Les Antakarana (ou Antankaraña, Antakaragna, Tankarana), constituent un peuple de Madagascar vivant dans la région d’Antsiranana au nord de l'île. Le nom signifie « ceux qui peuplent les Tsingy » ou encore « ceux qui peuplent la montagne rocheuse ». On peut aussi dire Antakarana ou « ceux des rocheux », selon A. Dandouau (1952:47), ce sont les habitants de l'extrême Nord de Madagascar, en dessous du parallèle, délimité naturellement au Sud Ouest par le fleuve Sambirano, et Sud-Est par le fleuve Bemarivo. vignette|Grand rocher de l'Ankarana On les a appelés "hommes des rochers" du fait qu'un grand rocher de de hauteur se trouve au Sud-ouest de la Montagne d'Ambre, servant de refuge au peuple rebelle au pouvoir merina au temps de royaume.

Le royaume Antakarana s'étend de Bobaomby au Nord jusqu'à Beramanja au Sud. Chaque zone est dirigé par un Manantany (substitut du roi) qui collabore avec le Fahatelo et les Rangahy. Ces représentants sont tous nommés par le roi suivant ses critères aussi complexe soient-ils.

L'organisation royale est très présente dans la société, surtout dans le règlement des différends tels que les insultes (asaha razana), la sorcellerie, les incestes, les vols, les problèmes fonciers, les viols, les divorces,... dans la société ou la famille.

Histoire Les premiers habitants du Nord de l'île était issus des tribus de vohilava, Antambohitsy , Antaboroko et Antanala, ils vivaient dans la grotte d'Ankara.

À la suite d'un conflit interne entre les sakalava zafinimena et les sakalava zafinifotsy , les zafinifotsy vaincus se sont enfuis vers le nord. Poursuivis, une partie dirigée par Ramaitso resta à Androna(Marangibato) dans la région Sofia et une autre partie dirigée par Rasoa, Kozobe et Tsivihasy s'est installée à Nosy Komba- Kozobe est couronné roi et il décéda en 1620.(Eclaireur_6 Decembre 1932)left|thumb|Waka - "canoë à balancier" austronésien (qui a donné en malgache le mot vahoaka-le "peuple", du proto-austronésien *va-waka - "ceux des canoës", "peuple de la mer") : les premiers Ntaolo austronésiens ont probablement utilisés de semblables pour parvenir jusqu'à Madagascar en partant des îles de la sonde

Une origine austronésienne commune à toute l'île : les Vahoaka Ntaolo-Vazimba et Vezo (350 av J.-C. - 1500 ap J.-C.)

Les nombreuses recherches pluridisciplinaires récentes - archéologiques Burney et al (2004), génétiquesHurles et al. (2005), linguistiques Dahl O. (1991) et historiques Verin (2000), - confirment toutes que l'ensemble du peuple malgache est primordialement originaire de l'archipel indonésien Patrice Rabe, Quotidien Midi Madagasikara, édition du 24 septembre 2008. Arrivés probablement sur la côte Ouest de Madagascar en canoë à balancier (waka) au début de notre ère - voire 300 ans avant selon les archéologuesBurney et al, op.cit.) -, ces pionniers navigateurs austronésiens sont connus de la tradition orale malgache sous le nom des Ntaolo (de *(n)ta(u/w) - *olo - "les hommes d'avant", "les "anciens", de *(n)ta(u/w)-"hommes" et *olo- "premier", "origine", "début", "tête" en proto-Malayo-Polynésien (MP)Randriamasimanana, "The Malayo-Polynesian Origin of Malagasy" )). Il est également probable que ces anciens se nommaient eux-mêmes les Vahoaka (de Va-*waka "peuple/ceux des canoës" ou "peuple de la mer", de *waka-"canoë (à balancier)" en proto-MP), terme signifiant simplement aujourd'hui le "peuple" en malgache.

Sur le plan morphologique/phénotypique, cette origine Sud-Est asiatique première des Malgaches explique, par exemple au niveau des yeux, le "pli épicanthal" asiatique de la paupière supérieure (epicanthic fold) répandu chez tous les Malgaches qu'ils soient des côtes ou des hauts plateaux, qu'ils aient la peau claire, sombre ou cuivrée.

