vignette|redresse=0.94| Triadica sebifera, gluttiers.

Triadica sebifera, le GluttierL’Encyclopédie méthodique de Tessier et Thouin, publiée en 1796, donne Gluttier comme le nom vulgaire correspondant à Sapium ; cf. ou l'Arbre à suif chinois« Arbre à suif » est aussi un nom vernaculaire de deux autres espèces d'arbres, Morella cerifera (États-Unis) et Pentadesma butyracea (Afrique tropicale)., également appelé Arbre à beurre, Croton ou Suiffier, est une espèce de plantes à fleurs, de la famille des Euphorbiacées. C'est un arbre originaire du sud de la Chine, de Taïwan, du Vietnam et du Japon. L'espèce a été mise en culture dans de nombreuses régions tropicales, subtropicales et tempérées chaudes où elle a pu se naturaliser et parfois devenir envahissante.

En Chine, depuis le , l'arbre est exploité pour ses graines oléagineuses avec lesquelles on fabrique des savons, des chandelles et des peintures. Actuellement, il est aussi planté comme arbre d'ornement le long des routes et dans les parcs.

Toutes les parties de l'arbre sont toxiques, et elles ont été employées dans la pharmacopée chinoise traditionnelle.

L'espèce est inscrite depuis 2019 dans la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l'Union européenne.

Étymologie et nomenclature Le nom de genre Triadica vient du grec τριάς trias « trois » (Bailly) via le latin trias, adis, « triade » en référence aux fleurs trimères (3 sépales, 3 carpelles, 3 styles).

L’épithète spécifique sebifera est un terme latin composé de sebum « suif » et fero « porter » soit « qui porte du suif ».

En 1753, Linné donne dans Species Plantarum (2:1004), une description de l’espèce sous le nom de Croton sebiferum. En 1913, le botaniste américain Small dans Florida Trees (59), avec le nom de Triadica sebiferum, la reclasse dans le genre Triadica (créé en 1790 par João de Loureiro, un botaniste portugais).

L’espèce possède de multiples noms en chinois. Actuellement, le nom vulgaire qui s’est imposé est wujiu 乌桕, nom composé des morphèmes wu: et jiu: . Pour expliquer l’origine du premier caractère wu, le naturaliste du Li Shizhen, indique que (wuxishiqizi 乌喜食其子), avec wu 乌, une abréviation de wuya 乌鸦 « corbeau »; l'étymologie serait en quelque sorte , comme le synonyme contemporain de l'espèce, yājiù 鸦桕, l’atteste d’ailleurs. En effet, les oiseaux sont friands de ses fruits en hiver, ainsi qu'on peut le voir sur une photo ci-dessous.

Synonymes D’après Tropicos, les synonymes

Description Triadica sebifera est un petit arbre à feuilles caduques, pouvant atteindre de haut en Chine. Il devient fertile quand il atteint de haut. C’est une espèce monoïque, avec des fleurs mâles et femelles distinctes sur le même pied.

Les feuilles simples sont portées par un pétiole de de long, avec 2 glandes discoïdes, à l’apex et des stipules persistantes, elliptiques. Le limbe est de forme ovale à largement elliptique ou rhomboïde, de de long sur de large, à base largement cunéiforme à presque tronquée et apex acuminé. Des glandes laminaires, elliptiques, de , sont généralement placées sur la moitié distale du limbe. En automne, les feuilles deviennent jaunes, orange et écarlates.

L’inflorescence terminale en épi peut atteindre . La plante étant monoïque, l’épi comporte des fleurs mâles et femelles distinctes. Sur sa moitié distale, il porte des cymules (petites cymes) avec 10-20 fleurs staminées (♂), à bractées ovales de , sous-tendues par 2 (-4) glandes ellipsoïdes, 2-3 étamines de . Les fleurs femelles pistillées (♀) sont au nombre de 0 à 6 par inflorescence, avec 1 ovaire trilobé, 3 styles connées (soudés) à la base et aucun pétale. Les fleurs staminées sont jaunes, les fleurs pistillées sont vert jaunâtre.

Les fruits sont des capsules de 1 à de diamètre, subglobuleuses, trifides, charnues. La capsule comporte (ou plus), à tégument extérieur blanc, cireux, et poils intérieurs ligneux, brun. Durant l’hiver, les 3 valves noires de la capsule s’ouvrent et tombent, laissant apparaitre les graines blanches qui vont rester dans l’arbre tout dénudé de ses feuilles.

