Lhôtel de Lesdiguières est un édifice historique construit à partir de 1602, situé rue Hector-Berlioz, devant le jardin de ville de Grenoble.
Lieu de tous les pouvoirs en Dauphiné, il va être successivement hôtel particulier du duc de Lesdiguières et de ses successeurs, puis résidence des Intendants du Dauphiné à partir de 1683. Devenu propriété de la ville en 1719, elle y installe son hôtel de ville jusqu'en 1967. Au l'édifice partage ses locaux avec les services de la préfecture jusqu'en 1867.
En 1970, l'édifice trouve une nouvelle fonction culturelle en accueillant le musée Stendhal puis l'année suivante une bibliothèque de quartier. En 2004, le musée ferme ses portes pour que la Maison de l'international investisse les locaux en 2006, dans le but de renforcer le rayonnement international de la ville.
Historique du site C'est en 1602 que François de Bonne, Lieutenant-général du Dauphiné, et futur duc de Lesdiguières, confie à l'architecte Pierre La Cuisse, la tâche de construire sa résidence urbaine, à l'emplacement d'une dépendance du Palais delphinal, appelée aussi Trésorerie car les dauphins y avaient leurs trésoriersJean Pilot de Thorey, Histoire municipale de Grenoble, , page 8.. Cet édifice médiéval, construit entre le rempart romain et l'église Saint-André, avait logé les gouverneurs et les Lieutenant généraux de la province jusqu'au . Néanmoins, le magistrat grenoblois Claude Expilly rapporte qu'à la fin du , l'édifice était parvenu au stade de masureAnne Cayol-Gerin et Marie-Thérèse Chappert, Grenoble, richesses historiques du au , page 50..
AlbergéAlberger = louer pour une longue durée ou à perpétuité. par Lesdiguières le Jean Pilot de Thorey, Histoire municipale de Grenoble, page 8. Auguste Prudhomme, Histoire de Grenoble, page 429, parle du 6 mars 1595. pour services rendus à la cause royale, il va tout de même dans son projet conserver une tour jouxtant cet ancien « hôtel de la Trésorerie » en l'intégrant à son nouvel hôtel urbain dont la façade remplace l'axe de l'enceinte romaine, détruite en 1596.
gauche|vignette|Tour de la « Trésorerie » surplombant la rue Hector-Berlioz. La base de cette tour remonte à l'époque gallo-romaine () et fait partie de l'enceinte de Cularo (nom antique de Grenoble). Le , le dauphin Guigues VII de Viennois achète la tour et l'hôtel attenant à un notable, Guillaume Chaunais, par un acte signé au château de CornillonAuguste Prudhomme, Histoire de Grenoble, page 119.. Devenu hôtel de la Trésorerie ou palais delphinal, le dernier des dauphins, Humbert II de Viennois, en fait rehausser la tour de . Un siècle plus tard, en 1447, le jeune dauphin Louis, futur roi Louis XI, habite dans cet hôtel de la Trésorerie lors de son long séjour dans sa province du Dauphiné qui prendra fin au mois d'. Lors des guerres de religion, la reine Catherine de Médicis envoyée par Henri III de France pour apaiser les esprits y séjourneVital Chomel, Histoire de Grenoble, Éditions Privat, page 126. du au et d'autres personnalités y viendront pendant leur séjour à Grenoble.
