Sir Patrick Geddes (né le à Ballater, Aberdeenshire, Écosse et mort le à Montpellier). est un biologiste et sociologue écossais, connu aussi comme un précurseur dans de nombreux domaines, notamment l’éducation, l’économie, l’urbanisme, la géographie, la muséographie et surtout l’écologie. Cf Lewis Mumford, essai sur Patrick Geddes publié une première fois dans Architectural Review en 1950, puis résumé dans My Works and Days: A personal chronicle, Harcourt, Brace and Jovanovich, New York, 1979, cité par Ramachandra Guha, « Lewis Mumford, un écologiste américain oublié », traduit par Frédéric Brun, revue Agone n°45, 2011..
Il entretint des rapports d’amitié ou épistolaires avec plusieurs grands penseurs de son temps, tels Thomas Huxley, John Dewey, Pierre Kropotkine, Charles Darwin, Henri Bergson, Mahatma Gandhi, Rabindranath Tagore, Albert Einstein. Il fut anobli en 1932, peu avant sa mort, pour « services rendus à l’éducation », après avoir refusé le titre de Knight en 1912, « pour raisons démocratiques »Judith Le Maire de Romsée, « La grammaire participative. Théories et pratiques architecturales et urbanistiques, 1904-1968 », thèse de doctorat d’architecture, Paris I Panthéon-Sorbonne, 17 février 2009, .
Francophone et très francophile depuis ses années d’études à Roscoff auprès de Lacaze-Duthiers qui dirigea sa soutenance de thèse à la Sorbonne dans les années 1870, il a fondé en 1924 un troisième Collège des Écossais à Montpellier. Il avait également acquis le château d'Assas afin d’en faire un centre d’études consacré à l’urbanisme, mais ce projet est pratiquement resté à l’état d’ébauche interrompue sans suite après son décès en 1932.
L’Association Patrick Geddes France (APGF . ) dont l'objet est 'de faire connaître et mettre en valeur l’œuvre et la pensée de Patrick Geddes et de montrer sa pertinence aujourd’hui et à l’avenir' est créée en Le collège des Écossais, publié sur le site patrickgeddesfrance.org (consulté le )...
Enseignant atypique Très doué pour les études, qui étaient « »M.R., « A Thought of Youth Wrought Out » (« Une pensée de jeunesse parvenue à maturité »), in The Sociological Review, 1932 (traduit par : « comme des poissons à prendre pour ses filets »), Geddes fut un contemporain de Darwin, et Thomas Huxley dit de lui qu’« il honora tous ses professeurs en les surpassant ». Bien que très critique envers le système scolaire et universitaire, il obtiendra dûment plusieurs diplômes. Il enseigna la zoologie à l’université d’Édimbourg de 1880 à 1888, la botanique à l’université de Dundee de 1888 à 1919 et la sociologie à l’université de Bombay, de 1919 à 1924.
Parmi de nombreuses affinités avec le poète bengali Rabindranath Tagore, Geddes partage la passion de l’enseignement et le respect de l’enfance. .
By Doing We Learn, c’est en faisant que l’on apprend Toute sa vie durant et partout où il vivra, Geddes va développer des formes variées d'éducation populaire pluridisciplinaire, en diffusant avec enthousiasme des connaissances théoriques et pratiques débordant le strict cadre des spécialités académiques.
Engagé comme professeur de botanique à l'université de Dundee, il se jette avec entrain dans l'organisation de son département : . C'est principalement dans cette ville, qui compte le plus grand nombre d’étudiants de tout le Royaume-Uni, qu’il va concevoir l’essentiel de ses idées sur la planification urbaine, town planning. Inextricablement lié à la justice sociale, l’urbanisme de Geddes vise toujours à faire contribuer activement les habitants à l’entretien, l’amélioration et la gestion de leur environnement. Une conception qu’il va développer et enrichir par sa pratique au Royaume-Uni et à l’étranger, dans le souci constant d’équilibrer le respect de la nature avec celui des cultures locales.
