Antonín Dvořák ( ), né le à Nelahozeves (royaume de Bohême) et mort le à Prague, est un compositeur tchèque originaire de Bohême (alors partie de l'Empire d'Autriche). Il est l'un des premiers compositeurs tchèques à acquérir une renommée internationale et l'un des plus grands compositeurs de la seconde moitié du . Très polyvalent, il s'illustre aussi bien dans les domaines de la musique de chambre que de la musique orchestrale, de la musique religieuse ou de l'opéra. Il emploie fréquemment des rythmes et d'autres éléments de la musique folklorique de Moravie et de sa Bohême natale, suivant l'exemple de son prédécesseur, Bedřich Smetana.

Dvořák fait preuve d'un talent musical précoce, se révélant un violoniste doué dès l'âge de six ans. Il étudie à l'école d'orgue de Prague, puis joue de l'alto au sein de l'orchestre du Théâtre provisoire de Prague tout en se lançant dans la composition. Les premières représentations publiques de ses œuvres ont lieu à Prague en 1872. C'est en envoyant certaines de ses œuvres à un jury afin d'obtenir une bourse qu'il attire l'attention de sommités du monde musical en 1874. En 1877, Johannes Brahms recommande Dvořák à son éditeur, Fritz Simrock, qui lui commande peu après les Danses slaves. Le succès commercial et critique de cette œuvre lui assure une renommée internationale.

La Sixième Symphonie de Dvořák et son Stabat Mater connaissent un grand succès à Londres en 1882 et 1883, ce qui entraîne de nombreuses autres représentations au Royaume-Uni. Au cours de sa carrière, il effectue plusieurs séjours en Angleterre, dirigeant souvent des concerts de ses propres œuvres. Il compose sa Septième Symphonie pour Londres en 1885. En visite en Russie en mars 1890, il dirige des concerts de sa propre musique à Moscou et à Saint-Pétersbourg. En 1891, il est nommé professeur au conservatoire de Prague. Entre 1890 et 1891, il compose son Trio Dumky, l'une de ses œuvres de musique de chambre les plus célèbres.

En 1892, il s'installe aux États-Unis pour y devenir directeur du conservatoire national de musique à New York. Aux États-Unis, il compose ses deux œuvres orchestrales les plus célèbres : la Symphonie du Nouveau Monde, qui lui apporte la consécration internationale, et le Concerto pour violoncelle, l'un des plus appréciés du genre. Il passe l'été 1893 à Spillville, dans l'Iowa, et y compose son œuvre de musique de chambre la plus célèbre, un quatuor à cordes surnommé plus tard le Quatuor américain. Cependant, la crise économique d'avril 1893 affecte directement le financement du conservatoire national. Le manque à gagner, conjugué à un mal du pays grandissant, le pousse à quitter les États-Unis et à retourner en Bohême en 1895. Comblé d'honneurs, il se consacre alors principalement à la composition de poèmes symphoniques et à l'opéra.

Ses dix opéras, à l'exception du premier, ont tous un livret en tchèque et visent à exprimer l'esprit national tchèque, tout comme certaines de ses œuvres chorales. Son opéra le plus célèbre est Rusalka, créé en 1901. Parmi ses œuvres plus courtes, la septième Humoresque est également largement jouée et enregistrée. Le Festival international de musique Dvořák de Prague est un important cycle de concerts organisé chaque année pour célébrer la vie et l'œuvre du compositeur.

Biographie Jeunesse vignette|La maison natale du compositeur à Nelahozeves.

Antonín Leopold Dvořák naît le à Nelahozeves, un village de Bohême (empire d'Autriche) situé au nord de Prague le long de la rivière Vltava (consulté le 1er décembre 2024). Il est le fils aîné de František Dvořák (1814-1894) et de son épouse, Anna, née Zdeňková (1820-1882). František exerce les métiers d'aubergiste et de boucher, et joue de la cithare. Anna est la fille de Josef Zdeněk, bailli du prince de Lobkowicz. Anna et František se marient le . Antonín est l'aîné de quatorze enfants, dont huit survivent à la petite enfance. Il est baptisé catholique dans l'église Saint-André de son village. Les années passées par Dvořák à Nelahozeves nourrissent sa foi chrétienne profonde et son amour pour ses origines bohémiennes, qui ont fortement influencé sa musique.

