Le parc national Tierra del Fuego (en ) est un parc national situé au sud-ouest de la province de Terre de Feu, en Patagonie, en Argentine, à environ à l'ouest du centre-ville d'Ushuaïa. Le parc, d'une superficie de , est créé en 1960, dans le but de sauvegarder et de préserver un milieu naturel, sa faune et sa flore d'un territoire montagneux de type sub-antarctique. C'est le parc national le plus austral d'Argentine. Le relief est principalement montagneux et présente une partie côtière donnant sur le canal Beagle. Son point le plus haut culmine à . Ouvert au public sur seulement , le parc a accueilli près de en 2009.

Géographie vignette|gauche|Vue des Montes Sampaio, île Hoste (Chili).

Le parc national Tierra del Fuego un espace naturel enclavé au nord du lac Fagnano, par le massif montagneux de la Sierra de Inju Gooyin et de Beauvoir ; au sud, par le canal Beagle ; à l'ouest, par la frontière chilienne et à l'est, par les massifs des cerros Martial et Vinciguerra. De forme rectangulaire orientée nord-sud, le parc mesure quelque de longueur et entre 10 et de largeur. Il possède une superficie totale de dont seulement accessibles au public. En tant que premier parc national du littoral argentin, il a la particularité d'avoir six kilomètres de côtes le long du canal Beagle et ainsi de préserver un écosystème marin. Son point culminant est le cerro Vinciguerra ().

Relief Le parc présente un relief montagneux composé de vallées glaciaires — dont des vallées suspendues (vallée de la Oveja) — profondes et humides composées d'étendues et de cours d'eau ainsi que de tourbières. Le paysage accidenté s'explique par la proximité occidentale de la cordillère Darwin — qui correspond à la partie méridionale de la cordillère des Andes — qui s'estompe en altitude petit à petit en se courbant vers l’est. Les plus hauts sommets avoisinent les à sans toutefois dépasser les du mont Vinciguerra — le point culminant du parc — qui se situe dans la chaîne éponyme la plus importante du parc. La géomorphologie est marquée par la dernière glaciation du Quaternaire et par la période interglaciaire du Holocène qui s'ensuit. Des études ont montré que durant la Pléistocène, toute la Terre de Feu était recouverte d'un champ de glace ayant jusqu'à d'épaisseur, parcouru de courants glaciaires qui ont formé le canal Beagle ou le lac Fagnano. donc observer différents types de moraines dont la tillite et d'autres reliques comme des drumlins, des kames et des roches moutonnées. Les parties sommitales des montagnes de plus de ont été les moins touchées par l’érosion glaciaire, ce qui explique leur aspect davantage abrupt et aigu. Les zones côtières marines et lacustres présentent un paysage beaucoup moins accidenté composé de baies et d’anses abritées des vents aux écotones diversifiés.

Géologie thumb|Les lacs Escalonadas

La géologie du parc est intimement liée à l’orogenèse Mésozoïque-Tertiaire de la cordillère des Andes qui résulte de la tectonique des plaques en subduction de la croûte océanique sous la plaque sud-américaine. Plus particulièrement pour la partie patagonienne, le soulèvement est dû aux mouvements de la plaque Nazca et de la plaque Antarctique — deux plaques tectoniques océaniques qui s'écartent l'une de l'autre — qui glissent sous la plaque continentale sud-américaine. La dorsale du Chili est également en subduction sous la plaque sud-américaine.

Hydrographie Le Río Pipo est une des principales rivières du parc. Celui-ci est traversé par des cours d'eau comme le Río Carbajal, les Arroyos Desaguadero, Jordán et Grande. Bien que de nombreuses étendues d'eau ne portent pas encore de noms officiels, la présence des lacs de type glaciaire dont les lacs Alto, Superior, Caminante, Escalonadas, Negra et Cecilia mais il inclut seulement partiellement le lac Roca sur environ de rives ainsi que le lac Fagnano sur environ de rives.

Climat thumb|left|Action du vent sur un hêtre de Magellan ().