vignette|redresse|François de Bonne, duc de Lesdiguières. Attenant à la tour, le nouvel édifice de Lesdiguières, coiffé d'ardoises, tranche immédiatement par ses toits pentus et sombres sur les toitures ocre en tuiles romaines de la vieille ville. De nombreux artistes et artisans vont prendre part à l'aménagement intérieur comme Jean Carle, Pierre Rousset, Claude de Lavau ou le maître serrurier David Bachasse qui pose la grande porte en 1616. Louis XIII, passe dans cet hôtel lors de sa visite à Lesdiguières le . À la mort de Lesdiguières en 1626, ses successeurs, Charles II de Créquy, François de Bonne de Créqui et François Emmanuel de Bonne de Créqui résident successivement dans l'hôtel et l'agrandissent à plusieurs reprises en 1627, 1631 et 1640, créant l'aile Créqui ornementée d'un balcon et d'une horloge en toiture. Du temps de Lesdiguières et de ses descendants, la propriété reste un lieu strictement privé, au point de faire interdire toute ouverture de baies dans les constructions à proximité. Seules les "personnes de distinction et citoyens au-dessus de la populace" y étaient admis pour les fêtes et bals masqués. Puis vers 1710, à l'époque des Villeroy, héritiers de la dynastie Lesdiguières, le public est toléré dans le parc. À partir de l'année 1683Auguste Prudhomme, Histoire de Grenoble, page 572. et l'Intendant Pierre-Cardin Lebret, une partie de l'édifice est réservée aux Intendants du Dauphiné, personnages centraux de l'administration royale pour la généralité de Grenoble.
La vente de l'édifice Le Jean Pilot de Thorey, Histoire municipale de Grenoble, , page 7., après d'orageuses discussions qui faillirent échouer à plusieurs reprises, les consuls de la ville achètent l'hôtel, son jardin et des dépendances, au prix de livres au duc de VilleroyPlay Grenoble (Hôtel de Lesdiguières)., héritier des descendants de Lesdiguières, afin d'installer l'administration de la ville trop à l'étroit au 4 place Grenette. C'est le second consul de Grenoble, François Farconet, qui se déplace à Paris pour signer l'acte de vente au Palais des Tuileries devant maître Saint-Jean, notaire à Paris. L'acquisition a été rendue possible grâce au prêt de certains particuliers grenoblois.
Pour autant, l'acquisition par la ville n'oblige pas au départ des Intendants de l'édifice car il est suffisamment vaste pour contenir les deux administrations et même louer des appartements à des particuliers. C'est ainsi qu'en 1722, l'hôtel voit de nouveaux occupants comme l'avocat du Parlement du Dauphiné, François Chausson, puis l'année suivante Balthazar Perrin, chanoine de Saint-AndréRené Fonvieille, Le vieux Grenoble, tome 2, page 79.. Cette même année, le chevalier François de la Baume Pluvinel loue "la salle dorée" (72 livres) puis tout le second étage (130 livres) Pierre Monnier, Jean Sgard, Les plaisirs de La Tronche, page 19.. Premier consul de Grenoble (1724-1725, puis 1727-1729), le chevalier de la Baume est prodigue en réceptions dans les appartements de l'hôtel, et organisateur de plusieurs manifestations publiques, telle celle décrite dans la "Relation des réjouissances faites à Grenoble au sujet de la naissance de Monseigneur le Dauphin", 1729.
En 1747, une modification est apportée dans la distribution des lieux pour madame de la Porte, femme de l'Intendant. On lui abandonne la salle dorée de l'hôtel consulaire donnant accès sur le balcon et la pièce voisine pour en faire son salon. En échange, la ville reprend la jouissance de la salle des Gardes au rez-de-chaussée, laquelle devient une salle de concerts où l'Académie de musique se fait entendre deux fois par semaine.
vignette|Portail sur la rue Hector-Berlioz. L'année suivante, une autre salle est offerte aux avocats de la ville afin d'installer une bibliothèque publique ouverte le . À la fin de cette année, l'Intendant Pierre Jean François de la Porte fait part au Premier consul de son intention d'ouvrir un accès dans le mur qui longe la rue du Quai (actuelle rue Hector Berlioz) mais sans solliciter d'autorisation. Dans les semaines suivantes, l'Intendant fait appel à l'ingénieur Rolland qui perce le portail encore utilisé de nos jours dans un encadrement en pierre blanche de SassenageLes nouvelles de Grenoble N°160, janvier-février 2014, page 46.. Mais les syndics de la noblesse adressent une lettre de protestation à l'Intendant en lui rappelant qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait entrepris de tels travaux dans cet hôtel et que la réalisation de cette dépense de luxe accentuerait le mécontentement des habitants dans une période économiquement difficile. Finalement, l'inspirateur de la lettre M. de Lemps reçoit une lettre de cachet un mois plus tard, qui le destitue de ses fonctions et lui interdit à l'avenir de s'occuper des affaires de la ville.
