thumb|300px|right|Les Celtes en Europe, dans le passé et aujourd'hui :

La mythologie celtique est constitutive de la religion des Celtes de la Protohistoire/Antiquité. Nos connaissances sont lacunaires.

Sources et notion de mythologie celtique

Dès que l'on aborde le domaine celtique, que ce soit au niveau de la civilisation, du druidisme ou de la mythologie, on se trouve inévitablement confronté au problème des sources. Les druides (« dru-wid-es » signifie « très savants »), qui représentent la classe sacerdotale, ont systématiquement privilégié une transmission orale de leur savoir, induisant la mémorisation de milliers de versJules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules : « On dit qu’auprès d’eux ils (les élèves) apprennent par cœur un nombre considérable de vers. Aussi plus d’un reste-t-il vingt ans à l’école. » Wikisource, Livre VI, 14.. On retrouve régulièrement l'argument selon lequel la parole écrite est une parole morte ; peut-être était-ce aussi un moyen d'éviter que leurs idées soient détournées. Les Celtes n'ignoraient pas l'écriture puisque nous possédons des inscriptions utilisant l'alphabet étrusque ou l'alphabet grec et qu'ils ont inventé un système particulier de notation : l'écriture oghamique.

Aux , des érudits tels que Gottlob Heyne et Johann Gottfried Herder définissent la mythologie comme un ensemble de récits expliquant l’origine du monde. Cette définition marginalise les traditions celtiques, jugées trop fragmentaires ou trop christianisées pour être qualifiées de mythologiques. Ce n’est qu’au début du que le terme « mythologie celtique » s’est imposé, en référence aux corpus irlandais et gallois médiévaux. Les débats historiographiques portent depuis lors sur la valeur de ces sources, leur degré de transformation chrétienne, et leur place au sein des mythologies indo-européennes.

Les sources continentales

Deux types de sources nous livrent des informations générales. Tout d’abord, leurs contemporains, parmi lesquels on peut citer, à titre d’exemple : Diodore de Sicile (Bibliothèque historique), Strabon (Géographie), Pomponius Mela (De Chorographia), Lucain (La Pharsale), Pline l'Ancien (Histoire naturelle), et surtout Jules CésarJoseph Vendryes note que « César ne nomme pas un seul dieu gaulois […] Tous les peuples de l’Antiquité ont jugé bon d’identifier les dieux de l’étranger et ceux de leur propre pays », La Religion des Celtes, page 30. Pour Claude Sterckx, César « ne cite que leurs équivalents romains, à la fois sans doute parce que les Gaulois ne désignent leurs dieux que par des surnoms infiniment divers et parce que César cherche à se faire comprendre de ses lecteurs. », Mythologie du monde celte, page 261. avec les Commentaires sur la Guerre des Gaules. Ces témoignages donnent souvent une image négative des peuples celtes, compte tenu des relations belliqueuses qu’ils entretenaient, et la méconnaissance de leurs voisins.

En ce qui concerne le domaine gaulois, les sources dont on dispose sont très rares et très fragiles. Pour l'essentiel, nous ne savons à peu près rien du monde des dieux gaulois, même s'il est certain qu'ils aient eu une mythologie aussi élaborée que celle rapportée par les textes irlandais. Le peu que nous en sachions, nous le tenons de Lucain (Pharsale) et de César (Commentaires sur la Guerre des Gaules) principalement, de Pline et de Tertullien accessoirement. Ces informations sont largement déformées par l’interpretatio romana, qui cherche systématiquement un équivalent romain aux dieux gaulois. Les deux panthéons semblent largement incompatibles : ainsi Mercure est donné comme équivalent à Lug, à Taranis et à Esus par César et Lucain (lequel Lucain hésite entre deux équivalents), ce qui en dit long sur la fragilité de ce type de raisonnement ; en effet les qualités des dieux gaulois semblent très fluctuantes et beaucoup plus sujettes aux variations régionales que les dieux romains.

