L'histoire du Maroc et de son territoire remonte aux premiers peuplements du Paléolithique inférieur, dont certaines des plus anciennes traces ont été mises au jour à Djebel Irhoud. Durant l'Antiquité, la région connaît successivement des influences phéniciennes puis carthaginoises, parallèlement à l'émergence de royaumes berbères, notamment le royaume de Maurétanie. Une partie du territoire est ensuite annexée à l'Empire romain et intégrée à la province de Maurétanie tingitane. Après le recul de l'autorité romaine, la région connaît les invasions vandales ainsi que l'émergence du royaume des Maures et des Romains, avant de se fragmenter en plusieurs entités politiques.

La conquête musulmane du Maghreb atteint le territoire de l'actuel Maroc au début du , région désignée par les géographes arabes sous le nom de Maghreb al-Aqsa (« Occident extrême »). En 788, , réfugié au Maghreb afin d'échapper aux persécutions du califat des Abbassides, fonde un État gouverné par la dynastie des Idrissides, dont l'autorité disparaît progressivement au cours du . Au , les Almoravides s'imposent dans la région et fondent Marrakech vers 1070. Ils sont ensuite remplacés par les Almohades, qui établissent un vaste empire entre le et le . Leur succèdent le Sultanat mérinide, puis les Wattassides. À partir du , le Maroc est gouverné par des dynasties chérifiennes, d'abord les Saadiens de 1554 à 1659, puis les Alaouites, au pouvoir depuis le .

Au cours du , le Maroc fait face à une pression croissante des puissances européennes et se trouve impliqué dans plusieurs conflits liés à l'expansion coloniale, notamment dans le contexte de la conquête de l'Algérie par la France, de la guerre franco-marocaine de 1844 et de la guerre hispano-marocaine de 1859-1860. Au début du , les rivalités européennes autour du Maroc donnent lieu à plusieurs crises diplomatiques majeures, parmi lesquelles la crise de Tanger, la conférence d'Algésiras et le coup d'Agadir. Elles aboutissent en 1912 à la signature du traité de Fès, qui instaure le protectorat français, tandis que plusieurs zones du nord et du sud passent sous protectorat espagnol. Entre 1921 et 1927, le nord du pays est le théâtre de la guerre du Rif. Durant la Seconde Guerre mondiale, le Maroc joue également un rôle dans la campagne d'Afrique du Nord.

Dans son discours de Tanger de 1947, le sultan affirme publiquement son soutien aux revendications du mouvement nationaliste. Dans un contexte de tensions croissantes, marqué notamment par les émeutes de Casablanca de décembre 1952, les autorités du protectorat déposent puis exilent le souverain en 1953. Cet événement contribue au déclenchement de la révolution du Roi et du Peuple. Mohammed V revient au Maroc en 1955 et la fin du protectorat français est officiellement proclamée le .

Sous le règne d' (1961-1999), la question de la décolonisation du Sahara occidental, alors sous domination espagnole, devient l'un des principaux enjeux de la politique extérieure marocaine. En 1975, le Maroc organise la Marche verte afin d'appuyer ses revendications sur ce territoire. Le statut du Sahara occidental demeure contesté. Le règne de , commencé en 1999, est marqué par des réformes institutionnelles et sociales, des transformations économiques, ainsi que par des tensions politiques et sociales.

Préhistoire

Premières traces de peuplement vignette|Crâne d'Irhoud 1.

Les plus anciennes traces connues de présence humaine au Maroc remontent à l'Acheuléen (Paléolithique inférieur). Dans la région de Casablanca, des objets lithiques datés d'environ 1,3 million d'années ont ainsi été mis au jour. D'autres indices de présence d'hominidés, datés d'environ , ont également été découverts à Casablanca. Ils comprennent notamment des restes humains, parmi lesquels des mandibules, des maxillaires et des fragments crâniens attribués à Homo erectus..

