Le débat sur la souveraineté du Tibet trouve son origine dans deux points de vue opposés sur le statut du Tibet : celui de la république populaire de Chine et de la république de Chine d'une part, et celui du Gouvernement tibétain puis du Gouvernement tibétain en exil d'autre part.

Il est généralement admis que le Tibet et la Chine étaient des entités indépendantes distinctes avant l'avènement de la dynastie Yuan (1271-1368). La nature des relations entre le Tibet et la Chine durant la période allant de la dynastie Yuan jusqu'à l'intervention militaire chinoise de 1950 et l'incorporation du Tibet à la république populaire de Chine est sujette à débat et interprétations diverses. La souveraineté effective varie également selon les époques et les différentes régions du Tibet (principalement Amdo, Kham, Ü-Tsang et Ngari) considérées.

Le gouvernement tibétain, puis le Gouvernement tibétain en exil affirment que le Tibet et la Chine ont coopéré au cours des différentes dynasties impériales sur la base de la relation entre prêtre et patron qui n'impliquait pas de subordination de l'un envers l'autre. Pour le Gouvernement tibétain en exil, le Tibet était un état indépendant jusqu'à son invasion par la république populaire de Chine en 1950.

La république de Chine, qui gouverna la Chine de 1912 à 1949 et gouverne actuellement Taiwan, affirme que « le Tibet fut placé sous la souveraineté de la Chine » depuis que la dynastie Qing mit fin au bref contrôle de certaines régions du Tibet par le Népal (1788-1792). La république populaire de Chine, qui gouverne la Chine depuis 1949, affirme que le Tibet fait partie de la Chine depuis la dynastie Yuan au .

Certains auteurs universitaires affirment qu'autant le Tibet que la Chine étaient gouvernés par les Mongols durant la dynastie Yuan, que le Tibet était indépendant durant la dynastie chinoise Ming (1368-1644), que le Tibet était gouverné par la Chine ou tout au moins subordonné aux Qing durant la plus grande partie de la dynastie mandchoue Qing (1644-1912). Certains auteurs estiment que le Tibet était également indépendant durant la période allant de 1912 à 1951, .

Contexte international actuel Si, entre 1911 et 1951, le Tibet a échappé à la tutelle de la république de Chine et a fonctionné comme une entité indépendante de facto, il n'a toutefois pas reçu la reconnaissance internationale de jure que lui aurait valu l'octroi d'un statut juridique indépendant, distinct de celui de la Chine Melvyn C. Goldstein (avec Cynthia M. Beall), Nomads of Western Tibet — The Survival of a Way of Life, University of California Press, 1990 , 191 p., (Historical background) : .. Le Tibet actuel est reconnu internationalement comme faisant partie de la Chine Jennifer M. Brinkerhoff, Digital Diasporas: Identity and Transnational Engagement, Cambridge University Press, 2009, 275 p., (Introduction) : . Il n'est pas répertorié dans la liste des pays et territoires à décoloniser publiée en 2008 par l'ONU, et la Chine n'est pas citée au nombre des puissances administrantesMartine Bulard, Chine-Tibet, des identités communes, article reproduit sur le avec comme indications Le Monde Diplomatique, 30 avril 2008, ainsi que sur le blogue Planète Asie du Monde Diplomatique à la date du 30 avril 2008 : « Rappelons que les Nations unies n’ont jamais inclus le Tibet dans les pays à décoloniser (avant comme après 1971 – date du remplacement de Taïwan par la Chine populaire) et qu’aucun pays n’a reconnu le « gouvernement » tibétain en exil et donc la possibilité d’une indépendance ».. Aucun pays n'a reconnu le gouvernement tibétain en exil, basé en Inde, comme gouvernement légitime du Tibet, bien que, selon Emmanuel Gonon,

