(British Library, MS Mus 1591) est une compilation manuscrite de pièces pour clavier du compositeur anglais William Byrd, et l'un des recueils les plus importants de la musique de la Renaissance anglaise, comprenant des pièces caractéristiques et célèbres comme et .
, dédié à une femme de la noblesse, est daté de 1591 et contient composées pendant les deux décennies antérieures. Ces pièces adoptent diverses formes et sont présentées selon un plan organisé. Le recueil contient notamment la plus ancienne musique à programme connue, sous la forme d'une musique de bataille. Le manuscrit, somptueusement calligraphié par John Baldwin, est l'une des trois sources principales de l'œuvre pour clavier de Byrd avec le recueil Parthenia (vers 1612), seule publication pour virginal imprimée du vivant du compositeur, et le Fitzwilliam Virginal Book, la plus importante compilation du temps.
Pour les musicologues du ,
Manuscrit et histoire vignette|alt=Photo en gros plan d'un virginal, une sorte de piano, dans un pré.|Virginal, copie d'un instrument de 1605. My Ladye Nevells Booke est un recueil manuscrit de pour clavier de William Byrd, , selon Antoine Goléa. À l'époque de la compilation, il a environ cinquante ans et y de la période 1560–1590.
Bien que la musique soit copiée par un collègue de Byrd, chanteur à la St George's Chapel de Windsor, John Baldwin (avant 1560-)., l'un des plus fameux copiste et calligraphe du temps, les pièces ont sans doute été sélectionnées, organisées et même éditées et corrigées par Byrd lui-même. En tout cas Baldwin s'est fondé sur les partitions originales du musicien, dont nous sommes privésMargaret Glyn (About Elisabethan Virginal Music, Londres, 1924 ; rep. 1934, , ) a même suggéré que les corrections effectuées par une autre main que Baldwin était peut-être de Byrd lui-même. Cité par ..
Le manuscrit, l'un des plus beaux qui soient conservés de l'époque, se présente comme un lourd folio relié en maroquin rouge, enluminé avec les armes de la famille Nevill sur la page de titre, ainsi que les initiales « HN » [Henry Nevill] figurant dans le coin inférieur gauche.. Il y a , chacun composé de quatre portées. Les notes sont figurées en forme de losangesReproduction sur ou . À la fin, au , se trouve la table des matières.
vignette|alt=Tableau représentant une femme portant une couronne et un costume noir et doré.|La reine , protectrice de William Byrd ( attribué à William Segar, vers 1585). L'origine du manuscrit reste obscure. Même l'identité exacte de la dédicataire n'est pas claire. Cette Lady Nevell a vraisemblablement été élève, ou employeur de William Byrd. Plusieurs prétendantes pour le titre ont été proposées parmi la famille Nevill. Cependant, après les suggestions de Thurston Dart et Alan Brown les recherches récentes de John Harley semblent désigner Elizabeth Nevill, troisième épouse de Sir Henry Nevill de Billingbear, Berkshire (vers 1518–1593) et filleul d'Henry VIII dont les armes sur la page de titre ont été maintenant identifiées. Sir Henry et sa famille n'étaient pas catholiques, mais l'association du fils d'Henry avec Robert Devereux, , est une preuve que la famille était favorable à la tolérance religieuse. Le recueil est probablement un cadeau destiné à Elizabeth Nevill qui a vécu principalement à Hambleden dans Buckinghamshire, où, non loin de là, Byrd et ses frères avaient une maison.
La date du manuscrit en revanche, ne laisse aucun doute, puisque John Baldwin écrit :
Baldwin était un fervent admirateur de Byrd : à la fin de la quatrième gaillarde, il a noté : . Il a d'ailleurs écrit un poème louant W. Byrd, Texte original : .
Le manuscrit a été présenté à la reine par Sir Henry Nevill, et a passé ensuite dans différentes mains jusqu'à ce qu'il soit remis en 1668 à un descendant inconnu des Nevill, et conservé par la famille Nevill jusqu'à la fin du . Il est ensuite passé entre les mains de plusieurs collectionneurs, jusqu'à ce qu'il redevienne la possession de William Nevill, premier marquis d'Abergavenny (1826-1915).
En 2006, en lieu et place de l'impôt sur les successions Cette page donne les noms des possesseurs du manuscrit et son prix d'acquisition (plus de ). On y voit notamment Charles Burney pour le ., le manuscrit My Ladye Nevells Booke est entré dans les collections nationales anglaises et est conservé maintenant à la British Library, sous la cote . Une version multimédia est disponible à la consultation depuis 2009.