Ces vahoaka ntaolo ("peuple d'origine/premier") austronésiens sont à l'origine de la langue malgache commune à toute l'île« Dans la langue malagasy, nous constatons d'étroites connexions avec l'idiome Maanyan parlé par la population de la vallée de Barito dans le sud de Bornéo », Dr Mathew Hurles du Welcome Trust Sanger Institute, ainsi que de tout le fonds culturel malgache commun : coutumes anciennes (comme celle d'ensevelir les défunts dans une pirogue au fond de la mer ou d'un lac), agriculture ancienne (la culture du taro-saonjo, de la banane, de la noix de coco et de la canne à sucre), l'architecture traditionnelle (maison végétale à base carrée sur pilotis), la musique (les instruments comme la conque marine antsiva, le tambour de cérémonie hazolahy, le xylophone atranatrana, la flûte sodina ou encore la valiha) et la danse (notamment la "danse des oiseaux" que l'on retrouve à la fois au centre et dans le Sud)Pour l'historien Edouard Ralaimihoatra, ces austronésiens qu'il appelle de manière globale les Vazimba -sans faire le distinguo entre ceux des côtes, les Vezo, et ceux de la forêt de l'intérieur, les Vazimba- ont « apporté dans l'île le fond de la langue malgache et des techniques d'origine indonésienne pirogues à balanciers, rizières inondées, cases en bois équarris ou en branchage construites sur pilotis, villages édifiés sur les hauteurs entourés de fossés, etc. Ce fond a reçu des apports résultant d'échanges humains entre l'Afrique et Madagascar, grâce à la navigation arabe entre les côtes de l'Arabie, de l'Afrique orientale et de la Grande Ile (Ralaimihoatra E., "Les Primitifs malgaches ou Vazimba", in Histoire de Madagascar).

Au tout début du peuplement appelée "période paléomalgache", les Ntaolo se subdivisèrent, selon leurs choix de subsistance en deux grands groupes : les Vazimba (de *ba/va-yimba-"ceux de la forêt", de *yimba-"forêt" en proto Sud-Est Barito (SEB), aujourd'hui barimba ou orang rimba en malais Simon P. (2006), ) qui s'installèrent -comme leur nom l'indique- dans les forêts de l'intérieur et les Vezo (de *ba/va/be/ve-jau, "ceux de la côte" en proto-Malayo-Javanais, aujourd'hui veju en bugis et bejau en malais, bajo en javanais Simon P. (2006), ibid., ) qui restèrent sur la côte Ouest.

Le qualificatif Vazimba désignait donc à l'origine les Ntaolo chasseurs et/ou cueilleurs qui décidèrent de s'établir "dans la forêt", notamment dans les forêts des hauts plateaux centraux de la grande île et celles de la côte Est et Sud-EstRafandrana, un des ancêtres de la dynastie royale merina, par exemple, est connu pour avoir été un Vazimba (Callet, 1908). Les deux reines fondatrices de la royauté Merina, Rafohy et Rangita, étaient désignées comme Vazimbas. Comme la plupart des austronésiens, les chefs Ntaolo (Vazimbas et Vezos) de Madagascar avaient pour coutume de placer les corps de leurs défunts dans des pirogues et de les enfouir dans des lacs artificiels (Vazimbas de l'intérieur) ou dans la mer (Vezos des côtes), tandis que les Vezo étaient les Ntaolo pêcheurs qui restèrent sur les côtes de l'Ouest et du Sud (probablement les côtes du premier débarquement) Simon P. (2006), ibid., .