Le climat de la région est subpolaire océanique, c'est-à-dire froid sans être polaire et humide ainsi que sans période véritablement sèche. Cela détermine un climat uniforme qui fait que les températures ne sont ni très hautes ni très basses. Adoucie par ces influences des flux océaniques du Pacifique Sud, la température moyenne en hiver est comprise entre et de . Entre et en été. Les vents dominants sont, par conséquent, orientés plus principalement sud-ouest et ouest sud-ouest mais aussi mais plus modérément nord-ouest et nord nord-ouest qui amène un vent plus chaud. Un vent souffle régulièrement tout au long de l’année mais est surtout soutenu durant l’été austral durant lequel il atteint parfois les . Le parc subit les assauts de vents violents et soudains appelés les williwaws de type catabatique. Le , il est enregistré un vent jusqu'à , le , et le , . Les précipitations moyennes annuelles sont de . Les périodes automnales (mars-avril) sont les plus pluvieuses mais la pluviométrie reste constante tout le long de l’année. Les chutes de neige peuvent se produire toute l’année mais elles ne sont pas toujours persistantes. Avec une trentaine de jours par an de neige persistante, celle-ci, balayée par les vents en hauteur, se cumule dans les fonds de vallées. Il existe des névés principalement sur les faces des montagnes non exposées aux rayons du soleil, c'est-à-dire les faces Sud.

À défaut de station météorologique au cœur du parc national, les données météorologiques d'Ushuaïa située à environ , indiquent néanmoins une tendance du climat du parc :

Toponymie signifie littéralement « terre de feu ». Le parc porte le nom de la province, Terre de Feu, Antarctique et Îles de l'Atlantique Sud par laquelle il est administré et le nom de l'île, grande île de la Terre de Feu, sur laquelle il se situe ainsi que de son archipel éponyme. Également nommée « Terre des feux », l'origine du nom est sujet à spéculation. Découvertes par l'Européen Fernand de Magellan en 1520, ses terres furent nommées ainsi par celui-ci selon le seul témoignage écrit du chroniqueur Antonio Pigafetta. Les Amérindiens Selknams nomment leur territoire « Karukinka » que l'on traduit par « notre Terre » et les Yagans "Onaisin", signifiant "La terre des Onas", nom donné à leurs voisins Selk'nam.

Histoire Premiers peuplements vignette|Yamanas photographiés en 1920.

La Terre de Feu est habitée au nord depuis environ à . Les rives du canal Beagle, quant à elles sont habitées que depuis . Les premiers habitants sont quatre peuples amérindiens que l'on peut distinguer en deux groupes. Le premier groupe est composé de deux peuples de chasseurs à pied, les Selknams et les Mánekenks (ou Haushs) qui vivaient pour les premiers la partie Nord de la Terre de Feu et pour les seconds, sa partie orientale (péninsule Mitre). Le deuxième groupe est composé des deux autres peuples de pêcheurs en canoë, les Yagans (ou Yámanas) et les Alakalufs (ou Kawésqars) qui vivaient le long des rives des canaux de Terre de Feu ainsi que de ses îles. Ces peuples peu nombreux étaient des nomades chasseurs-cueilleurs. des traces archéologiques sur la partie côtière du parc national laissées par les Yagans, appelées « conchales » ou « concheros ». Ces amas coquilliers sont des monticules souvent circulaires d'accumulation principalement de coquilles, de carapaces de mollusques et de crustacés, mais aussi de morceaux de bois brûlé ainsi que d'os de mammifères marins — comme les otaries à crinière ou à fourrure australe — qui composaient principalement leur régime alimentaire. Y ont été retrouvées également des têtes de flèches et de harpons qui confirment leur présence dans le parc. Les sites de vie — estimée à 200 dans le parc — composés de huttes précaires se situaient dans leur grande majorité à l'intérieur de baies profondes à plus de du canal Beagle principalement situées dans le secteur de la baie Lapataia et l'archipel Cormoranes.

