L'intervention militaire chinoise au Tibet, connue également sous le nom d'invasion du Tibet, désigne l'envoi, par la république populaire de Chine, d'une force armée au Tibet en pour reprendre le contrôle de ce territoire indépendant de facto depuis 1912.

Cette opération militaire est appelée « libération pacifique du Tibet » par le gouvernement de la RPC, le terme « libération » désignant la reconquête de la Chine semi-colonisée et n'ayant rien de spécifique au Tibet..« 50 ans de la libération pacifique du Tibet » - Le Quotidien du Peuple, 30 janvier 2002.. Elle est qualifiée d'« invasion du Tibet » par le gouvernement tibétain en exil et les États-Unis.

L'armée populaire de libération (APL) défait l'armée tibétaine le à Chamdo, chef-lieu du Kham (Tibet oriental).

L'accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet, signé le par des représentants du dalaï-lama et le gouvernement de la RPC, met un terme au conflit et affirme la souveraineté chinoise sur le Tibet.

Terminologie L'opération est appelée « invasion du Tibet » par le gouvernement tibétain en exil The Status of Tibet : ., le Congrès américainCf la :en:Concurrent resolution du Congrès américain en date du 21 mai 1991 : , la revue d'analyse militaire JaneIntelligence Review de Jane, 001122 : « La Chine a envahi le pays en 1959 et a depuis été accusée de tactiques sanglantes visant à réduire la population indigène et s'assurer qu'elle serait dépassée en nombre par les Chinois ». « Reborn supremacy: China's control of Tibetan reincarnation », 21 janvier 2008 : ., la Commission internationale de juristes International Commission of Jurists - 5 juin 1959 : . et le Center for World Indigenous Studies David L. Snellgrove et Hugh Richardson, A Cultural History of Tibet, Orchard Press, 2003, . « Missions to Tibet », University of Texas, Dallas, 29 mai 2006 : . Eric Margolis, War At The Top of The World, Routledge, 2002 . Tibet - Global Security « Tibet's Sovereignity and the Tibetan People's Right to Self-Determination », . Samdhong Rinpoche, Donovan Roebert, préface du 14th Dalai Lama, Samdhong Rinpoche : Uncompromising Truth for a Compromised World : Tibetan Buddhism and Today's World, World Wisdom Books, 2006 , . « Improving the Human Rights Situation in Tibet », German Bundestag parliamentary resolution, Bonn, Germany, 20 juin 1996. Conrad Richter, « Tibetan Response to China's White on Tibet », Center for World Indigenous Studies, Olympia, WA, 1999..

Historique thumb|Des soldats de l'armée populaire de libération entourent le diplomate britannique Robert W. Ford lors de son arrestation en 1950. vignette|Des soldats de l'APL marchent vers le Tibet en 1950. Le Tibet prend une indépendance de fait à la révolution chinoise, après le soulèvement de Wuchang (1911)https://www.cairn.info/revue-materiaux-pour-l-histoire-de-notre-temps-2013-1-page-32.htm.

En 1933, le parti nationaliste chinois au pouvoir depuis 1912, divise le Tibet en deux avec à l'Est la province du Xikang, après la guerre Tibet-Qinghai et la guerre sino-tibétaine.

, voyant que les communistes prenaient le contrôle de la Chine, le Kashag expulse tous les Chinois liés au gouvernement chinois, sous les protestations à la fois du Kuomintang et des communistesShakya 1999, .. Le Parti nationaliste chinois se réfugie sur l'île de Taïwan (ou Formose).

Le , la république populaire de Chine (RPC) est déclarée par le Parti communiste chinois.

Le , le Kashag envoya une lettre au secrétaire d'État américain, Dean Acheson, lui demandant de soutenir l'adhésion du Tibet à l'ONU. Des appels similaires furent envoyés aux gouvernements indien et britannique. Le gouvernement indien donna comme argument contre cette candidature que l'URSS utiliserait son droit de veto au Conseil de sécurité, et que cette démarche agacerait la Chine inutilement. L'antenne du Foreign Office britannique à New Delhi était du même avis concernant l'URSS, et suggéra d'expliquer au Kashag la position des gouvernements occidentaux par l'intermédiaire du résident indien à Lhassa. Acheson souhaitant faire davantage pression sur l'Inde adressa un câble à Loy W. Henderson, ambassadeur américain en Inde. Quand K. P. S. Menon et Henderson abordèrent la question de l'admission du Tibet à l'ONU, Menon déclara, catégorique, que la requête du Tibet était sans espoir, et qu'un débat à l'ONU agiterait indûment la question tibétaine risquant de provoquer une réaction immédiate des communistes chinois. Un télégramme de Henderson à Acheson souligne qu'alors l'Inde avait pratiquement le monopole des relations étrangères et des communications tibétaines avec le monde non communisteClaude Arpi, Tibet, le pays sacrifié, ..

En , le général Liu Bocheng et le représentant de la RPC au Sichuan, Deng Xiaoping, annoncèrent que le Tibet allait être « libéré »Laurent Deshayes, Histoire du Tibet, ..

Le , le général Zhang Guohua, à la tête de soldats, franchit la Yangzi Jiang (Drichu)Chronologie historique détaillée du Tibet sur le blog anonyme, tibet-info.net. en une demi-douzaine de points.

Selon le journaliste Thomas Laird, à Chamdo, chef-lieu du Tibet oriental (Kham), les unités extrêmement mobiles de l'APL encerclèrent rapidement les forces tibétaines dépassées en nombre, et le , soldats tibétains avaient été tués, et la petite armée tibétaine se rendit. Après confiscation de leurs armes, les prisonniers reçurent des livres sur le socialisme, un peu d'argent, et furent renvoyés chez eux. Selon la république populaire de Chine, la bataille de Chamdo se termina le , se soldant par 114 soldats de l'APL et 180 soldats tibétains tués ou blessés Jiawei Wang et Nyima Gyaincain, The historical Status of China's Tibet, China Intercontinental Press, 1997, (également reproduit sur The Local Government of Tibet Refused Peace Talks and the PLA Was Forced to Fight the Qamdo Battle, china.com.cn) : .