En 1847, Dvořák entre à l'école primaire et apprend à jouer du violon auprès de son professeur Joseph Spitz. Celui-ci lui fait découvrir la musique de Mozart et de Joseph Haydn. Il fait preuve très tôt de talent, jouant dans un orchestre de village et à l'église. La gare de Nelahozeves est construite pendant l'enfance de Dvořák, et il développe une passion pour les trains qui durera toute sa vie. Si son talent musical est manifeste et encouragé, son père le destine encore à prendre sa suite à la boucherie-auberge. En 1854, Dvořák est envoyé vivre chez son oncle Antonín Zdeněk à Zlonice afin d'apprendre l'allemand, la langue officielle de l’administration impériale autrichienne. Sa première composition, la Polka pomněnka en do majeur, est probablement écrite dès 1855.

vignette|Antonín Dvořák enfant.

Dvořák prend des leçons d'orgue, de piano et d'alto auprès de son professeur d'allemand, Antonín Liehmann. Ce dernier enseigne également au jeune garçon le solfège. Dvořák a une grande estime pour Liehmann, qui est aussi organiste de l'église de Zlonice et se fait assister de son élève quand il joue lors des offices. En 1856, Dvořák poursuit ses études d'orgue et de solfège pendant un an à Česká Kamenice avec l'organiste František Hanke. À l'âge de 16 ans, à la demande de Liehmann et de Hanke, František autorise son fils à devenir musicien, à condition qu'il se destine à une carrière d'organiste.

Après son départ pour Prague en , Dvořák entre à l'école d'orgue de la ville, où il étudie le chant avec Josef Zvonař, la théorie musicale avec František Blažek et l'orgue avec Joseph Foerster. Ce dernier, père de Josef Bohuslav Foerster, est non seulement professeur au conservatoire de Prague, mais aussi compositeur pour orgue. Dvořák suit également des cours pour perfectionner son allemand encore hésitant et travaille comme altiste dans de nombreux orchestres, dont celui de la Société Sainte-Cécile. À cette époque, il se lie d'amitié avec Karel Bendl et Adolf Čech, et découvre avec intérêt la musique de Franz Liszt, Hector Berlioz et Richard Wagner, très éloignée du conservatisme professé à l'école d'orgue. Il compose ses deux premières fugues et obtient son diplôme de l'école d'orgue le , terminant deuxième de sa promotion. Il postule sans succès pour un poste d'organiste à l'église Saint-Henri de Prague, mais reste déterminé à poursuivre une carrière musicale.

Dès 1858, il intègre l'orchestre de Karel Komzák, avec lequel il se produit dans les restaurants et les bals de Prague. Le haut niveau professionnel de l'ensemble attire l'attention de Jan Nepomuk Maýr, qui engage la formation au complet au sein de l'Orchestre du Théâtre provisoire de Prague, tout juste inauguré. Dvořák y joue de l'alto à partir de 1862. N'ayant guère les moyens de s'offrir des billets de concert, jouer dans l'orchestre lui permet d'écouter de la musique, principalement des opéras. En 1861, il compose son premier quintette et, en 1862, son premier quatuor à cordes, dans lesquels transparaît sa passion pour la musique de Franz Schubert. Dvořák nomme son quintette à cordes en la mineur son 1, et son premier quatuor à cordes son 2, bien que le catalogue chronologique Burghauser les numérote B.6 et B.7, mentionnant cinq compositions antérieures sans numéro d'opus.

En , il participe à un programme consacré à Richard Wagner, venu diriger l'orchestre. En 1864, Dvořák accepte de partager le loyer d'un appartement situé dans le quartier de Žižkov à Prague avec cinq autres personnes, dont le violoniste Mořić Anger et Karel Čech, qui devient plus tard chanteur d'opéra.

vignette|Josefina Čermáková (debout) et sa sœur Anna (assise).

