Les hippopotames (Hippopotamidae) sont une famille comptant deux espèces actuelles de mammifères artiodactyles : l'Hippopotame amphibie (espèce la plus connue) et l'Hippopotame pygmée. Leur espérance de vie est d'une quarantaine d'années. Cette famille comportait autrefois de nombreuses espèces aujourd'hui éteintes. Les Hippopotamidae sont le groupe frère des cétacés.
Étymologie et dénomination Le nom de l'hippopotame (du grec , « cheval », et , « fleuve ») fait référence à son mode de vie amphibie. (1707-1778), qui pensait que ces animaux étaient réellement apparentés aux chevaux.
La femelle de l’hippopotame est appelée vache par les spécialistes, le petit peut ainsi être désigné en tant que veau d’hippopotame.
Description Morphologie générale vignette|Crâne d'hippopotame.
Ce sont des animaux aquatiques massifs, au corps en forme de tonneau. L'hippopotame commun est beaucoup plus grand puisqu'il mesure au garrot ; les femelles mesurent entre deux et trois mètres de long et pèsent de une à deux tonnes, et les mâles mesurent de de long et pèsent de 2,5 à (jusqu'à pour les plus gros), alors que l'hippopotame pygmée ne mesure qu'un mètre au garrot pour 1,50 à de longueur et un poids de 170 à .
Leurs pattes forment des piliers et possèdent 4 doigts (nombre pair caractéristique des Ongulés Artiodactyles). Celles de l'hippopotame pygmée sont plus déliées et nettement plus adaptées à la marche – les quatre doigts sont libres, n'étant pas reliés par une membrane, et les ongles sont pointus. Cela lui permet de bien adhérer au sol, même si celui-ci est inégal, dans son habitat constitué de marigots et de sous-bois humide.
vignette|Vue sous l'eau des 4 doigts de la patte arrière d'un hippopotame, signant son appartenance aux Artiodactyles.
Ils possèdent une tête massive à la large gueule pouvant s'ouvrir jusqu’à , avec, à l'intérieur, des défenses imposantes qui peuvent mesurer plus de chez les hippopotames amphibies mâles.
Leurs yeux, oreilles et narines sont placés au sommet de la tête. Leurs narines peuvent se fermer par contraction lorsqu'ils plongent, ce qui s'avère très pratique dans leur mode de vie amphibie puisqu'ils peuvent ainsi éviter l'entrée d'eau dans leurs poumons. De même, leurs conduits auditifs se bouchent lorsqu'ils se déplacent sous l'eau. Les deux espèces diffèrent notamment par la forme des oreilles, et les arcades sourcilières sont beaucoup plus prononcées chez l'hippopotame amphibie.
Chez le mâle, les testicules sont partiellement descendus et demeurent dans le canal inguinal ; l’hippopotame ne possède pas de scrotum véritablement développé. Les mâles sont reconnus pour avoir une apparence plus grisâtre que celle des femelles qui ont une teinte tournant vers le violacé.
Sécrétions Les hippopotames ne disposent pas de glande sébacée ni de glande sudoripare, le seul moyen pour réguler leur température corporelle étant la . Leur peau est glabre et sécrète, pour se protéger du Soleil, une sorte d'écran solaire naturel rougeâtre appelé parfois « sueur de sang » (d'où le mythe des hippopotames qui « suent du sang »), bien qu'il ne s'agisse ni de sang ni de sueur. Ce mucus à pouvoir hydratant, d'abord incolore, vire à l'orangé-rouge au bout de quelques minutes, et devient finalement brun.
Deux pigments différents et extrêmement acides ont été identifiés dans les sécrétions, un rouge et un orangé. Le pigment rouge est l'acide hipposudorique, et le pigment orangé l'acide norhipposudorique. On a découvert que le pigment rouge inhibe la croissance de bactéries pathogènes ( et Klebsiella pneumoniae), ce qui laisse à croire que la sécrétion a un effet antibiotique. L'absorption de la lumière par ces deux pigments est maximale dans la gamme ultraviolette, ce qui équivaut à l'effet d'un écran solaire. Comme les hippopotames sécrètent ces pigments partout dans le monde, il ne semble pas que ce soit leur alimentation qui en soit la source. Au lieu de cela, les animaux peuvent synthétiser les pigments à partir de précurseurs comme la tyrosine, un acide aminéSaikawa et al, 2004..
Comportement vignette|Hippopotames dans leur milieu naturel.Agrandir. vignette|Hippopotames près de Bahir Dar Zuria, Éthiopie. Février 2018.
Les comportements observés diffèrent chez les deux espèces actuelles.
L'hippopotame amphibie () vit en grands groupes dominés par un mâle polygame et irascible, tandis que les hippopotames pygmées () vivent en couples ou en très petits groupes. Les hippopotames amphibies passent la journée dans l'eau pour se protéger du soleil, tandis que les hippopotames pygmées passent la journée cachés en forêt, dans les marais voire dans des terriers.
Certains hippopotames sont accompagnés d'oiseaux qui viennent manger leurs tiques, mais ainsi, ils enlèvent également un peu de chair. Certains hippopotames peuvent rester marqués.
Ils comptent parmi les animaux les plus dangereux d’Afrique. Ils protègent férocement leur territoire, ce qui cause la plupart des attaques sur les humains (environ trois cents morts par an). C'est là d'ailleurs la principale raison au fait qu'ils n'aient jamais été domestiqués par l'Homme.
