vignette|Plaque dédiée aux objecteurs de conscience, Londres, .

Lobjection de conscience est un refus d'accomplir certains actes requis par une autorité lorsqu'ils sont jugés en contradiction avec des convictions intimes de nature religieuse, philosophique, politique, idéologique ou sentimentale. Une telle objection, mûrement réfléchie ou plus spontanée, exprime une difficulté de se conformer à une situation, voire un reproche ou une accusation, et peut être un acte illégal occasionnant des poursuites et des châtiments pénaux. L'objection de conscience est un aspect universel de la liberté de conscience, qui s'inscrit dans un effort historique de l'humanité pour mieux circonscrire le pouvoir des autorités civiles et religieuses, et même des pouvoirs économiques. Elle peut être individuelle ou collective si, comme le précise le séminaire sur la « Liberté de conscience » organisé par le secrétariat général du Conseil de l'Europe, « elle engage un groupe d'individus souhaitant affirmer leur position en soulignant nettement l’existence d’une attitude commune »..

Depuis le début du , le terme « objection de conscience » a surtout été appliqué au cas du refus de prendre part aux activités militaires. De tels objecteurs sont généralement considérés comme des pacifistes ou des antimilitaristes. Ils refusent de se porter volontaire à l'appel pour le service militaire, et de servir même s'il y a une conscription. Dans les pays où le service militaire est obligatoire, les lois autorisent parfois les objecteurs de conscience à effectuer un service alternatif, généralement appelé un service civil, au lieu de joindre l'armée. Il arrive aussi que des « objecteurs de conscience » refusent de payer des impôts qui contribuent aux armées et aux guerres. Les objecteurs de conscience sont encore sujets à emprisonnement dans de nombreux pays. Dans un sens plus large, l'objection de conscience peut concerner la pratique médicale de professionnels de la santé, les serments d'allégeance et la défense personnelle pour des chrétiens, ainsi que des rapports économiques.

Objection au service militaire par motif de conscience Histoire Au début de l'ère chrétienne, d'après Cecil John Cadoux, « aucun soldat n'est demeuré soldat en [devenant chrétien] jusqu'à l'époque de Marc-Aurèle (161-180), avec une ou deux exceptions possibles ; la pratique habituelle de l'Église était le refus de servir, comme en témoignent les reproches de Celse (177-180) ; et, à l'époque de Tertullien (vers l'an 200), plusieurs soldats avaient quitté l'armée lors de leur conversion »Cadoux, Cecil John. The Early Christian attitude to war; A contribution to the history of Christian ethics. Londres ; Hedley Bros., 1919, 272 pp. . D'après Jean-François Chemain, Origène, répondant à Celse qui accuse les chrétiens de se désintéresser de l'État, prend une position de principe contre la guerre, rappelant le texte d'Isaïe (II, 4) sur les épées et les lances qu'il faut transformer en socs de charrues, et affirmant que les chrétiens "ne portent plus les armes et ne savent plus faire la guerre" (Origène, Contra Celsum, V, 33).

Selon l'historien Thierry Murcia, au contraire, les sources montrent qu'« un chrétien ne devait pas s’engager dans l’armée, mais qu’un soldat qui se convertissait gardait la possibilité de finir son service ».. Maximilien de Theveste, décapité vers 295 ap. J.-C. pour son refus de servir dans l'armée romaine, est reconnu comme martyr par l'Église sous le nom de saint MaximilienPeter Brock : Pacifism in Europe to 1914 (Princeton University Press, 1972), .. Pour Lactance, les hommes, descendant d'un ancêtre commun, sont tous parents entre eux, et la guerre ne saurait dès lors être qu'un "meurtre public" (Lact. Inst. Diu. VI, 10). Faire la guerre est en outre contraire à la sagesse, qui doit pousser l'homme de bien à rechercher plutôt la justice, qui évite la guerre. La seule guerre qui vaille vraiment, Lactance s'en explique longuement, c'est celle que l'homme doit mener contre ses propres vices.

Saint Martin (316-397), soldat converti alors qu'il est engagé dans l'armée demande à ne pas participer à l'attaque de Worms contre les Alamans. , déclare-t-il. Traité de lâche par l'empereur Julien, il décide alors de marcher en tête de ses troupes, sans autre arme qu'une croix, mais il se trouve que les adversaires se rendent avant l'assaut.

Durant le Moyen Âge, les chrétiens membres des sectes des pauliciens, bogomiles, cathares et vaudois refusaient toujours de prendre part aux croisades et autres guerres. En 1205, François d'Assise s'apprête à rejoindre l'armée de Gauthier de Brienne mais un songe fait à Spolète le pousse à abandonner ce projetFrançois, artisan de Paix. Il édictera l'interdiction du port des armes dans la règle franciscaineRègle 14. L'objection de conscience a été adoptée à l'époque de la réforme protestante par plusieurs communautés, dont les mennonites et les huttérites, puis au par les shakers et les quakers. « Les disciples de Menno Simons [vers 1492-1565], les Mennonites, refusaient de servir l’État, que ce fût en tant que soldats ou en tant que fonctionnaires. On pourrait voir en eux des précurseurs de la non-violence »Pichon, J.-C., Histoire universelle des sectes et des sociétés secrètes. Tome II. Laffont, 1969, . Dès 1575, durant les guerres d’indépendance des Pays-Bas, les Mennonites ont été exemptés de l’obligation de participer à la garde armée de leurs communautésPeter Brock : Pacifism in Europe to 1914 (Princeton University Press, 1972), .. George Fox et autres quakers écrivent en 1660 : Fox, Georges, et autres. A Declaration from the harmless and innocent people of God, called Quakers, against all sedition, and fighters in the world: for removing the ground of jealousy and suspicion from magistrates and people concerning wars and fightings. (Presented to the King upon the 21st day of the llth Month, 1660.) .

