Les arts plastiques et visuels en Suisse englobent les artistes suisses et leur production artistique, toute œuvre artistique en Suisse ainsi que les lieux de d'apprentissage et de diffusion des arts plastiques et arts visuels, soit notamment la peinture, la sculpture, l'art vidéo et la photographie.

Beaux-Arts et arts plastiques Moyen Âge ( - ) thumb|left|upright=0.8|Cénotaphe de la collégiale de Neuchâtel thumb|upright=0.8|Portail peint de l'entrée latérale de la cathédrale de Lausanne Sculpture L'actuel territoire de la Suisse au appartient à des aires culturelles variées (Rhône moyen, Bourgogne, haut Rhin, Souabe, Lombardie) et à des diocèses et centres politiques différents. Les sculpteurs sur pierre se déplacent dans ces différents territoires.

La sculpture romane est encore soumise à l'architecture. Les abbatiales de Payerne (vers 1080), Romainmôtier et Grandson (vers 1150) ont des chapiteaux créés par des sculpteurs formés à l'Abbaye de Cluny. Des Lombards sont attestés à Coire et Zurich vers 1140, puis à Genève où leur succèdent des sculpteurs du Rhône moyen actifs également à Sion. Une école de sculpture roman tardif voit le jour à Saint-Ursanne et à Bâle dans le dernier quart du qui réalise le portail de Saint-Gall de la cathédrale de Bâle, vers 1170.

La sculpture gothique se diffuse à partir de l'ouest, surtout à Genève et Lausanne, elle est sous l'influence de l'Île-de-France. Le portail peint de la cathédrale de Lausanne (vers 1220) dont la finesse du détail, la qualité de la sculpture ainsi que la bonne conservation de la polychromie médiévale en font un complexe patrimonial parmi les plus importants d'EuropeCathédrale de Lausanne : le portail peint site musees-vd.ch consulté le octobre 2008..

La sculpture gothique rayonnante est présente à Bâle (vers 1260), Lausanne, Fribourg et Coire. Dès 1380, les tours de la cathédrale de Bâle sont réalisées par Ulrich Elsinger (auteur de la tour de la cathédrale d'Ulm et de celle de Strasbourg) et Jean de Nussdorf (de 1488 à 1500)Cathédrale de Bâle site orgues-et-vitraux.ch consulté le octobre 2008.. À Berne, Albrecht de Nuremberg taille les fonts baptismaux ainsi que les statues du jubé (détruit à la Réforme). À la cathédrale de Berne le portail et les décorations du hall principal sont réalisés par le sculpteur sur pierre Erhart Küng, originaire de Westphalie (vers 1480) et l'ensemble des quatre-vingt-sept clefs de voûte polychromes du gothique tardif (1517)Cathédrale de Berne (Saint-Vincent): orgue et vitraux site orgues-et-vitraux.ch consulté le octobre 2008..

Dès la fin du , les principales commandes civiles sont les sculptures funéraires commandées par les nobles et les chevaliers. Par ailleurs, les villes affirment leur puissance en décorant leurs palais et leurs portes.

Prérenaissance et Renaissance ( - ) Peinture À la fin du , l'art médiéval se tourne vers le naturalisme : l'iconographie religieuse continue à être représentée mais d'une manière plus profane et des éléments de la nature apparaissent. Konrad Witz, contemporain de Fra Angelico, marque la nouvelle tendance dans la peinture du et préfigure la Renaissance. Des paysages et des figures apparaissent, la peinture sur bois, comme les retables, remplacent de plus en plus les vitraux et les peintures murales. De nombreux peintres suivront ce nouveau style européen initié en Suisse par Konrad Witzpp. 9 – 10p. 18. thumb|left|upright=0.9|Konrad Witz : La Pêche miraculeuse (1444) Konrad Witz (1400 – avant 1447) est originaire de Rottweil en Souabe. Il se rend à Bâle alors que la ville accueille le concile (entre 1431 et 1449). Admis en 1434 à la corporation , il obtient la bourgeoisie bâloise en 1435. Ses œuvres attestées sont au nombre de vingt et ont été réalisées entre 1434 et 1444. Elles représentent des pièces importantes de l'art du . Une majorité se trouve au Kunstmuseum de Bâle, certains au musée d'art et d'histoire de Genève. Dans le retable La pêche miraculeuse la nature est peinte avec réalisme, la scène est placée à Genève. On reconnaît le lac Léman, la ville à droite, le Môle et les Alpes en arrière-planp. 20.

