Le collège Henri-IV était une institution d'enseignement jésuite sise à La Flèche, dans le département de la Sarthe, en France. Fondé en 1603 par Henri IV, peu après le rappel en France par le roi de la Compagnie de Jésus, le collège prospère et atteint rapidement plus de qui suivent le programme d'études défini dans le Ratio Studiorum. Certains d'entre eux deviendront célèbres, tel les philosophes René Descartes et David Hume. Le collège est le premier internat ouvert par les jésuites.
Après l'expulsion des Jésuites de France, en 1762, diverses institutions se succèdent au sein des bâtiments du collège. Napoléon décide finalement d'y installer le Prytanée national militaire en 1808, devenu depuis l'un des six lycées de la défense français.
Histoire Le « Château-Neuf » de Françoise d'Alençon thumb|250x250px|left|Françoise d'Alençon, duchesse de Vendôme
Depuis le , la seigneurie angevine de La Flèche, est une propriété de la maison d'Alençon. Devenue veuve en 1537, Françoise d'Alençon décide de se retirer en sa seigneurie de La Flèche, qu'elle avait reçue en douaire de son mari Charles de BourbonPierre Schilte, Le Château-Neuf de Françoise d'Alençon, Cahiers Fléchois , 1979.. Ne pouvant loger dans le vieux château féodal de la ville, actuel château des Carmes, jugé trop vétuste et sans confort, elle décide la construction d'une nouvelle demeure, le « Château-Neuf ». Situé en dehors des remparts de la ville, à l'emplacement actuel du Prytanée militaire, le château est édifié selon les plans de l'architecte Jean Delespine entre 1539 et 1541..
À la mort de la duchesse de Vendôme, son fils Antoine de Bourbon, hérite de ses possessions. Antoine de Bourbon et sa femme Jeanne d'Albret, héritière du royaume de Navarre, séjournent à plusieurs reprises dans leur Château-Neuf de La Flèche, en compagnie de leur fils, le futur roi Henri IV.
Rappel des Jésuites et fondation du collège de La Flèche
thumb|250x250px|left|alt=Tableau représentant Henri IV, fondateur du collège de La Flèche.|Henri IV, fondateur du collège de La Flèche.
Entré au service d'Henri IV en 1580 en qualité de portemanteau, le fléchois Guillaume Fouquet de La Varenne montre très vite ses qualités de soldat et de diplomate. Il devient l'un des plus fidèles conseillers du roi, qui lui attribue de nombreuses charges, comme celle de gouverneur de La Flèche et de contrôleur général des Postes.. Après avoir doté la ville d'un grenier à sel et d'un présidial, Fouquet de la Varenne souhaite y fonder un collège, projet auquel le roi Henri IV se montre favorable, sans toutefois en accélérer la fondation..
En 1603, pendant le voyage d'Henri IV à Metz, Fouquet de la Varenne lui présente les pères Jésuites de Verdun, désireux de solliciter auprès du roi leur rappel. Le , par des lettres patentes envoyées de Rouen, Henri IV autorise le retour en France des Jésuites, qui avaient été bannis par le parlement de Paris en 1594 après l'attentat manqué contre le roi par l'un de leurs anciens élèves, Jean Châtel. Le roi accorde aux Jésuites d'occuper à nouveau les lieux dans lesquels ils étaient établis avant leur départ, ainsi que de s'établir dans d'autres villes pour y fonder des collèges, . Sans attendre la vérification de l'édit par le Parlement, Henri IV charge le père Pierre Coton de prendre les mesures nécessaires à l'ouverture du collège de La Flèche dans les plus brefs délais.. Le roi avait pour projet non seulement d'y établir un collège, mais de créer une véritable université à laquelle serait annexée un noviciat. Suivant les remarques du père Claudio Acquaviva, supérieur général des Jésuites, l'enseignement du droit et de la médecine sont finalement retirés, de même que l'érection du noviciat car un établissement de ce type existait déjà au sein du collège jésuite de Rouen..
