Le (« Croissant royal ») est un ensemble résidentiel situé à Bath en Angleterre, composé de trente maisons mitoyennes disposées en croissant autour d'une vaste esplanade gazonnée. Il a été conçu par l'architecte John Wood le Jeune et construit entre 1767 et 1774 dans la lignée du développement urbain de Bath initié notamment par John Wood l'Aîné.

Le forme une demi-ellipse longue de , présentant une façade intérieure uniforme ornée de d'ordre ionique et une façade extérieure hétéroclite. Le bâtiment est relié à , construit par John Wood le Jeune et John Wood l'Aîné quelques années avant.

Considéré comme l'un des joyaux d'architecture georgienne et l'un des premiers exemples de bâtiment en croissant, le est devenu une source d'inspiration pour de nombreux autres projets urbains. De nombreuses personnalités notables y ont séjourné, telles que Elizabeth Montagu, Christopher Anstey ou encore Frédéric d'York. Il a aussi été mis à l'honneur dans plusieurs œuvres de fiction et comme lieu de tournage.

Historique Contexte Popularité de Bath Durant l'occupation romaine de la région, Bath était renommée pour ses thermes, mentionnés par Ptolémée dans sa Géographie. Cependant, après la chute de l'Empire romain, les systèmes hydrauliques laissés à l'abandon ont fait augmenter le niveau de l'eau et les vestiges ont été enfouis sous la vase. Après la visite de la reine en 1591, la renommée de Bath s'étend et de nombreuses personnes s'y rendent pour faire une cure thermale. L'année de son accession au trône en 1702 et l'année suivante, la reine Anne se rend à Bath qui, grâce au patronage royal, devient une destination à la mode.

Richard « Beau » Nash s'installe à Bath en 1705 et souligne que la ville n'a . Il devient rapidement maître de cérémonie de la municipalité de Bath et décide d'améliorer la qualité des divertissements proposés à Bath. De ce fait, la popularité de la ville s'accroît, attirant de plus en plus de monde..

En 1716, l'idée d'un nouvel hôpital thermal pour les lépreux émerge. Parmi les prêteurs du projet se trouvent Beau Nash, Ralph Allen, arrivé à Bath en 1712, et Humphrey Thayer. Les plans sont confiés à John Wood l'Aîné, né à Bath en 1704, qui avait été engagé par Thayer sur d'autres projets antérieurs. Ralph Allen devient propriétaire des carrières de pierre à Combe Down à partir de 1727. Avec John Wood l’Aîné et sous l’impulsion de Nash, il imagine ce que pourrait devenir la ville.

Développement urbain de la ville vignette|gauche|Plan de Bath de 1776, où figurent le et .|alt=Plan vu de haut d'une ville. John Wood l'Aîné, qui a décrit la ville comme , commence à définir un plan d'urbanisation du nord de la ville dès 1725. Les terrains du nord-ouest appartiennent au membre du Parlement et chirurgien Robert Gay, qui donne à Wood en l'autorité sur quiconque voudrait construire une rue de maisons. Wood construit (qui deviendra plus tard ), puis l'année suivante, au bout de la rue. Le conseil municipal reste alors sceptique vis-à-vis des plans de Wood de construire de tels bâtiments à l'extérieur de l'enceinte médiévale de la ville.

John Wood continue le développement urbain de Bath jusqu'en 1754, début de la construction de , qui représente la synthèse de ses intérêts et de ses croyances. Le bâtiment circulaire, de de diamètre, devait comporter une statue équestre de (qui n'existera jamais) et s'ouvre sur trois rues de maisons de de long : , et . En , la première pierre de l'ouvrage est posée, mais John Wood meurt trois mois plus tard. Son fils, John Wood le Jeune, reprend le chantier et l'achève en 1759.

John Wood le Jeune a commencé à travailler avec son père très tôt et a participé à la construction de , nommée en l'honneur de Thomas Brock. Celui-ci a rencontré les John Wood père et fils lorsqu'ils supervisaient la construction de l'hôtel de ville de Liverpool en 1749-1750. Sa sœur, Elizabeth Brock, a épousé John Wood le Jeune et Brock est devenu son curateur par décision de John Wood l'Aîné.

Au départ, doit être une petite rue qui se termine sur un bâtiment massif. Cependant, face à la demande croissante de logement et en présence d'un grand terrain communal ouvert et gazonné, John Wood le Jeune y voit l'endroit parfait pour y construire un bâtiment résidentiel en forme de croissant. De plus, comme rien ne peut être construit sur le terrain communal, les maisons offriront une vue qu’aucun bâtiment n’interrompra. John Wood étend donc pour relier à son nouveau projet : le .

Construction L'idée d'un bâtiment en croissant est souvent attribuée à John Wood le Jeune, bien qu'un dessin de son père et la disparité entre le et les autres projets de John Wood laissent penser que l'inventeur de ce style de construction est John Wood l'Aîné.. La forme caractéristique du bâtiment est souvent comparée à un sanctuaire lunaire druidique (parfois à un hypothétique temple semi-elliptique près de Stonehenge, sans preuve particulière.), à un théâtre romain antique (parfois directement au Colisée.), ou à la symbolique franc-maçonne ( et le représenteraient alors respectivement le Soleil et la Lune). La disposition semi-elliptique des colonnes peut aussi faire penser au d'Andrea Palladio ou à la place Saint-Pierre du Bernin. John Summerson voyait dans la façade des emprunts directs au palladianisme britannique, notamment aux façades de de Londres.

vignette|gauche|Illustration de Thomas Malton le Jeune lors de la construction du bâtiment en 1769.|alt=Dessin d'un bâtiment semi-elliptique en travaux, et d'ouvriers.