Outre les textes latins, les vestiges archéologiques (bas-reliefs, statues, monnaie) et la toponymie permettent d'en savoir un peu plus, et de localiser certains lieux de culte. Ainsi Lug, dieu pourtant central chez les Celtes, n'est attesté par aucun texte latin mais son culte est confirmé par la toponymie, notamment les noms de Lyon, Laon ou Loudun, du gaulois *Lug(u)-dunon (forteresse de Lugus)Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, éd., Éditions Errance, 2003 , articles dunon et lugus., qui seront ultérieurement latinisés en Lugdunum.

Les sources insulaires

Le deuxième type de sources est beaucoup plus tardif puisqu'il s’agit de la consignation par les clercs du Moyen Âge, des traditions orales en IrlandePour Miranda Jane Green, « les premiers copistes purent fort bien avoir été des filid, ces gardiens du savoir imprégnés des rites antiques, qui voulaient préserver les mythes sous une forme écrite », Mythes celtiques, page 40.. Cette littérature, dont la rédaction s'étale du au , vient opportunément confirmer et compléter les résultats des études des sources antiques. Elles retranscrivent les mythes et épopées de l'Irlande celtique, qui se sont transmis oralement de génération en génération. Ces sources littéraires se composent de quatre grands groupes : le cycle d'Ulster, ou cycle de la Branche Rouge, décrit les héros et rois de l’Irlande protohistorique ainsi que l’intervention habituelle des dieux. Le récit le plus important est la Táin Bó Cúailnge (« Razzia des Vaches de Cooley »), qui raconte l’invasion de l’Ulster par la reine Medb et les exploits de Cúchulainn ; le cycle mythologique, dont le texte principal est le Cath Maighe Tuireadh (« Bataille de Mag Tured »), centré sur la lutte que livrent les dieux Tuatha Dé Danann aux Fir Bolg (première bataille de Mag Tuired), et aux Fomoires (seconde bataille). Autre texte important, Tochmarc Etaine (« La Courtise d’Etain »), consacré à la déesse Étain. À ce cycle, il faut associer les Immrama, qui narrent le voyage de héros dans l’ « Autre Monde » ; le cycle Fenian ou cycle de Finn est consacré aux aventures de Finn Mac Cumaill, de son fils Oisin et sa troupe de guerriers, les Fianna Éireann ; le cycle historique ou cycle des rois est composé d’annales légendaires. Le texte le plus important est le Lebor Gabála Érenn (« Livre des conquêtes d’Irlande ») qui rapporte l’« histoire » des invasions de l’Irlande (notamment celle des dieux, les Tuatha Dé Danann), depuis le déluge jusqu’à l’arrivée des ancêtres mythiques des Gaëls (voir section Les « peuples » du Lebor Gabála Érenn).

Les textes gallois sont plus christianisés et les éléments mythologiques sont moins évidents que dans les textes irlandaisMiranda Jane Green, Mythes celtiques, pages 19-21.. Le récit important est le Mabinogion, aussi appelé Les Quatre branches du Mabinogi, étant composé de 4 contes : Pwyll, prince de Dyved, Le Mabinogi de Branwen, Manawydan fils de Llyr et Math fils de Mathonwy. Les autres textes notables sont Breuddwyd Macsen Wledig (Le Rêve de Macsen), Lludd a Llefelys (Lludd et Llevelys), Culhwch ac Olwen (Kulhwch et Olwen), Breuddwyd Rhonabwy (Le songe de Rhonabwy), Hanes Taliesin (Le conte de Taliesin), etcCes textes ont connu un regain de popularité au , grâce notamment aux traductions en anglais de Lady Guest..

Les collecteurs transcripteurs ont habillé tous ces mythes d'un vernis chrétien, sous lequel l’étude découvre le substrat celtique original.

Dieux et personnages

Gaule

Dieux principaux (pangaulois ou panceltiques)

Le panthéon gaulois distingue, d'après Lucain, une triade : Taranis, Esus, et Toutatis. Aucun de ces dieux n'a de rôle clairement défini, et leurs caractéristiques sont souvent interchangeables selon les régions.

