Le château de Rouen est un ancien château fort, construit de 1204 à 1210, dont les vestiges se dressent sur la commune française de Rouen dans le département de la Seine-Maritime, en région Normandie. Place importante, il joua un rôle militaire pendant la guerre de Cent Ans (1337-1453) et pendant les guerres de Religion (1562-1598).

Vulnérable aux tirs d'artillerie comme les autres forteresses médiévales, le château est démantelé en 1591, à l'exception du donjon (dit tour Jeanne-d'Arc). Les récentes fouilles archéologiques et les nouveaux travaux des historiens montrent l'importance du château, exemple de l'architecture militaire médiévale, et particulièrement de l'architecture philippienne.

La tour Jeanne-d'Arc, qui en constitue l'ancien donjon, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840.. La tour de la Pucelle (substructions) où fut enfermée Jeanne d'Arc fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le ..

Localisation Le château est situé à l'extérieur de la ville médiévale, en position dominante afin de surveiller celle-ci, sur la colline Bouvreuil, à Rouen, dans le département français de la Seine-Maritime.

Histoire Le château est bâti par le roi de France, Philippe Auguste, à la suite de la conquête en 1204 du duché de Normandie sur Jean sans Terre, duc de Normandie et roi d'Angleterre, en remplacement du palais ducal de Rouen érigé par le duc . Le château sera dès lors la résidence des officiers royaux et celle du roi lorsqu'il séjournera à Rouen.. Les premières mentions de séjours royaux datent du milieu du . Le château sert alors de résidence royale jusqu'à ..

Pendant près de quatre cents ans, le château de Rouen est surtout le siège d'une importante fonction administrative et politique : bailliage et vicomté du roi de France, gouvernement du roi d'Angleterre pendant la domination anglaise (1418-1449), Échiquier de Normandie (qui deviendra le Parlement de Normandie)Société des Amis des Monuments Rouennais, fiche sur la tour Jeanne-d’Arc et la rue du Donjon.. C'est aussi au château de Rouen que Jeanne d'Arc est emprisonnée à partir du et jugée du au Philippe Contamine, Olivier Bouzy, Xavier Hélary, Dictionnaire Jeanne d'Arc, Robert Laffont, 2012, ..

Sans doute l'un des plus grands bâtis sous Philippe AugusteLéost 2004, p.26-28., le château de Rouen est aussi remarquable pour son histoire tout au long de la guerre de Cent Ans.

La construction du château Le contexte : la conquête de la Normandie par Philippe Auguste vignette|200px|Sceau de Philippe Auguste. vignette|210px|Acte de capitulation de Rouen de 1204 signé par Pierre de Préaux et adressé au roi de France Philippe Auguste. La conquête de la Normandie et son rattachement au domaine royal par Philippe Auguste en 1204 est d'une certaine façon la reconquête d'un territoire perdu par les rois de France en 911 à l'occasion des concessions effectuées aux Vikings commandés par Rollon. Situés à proximité de la capitale des Capétiens, les territoires normands, riches et offrant un accès à la mer par la Seine avaient attiré leur convoitise. Par la suite, le duché de Normandie, un puissant voisin, constitue une menace permanente pour le roi. La conquête du royaume d'Angleterre en 1066 par le duc de Normandie Guillaume le Conquérant, gendre du comte de Flandres par son mariage, déséquilibre durablement le rapport de force en faveur du "duc-roi".

À la mort de Richard Cœur de Lion survenue en 1199, son successeur, Jean sans Terre se fait couronner duc de Normandie à Rouen le François Neveux, La Normandie des ducs aux rois, Ouest-France, 1998, .. Par le traité du Goulet signé le , il fait la paix avec le roi de France et accepte de lui rendre hommage. Mais Jean sans Terre commet d'importantes erreurs politiques. Il divorce de Havise de Gloucester qu'il a épousé peu de temps auparavant puis enlève et épouse Isabelle Taillefer pourtant promise à , vassal du roi de France. Ce dernier fait appel à la justice de son suzerain Philippe Auguste, qui prononce la commise des fiefs de Jean sans Terre (absent au procès) et donne les fiefs au neveu du Plantagenêt , à l'exception de la Normandie qu’il se réserve.

