La révolte crétoise de 1897-1898 est une insurrection du peuple crétois contre l'occupation ottomane de l'île. Cette insurrection s'inscrit dans un mouvement plus large de volonté d'indépendance du peuple crétois vis-à-vis de l'Empire ottoman qui possède l'île depuis le milieu du . Ce conflit est marqué par la fin de l'occupation ottomane de l'île et par la fondation d'une Crète autonome sous l'autorité du prince Georges de Grèce.

thumb|330px|alt=carte ancienne de la Crète : le bleu domine, une grosse tâche rouge au centre de l'île|Carte de 1861 représentant la présence des Grecs () et Turcs () en Crète. Les seconds sont majoritaires dans la plaine de la Messará où se trouvent les meilleurs terres agricoles de l'île.

Contexte

La conquête de la Crète par l'Empire ottoman s'achève en 1669 par la prise de Candie (actuelle Héraklion). La Crète devient alors une province ottomane.

Après l'indépendance de la Grèce en 1821, la Crète aspire à une union avec la Grèce et la population se révolte à plusieurs reprises contre l'occupant turc à la fin du , notamment en 1866, 1878 et 1897. À la fin du , les chrétiens représentent les quatre cinquièmes de la population de l'île.. Ils espèrent ainsi attirer l'attention des grandes puissances européennes sur le sort de la Crète.

Les dernières années d'occupation ottomane En 1895, le massacre d'Arméniens en Anatolie choque l'opinion publique internationale et force les grandes puissances européennes à s'intéresser au sort de la Crète. Le (julien), le (grégorien), des représentants des diverses provinces crétoises (Apokoronas, Kydoniai, Sphakia, Rethymno et Aghios Vasileios) se réunissent à Klema, près de La Canée. Ils rédigent un mémorandum qu'ils envoient à la Grèce et aux grandes puissances. Ils demandent la désignation d'un gouverneur chrétien pour l'île. Ils souhaitent aussi un contrôle du pouvoir ottoman par les grandes puissances. Ils veulent en fait placer l'île sous la protection de celles-ciAn Index of Events in the military History of the Greek Nation., .. Sur l'île, pour montrer sa bonne volonté, la Porte remplace alors le gouverneur en place, par un chrétien, Alexandre Karatheodoris. Les Crétois d'origine grecque sont favorables à cette nomination, mais pas ceux d'origine turque et ces derniers s'organisent autour d'un groupe terroriste pan-crétois. Ils multiplient alors les massacres de chrétiens afin d'obliger Karatheodoris à démissionner. En réaction, des groupes chrétiens organisent une guérilla et lancent des représailles contre les musulmans. L'assemblée crétoise demande également le rétablissement des clauses du Pacte de Chalépa de 1878, favorables aux chrétiens. Alexandre Karatheodoris dissout l'assemblée le .

La révolte crétoise de 1895 En réaction, une assemblée révolutionnaire se constitue sous l'impulsion du consul général de Grèce. Celle-ci se réunit à Krapi le . Elle demande la déclaration de la Crète en tant qu'entité autonome, payant un tribut annuel au sultan. Cette Crète autonome doit être dirigée par un gouverneur chrétien, nommé pour cinq ans, sans que le sultan puisse avoir le droit de le remplacer. Les droits accordés par le Pacte de Chalépa doivent être restaurés et certains améliorés. Ces conditions sont jugées inacceptables par Alexandre Karatheodoris, qui ordonne de faire arrêter les membres de l'assemblée de Krapi. Le (julien), un premier affrontement sérieux a lieu à Vryses, près d'Apokoronas, entre des Crétois membres du « Comité de transition » et des troupes ottomanes commandées par Tayyar Pacha. La bataille dure toute la journée. Les Grecs obligent les Turcs à se replier après avoir perdu 200 hommes. Finalement, les forces turques ne parviennent pas à mettre la main sur les membres de l'assemblée.