Arrivée des explorateurs, des missionnaires et des colons La première rencontre avec les Européens se déroule en la baie Nassau avec les marins de la flotte de Jacques L'Hermite. Elle se termine dans le sang avec la mort de cinq de ces hommes. Fitz Roy fera deux voyages dans la région au contact avec les natifs. C'est à la fin des années 1870 que l'exploration maritime s'intensifie dans la région avec en 1882 l'expédition de l'explorateur italien Giacomo Bove, entre 1882 et 1883 avec l'expédition pluridisciplinaire française de la mission scientifique du cap Horn sur le bâtiment de la marine française La Romanche commandé par le capitaine Louis-Ferdinand Martial. Les contacts s'intensifient avec les missions anglicanes notamment celle de Thomas Bridges, celle de la mission salésienne d'Alberto Maria De Agostini ou bien celle de Martin Gusinde.

Période moderne Le parc est créé en 1960 par le décret 15.554, d’une superficie de dont le but est de préserver et conserver une partie de l’écosystème le plus austral du pays composée de forêt sub-antarctique. Deux ans après la création du parc, le gouverneur Manuel Campos lance la construction d'un établissement hôtelier afin de répondre la demande d'hébergement touristique. Celui-ci sera baptisé « hôtel national Alakush » — nom yamana pour désigner le canard vapeur — et inauguré le avec une capacité de 30 lits. Il sera laissé à l'abandon à la suite d'un incendie survenu le . En 1968, le premier logement avec un bureau destiné à son intendant Sr. Jorge Reynoso est construit, la route est terminée ainsi qu'un bâtiment en bois à l’entrée principale du parc. En 1972, d’autres bâtiments se construisent destinés aux gardiens du parc et à leur famille. Entre 1974 et 1976, les aires de camping et leurs sanitaires sont créés. En 1979, des équipements de sécurité, de secours et contre les incendies sont installés alors que sont améliorés les bâtiments des gardiens.

À partir des années 1980, des études scientifiques sont effectuées sur les impacts écologiques des mammifères introduits principalement le castor et le lapin. sont enregistrés entre janvier et . Un centre d'interprétation et un refuge sont inaugurés. C’est aussi durant ces années que se créent les sentiers, leur signalisation et leurs équipements afin de protéger la nature du passage des touristes et ralentir l’érosion des sols (escaliers, ponts…). En 1983, en parallèle avec la construction de l’office principal de la gestion du parc au centre-ville d'Ushuaïa, diverses initiatives destinées à conserver et à protéger l’environnement du parc sont élaborées comme le règlement et les recommandations destinés aux visiteurs et au guides touristiques ainsi qu'une politique éducative est initiée. En 1994, le train touristique est inauguré. Le parc enregistre en 2005.. En 2008, un centre d'accueil, d'information et d'interprétation sur la faune et la flore, un observatoire pour les oiseaux, ainsi qu'une salle de restaurant sont construits à l'emplacement même de l'ancien hôtel Alakush. Le parc accueille en 2009.

Milieu naturel Le paysage montagneux du parc est composé de forêt et de tourbière. Cette forêt est la plus australe de la Terre, elle est appelée forêt magellanique subpolaire ou fuégienne. Ses arbres sont principalement des espèces du genre Nothofagus et ont la capacité de résister au vent violent malgré l'épaisseur faible de la couche du sol, des aspects accidentés du paysage montagneux et avec une température moyenne annuelle de . L'étagement surprend l'observateur : les parties forestières s'élève jusqu'à mais peuvent baigner le canal Beagle, au-delà de l'étage est rapidement dénudé, très battu par les vents et composé essentiellement de mousses et de lichens. Le passage entre les deux étages est donc très marqué avec seulement un faible étage de transition composé de lengas nains. Les tourbières qui composent en grande superficie la Terre de Feu, se situent en fond de vallées. Elles sont exploitées afin de créer la tourbe mais pas dans le parc. Tout ceci forme un écosystème très particulier et caractéristique.