Au cours de l’été 1202, Philippe Auguste s’empare du pays de Bray. Jean sans Terre est abandonné par ses barons normands qui le soupçonnent d'avoir fait assassiner en 1203 son neveu de Bretagne, facilitant la conquête militaire de Philippe Auguste. Château-Gaillard tombe le , suivi de Caen le , puis de Rouen le (après quarante jours de siège). D'après les historiens, le rattachement du duché de Normandie au royaume de France marque le début du déclin de l'« empire Plantagenêt », dont la fin interviendra en 1399 avec l'usurpation de la maison de Lancastre.

En 1207, Philippe Auguste maintient les privilèges communaux dits « Établissements de Rouen »François Neveux, La Normandie royale. Des Capétiens aux Valois (), Ouest-France, 2005, . et la coutume de Normandie. Ultérieurement, le , le roi de France le Hutin concède la Charte aux Normands, confirmée à nouveau par en Page 5 et 6 dans Charte aux Normands avec ses confirmations sur Gallica..

Simultanément, Philippe Auguste fait raser une partie des remparts de la ville ainsi que l'ancien palais des ducs de Normandie et fait construire le château de Rouen, symbole de l'autorité royale. L'ouvrage, commencé en 1204, fait partie du vaste programme de construction lancé par Philippe Auguste sur l'ensemble du domaine royal.

Les soubassements gallo-romains

Pour la construction du château de Rouen, Philippe Auguste choisit avec soin le site d'une colline sur le fief de Bouvreuil, où se dressent les ruines de l'amphithéâtre gallo-romain de Rotomagus.. C'était une construction colossale, comparable aux plus grands amphithéâtres du monde romain. Le grand axe aurait dépassé .. L'aqueduc antique de la source Gaalor, passe au pied de la tour maîtresseDessin d'époque du château avec l'aqueduc de la source Gaalor au pied de la tour maîtresse., plusieurs puits dont celui de la tour Jeanne-d'Arc ont pu servir pour la construction et pour la vie de la forteresse.

L'utilisation par Philippe Auguste de l'embase de l'amphithéâtre gallo-romain comme fondations de la forteresse (enceinte et basse-cour) est remarquable par la conception de l'ouvrage, par la dimension colossale de la réalisation et par sa symbolique.

L'emprise elliptique de l'amphithéâtre supporte au nord-est l'enceinte castrale du château (de forme polygonale) et au sud-ouest la basse-cour du château (en forme d'arc de secteur).

Les fouilles archéologiques préventives réalisées dans l'ancien fossé au pied du donjon ont relevé la présence d'une butte de terre de plusieurs mètres de hauteur qui laisse penser à la présence d'un ouvrage, peut-être un château de la période ducale, à cet emplacementBénédicte Guillot, Fouilles archéologiques rue Pouchet et rue du Donjon, Conférence Histoire & Sauvegarde des Amis des Monuments Rouennais, 8 février 2017..

Le palais ducal de Rouen

Le palais ducal, construit par , était situé à l'angle sud-est de la ville médiévale, au confluent du Robec et de la Seine (site de l'actuelle halle aux Toiles). La Vieille Tour était l'un des premiers grands donjons de pierre connus en France. Guillaume le Conquérant y reçut en 1064 Harold.. Ce palais avait été ruiné par un incendie en 1200Anglo Norman studies XIV (source à préciser)..

Philippe Auguste fait araser les restes du palais ducal. À l'emplacement de l'ensemble palatial subsiste un monument qui a succédé en 1542 à la chapelle Saint-Romain. la fierté Saint-Romain qui se dresse contre la halle aux Toiles.