C'est en donnant des leçons de piano pour compléter ses revenus que Dvořák rencontre en 1865 sa future épouse, Anna Čermáková, contralto au Théâtre provisoire. Il tombe initialement amoureux de la sœur aînée d'Anna, Josefína Čermáková, qui est son élève. C'est apparemment pour Josefína qu'il compose le cycle de lieder Les Cyprès. Cependant, Josefína ne partage pas les sentiments de Dvořák et épouse plus tard un autre homme, le comte Wenzel Robert von Kaunitz (1848-1913).. En 1866, Maýr est remplacé comme chef d'orchestre du Théâtre provisoire par Bedřich Smetana. Dvořák participe alors comme altiste à la création des opéras La Fiancée vendue et Dalibor.

Compositeur et organiste vignette|Dvořák en 1868, âgé de 26 ou 27 ans.

Au début des années 1860, Dvořák fait également ses premières tentatives symphoniques, dont certaines sont brûlées par dépit. Le manuscrit d'une symphonie en ut mineur sans numéro d'opus, B.9, composée en 1865, est perdu par Dvořák, puis retrouvé et authentifié en 1923. Cette symphonie est aujourd'hui considérée comme la première de Dvořák. La Symphonie no 2 en si bémol majeur est composée aussi en 1865. Dvořák est tenté de la détruire mais Mořić Anger le persuade de la conserver. Selon le catalogue Burghauser, aucune de ses compositions datées d'avant 1870 n'a été créée avant 1888. En 1870, il compose son premier opéra, Alfred, en l'espace de cinq mois, de mai à octobre. La partition n'est découverte qu'après sa mort. Son ouverture est jouée en public en 1905, et l'opéra complet seulement en 1938 à Olomouc.

vignette|L'église Saint-Adalbert de Prague, où Dvořák est organiste de 1872 à 1877.

L'opéra-comique Le Roi et le Charbonnier, composé d'avril à , est déclaré injouable en l'état par Bedřich Smetana, mais ce dernier dirige son ouverture en 1872 lors d'un concert philharmonique. En , Dvořák quitte l'orchestre du Théâtre provisoire pour avoir plus de temps à consacrer à la composition. Il fréquente le salon de Jan Ludevít Procházka, ce qui lui permet de se faire des relations et d'interpréter certaines de ses compositions en public. Dvořák obtient le poste d'organiste à l'église Saint-Vojtěch, également appelée église Saint-Adalbert de Prague, sous la direction de Josef Foerster, son ancien professeur à l'école d'orgue.

En , le quintette pour piano en la majeur, 5 de Dvořák, est interprété à Prague par un ensemble de musiciens réuni par Procházka. Il s'agit de sa première œuvre jouée en concert. En , sa cantate patriotique tchèque Les Héritiers de la Montagne Blanche est interprétée par la chorale Hlahol de Prague, composée de 300 choristes sous la direction de son ami Karel Bendl, et reçoit un accueil chaleureux du public et de la critique. En 1873-1874, Dvořák révise entièrement Le Roi et le Charbonnier. Cette version de l'opéra est créée à Prague le et n'obtient qu'un succès d'estime.

Le , Dvořák épouse Anna Čermáková, de treize ans sa cadette. De leur mariage naissent neuf enfants, dont les trois premiers meurent en bas âge : Otakar (1874-1877), Josefa (1875-1875), Růžena (1876-1877), Otilie (1878-1905), Anna (1880-1923), Magdalena (1881-1952), Antonín (1883-1956), Otakar (1885-1961) et Aloisie (1888-1967). La Symphonie no 3 en mi bémol majeur, créée le , est la première de Dvořák à être interprétée en concert.

Malgré les premiers succès de Dvořák comme compositeur, la situation financière de son ménage demeure très précaire. En , il fait donc une demande officielle de bourse et envoie dans ce but des œuvres devant être examinées par un jury composé notamment de Johann von Herbeck, directeur de l'opéra d'État de Vienne, du chef d'orchestre Felix Otto Dessoff et du critique musical Eduard Hanslick. Le jury reçoit une soumission conséquente de Dvořák : quinze œuvres, dont deux symphonies, la troisième et la quatrième, plusieurs ouvertures et un cycle de lieder. Une bourse de 400 florins lui est accordée en , et elle est renouvelée les trois années suivantes.