Le braille () est un système d’écriture tactile à points saillants, à l’usage des personnes aveugles ou fortement malvoyantes. Le système porte le nom de son inventeur, le Français Louis Braille (1809-1852) qui avait perdu la vue à la suite d'un accident. Élève à l’Institution royale des jeunes aveugles, il modifie et perfectionne le code Barbier. En 1829 paraît le premier exposé de sa méthode.

Un document qui n’est pas écrit en braille et qui n’est donc pas lisible par un aveugle est dit, comparé à un document en braille, « en noir » ou « noir » (un livre en noir, par exemple)..

L'apprentissage et l'usage du braille ont été classés à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France en 2023..

Histoire

thumb|L'alphabet final de Louis Braille, selon Pierre Henri (1952). « (1) » indique des préfixes de notation de la musique ou de la mathématiqueZina Weygand, 2003, Aveugles dans la société française, du Moyen Âge au siècle de Louis Braille..

La lecture pour les aveugles avant Louis Braille Au , le juriste musulman irakien Zayn Ud Dîn Al Âmidî, qui était lui-même aveugle, imagina également un système pour que les aveugles puissent avoir accès aux livres à travers un mode de lecture particulier basé sur les noyaux de fruits..

Au , le jésuite italien Francesco Lana de Terzi imagina divers systèmes d’écriture codée pour aveugles. Il conçut notamment le système Lana, un procédé d’impression en relief sur du papier épais ainsi qu’un « système permettant aux aveugles d’écrire couramment en traçant seulement des lignes et en faisant des points ».

Valentin Haüy, homme de lettres pratiquant outre le latin, le grec et l’hébreu, une dizaine de langues vivantes, s’intéresse d’abord en curieux au sort des personnes aveugles et, à la suite de Diderot, à leur « psychologie ». En 1771, choqué à la vue d’un triste spectacle mettant en scène des aveugles à la Foire Saint-Ovide, il se passionne pour l’éducation des aveugles et ambitionne de leur apprendre à lire. Dans cette intention, il fait réaliser des caractères spéciaux en relief et mobiles et, en 1784, entreprend avec succès d’instruire un jeune homme aveugle. C’est cette méthode, appelée « relief linéaire », qu’il fera appliquer dans l’institution des enfants aveugles, première école destinée aux aveugles.

En 1808-1809, Charles Barbier de La Serre, ancien officier d’artillerie, invente un système appelé « écriture nocturne » destiné à permettre aux officiers de rédiger ou de lire, dans l’obscurité, des messages codés. Le principe de ce système connu également sous le nom de sonographie est de transcrire des sons (36) à l'aide de points en relief placés sur une grille de . Ce n’est qu’en 1819 que Barbier s’avise des avantages que les aveugles pourraient tirer de son système. Il conçoit alors un nouveau système à l’usage des aveugles qu’il présente en 1821 à l’Institution royale des jeunes aveugles. Les élèves, dont Louis Braille alors âgé de , se montrent immédiatement très intéressés par le système. Cependant, ce dernier relève aussitôt les limites du système, notamment son incapacité à prendre en compte l’orthographe compte tenu de sa nature phonétique, et propose à Barbier d’apporter des améliorations, mais celui-ci ne donne pas suite à cette proposition venant d’un enfant de .

Louis Braille

Louis Braille, devenu aveugle à l’âge de trois ans et après un début de scolarité dans son village de Coupvray, est admis en 1819 à l’Institut royal des aveugles. Deux ans plus tard, en 1821, il assiste à la présentation de la sonographie faite par Barbier. Ce dernier n’ayant pas suivi sa proposition d’améliorer son système, Louis Braille entreprend seul ce travail. Il garde les bases du système de Barbier, notamment le principe d’un codage et l’utilisation de points saillants. Les principales caractéristiques du système élaboré par Braille sont : une réduction de 12 à 6 du nombre de points utilisés ; un codage de signes typographiques latins (lettres, ponctuation, notes de musique) plutôt que de sons. L’essentiel du système est élaboré en 1825 (Braille a alors ) et Braille publie son premier traité en 1829.

