L'économie des Iroquois, telle que l'ont découverte les premiers colons européens, reposait sur une organisation collective de la production qui combinait l'agriculture et des activités comme la chasse et la cueillette. Ce système économique était commun à toutes les tribus de la Confédération iroquoise, qui rassemblait les Iroquois proprement dits. Il était partagé plus largement par l'ensemble des Iroquoiens du Nord : ces peuples apparentés par la langue vivaient sur un territoire qui correspond aujourd'hui à l'État de New York ainsi qu'à la région des Grands Lacs. La Confédération iroquoise s'était constituée, peu de temps avant la venue des Européens, par le regroupement de cinq tribus, les Cinq-Nations (Sénécas, Cayugas, Onondagas, Onneiouts et Mohawks), auxquelles s'ajouta plus tard une sixième (les Tuscaroras). Parmi les autres Iroquoiens du Nord, les mieux connus sont les Hurons : bien qu'ennemis traditionnels des Iroquois, ils avaient une organisation économique très similaire à la leur.

Les peuples iroquois étaient avant tout des agriculteurs qui se nourrissaient particulièrement des « trois sœurs » (le maïs, le haricot et la courge) généralement cultivées parmi les groupes amérindiens. Semi-sédentaires, ils complétaient leur alimentation par la pêche, au printemps, et par la chasse, pour laquelle les hommes quittaient les villages de l'automne à l'hiver. Ils avaient élaboré des formes culturelles liées à leur mode de vie. Au nombre de ces créations figuraient leur conception de la nature et leur mode de gestion de la propriété.

Les Iroquois avaient développé une économie très différente du système occidental aujourd'hui dominant. Elle se caractérisait notamment par la propriété collective du sol, la division du travail selon le sexe et un mode d'échange fondé principalement sur l'économie de don. Dans cette société plutôt homogène, le flux de prisonniers issu des conflits endémiques avec les nations voisines entretenait un élément de différenciation. Ceux des captifs qui étaient gardés en vie connaissaient un sort variable, qui pouvait aller de l'esclavage à l'adoption.

Le contact des Européens, qui prit une forme soutenue à partir de la fin du , eut un impact majeur sur cette organisation sociale. Les Iroquois devinrent pour commencer d'importants partenaires commerciaux, mais l'expansion de l'implantation européenne désorganisa leur économie. Autour de 1800, ils furent relégués dans des réserves aux États-Unis et au Canada, et durent faire évoluer leur système traditionnel en conséquence. Au , certains groupes tirèrent parti du statut indépendant des réserves pour lancer des « casinos indiens ». D'autres s'intégrèrent directement dans l'économie extérieure. Cependant l'influence du modèle ancien peut encore être retrouvée, tant dans les conceptions économiques développées par les Iroquois contemporains que dans la façon dont ils gèrent le patrimoine de leurs réserves.

Conditions et types de production Environnement et ressources naturelles

L'Iroquoisie se situait au centre de la région des forêts de l'est de l'Amérique du Nord, milieu intermédiaire entre l'environnement arctique, qui prévaut à l'extrême nord du continent, et celui des Grandes Plaines, qui s'étendent jusqu'aux montagnes Rocheuses. Au , les Iroquois occupaient le sud du lac Ontario, depuis les rives du lac Érié jusqu'à celles de l'Hudson. Leur pays, délimité à l'ouest et au nord par les lacs Ontario et Érié ainsi que par le cours du Saint-Laurent, et à l'est par les chaînes des Appalaches, ne comportait, à l'intérieur, ni obstacle naturel important ni différence environnementale marquée. Protégés des attaques, les Iroquois tiraient également de leur position un avantage offensif : occupant la partie la plus élevée de la région, ils avaient la capacité de se déplacer rapidement vers l'extérieur en descendant les nombreux cours d'eau qui prenaient leur source sur leur territoire. Les collines, où poussaient tsugas (appelés « pruches » au Canada), érables, pins, chênes et autres arbres des zones tempérées, abritaient des vallées fertiles et quelques terres alluviales.