L', découvert à Salé, est un fossile attribué à Homo rhodesiensis et daté d'environ 400 000 ans. À Djebel Irhoud, des restes de représentants anciens dHomo sapiens, datés de plus de , ont par ailleurs été mis au jour. Leur datation, publiée en juin 2017, en fait certains des plus anciens fossiles connus attribués à notre espèce..

En 2021, des archéologues ont également annoncé la découverte, dans la grotte de Bizmoun, dans le sud-ouest du Maroc, de 33 parures confectionnées à partir de petits coquillages. Datées de plus de , elles figurent parmi les plus anciens objets de parure connus au monde..

L'arrivée dHomo sapiens au Maghreb avant l'Épipaléolithique a été démontrée puisque les industries atériennes ne sont pas l'œuvre de l'homme de Néandertal, dont l'aire de répartition est exclusivement eurasiatique, mais bel et bien dHomo sapiens présentant des caractéristiques archaïques. Les plus anciens restes dHomo sapiens au monde ont été découverts au Maroc à Djebel Irhoud en juin 2017 et datent de plus de ..

thumb|Peuplement ibéromaurusien. La période de l'Atérien, de à AP, est connue uniquement en Afrique du Nord. Cette période se caractérise par la maîtrise de la production d'outils présentant des pédoncules destinés à faciliter l'emmanchement. Plusieurs outils pédonculés sont retrouvés dans de nombreuses grottes situées sur le littoral atlantique (Dar Soltane 2).. Néanmoins cette période a surtout été marquée par de profonds bouleversements climatiques ayant entraîné une désertification sans précédent du territoire marocain ainsi que la raréfaction voire la disparition d'un grand nombre d'espèces animales et végétales. Cette dynamique a cependant été contrecarrée par le rempart naturel que constituent les chaînes de l'Atlas et du Rif, que ce soit au Maroc ou dans le reste du Maghreb.

Le Paléolithique supérieur est marqué par l'arrivée dHomo sapiens, porteur de l'industrie ibéromaurusienne. À Taforalte (Berkane), les outils retrouvés datent de 30 à Des rites funéraires sont identifiés : les morts ont le corps en décubitus latéral et les os peints. Une étude sur des restes âgés de dans la région a démontré que l'Afrique du Nord a reçu des quantités importantes de flux génétique d'Eurasie avant l'holocène et le développement des pratiques agricoles.

Mésolithique et Néolithique 300px|vignette|Expansion néolithique de la culture cardiale et de la culture rubanée en Europe d’après l'archéologie. Dès 7500 , la culture du Capsien s'étend au Maghreb dans la région allant de Gafsa à Tébessa, puis d'avantage à l'ouest au sein du territoire du Maroc à la fin du millénaire Anthropologiquement, l'homme Capsien est considéré comme ancestral au type berbère.

Les études de l'ADNa révèlent que les Nord-Africains du début du néolithique (vers - 7000 AP) trouvent leurs ancêtres dans ces groupes paléolithiques d'Afrique du Nord, tandis que les groupes du néolithique tardif (il y a ) contiennent une composante ibérique, suggèrant un flux de gènes par Gibraltar. Ces signaux différents entre les individus du Néolithique ancien et ceux du Néolithique tardif indiquent que la propagation des pratiques agricoles en Afrique du Nord a impliqué à la fois une diffusion culturelle et démique depuis l'Europe. Les similitudes culturelles et génétiques entre les traditions ibériques et néolithiques nord-africaines renforcent encore le modèle de migration ibérique vers le Maghreb.

Antiquité

Contacts extérieurs : Égypte, Phénicie, Carthage (1300 à 300 )

Durant l'Antiquité, le territoire du Maroc est l'objet de plusieurs mythes et légendes dans les textes grecques puisqu'il s'agirait de la patrie d'Atlas et de sa fille Calypso, habitant l'île d'Ogygie, à proximité de Ceuta. Antée aurait également vécu non loin de là, près de Tanger, avant d'être tué par Héraclès qui ouvre le détroit de Gibraltar. Si ces textes alimentent les questionnements sur les premiers habitants du Maroc et leur origine, l'historiographie recense plusieurs noms données aux populations du territoire : Libyens, Afri, Gétules, Numides ou Maures avant d'être finalement désigné Berbères par les grecs. La phase de l'âge du bronze tardif, vers 1300-900 demeure très mal connue.