Une nouvelle administration vignette|150px|Le préfet Joseph Fourier. C'est la Révolution qui supprime les Intendants en 1790 et qui met en place une administration départementale. Au rez-de-chaussée l'administration municipale, au premier étage le directoire du département, et au deuxième le directoire du districtAuguste Prudhomme, Histoire de Grenoble, page 612.. Le dernier Consul de Grenoble a été Pierre Dupré de Mayen et le premier maire Laurent de Franquière, élu le , mais dont l'état de santé l'empêche de rester plus d'une semaine. Cette installation est assez mal vue par l'ancien corps consulaire, qui refuse de procéder à la remise des archives déclarant qu'il n'en avait jamais été chargé. Dupré de Mayen renvoie la demande au secrétaire-greffier qui renvoie lui-même aux consuls. Le dernier Intendant du Dauphiné a été Gaspard-Louis Caze de la Bove et le premier préfet de l'Isère Gabriel Ricard, nommé le . Les communications entre les différentes autorités sont ainsi rendues faciles et promptes. En 1814, Stendhal qui vient d'être nommé commissaire à la défense du territoire par Napoléon Ier, partage quelques mois son bureau au avec celui du préfet Joseph Fourier.
Les services de la préfecture sont installés dans les salons des anciens Intendants et louent les locaux à la ville. Pour les dépendances, écuries et magasin à fourrage des deux administrations sont séparés par un mur construit à la charge de la ville. En 1820, la municipalité de Charles Planelli de Lavalette demande au préfet un loyer annuel de francs pour sa partie de l'hôtel et ses dépendances. En 1831, la municipalité de Félix Penet fixe le loyer à francsArchives départementales de l'Isère, cote 4N2/1.. Dès 1841, l'autorité préfectorale esquisse de nouveaux plans pour bâtir un nouvel Hôtel de préfecture.
vignette|gauche|Projet abandonné du nouvel Hôtel de ville en 1857. En 1857, sous la municipalité de Louis Crozet, un projet est avancé pour construire une nouvelle préfecture à l'emplacement même de l'Hôtel de Lesdiguières ainsi qu'un nouvel Hôtel de ville à ses côtés dans le bois du jardin de ville. Le projet aurait permis avec la nécessaire démolition de plusieurs maisons, de dégager l'église Saint-André et de créer une rue reliant la place Saint André à la place GrenetteArchives départementales de l'Isère, cote 4N2/2.. Mais ce projet est repoussé par le Conseil général qui décide dans sa séance du d'édifier la nouvelle préfecture sur la place d'Armes. Un avis est passé le par le préfet Augustin Le Provost de Launay dans le quotidien Courrier de l'Isère, informant la population des détails de la commission d'enquête. Finalement, Daniel Pastoureau est le dernier préfet de l'Isère à occuper l'hôtel de Lesdiguières car la nouvelle préfecture de l'Isère est mise en service sur la place d'Armes en .
Le , une délibération de la municipalité de Jean-Thomas Vendre décide d'affecter au premier étage de l'ancien hôtel de préfecture, différents services communaux. Le , un avis du maire informe les grenoblois qu'à partir du lundi , les bureaux de la Mairie, celui de l'octroi, ceux de l'Architecture, et ceux de la voirie municipale sont établis au premier étage dans les anciens locaux de la préfectureArchives municipales de Grenoble, cote 6 FI 2264.. L'ancien Hôtel de Lesdiguières servira désormais d'Hôtel de ville jusqu'en 1967 avec une vaste salle des délibérations au premier étage et une salle des mariages au rez-de-chaussée.
Départ des services de la mairie thumb|left|L'Hôtel de Ville vers 1900 vignette|Salle du conseil municipal.