Le code braille

En braille standard, un caractère est représenté dans une matrice de six points sur deux colonnes, chaque caractère étant formé par un à six points en relief. Ces points sont conventionnellement numérotés de haut en bas et de gauche à droite, selon le schéma ci-contre.

Par exemple, la lettre c se représente par les deux points supérieurs, soit la combinaison 1,4. Ce système permet de représenter jusqu’à 63 caractères (2-1), une matrice sans aucun point représentant une espace.

La signification de chaque symbole dépend de la langue utilisée, ce qui explique pourquoi les braille japonais, coréen, cyrillique et autres diffèrent du braille français. Les langues utilisant l’alphabet latin emploient le plus souvent le même codage pour les lettres de base, mais les lettres accentuées, d’autres symboles et, parfois, les signes de ponctuation diffèrent.

Lettres a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v x y z     w Cette représentation se comprend en répartissant les lettres en lignes de dix lettres dans l'ordre alphabétique, sauf la lettre W qui n'était pas encore pleinement reconnue dans l'alphabet français à l'époque de Louis Braille :

a b c d e f g h i j : utilisent les quatre points supérieurs k l m n o p q r s t : ajout du point 3 (en bas à gauche) aux lettres de la première ligne u v x y z : ajout des points 3 et 6 (en bas à droite) aux cinq premières lettres de la première ligne w : ajout du point 6 à la lettre J (le w n’existait pas a l'époque de Louis Braille)

Lettres diacritées propres au français à â ç è é ê ë î ï ô œ ù û ü

L'alphabet braille français se comprend donc en répartissant les lettres en quatre lignes de dix lettres :

a b c d e f g h i j⠁ ⠃ ⠉ ⠙ ⠑ ⠋ ⠛ ⠓ ⠊ ⠚Utilisation des quatre points supérieursk l m n o p q r s t⠅ ⠇ ⠍ ⠝ ⠕ ⠏ ⠟ ⠗ ⠎ ⠞Ajout du point 3 (en bas à gauche) aux lettres de la première ligneu v x y z ç é à è ù⠥ ⠧ ⠭ ⠽ ⠵ ⠯ ⠿ ⠷ ⠮ ⠾Ajout des points 3 et 6 (en bas à droite) aux lettres de la première ligneâ ê î ô û ë ï ü œ w⠡ ⠣ ⠩ ⠹ ⠱ ⠫ ⠻ ⠳ ⠪ ⠺Ajout du point 6 aux lettres de la première ligne

Lettres diacritées et ligatures propres à diverses langues étrangères

En utilisant les principes de codification à l’aide de la matrice à six points saillants, il est possible de représenter les lettres diacritées et ligatures propres à chaque langue étrangère.

Chiffres Il existe deux systèmes pour représenter les chiffres en braille français : le système dit « Louis Braille », ou « littéraire », et le système « Antoine ».

Chiffres « Louis Braille » C’est le système le plus ancien. Il est encore couramment utilisé dans les ouvrages de type littéraire (non mathématiques) et est la norme dans de nombreux pays (y compris au Québec). Il n'est pas ou peu présent dans les ouvrages en France mais est présent sur les chiffres des étages dans les ascenseurs.

Un chiffre est représenté par deux symboles. Le premier est le préfixe numérique constitué des points 3-4-5-6 .

Le second est une lettre de la première série de a à j : a vaut 1, b vaut 2 et ainsi de suite ; i vaut 9 et j vaut 0.

Chiffres « Antoine » Ce système fut introduit par Louis Antoine dans le cadre de la notation braille mathématique. C’est maintenant le système recommandé en France, même en dehors des expressions mathématiques, pour tous les ouvrages.

Un chiffre est représenté par deux symboles. Le premier est le préfixe mathématique constitué du point 6 .

Le second est une lettre de la quatrième série de â à œ, dérivée de la première série en y ajoutant le point 6: â vaut 1, ê vaut 2 et ainsi de suite jusqu'à œ valant 9. 0 est représenté par le préfixe numérique Louis Braille.

En résumé, les deux systèmes se présentent comme suit :

Système1 2 3 4 5 6 7 8 9 0 Traditionnel Antoine

Dans les deux cas lorsqu’il y a plusieurs chiffres en succession, le préfixe n’est indiqué qu’une fois : tous les symboles qui suivent sont interprétés comme des chiffres, jusqu’à rencontrer une espace.