Première phase de construction : 1204-1210 vignette|200px|Le château de Rouen vers 1525.|alt=Le château de Rouen, plaque à l'extérieur de la tour Jeanne-d'Arc, d'après le Livre des Fontaines (1525) et le plan Gravois (1635).

L'enceinte de la forteresse est flanquée de dix tours dont trois demi-tours reliées par un chemin de ronde au sommet des courtines dans lesquelles s'ouvrent deux portes vers la ville et vers les champs. Les dispositions à l'époque de Jeanne d'Arc peuvent être restituées. : « grosse tour » maîtresse ou « donjon », détachée de l'enceinte (rue du Donjon) : actuelle tour Jeanne-d'Arc, sa porte intérieure vers la cour du château et sa porte extérieure (accès actuel au donjon) murée par les Anglais ; « tour en droit de la grande cuisine du commun », une demi-tour (sous la rue du Donjon) ; « tour de l'horloge », « tour du moulin » ou « tour fourrière » (immeuble rue Bouvreuil) ; « tour au coin de la grande chapelle » (sous la rue Morand) ; « tour de la porte du pont devers la ville du costé de Saint Godart », demi-tour portière orientale du châtelet d'entrée (immeuble 5 rue Faucon) ; « porte vers la ville », porte du châtelet d'entrée (immeubles rue Morand à de l'entrée du Musée de la céramique, sur la gauche. Pour entrer par cette porte, il fallait passer un pont dormant et un pont-levis ; « tour aux deux écus », demi-tour portière occidentale du châtelet d'entrée (immeubles rue Morand) ; tour (immeubles rue Morand) ; « tour devers Saint Patrice », demi-tour (immeuble rue Morand) ; « tour couronnée », actuelle tour de la Pucelle (102 rue Jeanne-d'Arc, cour intérieure), surmontée d'un étage par les Anglais. Le puits de lumière de la construction actuelle occupe le volume de la tour sans sa toiture en poivrière. Le soubassement est conservé dans le sous-sol sur plus de six mètres de hauteur ; « porte devers les champs », au nord (à l'arrière du 102 rue Jeanne-d'Arc), contrôlée par la "tour carrée" tour-porte, établie au coin du boulevard (sous l'ancien immeuble de la Mutualité, à l'angle des rues Jeanne-d'Arc et du Donjon) ; « tour Saint-Gilles » ou « tour du trésor », demi-tour (rue du Donjon).

Aménagements ultérieurs En 1222, la chapelle royale est fondée par Philippe Auguste, sous le vocable de Saint-Romain, et desservie par un religieux de l'hôtel-Dieu... Le château semble alors n'être qu'une simple forteresse comme le Louvre. Le logis royal n'est cité qu'à partir du .

Vers le milieu du l'enceinte de la ville est agrandie par ordre de pour la cinquième fois. Le château est alors inclus dans cette enceinte. Peu après 1253, juste à côté du château une porte est percée dans les remparts, qui prit le nom de porte de Bouvreuil - du nom d'un fief sur lequel elle était située. Par la suite, la forteresse prend souvent le nom de château de Bouvreuil.

Vers 1375, le roi transforme le logis royal, et en 1409, sous , le châtelet d'entrée et la porte de la ville sont renforcés..

À partir de 1419, les Lancastre réalisent d'importants travaux : construction d'une tour-porte, dite « tour Carrée » commandant « la porte des champs ». Cette construction comptait au moins deux niveaux et était construite à l'angle du boulevard ; construction d'un boulevard, importante levée de terre talutée protégeant des tirs d'artillerie le nord de l'enceinte, le plus exposée du château et la Porte Bouvreuil ; rehaussement de la tour d'angle appelée « tour couronnée » ; aménagement d'une plate-forme d'artillerie au sommet du donjon et fermeture de sa porte extérieure ; aménagement du logis royal et du logis princier. vignette|droite|200px|Plan de Rouen en 1657.

Vues et plans vignette|Gravure du château, côté Nord, en 1525 par Jacques Le Lieur.