Résumé des positions Le Gouvernement tibétain en exil (officiellement Administration centrale tibétaine) affirme qu'avant 1951, le Tibet était un État indépendant Thomas Laird, Tackling Tibet, Phayul.com, 11 janvier 2008 : . Elliot Sperling, in Authenticating Tibet: answers to China's 100 Questions, Anne-Marie Blondeau, Katia Buffetrille, Wei Jing, . Barry Sautman, June Teufel Dreyer, Contemporary Tibet: politics, development, and society in a disputed region, . Il revendique les anciennes provinces tibétaines maintenant intégrées à la république populaire de Chine (la plus grande partie du territoire de l'Ü, du Tsang (Tibet central ou Ü-Tsang) et du Ngari est aujourd'hui comprise dans la Région autonome du Tibet, l'Amdo est partagé entre les provinces du Qinghai, du Gansu et du Sichuan, et le territoire du Kham est partagé entre les provinces du Sichuan, du Yunnan et de la région autonome du Tibet)Cf. Quelle solution politique pour le Tibet ?, rapport présenté par M. Louis de Broissia, sénateur, série Relations interparlementaires France-Tibet, 2006, : « Le territoire revendiqué par le gouvernement tibétain en exil depuis 1959 correspond au Pö Chölka Sum, c’est-à-dire au « Tibet des trois provinces » : Ü-Tsang, Kham et Amdo. Ce Grand Tibet a une superficie d’environ 3,8 millions de km², soit sept fois la France. Il représente donc près de 40 % de la superficie de la Chine dans ses frontières actuelles (9,6 millions de km²) ». p. 18 : .

La république populaire de Chine et la république de Chine affirment que la Chine a exercé une souveraineté sur le Tibet dès le , lorsque la dynastie Yuan fit du Tibet une région administrative de la Chine. La dynastie Ming continua à exercer cette souveraineté sur le Tibet. À partir du , la dynastie Qing administra le Tibet de façon étendue et poussée. Les empereurs Qing accordèrent leur titre honorifique respectif au dalaï-lama et au panchen-lama, dont la réincarnation devait être approuvée par l'autorité centrale selon des règles établies. De 1727 à 1911, les amban, ministres chargés des affaires tibétaines en poste au Tibet, eurent la haute main sur l'administration locale pour le compte de l'autorité centrale. Au , la république de Chine établit une agence des affaires tibétaines ayant un bureau au Tibet tandis que le Tibet envoyait des représentants au congrès national, à l'instar des autres provinces. L'installation du dalaï-lama fut approuvée par le Guomindang, gouvernement nationaliste de l'époque Hong Xiaoyong, , The Straits Times, 23 avril 2008 : .

La situation à partir de 1951 Signé en 1951, à la suite de l'intervention au Tibet en 1950, l'« Accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet » voit la reconnaissance par le dalaï-lama et son gouvernement de la souveraineté de la république populaire de Chine sur le Tibet. Selon Changqing Cao, James D. Seymour, l'accord en 17 points signé en 1951 semble de fait confirmer qu'il n'existait pas de souveraineté de la Chine sur le Tibet avant cette date Song Liming, Reflections on the Seventeenpoint Agreement of 1951 in Tibet through dissident Chinese eyes: essays on self-determinaton, Changqing Cao, James D. Seymour. : . Ce traité mit fin, selon Stephanie Roemer, à l'« indépendance de facto » du Tibet, ou, selon Alex McKay et également John Kenneth Knaus, à l'« indépendance » du Tibet Stephanie Roemer, The Tibetan government-in-exile: politics at large, : Alex McKay, The History of Tibet: The modern period : 1895-1959, the encounter with modernity : John Kenneth Knaus, Orphans of the Cold War: America and the Tibetan struggle for survival, : , lui conservant une certaine autonomie Song Liming, Reflections on the Seventeenpoint Agreement of 1951 in Tibet through dissident Chinese eyes: essays on self-determinaton, Changqing Cao, James D. Seymour. : ..