Les ressources alimentaires animales et végétales étaient diverses et nombreuses. L'orignal, le wapiti, le cerf (ou chevreuil), l'ours noir, le castor et d'autres gibiers plus petits comme la loutre, la martre, le lièvre et l'écureuil noir ou roux, assuraient les apports en viande. Selon la saison, les eaux poissonneuses fournissaient carpes, achigans à grande ou petite bouche (perches noires ou truitées), esturgeons, saumons, anguilles et moules d'eau douce. De nombreuses espèces d'oiseaux, telles que grues, pélicans, cygnes, bernaches (outardes), oies, canards, dindes, pigeons, tourterelles tristes, goélands et plongeons, étaient également consommées. Aux plantes cultivées, maïs (blé d'Inde), haricot, courge et melon, acclimatées de la vallée du Mississippi, s'ajoutaient racines et fruits sauvages issus du milieu local. Les arbres à fruits secs, caryers, noyers, châtaigniers et chênes, étaient nombreux. Le sirop retiré de l'eau de l'érable à sucre donnait aussi une nourriture appréciée. S'y ajoutaient framboises, myrtilles, fraises et baies de canneberge, ainsi que le raisin des vignes sauvages qui poussaient naturellement sur les zones atteintes par les incendies de forêt. Pommetiers, pommiers de mai, asiminiers et autres arbres fruitiers sauvages permettaient de compléter l'alimentation.

Les ressources naturelles utilisables comme matières premières n'étaient pas moins abondantes. Le gibier fournissait peau et fourrure pour l'habillement et l'équipement. Les cornes, les os et les tendons, de même que les coquilles des mollusques, entraient dans la fabrication d'outils et d'ustensiles divers. Le bois de construction était tiré des arbres de la forêt. Frêne, orme, thuya (cèdre blanc), sapin baumier et épicéa (épinette ou prusse) donnaient leur écorce comme matériau de couverture. Le bois du frêne blanc et l'écorce de l'orme rouge étaient utilisés dans la fabrication des canoës (canots) et le bois du tsuga pour les raquettes à neige. La fibre de l'écorce intérieure de l'orme rouge et d'autres plantes, comme le Dirca Palustris, servait à la confection de cordon et de gros fil, de même que le chanvre sauvage. Le roseau et les feuilles lancéolées du maïs étaient utilisés dans le tissage de tapis. L'argile exploitable pour la poterie existait en grande quantité. En revanche, le pays était pauvre en minerai de cuivre, presque le seul métal travaillé par les Amérindiens. Avant l'arrivée des Européens, les Iroquois n'utilisaient aucun instrument de métal et employaient relativement peu la pierre.

Le territoire des Hurons, sur l'isthme situé entre le lac Érié, le lac Ontario et celui qui porte leur nom, avait des caractéristiques très voisines de celui des Iroquois. Un peu plus favorable à l'agriculture, avec son relief plus ouvert, il offrait en contrepartie moins de ressources à la chasse, mais se prêtait encore mieux à la pêche.

Activités primaires Les principales activités productives des Iroquois étaient la collecte des fruits et des racines, la trappe, la chasse, la pêche et l'agriculture. Fruits et racines faisaient l'objet d'un travail régulier et assuraient une part non négligeable de l'alimentation. Les bonnes récoltes donnaient lieu à des fêtes, de même que la production du sirop d'érable. Toutefois, ces ressources tenaient une place secondaire par rapport au gibier, que les Iroquois allaient traquer dans leur environnement immédiat mais aussi très au-delà des limites de leur territoire.