Les premiers pères Jésuites, conduits par Pierre Barny, nommé recteur du collège, arrivent à La Flèche au début du mois de .. Le château n'étant pas encore aménagé pour les recevoir, les Jésuites logent dans un premier temps dans la maison de Fouquet de la Varenne.. Les cours, donnés par trois professeurs venus du collège de Pont-à-Mousson, commencent dès les premiers jours de . Dès la première année, le collège obtient un certain succès et compte près d'un millier d'élèves. Ses effectifs ne cessent d'augmenter dans les années qui suivent, pour atteindre un maximum de en 1626..
En , Henri IV signe l'édit de Fontainebleau qui marque la création du collège de La Flèche. Par cet édit, le roi fixe le programme d'enseignement de l'établissement, dont il veut faire un .. Il fait ainsi don de son « Château-Neuf » aux Jésuites et leur accorde pour la construction de l'établissement, ainsi qu'un revenu annuel de , tiré des revenus de plusieurs abbayes ou prieurés voisins de La Flèche, comme celui de Luché.. Le roi promet également de faire bâtir l'église du collège et d'y léguer son cœur après sa mort, ainsi que celui de la reine Marie de Médicis.
Travaux de construction et mort d'Henri IV thumb|Vue des Jardins, & de la Maison royale de la Flèche, en 1612, dessin d'Etienne Martellange. thumb|alt=Gravure de 1695 représentant le collège de La Flèche.|Le collège de La Flèche en 1695. Les plans du collège sont établis dès l'arrivée des premiers Jésuites, au cours de l'année 1604. Henri IV souhaite en confier la responsabilité au frère Étienne Martellange, mais le provincial de Lyon, dont dépend l'architecte, s'oppose à cette collaboration. Les plans sont alors établis par l'architecte du roi, Louis Métezeau.. L'adjudication des travaux est remportée en par Jacques le Féron de Longuemézière et la construction débute l'année suivante. La première pierre de l'église est posée dans la crypte le au nom du roi par Jean de Beaumanoir, maréchal de Lavardin, et bénie par le curé de l'église Saint-Thomas de La Flèche...
La construction du collège suit un plan en grille qui délimite cinq cours en enfilade, symbolisant les différentes fonctions de l'établissement. Au centre, la « cour des classes » est délimitée par la chapelle et la « salle des actes », dont les toits en croupe, qui s'élèvent nettement au-dessus de la masse du reste de l'édifice, marquent l'importance. À l'est, la « cour des pères », ou « cour royale », s'ouvre devant le Château-Neuf où sont logés les religieux, tandis qu'à l'ouest, la « cour des pensionnaires » est destinée aux logements des élèves internes. À chaque extrémité, les « basse-cour des pères » et « basse-cour des pensionnaires » sont réservées aux fonctions domestiques du collège.. L'édifice dépassant largement l'emprise initiale du Château-Neuf, les Jésuites font peu à peu l'acquisition des maisons alentour pour mener à bien ces travaux de construction.
Au lendemain de l'assassinat d'Henri IV, Guillaume Fouquet de La Varenne rappelle à la reine Marie de Médicis la promesse qu'avait faite le roi de léguer son cœur au collège. Le cœur du défunt est alors confié aux Jésuites et apporté à La Flèche, où le cortège fait son entrée au matin du , commandé par le duc de Montbazon. Une cérémonie est donnée en l'église Saint-Thomas avant que le cœur soit transféré vers le collègeJean-Pierre Babelon, Henri IV à La Flèche, une affaire de cœur, in Henri IV et les Jésuites, Actes de la journée d'études universitaires de , octobre 2003, ..
Le collège du au thumb|left|alt=Dessin d'Étienne Martellange, présentant les travaux en 1612.|Dessin d'Étienne Martellange, présentant l'avancement des travaux de la chapelle Saint-Louis du collège en 1612.