Ponctuation Onze signes de ponctuation sont obtenus en décalant d'un cran vers le bas les lettres a à j, sauf le i (utilisé pour l'astérisque, comme indiqué plus loin), et en décalant de deux crans vers le bas les lettres a et c. C'est assez rare mais en France certains ouvrages sortis avant l'uniformisation du code braille utilisent le même symbole pour l'apostrophe et le point. , ; : . ? ! " ( )

’ -

Autres symboles Indicateurs et modificateurs propres au braille : indicateur de majuscule simpleindicateur d’italiqueindicateurd’exposantmodificateur 1 (devises…)modificateur 2 (symboles)indicateur de valeur de basepréfixe math.indicateur d'appel de note indicateur de majuscules multiplesindicateur de début de passage en majusculeindicateur de début de passage en italique bulle parlée (bande dessinée)bulle pensée (bande dessinée)indicateur de début de note du transcripteurindicateur de fin de note du transcripteur

Symboles typographiques simples : /@(*)

Symboles typographiques multiples ou symétriques: —… □• ↔ → ←

[ ] { }

Symboles utilisant le modificateur 1 (devises, lettres grecques…) : €£$¥¢ μπ ≤ ≥

Symboles utilisant le modificateur 2 : © ° § ® ™ & ~ \ * # _ % ‰ ‱ < >

Symboles rencontrés en notation mathématique: Préfixe math. + - × ÷ = barre de fraction indicateur d'indice inférieur espace séparant les milliers

Dérivés Braille abrégé Les caractères braille sont plus larges que leurs équivalents « noirs », et les pages plus épaisses. Cela a pour conséquence une augmentation importante du volume d’un document en braille, de 30 à celui du même document « noir »Philippe MOUSTY, 1992, La lecture tactile : les mouvements des doigts dans la lecture du braille, . Aussi a-t-on créé une forme contractée : le braille abrégé. Grâce à l'utilisation de la totalité des possibles en braille et à la réaffectation de ceux d'occurrence rare (comme le ü), il permet un gain de place estimé de 30% à 40%Camille LELIEVRE, 2008, Ca saute aux yeux… Mais aux doigts ?, Histoire de notre abrégé, P. BLANCHIN.

C’est en 1880 que Maurice de La Sizeranne constitua l’Abrégé Orthographique Français, qui fut depuis complété par de nombreux partenaires.

La norme actuellement en vigueur est l’Abrégé orthographique étendu de 1955.

Dans un texte en braille abrégé, on trouve trois types de motsManuel d'Abrégé Braille Français, Association Valentin Haüy, 2013Étudions l'abrégé, Jean LE RESTE, 2005Je donne ma langue au chat, Evelyne KOMMER, 2004 : des mots contenant une ou plusieurs contractions, appelées « assemblages » ; des mots ayant une abréviations d'un ou plusieurs signes, appelées « symboles » ; des mots écrits en intégral (braille classique).

Par exemple : dans le mot (re)(pr)és(en)té(es), les groupes de lettres entre parenthèses sont contractés par un signe propre: ; la lettre ê employée seule est le symbole de « même », les lettres am le symbole de « amour », et amx le symbole de « amoureux » (exemple de symbole dérivé).

Un même caractère peut, suivant son contexte (employé dans un mot, en début, milieu ou fin, devant une voyelle ou une consonne ou encore seul), avoir plusieurs significations différentes.

Ainsi, le signe î peut correspondre, en plus de sa valeur numérique « 3 » en notation Antoine : au symbole du mot « cet » lorsqu’il est employé seul ; à la contraction des lettres « cl » devant une voyelle ; à la contraction de la finale « ait » en terminaison de mot ; à sa valeur de base « î » seulement dans les cas restants (c'est-à-dire devant consonne).

Les mots écrits en braille intégral (dans un texte en braille abrégé) sont soit : des mots n’ayant pas de symbole ou n’ayant pas de contraction entrant dans leur composition ; des noms propres (jamais abrégés sauf en cas de noms de peuples) ; des noms que l’utilisation d’une contraction rendrait confus ou incompréhensibles.