Les sont un groupe de peintres anonymes selon la tradition médiévale. Ils signent leurs œuvres avec deux œillets rouge et blanc et devaient faire partie d'une fraternitép. 24. Cette génération de peintres de Soleure, Berne, Baden et Zurich, actifs entre 1479 et 1510, a traité exclusivement de sujets religieux. Hans Leu l'Ancien de Zurich est l'un d'eux. Conscients de leur appartenance à la Confédération, ils sont soucieux de différencier leur production de celle de l'étranger. L'œuvre la plus importante est le retable qui orne le maître-autel de l'église des Cordeliers de Fribourg, peint en 1479-1480; c'est aussi la plus anciennep. 10.

Des foyers de création entretiennent des relations avec l'étranger : Niklaus Manuel, Urs Graf, Hans Leu le Jeune et Hans Fries.

Hans Fries (1460 – 1523) de Fribourg, est probablement l'élève de Heinrich Bichler probable membre bernois des . Fries est enregistré à Berne en 1482, fait partie de la corporation de Bâle dès 1487 et devient peintre de la ville de Fribourg en 1501p. 26.

Tobias Stimmer (1539-1584) de Schaffhouse réalise des peintures murales tout comme Hans Holbein le Jeune (1497 - 1543), peintre allemand, qui réalise de nombreuses commandes de peintures murales et vitraux lors de son séjour à Bâle entre 1515 et 1526. Membre de la corporation du Ciel, on lui doit les fresques de la salle du Grand Conseil de Bâle (1521 - 1530). Il se rend ensuite à Londres.

Réforme et contre-réforme ( - ) Au début du , l'iconoclasme sévit dans les villes réformées de Zurich, Berne, Bâle et Genève. Les églises sont débarrassées de toute imagerie et de nombreuses œuvres d'art sont détruites, car les images, jugées pernicieuses pour les pauvres, sont interdites. À l'exception du Tessin, la création artistique en Suisse de toute la période des et s'en ressent, les artistes travaillent alors pour des particuliers en réalisant des vitraux et des portraits. Les sujets sont des paysans, des artisans ou encore des militairespp. 10 – 11.

Gravure thumb|Matthäus Merian, l'ancien : Vue de Stein am Rhein, gravure sur cuivre, Topographia Helvetiae (1642)

La gravure apparaît : Matthäus Merian, l'ancien (1593 - 1650) graveur sur cuivre bâlois, produit une série de Topographia avec son propre fils, Matthäus Merian, le Jeune (1621 – 1687), comprenant un très grand nombre de plans et vues de villes ainsi que des cartes de la plupart des pays ainsi qu'une Carte du Monde. Sigmund Freudenberger (1745-1801) réalise des gravures coloriées, comme une série intitulée Premier Cahier des différents Habillements de la Ville de Berne (1785) réalisée pour les autorités bernoises. Au début du , Gabriel Lory (père et fils) réalisent des gravures de paysages alpins.

Sculpture thumb|left|upright=0.8|Hans Gieng : Fontaine de la Justice à Berne Les commandes pour les grands chantiers de construction sont achevées. Les sculpteurs de la Renaissance sont actifs dans la création de statuaires pour les fontaines urbaines. Entre 1535 et 1560, de nombreuses fontaines, dont les meilleures sont de Hans Geiler (environ 1490 - 1534/35), Hans Gieng (1525 - 1562) et Laurent Perroud seront construites d'abord à Berne, Fribourg Soleure et Zoug. Ensuite à Delémont, Zurich, Altdorf et Bâle. Les corporations et bourgeoisies imposent l'iconographie profane, telle que : le mercenaire, la vaillance et la justice.

La Contre-Réforme relance les commandes, en premier lieu en Suisse centrale : les sculpteurs du baroque Peter et Jakob Spring à Fribourg ou Heinrich et Melchior Fischer, originaires de Bavière, sont encore influencés par la Renaissance allemande. Niklaus Geisler diffuse le style baroque romain à la collégiale de Lucerne (dès 1620). Hans-Ulrich Räber, de Lucerne, a un style populaire avec sa Mise au tombeau de Blatten (onze statues, vers 1645). De la même tendance il y a Christoph Daniel Schenck de Constance et les familles Tüfel de Sursee ou les Wickart de Zoug. Simon Bachmann de Muri est l'un des premiers à introduire en Suisse le style baroque italo-flamand.