Au , les maisons mitoyennes forment le type de logement urbain caractéristique de l'Angleterre et marquent l'assouplissement des frontières entre les classes sociales en vogue lors du siècle des Lumières. L'architecte Andreas Zeese souligne les ressemblances entre le et l'Essai sur l'architecture de Marc-Antoine Laugier. Bien que l'ouvrage ait été traduit en anglais douze ans avant la fin des travaux, il note qu'il est impossible de savoir si Wood connaissait le travail de Laugier.

L'acte de cession du terrain, daté des 19 et , est signé entre John Wood et Thomas Brock d'une part, et le Sir Benet Garrard d'autre part, pour un loyer foncier de par an. La première pierre est posée en . La pierre utilisée provient des carrières de Ralph Allen à Combe Down. Wood fait appel à des entrepreneurs et artisans qui travaillent indépendamment sur chaque maison. Il leur impose contractuellement de respecter l'uniformisation de la façade (à la fin des travaux, les constructeurs doivent nettoyer et ternir la pierre extérieure pour éviter les fissures et obtenir une couleur uniforme) et les laisse libres de l'arrangement intérieur des maisons, selon les besoins des locataires. Ainsi, bien que les intérieurs des habitations soient hétéroclites, la façade intérieure du croissant n’est pas affectée . Les bâtisseurs sont également chargés de conclure les baux de plusieurs années avec des locataires puis d'obtenir des financements bancaires .

droite|vignette|Le en 1780 par Thomas Malton le Jeune.|alt=Dessin d'un bâtiment, avec des chevaux et des personnes devant.

Durant la construction, quelques incidents sont signalés, comme la mort de deux ouvriers. Après la construction des six premières maisons, Michael Hemmings, qui a construit le , a dû faire une légère correction sur la courbure du bâtiment afin d'occuper tout l'espace loué. Cette correction n'est visible qu'au niveau du toit. Le projet s'achève huit ans après le début des travaux, à la fin de l'année 1774 ou au début de 1775. Une fois achevé, le bâtiment contient aussi bien des habitations permanentes que des logements saisonniers. En même temps que le bâtiment, une route pavée est construite de 1767 à 1775, chaque pierre est taillée de sorte à suivre la courbure.. Le toit est d'abord couvert de pierre, puis remplacé par des ardoises bleues du pays de Galles. Le coût total de la construction s'est élevé à au moins ..

Il est souvent admis que l'adjectif « » a été ajouté à la fin du après le séjour de Frédéric d'York, deuxième fils du roi , aux , mais le contrat de location du terrain passé en 1767 entre John Wood et Michael Hemmings comportait déjà le nom complet « ». Les maisons ne sont pas numérotées avant 1800.

Époque contemporaine Plusieurs années avant la Première Guerre mondiale, de nombreuses maisons sont occupées par des familles uniques, parfois accompagnées de domestiques, puis, alors que les styles de vie changent, de plus en plus d'habitations sont divisées en appartements, parfois en bureaux. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses maisons sont vides et proposées à des prix très bas. Puis, à partir des , les prix augmentent fortement, pouvant atteindre le décuple.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, en 1939, la est évacuée au du . Lors du blitz de Bath en 1942, des bombes incendiaires endommagent les , dont les toits sont entièrement détruits. Les bombardements ont aussi causé un cratère d'explosion en face du . La majeure partie des bombes qui visaient le est tombée plus au nord, sur , laissant seulement quelques marques sur le bâtiment .. Patrick Abercrombie est commissionné pour la reconstruction de Bath en 1943 et publie en 1945 A Plan for Bath, qui inclut la reconversion des maisons centrales du en centre d'administration civique, lié à la nouvelle chambre du conseil et la salle du comité à l'arrière du bâtiment, après la destruction des . Son plan n'est pas mis en application.. Les sont reconstruits par l'entreprise Hugh Roberts & Davies en 1948 et 1949 respectivement.

droite|vignette|Un bus de touristes devant le dans les .|alt=Photo d'un bus à deux étages sur une route pavée.

En 1950, le est transformé en maison d'hôtes, puis devient, en 1971 avec le , un hôtel. En 1968, le major Bernard Cayzer achète le et le donne au pour en faire un musée. À la fin des , Amabel Wellesley-Colley, qui habite au , peint sa porte et ses volets en jaune, la couleur préférée de son ancêtre, le duc de Wellington. Le , le conseil de la ville lui demande de changer la couleur en blanc afin de respecter la volonté de John Wood. La résidente refuse et le secrétaire d'État à l'Environnement Peter Walker lui donne raison en . Même après son départ du , la porte est restée jaune..

En 1999, les habitants cherchent à obtenir l'interdiction de passage des bus touristiques, qu'ils trouvent intrusifs. Ils expliquent aussi que leur passage endommage la voie pavée construite en même temps que le . L'interdiction devient officielle et effective vingt ans plus tard, en 2019.. Une reconstitution historique est créée à l'occasion du de la pose de la première pierre.. En 2026, seules dix habitations sont restées des maisons individuelles. Les autres ont été divisées en appartements, ou bien font partie de l'hôtel ou du musée..

Description Architecture gauche|vignette|upright=0.8|alt=Photo d'une porte et d'un bâtiment avec des colonnes|L'entrée du avec ses colonnes.