En 1611, l'entrepreneur Jacques le Féron de Longuemézière fait faillite, puis est déchargé des travaux et le chantier de construction est mis en sommeil. L'année suivante, le père Étienne Martellange est envoyé à La Flèche par Marie de Médicis. À son arrivée, il rédige un manuscrit intitulé « Mémoires de quelques fautes plus remarquables faites aux bâtiments du collège royal de La Flèche », dans lequel il dresse un certain nombre de critiques à l'égard des travaux déjà réalisés.. Martellange séjourne durant une année à La Flèche, puis revient en 1614 afin de veiller à l'achèvement des travaux de l'église, dont les dépenses sont acquittées sur le trésor royal.. La construction étant déjà bien avancée, Martellange ne peut y apporter que des modifications partielles.
En 1616, Guillaume Fouquet de la Varenne meurt.. Il est alors inhumé dans la chapelle, au-dessous du cœur d'Henri IV, conformément à son souhait..
Le gros œuvre de la chapelle Saint-Louis, le corps de la « salle des actes » et l'aile est de la « cour des classes » sont les premiers bâtiments achevés en 1621. L'aménagement de la « cour des pères » commence en 1629 par la démolition des communs du « Château-Neuf », et se termine en 1653 avec l'érection du corps sud de la cour, ouvert sur la ville par le « portail royal ».. Dans la chapelle, ouverte au culte en 1622 à l'occasion de la canonisation de saint Ignace et saint François Xavier, puis consacrée en 1637 sous le nom de Saint-Louis par l'évêque d'Angers, les travaux se poursuivent avec l'exécution du retable du maître-autel par le lavallois Pierre Corbineau entre 1633 et 1636., puis l'aménagement de la tribune d'orgues entre 1637 et 1640..
Les relations entre les Jésuites et les seigneurs de La Flèche se tendent à plusieurs reprises au cours du . À partir de 1630, un conflit oppose les pères à René, deuxième marquis de la Varenne en raison du droit réclamé par René de pêcher dans les douves du Collège et de son refus de payer aux Jésuites les que son père Guillaume leur avait laissées par testament. Devant l'intransigeance des Jésuites, René et ses gentilshommes prennent les armes, ce qui entraîne la fermeture du Collège pendant plusieurs jours. Après quatre années d'affrontement judiciaire, le conflit est réglé par le paiement d'une somme de mille écus de la part des Jésuites envers le marquis, mettant ainsi fin à un épisode qui avait pris le nom de « guerre des grenouilles »..
Le , conformément au souhait d'Henri IV, le cœur de Marie de Médicis est transféré à La Flèche et rejoint celui de son ancien époux dans l'église Saint-Louis.. En 1648, deux niches sont creusées de chaque côté du chœur, dans la partie haute des bras du transept, afin d'y accueillir les cénotaphes contenant les cœurs royaux..
Le nombre d'élèves baisse peu à peu à partir de la fin du et le collège ne compte plus que en 1761, en raison de la multiplication du nombre d'écoles dans la région.
Après le départ des Jésuites : de l'école des Cadets au Prytanée militaire thumb|alt=Photographie présentant l'inscription « Prytanée National Militaire » sur le fronton du portail d'honneur.|L'inscription du Prytanée sur le portail d'honneur. Le , un arrêt du Parlement de Paris ordonne la fermeture des établissements scolaires tenus par les Jésuites. La Compagnie de Jésus est bannie du royaume, les pères sont sécularisés et leurs biens sont vendus. Au début du mois d', les Jésuites quittent le collège et la ville de La Flèche. Désignée dans le but de pourvoir aux charges laissées vacantes après le départ des Jésuites, l'administration municipale fait appel à d'anciens élèves de l'établissement afin de poursuivre les cours.. Pendant deux années, le collège est dirigé par l'abbé Donjon, un ancien professeur de philosophie..
En , le duc de Choiseul transforme le collège en « École de Cadets », également appelée « École Militaire Préparatoire », destinée à former des élèves dont les plus méritants sont envoyés à l'École militaire de Paris.
En 1776, Claude-Louis de Saint-Germain, ministre de la Guerre disperse les élèves dans des petites écoles royales militaires de province. Quelques mois plus tard, le roi Louis XVI envoie des lettres patentes rétablissant le collège. Celui-ci est désormais confié aux Doctrinaires, qui procèdent à différents travaux d'aménagements jusqu'à la Révolution..