Les Libyens, sous (1301-1235) sont réputés pour leurs qualités militaires et jouent un rôle important dans l'histoire de l'Égypte antique puisque le descendant d'un chef libyen, , fonde la XXIIe dynastie égyptienne. Les premières influences antiques dans le territoires s'observent dans des apports dans les cultes religieux berbères d'éléments égyptiens. Le culte du bélier et du taureau restent notamment pratiqués dans le sud du Maroc encore après l'ère musulmane.thumb|upright|right|Amphore égéenne découverte dans l'ancien comptoir phénicien des îles Purpuraires d'Essaouira.Les Phéniciens, commerçants entreprenants originaires de la Phénicie située dans la région de Canaan, installent leurs premiers établissements dans ce que les géographes grecs comme Strabon nomment la Libye (terme qui désigne alors l'ensemble de l'Afrique du Nord à l'ouest de l'Égypte, et non la seule Libye contemporaine) et notamment sur les côtes marocaines, dès le La flotte phénicienne fonde des comptoirs à Tingi (Tanger), Lixus (près de Larache), Thymiateria (Mehdia), Azama (Azemmour) et Cerné (qui serait localisée à Dakhla). À l'époque de l'arrivée des Phéniciens, le territoire de l'actuel Maroc était loin d'être inhabité. Des établissements comme celui de Kach Kouch témoignent de l'installation des populations locales, qui ont maintenu des rapports commerciaux avec les Phéniciens mais en conservant une architecture locale de cabanes bâties en terreBOKBOT, Youssef ; ONRUBIA PINTADO, Jorge (1995) : Substrat autochtone et colonisation phénicienne au Maroc. CIHAAN, ..

Carthage, fondée au , n'étend pas son influence politique sur le territoire du Maroc comme c'est le cas en Tunisie et en Algérie, mais s'insère dans le réseau commercial établi par les phéniciens. Selon Homère, l'attrait commercial pour le territoire est que . Cependant on y exploite également des plantations de blé, de vigne, de figuiers et d'oliviers. L'exploitation de mines de cuivre, de plomb, de fer et d'argent est également importante. Le chameau commence à être introduit, cependant ce sont des attelages de chevaux qui sont encore favorisés pour utiliser les liaisons commerciales qui traversent le territoire depuis l'Afrique du nord vers le sud du Sahara. La principale route part du Souss pour rejoindre l'Adrar et la zone occupée par la culture Tichitt.

Les influences Carthaginoises sont notamment renforcée par le périple d'Hannon le Navigateur. À partir du , leurs activités commerciales s'y renforcent ainsi que leurs relations avec les groupes tribaux de l'intérieur des territoires. Ils leur paient un tribut pour s'assurer leur coopération et avoir le droit d'exploiter les ressources naturelles du territoire. Ils s'intéressent aux métaux précieux, au murex (utilisé pour produire la teinture pourpre prisée) et de bois rares des forêts nord-africaines. Ces échanges introduisent des éléments culturels phéniciens.

Maurétanie (300 à 430)

thumb|left|Monument funéraire d'El Gour (région de Meknès), mausolée probable d'un aguellid maurétanien. À partir du apparaît le royaume de Maurétanie, dont le plus ancien souverain connu est Baga. Les plus anciens textes historiques associe ce royaume aux villes de Lixus et Chellah. Le royaume est alors actif avec les Numides durant la deuxième guerre punique afin de réduire l'influence carthaginoise en Afrique du Nord. Le punique, variété carthaginoise du phénicien, est la langue officielle utilisée pour les documents administratifs, les rapports diplomatiques et les cultes de Baal, de Tanit et des divinités du panthéon libyco-carthaginois. Les souverains de Maurétanie parviennent à supplanter l'influence de Carthage et Rome en certains endroits. thumb|Pièce de monnaie à l'effigie de .