En Chine la floraison va d’avril à août et la fructification suit jusqu’en octobre. La floraison aux États-Unis a lieu d’avril à juin, la fructification d’août à novembre.

Distribution et habitat L’espèce est originaire d’Asie : du sud de la Chine, de Taïwan, du Japon, du Vietnam et en Inde. En Chine, elle croit particulièrement dans la région du sud du Fleuve jaune en allant au nord jusqu’au Shaanxi et au Gansu. Elle pousse dans les espaces ouverts, près des étangs ou dans les forêts clairsemées.

L’espèce a été introduite et cultivée dans les régions tropicales, subtropicales et tempérées chaudes (à hiver doux) du monde. Elle s’est naturalisée en de multiples endroits d’Asie, d’Afrique, des États-Unis, d’Australie, de Polynésie française et d’Hawaï.

Elle pousse dans les zones où la température moyenne annuelle est supérieure à et les précipitations moyennes annuelles sont supérieures à . Les feuilles commencent à jaunir à des températures inférieures à . L'arbre cherche la lumière et ne tolère pas l’ombre. Il préfère les sols alluviaux profonds, humides et fertiles des rives de cours d’eau. Mais il est capable de s’adapter à un large éventail de types de sol, allant des sols acides à légèrement basiques, et même ceux légèrement salins (jusqu’à ). Il tolère pendant une courte période les eaux stagnantes.

Il fut introduit aux États-Unis en 1776 par Benjamin Franklin(Randall & Marinelli 1996). On en trouve en effet mention dans une lettre de Benjamin Franklin, écrit le 7 octobre 1772, à de la colonie de Géorgie. Franklin a écrit: " je vous envoie également quelques graines de l'arborescence de l'arbre suif chinois, qui pourra je crois croître et de prospérer chez vous.» C'est une plante des plus utiles "(Bell 1966). Ref. : De Bell, M. 1966. Quelques notes et la réflexion sur une lettre de Benjamin Franklin à Noble Wimberly Jones, 7 octobre 1772. Cité dans NATURAL AREA WEEDS: Chinese Tallow (Sapium sebiferum L.)1 K. A. Langeland Lire aussi Benjamin Franklin et la Chine, à Charleston (Caroline du Sud) puis en Californie, S. Arizona, Louisiane, Mississippi, Texas, et Floride. Il fut aussi importé dans le sud la France, au Jardin Botanique de Marseille, (où il porte le nom en provençal de Kresto de Gaou) et en Algérie. L’espèce a été aussi introduite en Martinique, en Polynésie française, où elle est cultivée et non établie. On retrouve des mentions de plantations historiques et d’introductions dans les jardins du sud de la France depuis le (Société nationale d’horticulture de France, 1832). L’espèce survivrait bien dans le Grand Jardin de La Valette-du-Var, à proximité de Toulon, et pourrait manifestement produire des graines, mais aucune mention de l’espèce n’a été faite en dehors du jardin.

Espèce envahissante L’arbre à suif chinois peut proliférer dans les milieux naturels et former des peuplement monospécifiques capables de déplacer les espèces végétales indigènes en modifiant les écosystèmes envahis. Actuellement, cette espèce est répertoriée comme envahissante aux États-Unis, en Inde, en Australie (Queenland) et même en France métropolitaine (Arrêté du ).

En Europe, Triadica sebifera est inscrite depuis 2019 dans la liste des espèces exotiques envahissantes préoccupantes pour l’Union européenne. Cela signifie qu'elle ne peut pas être importée, cultivée, commercialisée, plantée, ou libérée intentionnellement dans la nature, et ce nulle part dans l’Union européenne.

Histoire de l’utilisation en Chine En Chine, il existe une longue et riche histoire des matières médicales (bencao) qui a ressemblé au cours des siècles des informations sur l’utilisation médicinale des substances naturelles minérales, végétales et animales. Elle produisit un nombre substantiel d’ouvrages de materia medica - sans équivalent en Europe durant la même période - qui fournit une source précieuse d’informations sur l’histoire de l’utilisation des plantes.