S'il existe en Occident, en Asie, et au Tibet même un courant d'opinion favorable à l'indépendance du Tibet ou au droit à l’autodétermination de son peuple.Bilan des émeutes : ou des centaines ?, RFI, 13 mars 2008.Tibet : Pékin réprime en catimini, Libération, 8 avril 2011, site des Verts, 19 mars 2008.., aucun État ne reconnaît l'Administration centrale tibétaine comme le gouvernement légitime du Tibet, les contacts diplomatiques avec le gouvernement tibétain en exil n'allant pas jusqu'à contester la souveraineté de la Chine sur la région.. Selon Anne-Marie Blondeau, les gouvernements, ne souhaitant pas affronter la république populaire de Chine en raison de la compétition internationale dont ses marchés font l’objet, évitent de prendre parti en évoquant le « statut peu clair » du Tibet et n’abordent pas l’autodétermination des Tibétains, même s’ils évoquent les violations des droits de l'homme au TibetAnne-Marie Blondeau in Le Tibet est-il chinois ?, Albin Michel, 2002, , .. Pour Anne-Marie Blondeau, le fait qu'aucun gouvernement n'ait reconnu l'indépendance du Tibet, ne signifie cependant pas que tous trouveraient justifié en droit la revendication territoriale de la ChineAnne-Marie Blondeau, in Le Tibet est-il chinois ?, .

Le dalaï-lama, pour sa part, plaide aujourd'hui pour et non pour l'indépendanceTibet: le dalaï lama plaide pour l'autonomie, pas l'indépendance, Libération, 16 mai 2008 du Tibet historique. Cependant, selon l'ambassadeur de Chine à Singapour Hong Xiaoyong, l'« autonomie réelle » demandée par le dalaï-lama entraînerait le retrait des troupes et installations militaires de la Chine au Tibet, la possibilité pour ce dernier d'établir des liens diplomatiques avec d'autres pays et des organismes internationaux, l'établissement d'un « Grand Tibet » de 2,4 millions de km² englobant les zones habitées par des Tibétains dans les provinces de Qinghai, Gansu, Sichuan et Yunnan, le départ des non-Tibétains de ce territoire. Cette « autonomie réelle » serait la négation de la souveraineté du gouvernement central sur le Tibet et équivaudrait à l'indépendance de celui-ci, ce qui n'est pas acceptable par le gouvernement chinois Hong Xiaoyong, China Did Well by Tibet', The Straits Times (Singapour), 23 avril 2008, reproduit sur le site AsiaoneNews : . Pour Lian Xiangmin (2009), spécialiste du Centre de tibétologie à Pékin, le dalaï-lama ne saurait parler du problème de l'autonomie tant qu'il ne se considère pas comme membre de la nation chinoise. , s'interroge-t-ilDes spécialistes en tibétologie ridiculisent les rhétoriques guindées du dalaï-lama, Le Quotidien du peuple en ligne, 13-03-2009..

Pour l'homme politique et écrivain Alain Peyrefitte, l'octroi de l'indépendance au Tibet entraînerait une contagion d'indépendantisme parmi les cinquante-quatre autres minorités nationales du pays : la République populaire éclaterait..

Selon Barry Sautman, au niveau international, tous les États dans le monde reconnaissent que le Tibet fait partie de la Chine et aucun État n'est d'avis que le Tibet est une colonie.

Les arguments du Gouvernement tibétain (pré-1959), puis du Gouvernement tibétain en exil Dans sa proclamation de 1913 parfois considérée comme une proclamation d'indépendance vis-à-vis de la Chine, le dalaï-lama, à la tête du Gouvernement tibétain, affirme que durant les époques mongoles de Genghis Khan et Altan Khan, de la dynastie chinoise Ming et de la dynastie mandchoue Qing, le Tibet et la Chine ont coopéré sur la base de la relation entre prêtre et patron et qui n'était pas basée sur une subordination de l'un à l'autre. Il condamne « les autorités chinoises au Sichuan et au Yunnan qui se sont efforcées de coloniser notre territoire » en 1910-1912, et réaffirme que « nous sommes une petite nation religieuse et indépendante ».

Traité de paix sino-tibétain de 822

vignette|Le pilier de Shöl à Lhassa en 1939