Le programme nucléaire de l'Union européenne s'incarne en particulier dans Euratom. Bien que le nucléaire relève de la souveraineté des États-membres, l'Union européenne poursuit une politique générale, notamment vis-à-vis de l'extérieur. Elle est ainsi membre du projet ITER qui vise à démontrer la faisabilité de la fusion nucléaire comme nouvelle source d'énergie. Elle a signé plusieurs accords de coopération sur l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire, notamment avec les États-Unis, le Canada, l'Australie et le Kazakhstan, ainsi qu'avec l'Ouzbékistan, l’Ukraine et le Japon.
En 2022, 13 États membres de l'Union européenne avaient une industrie nucléaire en activité (Belgique, Bulgarie, République tchèque, Finlande, France, Allemagne, Hongrie, Pays-Bas, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Espagne, Suède) ; en 2023, l'Allemagne a fermé son dernier réacteur, mais son industrie nucléaire conserve plusieurs activitités. 100 réacteurs nucléaires sont en fonctionnement sur le territoire de l'UE en 2023, et l'énergie nucléaire a produit 21,6 % de l'électricité de l'UE et 22,7 % de la production nucléaire mondiale en 2022.
À la suite de la catastrophe de Tchernobyl en 1986, le Conseil européen a mis sur place un Système européen d'échange d'informations en cas d'urgence radiologique, qui est dirigé par la Commission européenne.
Accords internationaux L'Union européenne est ainsi membre du projet ITER (International Thermonuclear Experimental Reactor) à Cadarache, France, qui vise à démontrer la faisabilité de la fusion nucléaire comme nouvelle source d'énergie civile. D'autre part, elle a signé plusieurs accords de coopération sur l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire, notamment avec les États-Unis, le Canada, l'Australie et le Kazakhstan, ainsi qu'avec l'Ouzbékistan, l’Ukraine et le JaponLe Conseil donne son feu vert à la Commission pour négocier un accord de coopération nucléaire global avec la Russie, EUROPA Communiqué de presse, IP/09/1990, Bruxelles, le 22 décembre 2009; par ailleurs, le Conseil de l'Union européenne a donné en son feu vert à la Commission pour la négociation d'un accord avec la Russie.
Communauté européenne de l'énergie atomique
Le traité de Rome de 1957 a institué la Communauté européenne de l'énergie atomique (CEEA), dont les organes exécutifs ont fusionné avec ceux de la Communauté économique européenne et de la Communauté européenne du charbon et de l’acier par le traité de fusion des exécutifs communautaires de 1968. La CEEA devait coordonner les recherches sur l'énergie nucléaire. Depuis le traité de Lisbonne, l'Euratom est aujourd'hui sous l'autorité directe de l'Union européenne car il n'existe plus de piliers.
Projets nucléaires entre États membres de l'UE
Le réacteur à neutrons rapides, Superphénix, conçu en coopération entre l'Allemagne, l'Italie, et la France, a fonctionné entre 1986 et 1998 par intermittence. La fermeture de l'installation a été décidée en 1998.
Un autre projet inter-européen actuellement en cours (2023) est le Réacteur pressurisé européen.
Alliance européenne du nucléaire À l'initiative de la France, l'« Alliance européenne du nucléaire » est créée en marge d'un conseil informel de l'Énergie réuni en à Stockholm. Elle regroupe initialement onze pays : la France, la Bulgarie, la Croatie, la République tchèque, la Hongrie, la Finlande, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie. Dans une déclaration commune, ces onze pays revendiquent une démarche industrielle pour « renforcer la coopération européenne en matière de nucléaire » et notamment « explorer des programmes de formation et des projets industriels communs, afin de soutenir de nouveaux projets, notamment basés sur des technologies innovantes »Sharon Wajsbrot, La France lance une « alliance » du nucléaire en Europe, Les Échos, 28 février 2023..
