La raffinerie de Port-Jérôme-Gravenchon, située à Port-Jérôme-sur-Seine (commune déléguée de Notre-Dame-de-Gravenchon) dans le département de la Seine-Maritime appartient à North Atlantic Energies, filiale du groupe canadien North Atlantic. Cela fait suite au rachat des activités d'Esso France, filiale du groupe ExxonMobil, premier groupe privé pétrolier et pétrochimique du monde. Elle regroupe depuis deux établissements voisins : la « Raffinerie de Port-Jérôme », mise en service en 1933 par la Société franco-américaine de raffinage, ancêtre d' Esso S.A.F., et la « Raffinerie de Notre-Dame-de-Gravenchon », mise en service en 1935 par la Vacuum Oil Company S.A.F., ancêtre de la Mobil Oil Française..

Le l'ensemble de la raffinerie passe sous l'égide de North Atlantic France suite au rachat des actions détenues par Esso Saf et Exxonmobil Chemical France.

Historique de la raffinerie de Port-Jérôme

La raffinerie reprend le nom de la cale créée en sur la rive droite de la Seine, à Notre-Dame-de-Gravenchon face à Quillebeuf-sur-Seine, lors des imposants travaux d'aménagement et de navigabilité du fleuve entre Villequier, La Mailleraye et Tancarville. La cale a été baptisée en l'honneur de Jérôme Bonaparte, le frère cadet de l'empereur Napoléon Ier, qui avait inauguré à cet endroit les premiers travaux d'endiguements du fleuve en . Un an après la mort de Jérôme, elle accueille son neveu l'empereur Napoléon III, le , lors de sa visite des travaux de la Basse-Seine..

Le site, perdu dans les prés de la vaste berge protégés du fleuve par une digue, se voit lentement désenclavé, d'abord vers l'autre rive de la Seine par un bac à vapeur reliant Port-Jérôme à Quillebeuf, inauguré le et plus tard vers Lillebonne grâce à une ligne de chemin de fer départemental, dont le trajet arrêté en 1875 n'est ouvert que partiellement à l'exploitation le ; ..

De la construction à la destruction en 1940

Il ne se passe plus rien dans ces prairies potentiellement inondables de Port-Jérôme avant que de terrains à usage industriel soient proposés à la vente, « à un prix avantageux », en La Journée industrielle, 12 mars 1930, p. 7, col. 1 (Lire en ligne).. On ne sait pas qui les achète, entre la Société industrielle de Port-Jérôme constituée en , agissant pour le compte de la société américaine Vacuum dont elle intègre le nom dans sa raison sociale le sous la forme de Raffinerie de la Vacuum Oil Company et la Société Franco-Américaine de raffinage, filiale de la société américaine Standard Oil of New JerseyLa Journée industrielle, 22 août 1929, p. 2, col. 5 (Lire en ligne) ; Les annonces de la Seine, 28 juillet 1930, p. 5165 (Lire en ligne).. A l'automne de cette même année, on apprend cependant que « Bedford Petroleum, filiale de la Standard Oil of New Jersey aurait reçu l'autorisation d'installer une raffinerie à Port-Jérôme, près de Rouen ». et que « d'importants travaux ont été décidés à Port-Jérôme pour le raffinage des hydrocarbures. L'usine [...] occuperait une superficie de cent hectares [...] Pour recevoir le pétrole brut la Chambre de commerce de Rouen envisage la création d'un port annexe qui comportera un bassin à flot [...] En attendant que ce port soit construit un pipeline sera établi jusqu'au Havre »..

Ce n'est toutefois que par décret du , pris à la suite de sa demande du , que la Société franco-américaine de raffinage, 82 avenue des Champs-Élysées à Paris, est autorisée en application de la loi du à importer du pétrole pour raffinage intégral dans son usine de Port-Jérôme, en quantités nécessaires pour livrer annuellement à la consommation d'huiles minérales raffinées, d'essences, d'huiles lourdes, de combustibles liquides dits gas oils, et, provisoirement sans limitation, les huiles minérales lourdes épurées (dites de vaseline), les résidus dits fuel oils, les consistants dits road oils, les cokes et braies de pétrole, la paraffine. Ces tonnages représentent 20,4% du contingent total alloué par l'ensemble des décrets autorisation. L'autorisation accordée à la Franco-américaine de raffinage vaut tant pour son pour son compte que pour celui des sociétés Bedford Petroleum Cy, Économique, Compagnie Générale des Pétroles, André fils et leurs associés, La MaillerayeJournal officiel de la République française, , p. 3826-3829 (Lire en ligne)..

La raffinerie est implantée sur un terrain de près de en forme de rectangle dont le petit côté sur la rive mesure et le grand côté, perpendiculaire à la Seine, s'étend sur près de . Une fois achevé le remblaiement et la consolidation de ces terrains instables et marécageux, les travaux de construction des unités de raffinage peuvent commencer. La Franco-américaine de raffinage a pour ambition d’ériger « une usine monstre (l’une des plus grandes du monde, d’une capacité de ) ». A la mi-1931 « on en est aux travaux d’appontement [pour l’approvisionnement par bateaux-citernes remontant la Seine], de fondation et de canalisation »..

Tandis que les ouvriers spécialisés en montage de réservoirs sont accueillis dans des dortoirs et nourris dans des cantines aux frais de la Franco-américaine, celle-ci démarre la construction d'une véritable petite ville sur le territoire de Notre-Dame-de-Gravenchon. Il est prévu de construire pour les ouvriers une cité de 430 logements familiaux et un hôtel de 50 chambres pour les célibataires, pour les employés une cité de 74 logements familiaux et un hôtel de célibataires de 20 chambres, pour les ingénieurs 31 villas et un hôtel de célibataires de 15 chambres, sans oublier une école, un bureau de poste, des postes d'incendie et de police.