À l'église des Jésuites de Lucerne, construite à partir de 1666, le stuc décoratif remplace la sculpture. Jean-François Reyff (environ 1614 - 1673) apporte le premier baroque à Fribourg. Soleure, marquée par la présence française, les œuvres principales de Johann Peter Frölicher (1662 – 1723) sont les stalles et les statues-colonnes de la bibliothèque de l'abbaye de Saint-Urbain (1700 – 1720). Les Ritz et Sigristen sont actifs en Valais.

Les statuaires et décorations en stuc sont appréciées à partir du . Les frères Castelli et Gian Antonio Castelli vont travailler au nord des Alpes, à Beromünster, Zurich puis Lucerne (1606-1626). Des écoles sont créées à Zurich et Schaffhouse, elles font face à la rude concurrence des stucateurs du Vorarlberg qui travaillent pour les abbayes d'Einsiedeln et de Saint-Gall.

Baroque tessinois ( - ) Peinture thumb|upright=0.7|Giuseppe Antonio Felice Orelli : Fresque au Palazzo Riva (1730-1770) Le Tessin a un tout autre développement : c'est une terre d'émigration artistique, naturellement tourné vers l'Italie par la langue. De nombreux architectes et artistes peintres-sculpteurs actifs en Italie et ailleurs en Europe sont issus des bailliages italiens qui deviendront le canton du Tessin. Pier Francesco Mola (1612 – 1666), de Coldrerio réalise fresques, toiles et dessins en Italie, par exemple les fresques de la galerie d'Alexandre VII au palais du Quirinal, et aussi les fresques d'une chapelle de l'église de la Madone du Carmel dans son village natal. La famille Carlone de Rovio comprend une douzaine d'artistes et architectes (Taddeo, Giuseppe, Giovanni, Tommaso, Bernardo, etc.). Ils sont actifs à Gênes et également à Milan, à Savone, à Rome, au Piémont, en Savoie, en Espagne et au Tessin.

Au , Giuseppe Antonio Petrini (1677 – 1757) de Carona ainsi que les familles Orelli de Locarno et Torriani de Mendrisio fournissent des retables à la Suisse alémanique, travaillent dans leur pays et en ItalieLes Beaux-Arts du 15e au 18e site Memo.fr consulté le 27 septembre 2008..

Renouveau ( – début du ) Sculpture thumb|Le Lion de Lucerne Johann Baptist Babel (1716 - 1799), à la fois sculpteur et stucateur du baroque tardif, réalise une quarantaine de statues en stuc pour le chœur et une trentaine en pierre pour l'esplanade de l'abbaye d'Einsiedeln.

À la faveur de la Révolution, à la fin du , les sculpteurs s'affranchissent du système corporatif, gagnent en autonomie et le sentiment national fait son apparition. Alexander Trippel (1744 - 1793) de Schaffhouse est actif à Paris et Rome, où de nombreux sculpteurs suisses seront de passage chez lui. Trippel réalise pour Zurich le Monument à Salomon Gessner (1792) qui sera l'un des premiers monuments patriotiques suisses. Les sculpteurs de retour en Suisse, comme Jean Jaquet, Funk et Valentin Sonnenshein développent leurs activités dans les centres réformés de Genève, Berne et Zurich. Ils attirent les sculpteurs touchés par le déclin des commandes ecclésiastiques : Joseph Maria Christen sculpte des bustes de savants à Zurich, Urs Pancraz Eggenschwiller (1756 – 1821) gagne le prix de Rome en 1802 avec son plâtre Cléobis et Biton. Au service de Napoléon, il séjourne à Paris en 1812 et travaille à sa statue en pied. À la chute de l'empereur, il revient à Soleure. On fit appel à lui lors de la réalisation du Lion de Lucerne selon le modèle de Bertel Thorwaldsen.

Peinture thumb|left|upright=0.7|Jean-Étienne Liotard : Portrait d'Isabella Figlia (1749-1750)