Ngabo Ngawang Jigme, commandant-en-chef de l'armée tibétaine et gouverneur de Chamdo, capitula le . Désormais entre les mains de l'Armée populaire de libération, il envoya, le , un télégramme au gouvernement tibétain à Lhassa, l'informant de la nécessité d'envoyer des émissaires à Pékin pour y engager des pourparlers.

L'APL continua ensuite sa progression en direction du Tibet central, mais s'arrêta dans son avancée à l'est de Lhassa, à l'endroit que la Chine appelle la frontière de jure du Tibet Tieh-tseng Li, Historical Status of Tibet, New York, Columbia University Press, 1956 : ..

C'est ici qu'ils s'arrêtèrent et exigèrent la « libération pacifique » du Tibet. L'APL, tout en possédant un avantage militaire écrasant, souhaitait éviter l'intervention d'autres puissances telles que les États-UnisShakya, 1999, ..

Selon le dalaï-lama, l'APL n'attaqua pas les civils : « les Chinois étaient très disciplinés. Ils étaient comme les soldats anglais (en 1904). Même mieux que les Anglais, car ils ont distribué un peu d'argent (aux villageois et responsables locaux). Ils ont ainsi soigneusement tout planifié ».

L'APL envoya à Lhassa des prisonniers libérés (dont Ngabo Ngawang Jigme, le commandant en chef de l'armée tibétaine), pour convaincre le dalaï-lama de négocier. L'APL promit que si le Tibet était « libéré pacifiquement », les élites tibétaines garderaient leurs privilèges et leur pouvoir.

Le , le gouvernement du Tibet envoie un appel aux Nations unies concernant l'invasion du Tibet par la Chine. Le Salvador dans son époque autoritaire militaire, gouvernée par le lieutenant Óscar Osorio Hernández, seul à soutenir le gouvernement tibétain, propose une résolution aux Nations unies, mais en raison de la guerre de Corée qui se déroule au même moment, et de l'hésitation de l'Inde, le débat sur l'appel du Tibet aux Nations unies est ajourné..

Comme l'APL avait cessé le feu et demandé une négociation pacifique plutôt que d'entrer dans Lhassa par la force, l'ONU renonça à traiter la question du Tibet. L'association de la pression militaire, des rapports sur le bon traitement de la population locale et des prisonniers libérés ainsi que le manque de soutien international conduisirent les représentants tibétains à s'engager dans des négociations avec l'APL. vignette|Signature de l'accord en 17 points le 23 mai 1951. En , les représentants tibétains signèrent à Pékin, avec le gouvernement central de la Chine, un accord en 17 points. Cet accord fut ratifié à Lhassa quelques mois après Tenzin Gyatso, Dalai Lama XIV, interview, 25 juillet 1981..

En plus de reconnaître la souveraineté chinoise pour la première fois dans l'histoire tibétaine (point 1), les Tibétains étaient tenus désormais d'aider les troupes et les cadres de l'APL à occuper pacifiquement le Tibet (point 2). Les Tibétains acceptaient également de renoncer à s'occuper des affaires étrangères, de la défense des frontières et du commerce du Tibet (point 14) et acceptaient que l'armée tibétaine soit progressivement incorporée dans l'APL, quoique sans qu'une échéance précise soit fixée (point 8). Ils acceptaient également le retour du panchen lama au Tibet (points 5 et 6) et la création d'une nouvelle entité administrative, le Comité administratif militaire (point 15), distinct du gouvernement local tibétain et soumis au gouvernement populaire centralMelvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, vol. 2 : the Calm Before the Storm, 1951-1955, 2007, : .. Le texte contenait également une déclaration mettant fin officiellement à la monnaie tibétaine Melvyn C. Goldstein, A History of Modern Tibet, Vol. 2 : The Calm Before the Storm, 1951-1955, op. cit., ..

Le texte de l'accord reconnaissait l'autonomie régionale, la liberté religieuse et le maintien des revenus du clergé bouddhisteRichard Poulin, La politique des nationalités de la RPC de Mao Zedong à Hua Guofeng, : « La révolte tibétaine de 1959 »..

Selon le gouvernement chinois, le , les troupes de l'APL, commandées par Zhang Guohua, entrèrent pacifiquement à Lhassa, où plus de personnes se pressaient le long de leur passage. Il y eut une cérémonie de bienvenue en leur honneur, où Lhalu Tsewang Dorje fit un discours puis il y eut un banquet pour marquer la libération pacifique du Tibet et pour célébrer l'unité retrouvée des Han et des Tibétains. Y participèrent les chefs de la et les principaux responsables du gouvernement tibétain. Le , le dalaï-lama devait donner un banquet en l'honneur des officiers supérieurs de l'APL à Lhassa The Signing of the 17-Article Agreement and the Peaceful Liberation of Tibet, When the PLA Troops entered Lhasa, vol. 1, Chinese edition, ; Tibetan edition, . Déclaration de Lhalu : « Dans le passé, lorsque les troupes impériales Qing, les troupes britanniques et les troupes du Kuomingtang vinrent au Tibet, il n'y eut pas de cérémonie en leur honneur. Seules les troupes de l'APL ont mérité un accueil chaleureux de notre part car les troupes de l'APL sont l'armée du peuple »..

Conséquences

Incorporation du Tibet à la Chine vignette|L'armée chinoise défilant à Lhassa le 26 octobre 1951.