Les quakers ont démissionné en bloc du gouvernement de la Pennsylvanie quand l’Angleterre a déclaré la guerre contre les Français et les Indiens en 1756Louis, J. H. et Héron, J.-O. William Penn et les quakers : Ils inventèrent un nouveau monde. Paris; Gallimard, 1990, .. John Woolman a transcrit dans son Journal un « appel » des anciens formulé à cet effet en 1755Woolman, John. The Journal of John Woolman, dans The Harvard Classics; Franklin, Woolman, Peen. New York; O. F. Collier et Son corporation, 1937, .. La constitution de cet État a adopté le concept de droit à l'objection de conscience en 1776. (NOTE : la valeur réelle de ce statut au niveau fédéral doit être précisée.).

alt=Commémoration de Franz Jägerstätter|vignette|Plaque commémorative de la condamnation de Franz Jägerstätter, objecteur de conscience autrichien guillotiné sous le Troisième Reich.

En 1846, Henry David Thoreau publie l'essai connu plus tard sous le nom de La Désobéissance civile, dans lequel il explique son refus de payer ses impôts à l'État du Massachusetts, parce que celui-ci apporte son soutien, dit-il, à la guerre des États du Sud pour l'expansion de l'esclavage au Texas . Toujours aux États-Unis, environ refusèrent de combattre durant la Deuxième Guerre mondiale. d'entre eux furent emprisonnés, ce qui représentait le sixième de tous les détenus dans les prisons fédérales pendant cette période.

En France, les objecteurs de conscience apparaissent pendant la Grande guerre. Louis Lecoin, en , refuse son ordre de mobilisation immédiat et adresse au gouvernement militaire de Paris une lettre dans laquelle il l’informe de son refus d’être incorporé. Avec Pierre Ruff et Claude Content, il rédige un tract intitulé « Imposons la paix ». Tous trois comparaissent le devant la du Tribunal correctionnel pour « propos alarmistes » et sont condamnés. En outre, Lecoin est condamné supplémentaires pour trouble à l'ordre public, sans même pouvoir s'exprimer. Il sera libéré en 1920, bénéficiant d'une grâce. Dès 1924, le premier collectif pour l'objection de conscience se met en place. . Mais jusqu'en 1963, aucune mesure concernant l'objection n'est prise. C'est à cette époque, durant la guerre d'Algérie, que les objecteurs entrent sur la scène publique française. Quelques jeunes refusent de partir en Algérie les armes à la main et, organisés dans l'Action civique non violente, vont dans les bidonvilles de la région parisienne apporter leur appui aux Algériens. Ces jeunes passent rapidement des bidonvilles à la prison. Ils ne la quitteront qu'après le vote de la loi créant le service civil pour les objecteurs de conscience, en . D'autres militants pour la non-violence manifestent pour obtenir qu'un statut de l'objection de conscience soit mis en place. L'ensemble de ces actions permet finalement la création d'un statut de l'objection de conscience en 1963. Ce statut reste à l'époque très précaire et limité comme l'illustre une phrase de Charles de Gaulle : . La diffusion d'informations concernant l'objection de conscience était interdite, le statut n'était pas accordé dans tous les cas et les affectations se faisaient selon le bon vouloir de l'administration. Vingt ans après, en 1983 une nouvelle loi permet l'obtention quasi automatique du statut et autorise la diffusion d'informations concernant l'objection de conscience. Depuis cette date, le nombre d'objecteurs en poste n'a cessé d'augmenter. En , avant la suspension du service national, accueillent 9000 objecteurs sur les 15000.

Nature des motifs invoqués en guise de justification La motivation des objecteurs de conscience peut être de différents ordres, qui correspondent aux divers types de pacifisme que l'on retrouve dans la non-violence : croyance religieuse, pensée philosophique et politique, et sentiment personnel. Le motif de l'objection de conscience a pu être formulé de manière détaillée, et en dehors de toute situation d'objection comme telle, par exemple chez des auteurs ou des membres de sectes, mais il n'est parfois connu qu'indirectement et partiellement, par rapport à des circonstances historiques particulières vécues de manière personnelle.

Motifs religieux : Dans le cas du christianisme, dont l'enseignement moral contient une interdiction de tuer un être humain et un devoir de solidarité humaine qui peuvent être comprises comme contradictoires avec certaines exigences des États, l'autorité de la doctrine religieuse est la base de l'objection de conscience chez les premiers chrétiens, chez certains auteurs comme Adin Ballou, Léon Tolstoï ou Toyohiko Kagawa, et dans des dénominations comme celles des mennonites, quakers, adventistes, les témoins de Jéhovah., voire, de manière minoritaire, dans certaines des principales églises chrétiennes ; le refus de participer aux activités militaires peut aussi provenir de constats plus pratiques, comme le fait qu'il y a des membres des mêmes groupes religieux dans les autres pays, cas par exemple en 1914 du quaker anglais Henry Hodgkin et du luthérien allemand Friedrich Siegmund-Schultze. Parmi les pionniers de cette non-violence religieuse en France, on peut citer Henri Roser, André Trocmé ou Jacques Martin, membres fondateurs du MIR (mouvement international de la réconciliation). Les témoins de Jéhovah refusent aussi d'exécuter un service civil. C'est pourquoi, en 1963, lors des revendications pour la création de ce service alternatif, des témoins objecteurs emprisonnés à Mauzac et Monsac écrivent à propos de cette lutte qu'ils Lettre à Louis Lecoin avec copie conforme adressée au gouvernement, 11 août 1963, citée dans .