Les premières matières médicales ne mentionnent pas l’arbre à suif, sous aucune de ses multiples dénominations: 乌桕 / 烏桕 wūjiù, 乌木 / 烏木 wūmù, 乌槔 wūgāo, 乌臼 wūjiù, 鸦臼 yājiù, 乌桖 wūxuè, 桊子树 juànzǐshù, 桕树 jiùshù. Nom vulgaire: 木蜡树 mùlàshù, 桩仔 zhuāngzǐ, 琼仔/橩仔树 qióngzǐ/qióngzǐshù etc.

Au , à l’époque de la dynastie Tang, la publication en 659 de la 《新修本草》 Xinxiu bencao de Su Jing 苏敬 / 蘇敬, apporte un accroissement important du nombre de drogues médicinales. Parmi celles-ci, se trouve une fiche intéressante sur le 乌臼 wūjiù (dont la graphie deviendra 乌桕 avec la même prononciationla graphie du caractère jiù 臼 « mortier » deviendra jiù 桕 , avec la clé de l’arbre sur la gauche; le caractère wū 乌 / 烏 signifie ) « arbre à suif ». Son écorce est une drogue caractérisée par sa nature et ses propriétés thérapeutiques. Quatre-vingts ans plus tard, le médecin Chen Cangqi 陳藏器 (681-757) dans sa matière médicale《本草拾遺》Bencao shiyi (739) donne des informations complémentaires sur ses utilisations .

Au , l’ouvrage réputé le Bencao gangmu 《本草綱目》de Li Shizhen 李时珍, publié en 1593 l’année de sa mort, fut comme un point culminant de la tradition des bencao. En compilant toutes les anciennes données, il apporte des informations plus complètes sur l’arbre à suif et ses usages (voir section médicale ci-dessous).

Le Nongzheng quanshu 《农政全书》, publié 1639 par Xu Guangqi 徐光启 a offert un article enthousiaste sur la culture de l’arbre à suif. Il indique que le « suif » des graines sert à faire des bougies. L’huile qui en est extraite est aussi idéale pour les lampes d’éclairage. De plus, l’huile peut aussi servir à teindre les cheveux en noir, à diluer la laque, et à faire des papiers huilés. Les feuilles sont une source de teinture noire et l’arbre est très rustique. Il met en garde toutefois de ne pas le planter trop près d’un étang à poissons, parce que si les feuilles tombent dans l’eau, elles la noircissent et rendent les poissons malades.

vignette|redresse=0.7|Arbre à suif.

Pour troisième source d’informations sur les arbres à suif, le regard extérieur et curieux des missionnaires jésuites en Chine est des plus instructifs. Grâce à Matteo Ricci (1552-1610), les portes de la Chine s’entre-ouvrirent aux jésuites, en particulier aux missionnaires français à partir de la fin du . Ceux-ci envoyèrent régulièrement à leurs supérieurs en France des lettres sur l’évangélisation et la culture chinoise. À Paris, le père Jean-Baptiste Du Halde en tire un ouvrage encyclopédique qui deviendra la principale source des représentations de la Chine en Europe au .

Voici quelques extraits instructifs de sa description de l'arbre à suif et de ses usages:

(Description de l'empire de la Chine) Suit une description du tronc, des feuilles, des fruits et des graines thumb|upright=0.7|Suif tiré de T. sebifara (Description)

Toxicité Toutes les parties de l’arbre sont toxiques.

Le feuillage vert de T. sebifera provoque de sévères irritations des voies digestives et a des effets purgatifs sur les bovins mais apparemment pas sur les ovins et caprins.

Le feuillage contient de l’acide gallique et de l’astragaline, mais les principales molécules toxiques sont du type tigliane, des diterpènes que l’on trouve chez les autres Euphorbiacées.

En Chine, il existe de nombreux rapports d’intoxication, indiquant après absorption, des douleurs abdominales, diarrhées, vertiges, engourdissement des membres et des lèvres, acouphènes, palpitations, pâleur, et membres froids.

Composition chimique Les feuilles contiennent acide gallique et acide ellagique, isoquercitrine et tanin (5,5 %)Sapium sebiferum (L.) Roxb.Euphorbiaceae Chinese tallow tree, Vegetable tallow, White wax berry Source: James A. Duke. 1983. Handbook of Energy Crops.