Alimentation Ces animaux sont principalement herbivores, les hippopotames pygmées ayant toutefois un régime alimentaire plus diversifié.
Il est très rare de voir un hippopotame hors de l'eau au jour levé. En journée, l'hippopotame se nourrit d'herbes et de graminées à proximité des berges. La nuit tombée, il s'éloigne des berges pour rejoindre des pâturages par des sentiers précis, parcourant pour cela jusqu'à . Il ne se sert pas de ses dents pour couper les herbes, mais les cueille avec ses lèvres.
Pendant sa quête de nourriture, il arrive parfois qu'il pénètre dans des plantations, occasionnant des dégâts importants.
L'hippopotame amphibie consomme de matières végétales en moyenne chaque nuit.
Des hippopotames ont occasionnellement été filmés en train de se repaître sur des charognes. D'autres observations montrent des comportements de cannibalisme et de prédation. Cependant, le système digestif de l'hippopotame n'est pas adapté à un régime carnivore ; la consommation de viande est probablement causée par un comportement aberrant ou un stress nutritionnel.
Reproduction Pour séduire une femelle, les hippopotames peuvent se battre jusqu’à la mort, se combattant à l'aide de leurs défenses en béant leur gueule en matière de parade agressive. Ces défenses peuvent faire d'importants dégâts sur l'adversaire.
L’accouplement de l'hippopotame commun se passe dans l’eau. La femelle est alors complètement immergée, seules ses narines sortent de l’eau. Comparativement aux adultes, le jeune est minuscule à la naissance : pour de long, alors que la mère fait près de deux tonnes. La croissance est très rapide et, à un an, le jeune pèse déjà . En cas de naissance de jumeaux, seul l'un des jeunes est nourri.
Aire géographique L’hippopotame sauvage se trouve principalement en Afrique de l'Ouest et dans les régions subsahariennes, par exemple en république démocratique du Congo, Tanzanie et Ouganda.
En Colombie, à la suite du retour à la vie sauvage des hippopotames de Pablo Escobar, des animaux ont proliféré jusqu'à constituer une population estimée à environ en 2020, formant ainsi le groupe d'hippopotames sauvages le plus important du monde, hors d'Afrique.. Une étude sous la direction d'Amanda L. Subalusky, écologiste au , prédit une augmentation de cette population à d'ici 2050 et, en fonction des taux de reproduction simulés, ce chiffre pourrait même se rapprocher de ..
Écologie vignette|Hippopotamidae dans le parc national Queen Elizabeth, dans le canal de Kazinga. Janvier 2022.
Cet animal n'est pas considéré comme espèce ingénieure, mais on a montré qu'il est espèce facilitatrice en jouant un rôle majeur et sans doute unique sur le cycle biogéochimique du silicium (oligo-élément vital pour de nombreuses espèces Walgraffe Y & Tech G.A.B (2018) Travail de fin d'étude: Influence de la biodisponibilité du Silicium dans le sol sur les défenses naturelles des plantes contre les bioagresseurs, et que les plantes et certains sols stockent sous forme de phytolithes Bartoli F & Souchier B (1978) Cycle et rôle du silicium d'origine végétale dans les écosystèmes forestiers tempérés. In Annales des sciences forestières (Vol. 35, No. 3, pp. 187-202). EDP Sciences|URL=https://www.afs-journal.org/articles/forest/pdf/1978/03/AFS_0003-4312_1978_35_3_ART0002.pdf.). Bien que commun dans la croûte terrestre, ses formes biodisponibles sont assez peu communes dans les écosystèmes, et quand une plante n'est pas mangée ou détruite par le feu, ces phytolithes retournent au sol (humus...) après la mort de la plante via sa biodégradation par les bactéries et champignons. Cette silice biogénique y est piégée pour longtemps (tant qu'elle n'est pas à nouveau rendue biodisponible par un autre processus) Struyf E & Conley D.J (2012), Emerging understanding of the ecosystem silica filter. Biogeochemistry 107, 9–18..
Le silicium est notamment vital pour des organismes qui ont des exosquelettes ou squelettes siliceux, tels que les algues diatomées, radiolaires, silicoflaggelés ou éponges d'eau douce. Ces groupes contiennent des espèces importantes en termes de services écosystémiques, pour le cycle du carbone et la filtration de l'eau notamment. Si l'arrivée de silice dans les lacs d'Afrique de l'Est diminue, des changements de communauté planctonique et animale pourraient avoir de graves répercussions sur le réseau trophique et le bien-être humain dans la région Verschuren T.C & al. (2002) History and timing of human impact on Lake Victoria, East Africa. Proc. Biol. Sci. 269, 289–294 |URL=https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1690894/pdf/11839198.pdf . Les animaux ont un rôle de bioturbation longtemps sous-estimé (capacité des animaux, vers de terre notamment, à déplacer verticalement ou horizontalement des ressources dans le sol et jusqu'au niveau du paysage, entre le moment et le lieu où les animaux ingèrent leur nourriture et le moment et le lieu différent où ils excrètent leurs déchets métaboliques ou meurent S. Bauer, B. J. Hoye (2014), Migratory animals couple biodiversity and ecosystem functioning worldwide. Science 344, 1242552 C. E. Doughty, J. Roman, S. Faurby, A. Wolf, A. Haque, E. S. Bakker, Y. Malhi, J. B. J. Dunning Jr.., J.-C. Svenning, . Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A. 113, 868–873 (2016).