Certain que Cf. National Library of Scotland, site de la Bibliothèque nationale d’Écosse Learning Zone, Patrick Geddes fonde son enseignement non seulement sur la lecture ou les cours magistraux mais aussi sur la pratique, By Doing We Learn, c’est en faisant que l’on apprend. Il va ainsi impulser partout où il vit des activités de plein air sous le signe de sa devise : création dans les espaces urbains délaissésLe Tiers-Paysage, publié sur le site de gillesclement.com (consulté le ). de jardins d’agrément, botaniques et potagers, visant non seulement à produire de la nourriture localement, mais aussi à étudier et observer la biodiversité, les formes de la vie et les changements saisonniers, tout en renforçant la cohésion sociale par la prise de conscience écologique et la participation des habitants de tous âges.
Selon Lewis Mumford, parmi .
Décaler le regard pour mieux réapprendre à voir Musée, laboratoire, université, autant d’institutions que Geddes va également révolutionner en les synthétisant dans son , monument phare de la rénovation de l’Old Town d’Édimbourg., assez différent de l’attraction touristique qu’il est devenu. Telle qu’elle fut inaugurée en 1892 en plein centre historique, cette tour d’observation surmontée d’une camera oscura est considérée en effet comme le premier laboratoire de sociologie au mondeIan Kinniburgh, “Geddes Then“, in Sir Patrick Geddes, 1854-1932, exposition Ballater Geddes Project 2004, Metagraphies.org, conçue à la fois comme modèle de préservation d’un édifice ancien et espace d’anticipation, conservatoire d’histoire locale et lieu ouvert où penser la ville et son environnement depuis une multiplicité des points de vue, optiques et thématiques.
thumb|200px|right| Patrick Geddes (à 32 ans), vers 1886 « Appelée alternativement Regional Tower, Index ou Civic Museum, Thinking Machine, Graphic Encyclopaedia, Geographic Exhibition, Sociological, Civic ou Geotechnic Laboratory »Alexandre Chollier, « La vision grandeur nature ou la raison d’être de l’Outlook Tower », in Visionscarto.net, , en ligne… elle est ainsi décrite en 1917 dans une recension en français de , l’ouvrage encyclopédique de Geddes paru à Londres deux ans plus tôt : F. Schrader, « L’évolution des cités », Annales de géographie , , cité par Thierry Paquot, Les faiseurs de ville, 1850-1950, Infolio, 2010.
Déroutant d’emblée toute possible routine, . Résultat, .
En plus de celle qu’il avait projeté avec Élisée Reclus d’édifier sur la colline de Chaillot, pour l’Exposition universelle de 1900Cette tour ne fut jamais édifiée mais resta à l’état de projet, faute de financements nécessaires. Cf. notamment le Grand Globe d’Élisée Reclus. Geddes décida alors de transférer ses à Paris pendant les quatre mois de l’Exposition universelle., Geddes aménage deux autres Outlook Towers en France, l'une au Collège des Écossais qu’il fonde à Montpellier en 1924, et l'autre .
Réciproquement, sa participation à la création du va s’avérer très formatrice en termes de planification, notamment pour concevoir les interactions complexes entre biogéographie, géomorphologie et systèmes anthropiques au niveau d’une régionMaintenant encore, ce jardin zoologique s’affirme à l’avant-garde en matière de design et il est régulièrement lauréat au niveau international pour la recréation et l’entretien d’habitats animaux, cf. en ligne. C’est au jardin zoologique d’Édimbourg, et dans celui d’Alger, qu’ont été provisoirement transférés les animaux qui pouvaient l’être pendant toute la période de rénovation du zoo de Vincennes, entre 2009 et 2014 (cf. Jean-François Valantin, Le bois de Vincennes, Paris nature, Arcadia éditions, 2011)..
