vignette|Bonnie Parker et Clyde Barrow, l’un des plus célèbres exemples d’hybristophilie L’hybristophilie (du grec hybrizein, « commettre un outrage contre quelqu'un » et de philein, « qui aime ») est une paraphilie dans laquelle un individu est sexuellement attiré par d'autres ayant commis un crime (viol, meurtre). Dans la culture populaire, ce phénomène est connu sous le nom de « Syndrome de Bonnie et Clyde ». L’enclitophilie désigne plus particulièrement l'attirance sexuelle pour les femmes criminelles Yvon Samuel. Les Amoureux des criminelles (L'enclitophilie), Paris, Lib. Maloine, 1939, 426 p..

Historique et caractéristiques Cette paraphilie a été pour la première fois décrite par le sexologue John Money en 1986Money, J. (1986). Lovemaps: Clinical concepts of sexual/erotic health and pathology, paraphilia, and gender transposition in childhood, adolescence, and maturity. New York, NY: Irvington.. Pour le professeur de médecine légale Anil Aggrawal, l'hybristophilie est une attirance sexuelle envers une personne ayant commis un acte de violenceAggrawal, A. (2009). Forensic and medico-legal aspects of sexual crimes and unusual sexual practices. Boca Raton, FL: CRC Press.. Corey Vitello, pour sa part, précise que l'hybristophilie est une paraphilie de nature largement prédatrice, consistant à rechercher pour la satisfaction sexuelle des partenaires ayant commis des crimes graves, comme des meurtres ou des viols Vitello, C. (2006). Hybristophilia: The love of criminals. In E. W. Hickey (Ed.), Sex crimes and paraphilia. pp. 197 – 206, Upper Saddle River, NJ: Pearson..

La majorité des recherches scientifiques concernant l'hybristophilie sont concentrées sur les femmes attirées par des criminels masculins. Ces recherches se penchent notamment sur une forme dite « passive » d'hybristophilie : le phénomène des murder groupiesSarteschi, C. M. (2016) Mass and serial murder in america, springerbriefs in behavioral criminology, ebook, https://link.springer.com/book/10.1007/978-3-319-44281-5?noAccess=true. Pour Agnès Giard, « sous sa forme la plus courante, cette attirance pour les outsiders n'a rien de dangereux. C'est le fantasme du voyouAgnès Giard, "Le fantasme du vilain (et de la vilaine)", Libération, 29 août 2008, https://www.liberation.fr/debats/2008/08/29/le-fantasme-du-vilain-et-de-la-vilaine_1812208/ ». Certaines personnes ne restent pas dans le domaine du fantasme : elles cherchent à se mettre en relation avec des criminels dangereux. Des hommes ayant commis des meurtres et des viols en série reçoivent ainsi en prison des courriers d'admiratrices aux connotations fréquemment sexuelles.

En prison, Landru, assassin de onze femmes, avait par exemple reçu plus de lettres enflammées, dont 800 demandes en mariage.

Dans certains cas, les admiratrices de ces criminels vont jusqu'à épouser le sujet de leur affection. Les femmes sont souvent convaincues, en dépit de toutes les preuves, de l'innocence de ces criminels ou fantasment la possibilité de les sauver.

Elisabeth, une travailleuse sociale de 50 ans, qui avait noué une relation avec Nordahl Lelandais en prison, explique : « L'homme que je voyais n'était pas celui qu'on disait. Je voyais l'homme avant les actesClément Guillet, "«Vous m'avez toujours fascinée»: que se passe-t-il dans la tête des femmes amoureuses des serial killers?", Slate, 3 mars 2022, http://www.slate.fr/story/223986/femmes-serial-killers-criminels-attirance-syndrome-bonnie-and-clyde-amour ». Ainsi, Lelandais est devenu père pendant son incarcération.

Il existe aussi des cas d'hommes hybristophiles. Ainsi, à sa sortie de prison, la criminelle Karla Homolka, qui a commis une série de viols et des meurtres avec son mari Paul Bernardo (dont le viol et le meurtre de sa propre petite sœur), épouse Thierry Bordelais, le frère de son avocate (Sylvie Bordelais), se rebaptisant alors Leanne Bordelais.. Ils ont eu trois enfants ensemble.

Une autre forme d'hybristophilie, dite « agressive », concerne des personnes qui aident activement des criminels à commettre des actes de violenceFox, J. A., & Levin, J. (2015). Extreme killing: Understanding serial and mass murder (3rd ed.). London: Sage Publications.. Un exemple connu est celui de Monique Olivier, conjointe de Michel Fourniret, pédocriminel et tueur en série français, qu'elle a substantiellement aidé à commettre des enlèvements, des viols et des meurtres de petites filles.

Notes et références

Ouvrages sources Troubles psychosexuels Considérations générales (DMS) Sheila Isenberg : Femmes qui aiment les hommes qui tuent, 3 édition, Backinprint.com 2000,

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes Murderabilia Syndrome de l'infirmière

Lien externe Article d'Agnès Giard sur l'hybristophilie

Catégorie:Paraphilie