qui] s'habillaient de manière efféminée avec des vêtements de femme [… dont le fils du roi] abusait avec une [témérité] contre nature », jeta quarante d'entre eux comme proie aux chiens. Anghiera poursuivait son récit en disant que « la haine naturelle pour le péché contre nature » des autochtones les poussa à ce que « spontanément et avec violence, ils allèrent chercher tous les autres qu'ils savaient être infectés ». Selon Anghiera, « seuls les nobles et les gentilshommes exerçaient cette espèce de désir. [… Les] autochtones savaient que la sodomie offensait gravement Dieu. [… Et que ces faits provoquaient] les tempêtes qui à coups de tonnerre et d'éclairs les accablaient si souvent, ou les inondations qui noyaient leurs fruits et qui avaient causé famine et maladies ».

Dans une relation sur les autochtones réalisée en 1519 par le conseil de la ville de Veracruz pour informer Charles Quint, attribuée à Hernán Cortés, on dit qu'ils avaient « réussi à savoir de manière certaine que tous sont des sodomites et pratiquent ce péché abominable ». Un autre récit d'un conquistador italien anonyme dit que les hommes et femmes de Pánuco adoraient un membre viril et qu'ils avaient érigé des phallus dans leurs temples et sur les places publiques pour les adorer : « la foule de méthodes utilisées par les hommes pour satisfaire leur vice abominable [est] presque trop incroyable pour être crue. […] le diable contenu dans leurs idoles les avait possédés. Il leur avait donné pour instructions de sacrifier leurs semblables, d'arracher leur cœur et de les lui offrir, ainsi que le sang qui coulait de la langue, des oreilles, des jambes et des bras, tout pour les idoles ». Finalement, il commentait que « tous les habitants de Nouvelle-Espagne et ceux des autres provinces adjacentes mangeaient de la chair humaine, tous pratiquaient communément la sodomie et buvaient avec excès », comparant certaines coutumes autochtones avec celles des Sarrasins impies.

Au milieu du , tant Bernal Díaz del Castillo, l'explorateur Fernández de Oviedo ou le militaire Juan de Grijalva écrivirent au sujet de scènes de sodomie sculptées en architecture, en orfèvrerie, en terre cuite et sous forme de statues. Le fait fut confirmé en 1526 par Gonzalo Fernández de Oviedo y Valdés, chargé de la fonte de l'or des mines d'Amérique. À la même époque, Álvar Núñez Cabeza de Vaca écrivit :

Isabelle de Portugal, épouse de Charles Quint, sans doute sous l'impulsion de ces récits, interdit en 1529 la plantation ou l'usage du maguey pour la fermentation du pulque. La reine pensait qu'il était la cause de l'« ébriété et poussait les Indiens à réaliser » les sacrifices humains et le péché abominable.

Ces récits et d'autres formèrent un véritable genre littéraire, ils circulaient dans toute la péninsule ibérique et furent utilisés pour justifier la notion d'Empire ; c'était une autre « juste cause » pour la domination et l'occupation des Indes. Francisco de Vitoria, bien qu'il ait compris que les autochtones possédaient la raison et que, comme tels, l'empereur n'avait aucun droit sur eux, considérait que « les infidèles qui commettraient des péchés contre nature, tels que l'idolâtrie, la pédérastie ou la fornication, toutes offenses envers Dieu, pouvaient être arrêtés par la force ». Parmi ces péchés contre la nature se trouvait naturellement la sodomie, le péché contre nature par excellence. La légitimation se fondait sur la culture différente et leurs coutumes, entre les plus notables : l'anthropophagie, les sacrifices humains et la sodomie, dans ce sens la conquête du Mexique pourrait avoir représenté la simple extension de la reconquête espagnole des infidèles représentés alors par les Maures. Ainsi se refermait le cercle de la relation entre le Maure, le sodomite et l'Indien.

Nouvelle-Espagne À partir du milieu du apparurent les premiers chroniqueurs à vraiment vivre et travailler en Hispania Nova. Frère Toribio de Benavente, plus tard appelé Motolínia, un des plus importants chroniqueurs de cette époque, écrivait que les autochtones « buvaient de certain vin appelé pulque, jusqu'au point de se saouler, suivi par des sacrifices et les vices de la chair, spécialement […] le péché abominable ». De nouveau, tous les autochtones furent diabolisés par une représentation de fous ivres. Pires furent les historiographes officiels, comme Francisco López de Gómara, qui remplissait l'Amérique d'êtres fantastiques bien qu'il n'ait jamais foulé aucune terre américaine, ou Juan Ginés de Sepúlveda, qui considérait que les autochtones avaient été par nature prédestinés à l'esclavage. De même, Bernardino de Sahagún, consacra à ce sujet le chapitre « Des personnes vicieuses tels que les ruffians et les sodomites » de son Histoire générale des choses de la Nouvelle-Espagne (1558-1565). Bernal Díaz del Castillo écrivit aussi à partir de 1568 sur la sodomie. À nouveau, il associait les religions indiennes et leurs prêtres au cannibalisme, aux sacrifices humains et à la sodomie. En 1569, Tomás López Mendel accusait aussi les prêtres autochtones de diffuser la sodomie dans le peuple.