La période féodale malgache : naissance des grands royaumes (1600-1895)

Dès la fin du premier millénaire jusqu'à 1600 environ, les Vazimba de l'intérieur autant que les Vezo des côtes accueillirent de nouveaux immigrants moyen-orientaux (Perses Shirazi, Arabes Omanites, Juifs arabisés) et orientaux (Indiens Gujarati, Malais, Javanais, Bugis) voire européens (Portugais) qui s'intégrèrent et s'acculturèrent à la société Vezo et Vazimba, souvent par alliance matrimoniale. Bien que minoritaires, les apports culturels, politiques et technologiques de ces nouveaux arrivants à l'ancien monde Vazimba et Vezo modifièrent substantiellement leur société et sera à l'origine des grands bouleversements du qui conduiront à l'époque féodale malgache.

thumb|300px|Carte de l'expansion des austronésiens. À l'intérieur des terres, les luttes pour l'hégémonie des différents clans Vazimba des hauts plateaux centraux (que les autres clans Vezo des côtes appelaient les Hova) aboutirent à la naissance des ethnies et/ou royaumes Merina, Betsileo, Bezanozano, Sihanaka, Tsimihety et Bara.

Sur les côtes, l'intégration des nouveaux immigrés orientaux, moyen-orientaux et africains donnèrent naissance aux ethnies et/ou royaumes Antakarana, Boina, Menabe et Vezo (Côte Ouest), Mahafaly et Antandroy (Sud), Antesaka, Antambahoaka, Antemoro, Antanala, Betsimisaraka (Côte Est).

La naissance de ces grands royaumes "néo-Vazimba"/"néo-Vezo" modifièrent essentiellement la structure politique de l'ancien monde des Ntaolo, mais la grande majorité des anciennes catégories demeurèrent intactes au sein de ces nouveaux royaumes : la langue commune, les coutumes, les traditions, le sacré, l'économie, l'art des anciens demeurèrent préservées dans leur grande majorité, avec des variations de formes selon les régions.

thumb|Village austronésien avec levu sur pilotis (*levu-"maisons" en proto-austronésien qui a donné en malgache an-devu -"à la maison") : tous les villages des ntaolo vazimba et vezo de Madagascar étaient probablement similaires au premier millénaire. On retrouve d'ailleurs encore ce modèle aujourd'hui sur toutes les côtes de la grande île et dans les zones intérieures reculées (forêts, etc.)

Langue Le dialecte antakarana (ou tankarana) est un dialecte septentrionale du Malgache similaire au dialecte Tsimihety, Betsimisaraka du Nord et Kibushi (malgache) de Mayotte.

Notes

Voir aussi

Bibliographie Lesley A. Sharp, The imagined community of the Antankaraña: identity, history, and ritual in northern Madagascar, in Karen Middleton (dir.), Ancestors, power, and history in Madagascar, Brill, Leyde, Boston, 1999, 360 p. Marie-Laure Caradec, Contribution à l'élaboration de la pharmacopée Antakarana du nord de Madagascar : ethnobotanique appliquée, Université de Rennes 1, 2005, 202 p. (thèse) Cécile Marie-Ange Dominique-Manorohanta : Le champ sémantique de l'hospitalité dans les contes antakarana in Alain Montandon, L’hospitalité dans les contes, Paris, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2002, 412 p. Liliane Ramarosoa : De l'hospitalité interdite au v(i)ol des traditions. Cas de "l'enfant né un mardi", un conte antakarana, in Alain Montandon, L’hospitalité dans les contes, Paris, Presses universitaires Blaise-Pascal, 2002, 412 p. Isabelle Razafindratiana, Enquête sur l'alternance codique antakarana-français à Antsiranana (Madagascar) : aspects morpho-syntaxiques et sociolinguistiques, Université de Nancy, 1995 (thèse) Céline Rivière, La démarche ethnopharmacologique appliquée à la pharmacopée Antakarana (Nord de Madagascar) : conception et synthèse de molécules à visée anticancéreuse inspirées de motifs issus de coumarines et d'iridoïdes isolés de deux Euasterids endémiques, Université de Lille 2, 2005, 381 p. Maurice Schrive (R. P.), Contes antakarana : contes du nord de Madagascar (recueillis, traduits et présentés par), Foi et Justice, Antanarivo ; Alliance Française d'Antsiranana, Antsiranana, 1990, 280 p.

Filmographie Madagascar : Salama, pays Antakarana !, film réalisé par Marc Mopty, L'Harmattan vidéo, Paris, Zarafa films (distrib.), 2006, 52 min (DVD)

Articles connexes

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