Anna (Ana, Anu), déesse mère (son nom signifie la nourricière), mère de tous les dieux, toutes les déesses et des humains. Elle est la protectrice des vivants, des morts et des lieux humides.

Toutatis (Teutates, Totiourix, Teutanus) – peut-être du proto-celtique * thuata (tribu)cf. le breton "tud" = Les gens. et * tato (père)cf. le breton "tad" = père. – est assimilé par Lucain tantôt à Mercure, tantôt à Mars. Toutatis serait peut-être le Dis Pater dont parle César« Les Gaulois se vantent d'être issus de Dis Pater, tradition qu'ils disent tenir des druides. » Commentaires sur la Guerre des Gaules, Livre VI, 187., mais rien ne le prouve de façon explicite. On le considère parfois de façon schématique comme le dieu du ciel.

Taranis (peut-être du gaulois taran, qui signifie tonnerre) est le dieu solaire et le dieu céleste. Ses attributs indiquent qu'il est en outre dieu du tonnerre, dieu de la guerre, dieu du feu, dieu des morts, mais aussi dieu du ciel.

Ésus est un dieu artisan, dieu des voyages, protecteur des commerçants, défricheur de forêts et charpentier.

Lug (peut-être du proto-indo-européen * leuk, signifiant lumière) est un dieu pan-celtique non attesté en Gaule mais dont le culte est considéré comme probable sur la base de la toponymie (Lyon, Laon, Lugdunum, etc.). On a souvent pensé que le Mercure dont parle César était Lug. Mais Mercure est aussi associé à Toutatis et à Esus.

Sucellos est un dieu au maillet (qui tue et ressuscite) et au tonnelet (symbole de prospérité), il est l’équivalent du Dagda irlandais, qui possède des talismans aux mêmes fonctions : une massue et un chaudron. Dieu des forêts et de l'agriculture.

Divinités zoomorphes

Par divinité zoomorphes, on entend des divinités possédant des attributs d'animaux. Les Celtes ne vénéraient pas des dieux mi-hommes mi-bêtes : les attributs animaux n'étaient là que pour souligner un aspect symbolique du dieu.

Cernunnos est un dieu-cerf, vraisemblablement le grand dieu primordial, dieu de la nature et des forêts, dieu de la fertilité, il est aussi le dieu solaire qui forme avec la déesse Dana (la déesse mère, la lune) le couple qui donna vie à toutes les divinités celtes.

Épona (du gaulois epos, qui signifie cheval) est la protectrice des chevaux, attestée dans l’actuelle Bulgarie, dans les îles Britanniques et en GauleClaude Sterckx, Éléments de cosmogonie celtique, page 10, « Le dossier d’Epona »..

Damona (du gaulois damos, qui signifie vacheXavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise (approche linguistique du vieux celtique continental), page 134, éditions Errance, Paris, 2003, .) est la déesse des sources. Plusieurs divinités apparaissent comme ses parèdres : Borvo, Albius et Moritasgus.

Autres divinités

Si Taranis est représenté sur les bas-reliefs par le symbole de la roue solaire, César de son côté associe le soleil à différents dieux locaux : Bélénos (celui qui brille) dans les Vosges ou Grannus en Rhénanie.

Borvo est le dieu du feu souterrain et des sources bouillonnantes. Sous la forme Bormanus, son nom est associé à la parèdre Bormana (peut-être Damona).

Ogmios est assimilé par les Romains à Hercule, peut-être l'ancêtre de l'Ogma irlandais.

Belisama (la très brillante) est la principale divinité féminine, divinité du feu assimilable à l'Hestia grecque.

Maponos est le dieu de la force et de la vigueur

Nissyen et Evnissyen sont des dieux jumeaux attestés dans les Mabinogion (mythologie celtique galloise). Ils ont dû exister en Gaule 1500 ans auparavant sous d'autres noms qui ne nous sont pas parvenus, car les auteurs latins indiquent l'existence de lieux de culte à Castor et Pollux, selon leur interpretatio Romana. Ces dieux pourraient avoir la même origine indo-européenne que les Dioscures ou les Ashvins.

Divinités néolithiques préceltiques