Après une deuxième réunion à Bruxelles le , Agnès Pannier-Runacher, ministre française de la Transition énergétique, réunit le ses homologues des pays membres de l’Alliance du nucléaire, à Paris, au ministère de la Transition énergétique. Seize pays sont représentés : aux onze membres initiaux se sont ajoutés la Belgique, l'Estonie et la Suède, ainsi que l’Italie avec le statut d'observateur et le Royaume Uni en tant que pays invité. La Commissaire européenne à l’énergie, Kadri Simson, était également présente. Les pays membres de l’Alliance du nucléaire signent une déclaration commune appelant à un plan d’action européen pour développer les coopérations autour du nucléaire, que ce soit en matière de compétences, d’innovation, de normes de sécurité, de démantèlement, de déchets notamment. Ils estiment que, d’ici 2050, l’énergie nucléaire pourrait fournir jusqu’à d’électricité, grâce à la poursuite d'exploitation des installations existantes en toute sûreté, la construction de 30 à 45 nouveaux grands réacteurs et le développement de petits réacteurs modulaires dans l'UE. De son côté, le Royaume-Uni prévoit d’augmenter ses capacités de production nucléaire de d’ici 2050Réunion des pays membres de l'Alliance du nucléaire : le nucléaire pourrait fournir jusqu'à 150 GW de capacité électrique d'ici 2050 à l'Union européenne, Ministère de la Transition énergétique, 16 mai 2023..
Le , la 4e réunion de l’Alliance du nucléaire européenne à Valladolid présente à la Commission européenne une feuille de route dans laquelle elle souligne le rôle majeur joué par l’énergie nucléaire et le droit souverain des États membres à déterminer leur mix énergétique. Elle demande à la Commission européenne de soutenir l’énergie nucléaire et les projets communs en cours de la même manière que les projets dans le domaine des énergies renouvelablesL’Alliance du nucléaire européenne demande une égalité de traitement avec les énergies renouvelables, Forum nucléaire suisse, 14 juillet 2023..
Statistiques
En 2022, selon l'Energy Institute, la production d'électricité des centrales nucléaires dans l'Union européenne (UE) s'est élevée à , soit 21,6 % de la production d'électricité de l'UE et 22,7 % de la production nucléaire mondiale. Les principaux producteurs sont la France (48,4 % du total de l'UE), l'Espagne (9,6 %), la Suède (8,4 %), la Belgique (7,1 %), l'Allemagne (5,7 %) et la Tchéquie (5,1 %) 2023 Statistical Review of World Energy , Energy Institute, 26 juin 2023 (pages 43 et 53)..
En 2021, selon l'Agence internationale de l'énergie, les pays ayant la part la plus élevée de nucléaire dans leur production d'électricité étaient la France (68,4 %), la Slovaquie (52,9 %), la Belgique (50,3 %), la Hongrie (44,3 %), la Bulgarie (40,8 %), la Tchéquie (36,2 %), la Slovénie (35,9 %), la Finlande (32,9 %), la Suède (31,3 %) et l'Espagne (20,6 %) Energy Statistics Data Browser : Germany - Electricity 2021, Agence internationale de l'énergie, 2 décembre 2022..
L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) dénombre 100 réacteurs nucléaires en fonctionnement dans l'UE au , d'une puissance totale de : 56 en France (), 7 en Espagne (), 6 en Suède (), 6 en Tchéquie (), 5 en Finlande (), 5 en Belgique (), 5 en Slovaquie (), 4 en Hongrie (), 2 en Bulgarie (), 2 en Roumanie (), 1 en Slovénie () et 1 aux Pays-Bas () In Operation, by country, Agence internationale de l'énergie atomique - Power Reactor Information System, 18 août 2023.. Deux réacteurs sont en construction : Flamanville 3 en France ( et Mochovce 4 en Slovaquie () Under Construction, by country, Agence internationale de l'énergie atomique - Power Reactor Information System, 18 août 2023..
Politique nucléaire des différents États membres de l'UE
Plusieurs pays, majoritairement européens, ont suspendu la production d’énergie d'origine nucléaire à la suite de la catastrophe de Tchernobyl et de celle de Fukushima. L’Autriche, le Danemark, la Grèce, l’Irlande et la Norvège ont proscrit tout nouveau projet de construction. La Pologne avait même arrêté la construction d’une centrale.
La Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne et la Suède ont décidé de ne pas construire de nouvelle centrale, mais continuent d’exploiter les centrales existantes. L’Allemagne va encore plus loin en fermant volontairement des centrales avant leur date théorique de fin d’activité, dans le cadre d’un plan de « sortie du nucléaire » qui doit s’achever vers 2018 s’il n’est pas remis en cause entre-temps.
Allemagne
En 2000, le gouvernement allemand a officiellement annoncé son intention d’arrêter l’exploitation de l’énergie nucléaire. Jürgen Trittin (Alliance 90 / Les Verts), ministre de l’environnement, de la protection de la nature et de la sécurité nucléaire, a conclu un accord avec les compagnies productrices d’énergie en vue de l’arrêt progressif des dix-neuf centrales nucléaires allemandes avant 2020. En considérant qu’une centrale a une durée de vie de 32 ans, l’accord prévoit précisément combien d’énergie chaque centrale produira avant sa fermeture.
Les centrales de Stade et d’Obrigheim ont été arrêtées le et le – le début du démantèlement est programmé pour 2007.
En 2011, à la suite de l'accident de Fukushima, l'Allemagne décide d'arrêter toutes ses centrales nucléaires avant fin 2022La sortie du nucléaire se complique pour l'Allemagne - L'Expansion.com avec AFP - publié le 16/10/2012L'industrie du nucléaire allemande réclame 15 milliards de dommages et intérêts - L'Expansion.com avec AFP - publié le 13/06/2012 .
Le , les trois dernières centrales allemandes d’Isar, Emsland et Neckarwestheim III ont été définitivement débranchées du réseauNucléaire: l’Allemagne a débranché définitivement ses trois dernières centrales en activité, Le Figaro, 14 avril 2023..
Après la fermeture de ces trois derniers réacteurs nucléaires électrogènes, l'industrie nucléaire allemande conserve des activités substantielles. Les quatre énergéticiens (E.ON, RWE, EnBW et Vattenfall) sont chargés de la fermeture et du démantèlement des réacteurs ainsi que de l’empaquetage des déchets. Mais la Loi de réorganisation de la responsabilité de la gestion des déchets nucléaires de 2017 donne à l’État la responsabilité de la gestion et du financement de l’entreposage et du stockage définitif des déchets radioactifs en contrepartie du versement en 2017 par les énergéticiens de 24 milliards d’euros. Par ailleurs, le pays compte encore deux installations de production de combustible nucléaire : l’usine d’enrichissement de l’uranium située à Gronau, dans le nord-ouest du pays, exploitée par Urenco, et l’usine Advanced Nuclear Fuels (ANF) GmbH de Framatome à Lingen, qui fabrique des crayons et des assemblages de combustible pour les réacteurs du monde entier. L'Allemagne a également quatre réacteurs de puissance nulle destinés à la formation et deux réacteurs de recherche : le FRM-II (), en exploitation depuis 2005 à l’Université technique de Munich et le réacteur TRIGA (TRaining, Isotope, General Atomics) à l’Université de Johannes-Gutenberg de Mayence ().
Concernant les SMR, le ministère fédéral allemand de l’Environnement, de la Protection de la nature, de la Sûreté nucléaire et de la Protection des consommateurs déclare dans un document de que . Fusion nucléaire En parallèle, l’Allemagne poursuit ses recherches sur la fusion : elle reste partie prenante du projet ITER et dispose, à l’Institut de physique des plasmas Max Planck à Greifswald, du Wendelstein 7-X, le plus grand stellarator au monde, en service depuis 2015. Des start-ups comme Gauss Fusion (confinement magnétique) ou Marvel Fusion (fusion inertielle) sont en développement avec le soutien de divers partenaires. La fusion nucléaire semble bénéficier du soutien du gouvernement, dont le ministère de l’Éducation et de la Recherche a organisé un symposium sur le sujet le avec la Fédération de l’industrie allemande (BDI)Que reste-t-il du nucléaire allemand ?, SFEN, 17 juillet 2023.