Jugé inefficace, Alexandre Karatheodoris est remplacé, en mars 1896, par Turkhan Pacha. Celui-ci déclare l'amnistie générale, mais l'assemblée révolutionnaire rejette l'idée d'interrompre la révolte. L'optimisme des insurgés crétois prend une nouvelle ampleur avec la prise du fort turc de Vámos (4 au ).

Quant aux actes de violence perpétrés par les Turcs, ils augmentent les tensions entre les deux communautés. Le , des meurtres et des pillages sont perpétrés contre les chrétiens de La Canée, avant de toucher les campagnes alentour et, en particulier, les provinces de Kydonia et de Kissamos. le , les moines du monastère d'Anopoli sont massacrés.

Ces événements amènent les grandes puissances à intervenir et à faire pression sur l'Empire ottoman pour qu'il accorde de nouvelles concessions. Au mois d'août, des volontaires grecs sont envoyés sur l'île par le gouvernement d'Athènes. Les consuls des grandes puissances proposent une nouvelle constitution aux représentants chrétiens. Cette constitution reprend les principales revendications de l'assemblée révolutionnaire de Krapi. Les principaux points de cette constitution sont : la nomination par le sultan, pour cinq ans, et sur accord des grandes puissances, d'un gouverneur chrétien ; le nombre d'emplois réservés aux chrétiens doit être le double de ceux réservés aux musulmans ; la gendarmerie crétoise doit être réorganisée et dirigée par des officiers européens ; l'île est garantie d'une pleine indépendance économique et judiciaire sous la protection des grandes puissances.

La révolte s'éteint en .

Début de la révolte de 1897 vignette|Vue de La Canée en 1897, après l'incendie de la ville par les Turcs Si la tension s'apaise quelque temps, elle se ravive à mesure que l'Empire ottoman tarde à mettre en œuvre la constitution. Dès le mois de septembre 1896, un nouveau gouverneur est nommé, George Verovich Pacha, ancien gouverneur de l'île de Samos. Le procureur Kriaris est assassiné à La Canée et des menaces sont proférées contre la communauté chrétienne. À la mi-janvier 1897, les massacres reprennent, la résidence de l'évêque de La Canée est incendiée ainsi que les quartiers chrétiens. Elefthérios Venizélos, à propos de ces incendies, aurait dit : I saw Canea in flame. It had been set on fire by the Mussulmans, who thus started the great revolt. ..

Intervention grecque et internationale

Alors que les grandes puissances essaient d'empêcher l'aggravation des troubles sur l'île, le Premier ministre grec, Theódoros Deligiánnis, cède à la pression de l'opposition et de l'opinion publique en décidant d'intervenir en Crète. Il place le prince Georges de Grèce à la tête d'une flotte chargée d'empêcher les navires turcs de ravitailler l'île. Il place Timoléon Vassos à la tête d'une armée de chargés de prendre le contrôle de l'île. Cette armée débarque à Kolymvári le (julien) / (grégorien) 1897 et déclare aussitôt l'union de la Crète à la Grèce dans une atmosphère de liesse générale. Il établit ses quartiers généraux à Platania Alikianos. Le , un groupe de 600 hommes, composé de rebelles, de volontaires et de militaires grecs, prennent d'assaut et capturent la forteresse turque de Voukolies, à une dizaine de kilomètres de La Canée. À partir de cet événement, les amiraux européens refusent que soit acheminée de la nourriture à l'armée grecque tant que Vassos n'aura pas décrété de cessez-le-feu. La réponse de Timoléon Vassos est qu'il n'entrera pas dans les quatre villes où sont présentes les flottes européennes mais que son intention est d'occuper le reste de la Crète.

Depuis , la France et le Royaume-Uni entretenaient une force navale dans les eaux crétoises pour protéger leurs intérêts. Au cours de l'année 1897, une force expéditionnaire internationale se constitue, rassemblant les escadres de ces deux puissances, de l'Autriche-Hongrie, de l'Allemagne, de la Russie et de l'Italie.