Pionnier de l’écologie Il a mis en évidence la nécessité de préserver autour des villes des ceintures vertesMike Davis, Le pire des mondes possibles – De l’explosion urbaine au bidonville global, 2006, traduit par Jacques Mailhos, La Découverte, 2006, 2007, à la fois maraîchères et d’agrément, notion qui va considérablement influencer le mouvement des cités-jardins fondé par Ebenezer Howard, préconisant entre autres de limiter la taille des villes afin de maintenir des échanges vivants entre la cité, les terres agricoles et les espaces naturels alentour. Pour approfondir l’analyse d’une civilisation complètement dépendante de l’extraction de la houille, c’est à Geddes que Lewis Mumford emprunte les termes d’« ère paléotechnique » et de « cité carbonifère », parmi plusieurs autres concepts essentiels à l’instar de biorégionalisme, conurbation Patrick Geddes and the Digital Age, CASA News ou « néotechnique », mais aussi « cosmodrame », « biodrame », « technodrame », « polidrame » et « autodrame » qui, selon Geddes, Lewis Mumford, Le mythe de la machine, tome II, Le Pentagone de la puissance, traduit par Léo Dilé, Fayard, 1974.
Kenneth White, « Perspectives ouvertes - Biologie, sociologie, géopoétique », en ligne.
Quant à l’architecture du paysage, Geddes est considéré comme le premier en Europe à l’avoir pratiquée en se définissant comme architecte de paysage, tandis que ces termes étaient utilisés aux États-Unis par la firme de Frederick Law Olmsted Cf. site web Gardenvisit en ligne. Il concevait un parc urbain pratiquement comme une « cathédrale laïque pour la cité », un écosystème équilibré entre passé et présent qui laisse le futur ouvert, tout en permettant de développer le sens civique des habitants, à l’égal du musée ou de l’universitéCf. Matteo Vercelloni et Virgilio Vercelloni, L’invenzione del giardino occidentale, Jaca Book, 2009.
Conservative Surgery, chirurgie conservatrice Si Geddes fait évoluer les cadres institutionnels, il transpose aussi les concepts à travers les champs du savoir. Partant de . Et ce transfert conceptuel, de la biologie à la sociologie, n’est pas le seul qu’il va réaliser très concrètement, d’une discipline à l’autre et du laboratoire au terrain, tout au long de cette rénovation urbaine qu’il définit comme «chirurgie conservatrice», ancrée dans son contexte d’origine.
Dans le souci constant d’appréhender la vie dans son ensemble, Life As a Whole, le biorégionalisme applique ainsi très directement sa devise Think Globally, Act Locally (traduit par : penser globalement, agir localement) en relevant d’une écologie qui intervient toujours avec, jamais contre la nature, toujours en harmonie avec le tissu de la vie, the web of life. . Et par une autre de ses devises célèbres, By Leaves We Live, Patrick Geddes rappelle l’importance vitale du végétal.
Écologie de la ville, économie de l’environnement . Cette volonté de placer systématiquement la finance au service des humains, des connaissances et de l’environnement, qui avait tant frappé les frères Reclus découvrant la rénovation de l’Old Town, resta intrinsèque aux projets que Geddes impulsa toute sa vie, même si elle ne lui permit pas toujours d’aboutir.
Et le rappel de ce principe pourrait s’avérer utile dans le cadre d’une économie de l’environnement, de l’énergie et du gaspillage qui ne se réduirait pas à tout financiariser. Geddes, en effet, procède là encore d’un point de vue à la fois précurseur et original, puisqu’il souligne , en constatant par exemple que Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L’événement anthropocène, Le Seuil, 2013.
En resituant toujours l’économie et dans la société et dans l’environnement, Geddes rappelle que cette discipline ne peut se limiter à considérer les échanges en termes quantitatifs mais doit également étudier la nature des interactions et leurs conséquences. Ce qu’il illustre entre autres dans Ruskin Economist (1884), où il prolonge la critique du capitalisme forgée par John Ruskin trente ans plus tôt dans son économie politique de l’art, The Political Economy of Art (1857), jusqu’à une économie d’ensemble de la culture, incluant les sciences, la santé, l’environnement et toutes les activités humaines :
Partisan d’une géographie évolutive thumb|200px|left| « Valley Section », 1909.