L'hiver était la principale saison de chasse, même si celle du gibier à plumes se pratiquait à l'automne et au printemps et le piégeage toute l'année. Les premiers froids étaient consacrés en priorité aux cervidés et aux castors. La période d'hibernation de janvier à mai était plus favorable pour l'ours. À partir d'octobre, les groupes de chasseurs foulaient la région entière à la recherche de gibier. Ils pouvaient se rendre à l'est et au nord dans les Adirondacks et jusqu'aux terres de l'actuel Canada, à l'ouest et au sud jusqu'au Niagara et sur tout le territoire occupé depuis par les États de l'Ohio et de Pennsylvanie. En janvier, les groupes dispersés regagnaient leurs villages. La pêche était pratiquée, de diverses façons, depuis la mi-mars jusqu'au début de l'hiver. Le saumon et l'anguille donnaient les produits les plus abondants. Chez les Hurons, la période de pêche s'étendait pratiquement à l'année entière.

L'agriculture impliquait un enchaînement d'opérations relativement longues et complexes. Ainsi, la production du maïs se déroulait en quatre étapes principales : le défrichement, les semis, la croissance des plants et la récolte. L'ensemble du processus occupait habituellement toute la belle saison. Parfois, quand le défrichement était particulièrement difficile, la première récolte pouvait demander plusieurs années de travail préalable. Tous les dix à douze ans, les méthodes extensives pratiquées et la migration régulière des villages qu'elles impliquaient imposaient le renouvellement complet de l'opération. Une partie des terres dégagées était consacrée au melon et, dans une mesure moindre, au tournesol et au tabac. Mais la plus grande part était réservée aux champs où les « trois sœurs » étaient cultivées ensemble.

La place exacte de chaque activité variait d'une tribu à l'autre. Les plus agricoles étaient celles qui vivaient dans les zones les moins densément boisées. Mais globalement, la priorité accordée à la qualité des sols pour l'implantation des villages et la relative permanence de ceux-ci indiquent que, malgré le rôle important de la chasse et de la pêche, l'agriculture était prépondérante dans l'alimentation comme dans la vie des Iroquois et, plus encore, des Hurons.

Biens d'équipement et de consommation Mises à part leurs activités productives primaires, les Iroquois pratiquaient différentes formes d'artisanat, en particulier pendant la période de relatif temps libre qui suivait le retour de la chasse, à la fin de l'hiver. Les objets fabriqués comptaient autant d'articles de consommation que de biens d'équipement. Dans cette dernière catégorie entraient deux outils d'usage général : le couteau, fait de bois, d'os, de coquillage ou de pierre, utilisé à la chasse, au combat et en de multiples occasions quotidiennes, et la hache à lame de pierre, également employée dans de nombreuses activités, entre autres, en complément du feu pour l'abattage des arbres.

Les autres fabrications répondaient à des besoins plus spécialisés. Pour le chasseur, l'instrument le plus important était l'arc, souvent de la taille d'un homme, fait de genévrier (cèdre rouge) ou d'un bois analogue, durci au feu et muni d'une corde de chanvre ou de tendon de cervidé. Les flèches, longues d'environ un mètre, étaient parfois empennées de deux plumes qui amélioraient leur précision en leur donnant un mouvement rotatif. Leurs pointes étaient le plus souvent de pierre et parfois de bois, d'os ou de corne. Pièges et collets étaient généralement faits de cordes de chanvre ou d'écorce. Les principaux instruments fabriqués pour la pêche étaient le harpon, de corne ou d'os, et le filet, également confectionné à base de chanvre ou de fibre d'écorce. Leur efficacité était accrue par la réalisation de diverses sortes de barrages. De même, les travaux agricoles nécessitaient des outils spécifiques. Une fois déboisée par le feu et la hache, la terre était dégagée au moyen du râteau, une grande fourche de bois, puis préparée pour les semis au moyen du « bâton à creuser », une pièce de bois incurvée munie d'un long manche. Sarclage et binage utilisaient le plus souvent une houe de bois et parfois une épaule de cervidé fixée sur un manche.