Akrotiri Alors que les Crétois prennent à nouveau les armes, Elefthérios Venizélos organise un camp dans la péninsule d'Akrotiri. C'est à proximité de La Canée que s'installe l'assemblée de Crète et le gouvernement provisoire qu'il établit. C'est également dans ce lieu proche de la baie de Souda qu'il peut entrer en pourparlers avec les amiraux des flottes européennes stationnées dans la baie. Les insurgés d'Akrotiri hissent rapidement le drapeau grec et proclament l'annexion de l'île par la Grèce. Ils reçoivent l'aide matérielle de la Grèce, qui leur fait parvenir, dans la nuit du , 300 volontaires et 800 caisses de munitions. L'aide à peine cachée de la Grèce se fait de plus en plus évidente chaque jour. Navires de guerre ou transports de troupes et de munitions défient régulièrement la vigilance des flottes européennes. Le , le prince Georges de Grèce arrive à La Canée à la tête de toute une flottille. Dès le lendemain, les insurgés portent une attaque sur La Canée depuis les hauteurs de Chalépa. L'amiral britannique Harris, suspectant les Grecs d'exciter les insurgés, oblige le prince Georges à repartir vers la Grèce dès le .

vignette|Elefthérios Venizélos entouré des représentants des grandes puissances.

Le , le camp d'Akrotiri est la cible des canons des flottes européennes. Leur cible exacte est la colline du Prophète Élie, emplacement du quartier général d'Elefthérios Venizélos. Les navires chargés du bombardement sont les croiseurs britanniques Revenge, Dryad et Harrier, le navire russe Alexandre II, l'allemand Kaiserin Augusta et l'autrichien Maria Theresa. Présents, les navires français et italiens ne participent pas à l'assaut car masqués par les précédents. Selon Kerofilas, le but de ce bombardement est d'abattre le drapeau grec flottant sur Akrotiri. Le matin du 21, les rebelles reçoivent un dernier ultimatum afin qu'ils enlèvent le drapeau. Venizélos en personne répond : . Alors que les bombes s'abattent sur le camp et que le drapeau vacille, un jeune Crétois se lance au-devant des bombes et relève l'étendard, provoquant l'admiration même des amiraux européens.

Le mois suivant le bombardement, Français et Britanniques s'établissent sur les positions opposées à Akrotiri, rendant le blocus encore plus strict. Le , Venizélos reçoit les amiraux français, italien et britannique. Ces derniers se heurtent à la volonté des Crétois qui demandent l'union à la Grèce.

Changement de position des Européens Confrontées au problème crétois, les puissances européennes possèdent trois solutions : la restauration de l'autorité turque, l'union de la Crète à la Grèce (solution favorisée par l'opinion publique et la presse européenne) ou l'autonomie.

L'Allemagne, dans un premier temps, propose d'exercer un blocus sur le port du Pirée, obligeant ainsi l'armée grecque présente en Crète à se retirer, une solution refusée par la Grande-Bretagne. L'idée d'autonomie est d'abord formulée par cette dernière. L'autonomie permettrait d'empêcher l'annexion de l'île par la Grèce et ainsi préserver le principe d'intégrité de la Turquie.

Le , les puissances européennes adressent à la Grèce leur proposition d'autonomie pour l'île. Le gouvernement grec, poussé par l'opinion publique, refuse catégoriquement cette solution. Cependant, le , les puissances déclarent l'autonomie de la Crète, placée sous la suzeraineté de l'Empire ottoman et, avec leurs flottes, font le blocus de l'île dès le 21. Les amiraux européens se trouvent confrontés à la volonté des Crétois dès le , lorsqu'ils apprennent que les occupants d'un fort turc, à Malaxa, se trouvent au bord de la famine après qu'ils se sont retrouvés encerclés par les Crétois, et ce malgré le drapeau blanc hissé depuis déjà plusieurs jours. Les amiraux font parvenir aux insurgés, dès le 23, une demande de retrait sous peine de bombardement. Devant un nouveau refus des Crétois, les amiraux ont du mal, cette fois, à passer à l'offensive.