Parmi les tout premiers ingénieurs chargés du démarrage de la raffinerie en on note la présence de Lucien Kahn et Georges Mélik-Noubaroff, tous deux diplômés de l'École nationale supérieure des mines de Paris, respectivement promotions 1926 et 1928Bulletin de l'Association amicale des élèves de l'École des mines de Paris, 1933, p. 99-100. G. Mélik-Noubaroff devient administrateur d'Esso Standard dans les années 1960., de René Navarre, futur initiateur et directeur général de l'Institut français du pétrole (I.F.P.) en , ainsi que de Serge Scheer, diplômé de l’École centrale de Lyon (1922)Serge Scheer (Paris, 1900 - Neuilly-sur-Seine, 1978), administrateur de Bozel en 1943, devient PDG de la Standard française des pétroles en 1949 à la suite de Robert André. et Jacques Ballet, ingénieur chimiste, tous deux, successivement, futurs PDG d'Esso Standard.

L’usine est partiellement opérationnelle 18 mois plus tard, lorsqu’arrive au Havre le le premier navire pétrolier chargé de de pétrole brut destinés à la production d’asphalteL’Intransigeant, , p. 4.. Six mois plus tard, la Standard lance une grande campagne de publicité, destinée à mettre en avant l’origine française des produits de la marque fabriqués à la raffinerie de Port-Jérôme, « la plus moderne d’Europe »Voir par exemple L’Œuvre, 17 août 1933, p. 3 ((Lire en ligne)..

L'année suivante, deux événements remettent l'usine en première place dans toute la Presse française. Le La Girafe, un petit pétrolier débutant un chargement d'essence produite à la Franco-américaine, explose à la darse de Port-Jérôme, tuant André Davril, sous-chef de distribution de la raffinerie et 6 membres de l'équipage, dont le capitaine du navire et son second, blessant plus ou moins grièvement plusieurs autres personnes. Il s'ensuit un procès entre la Société des raffinages de pétrole de la Gironde, propriétaire du vapeur, et la Franco-américaine de raffinage aux fins d'établir les responsabilités et de fixer les dommages et intérêtsRecueil de jurisprudence commerciale et maritime du Havre, Le Havre, Imprimerie Brindeau et Compe, 1935, p. 198-211 (Lire en ligne).. Le , l'usine est officiellement inaugurée.

En , l'usine de Port-Jérôme, première raffinerie de France, qui emploie dont plusieurs centaines de techniciens et d'opérateurs en travail posté en 3 x 8, a traité de pétrole brutL'Officiel du cycle, du motocycle et du camping, 17 octobre 1937, p. 27 (Lire en ligne)..

Au printemps , du fait de l'avancée des troupes allemandes, les installations et les réserves de brut et de produits finis sont incendiées le , pour certains sur ordre du Gouvernement., pour d'autres de la main et de la propre initiative d'André Martin, centralien, ingénieur, entré dans l'entreprise en .

La reconstruction et la croissance d'après-guerre Entre les destructions volontaires de 1940, les saisies de matériels par les Allemands, les bombardements alliés de 1944, la raffinerie est hors service à la Libération, même si quelques réservoirs ont été épargnés. La reconstruction débute dès 1945. En 1946 l'usine rallume ses feux et en 1948 elle retrouve son rythme d'activité d'avant-guerre. Trois ans plus tard, le Commissariat général au plan et à la modernisation dresse le bilan des travaux : « Reconstruction des stockages (1945-1949), reconstruction des unités de distillation (1945-1946), modification tendant à l’augmentation des capacités de traitement (1947-1952), fabrication des essences spéciales (1949), remise en état en 1947-1948 d'une des deux unités de cracking reforming fonctionnant avant-guerre, récupérée en Autriche après avoir été enlevée par les Allemands en 1940, raffinage de l'essence (1947), fabrication des huiles de graissage (1949-1952), reconstruction de la centrale électrique et de la chaufferie, aménagement du réseau vapeur et des voies ferrées (1945-1950) »..

En , la Standard française annonce son projet de remplacement de l'unité de cracking récupérée en Autriche par une nouvelle unité de craquage catalytique à fluide de (environ ) par jour. Cette nouvelle unité dont la mise en service est prévue pour doit améliorer les rendements, modifier la répartition des produits fabriqués au bénéfice de l'essence à indice d'octane élevé, sans que les volumes de brut ne soient modifiés. L'investissement estimé à est financé à l'aide de crédits alloués par l'Administration de coopération économique (ECA), organe de répartition des aides du Plan Marshall ; ..

Les nouveaux laboratoires sont inaugurés le par Pierre Guillaumat, alors directeur des carburants, entouré des dirigeants de toutes les compagnies pétrolières opérant en France et de nombreuses personnalités du monde de la chimie. Les professionnels présents soulignent que ces équipements « constituent un progrès considérable sur ceux que l'industrie possédait avant la guerre. Les nouveaux laboratoires comprennent un département des contrôles et applications techniques, le laboratoire de recherche et développement et un laboratoire « Moteurs »doté d'un atelier »..

Une troisième unité de distillation à deux étages, d'une capacité de par an, mise en route en , porte la capacité totale de distillation à par an. En , la société décide de construire une deuxième unité de craquage catalytique, identique à la première, finalement mise en service en . Il faut en effet répondre à la croissance de la demande en carburant de qualité et en gaz liquéfié. La construction de cette nouvelle unité nécessite l'augmentation corrélative de la production de vapeur et d'électricité et celle des capacités de refroidissement. center|380px|thumb|Pétrole brut traité à la raffinerie de Port-Jérôme 1948-1958