Instrument et tempérament Étendue du clavier de virginal anglais utilisé par Byrd, aux environs de 1590.
vignette|alt=Photo d'un virginal de couleur rouge, une scène de chasse est peinte sur son couvercle.|Virginal Hans Ruckers I 1550–1598 (Musée de la musique). Le clavier possède une octave courte. Si le clavier atteint le la’, celui-ci n'a pas de sol, alors qu'une pièce du recueil le nécessite. À partir du jusque dans les trente premières années du siècle suivant, un instrument de musique à clavier fait florès en Angleterre, de façon tout à fait extraordinaire : le virginal. Il était à la fois populaire à la cour des Tudors, comme le montre l'impressionnante collection du roi Henry VIII, et parmi le petit peuple. Il pouvait se trouver, par exemple, chez un barbier, comme chez la reine Élisabeth qui en était une joueuse émérite… Par abus de langage, cet instrument désignait souvent tout type de clavier à cordes pincées, comme l'épinette ou le grand clavecin, alors fort rare, et même le clavicorde.
Le virginal, généralement de forme rectangulaire, ne possède qu'un seul clavier et un seul rang de cordes, et est muni de dispositifs plutôt archaïques qui sont l'octave courte et les feintes brisées : la musique de l'époque qui utilise les possibilités offertes par ces dispositifs nécessite alors quelques adaptations lorsqu'elle est interprétée sur des instruments plus modernes. Le toucher en est d'ailleurs différent, la disposition des cordes parallèlement au clavier a en effet pour conséquence que les touches des notes graves, pour leur partie cachée sous la table d'harmonie, sont beaucoup plus courtes que les touches des notes aiguës.
Contrairement à la musique qui lui est consacrée, le virginal n'est pas spécifiquement anglais, puisque la facture de ces instruments provenait souvent des Pays-Bas ou d'Italie – d'ailleurs les seuls virginals de facture anglaise qui sont conservés aujourd'hui (dix-neuf instruments au total) sont postérieurs à l'époque de l'école anglaise des virginalistes, presque tous disparus avant 1630.
Le diapason utilisé était sans aucun doute un demi-ton ou même un ton en dessous du la moderne à . L'analyse des textes semble démontrer l'usage d'un tempérament égal ou approchant de la gamme tempérée .
Contenu thumb|alt=Portrait en pied d'un homme d'environ trente ans en justaucorps et pourpoint.|Portrait de William, deuxième Baron Petre (1575-1637) dédicataire de la dixième Pavane du recueil (par Marcus Gheeraerts, 1599).
Antoine Goléa, enthousiasmé par My Ladye Nevells Booke, écrivait en 1977 : .
Pourtant, à l'exception des quatre pièces explicitement consacrées à Lady Nevell (, 2, 26 et 41), les œuvres n'ont pas été composées spécialement pour le recueil, ni pour la dédicataire. En revanche, la compilation est représentative du travail de Byrd des dix ou quinze années précédentes. En 1591, Byrd a encore trente années à composer, ce qui fait du Nevell un texte pas toujours définitif. Le manuscrit reste aujourd'hui l'unique source de : les numéros 1, 6, 7, 23, 26, 30 et 42 — dans cette forme pour ce dernier.
Les morceaux pouvant peut-être refléter les goûts musicaux d'Elizabeth Nevill, la composition du recueil se limite à quelques formes, sans aucune pièce d'inspiration liturgique. Il s'agit de fantaisies, variations et grounds, pavans et galliards, donc de la musique de danse. Parmi les dix magnifiques, mais quelque peu sombres, pavanes et gaillardes, deux portent une dédicace : la dixième Pavane est dédiée au catholique William, Lord Petre protecteur de Byrd, tandis que le sixième l'est à Kinborough Good, la fille du James Good. Le manuscrit (excepté la battell) ne présente pas de morceaux plus animés, telles courantes et voltas que l'on trouve dans le Fitzwilliam Virginal Book et une seule alman (). Le contenu du Nevell est donc, dans son ensemble, dévolu à la gravité.
La naïve battell est cependant pleine de mouvements et l'une des premières musiques descriptives. Byrd y fait montre d'un rare esprit ludique. La pièce se retrouve dans le manuscrit Elizabeth Roger's Virginal Book avec trois ajouts. Elle aurait pu être écrite après la victoire de l'Armada en 1588, mais il s'agit plus probablement d'une allusion aux rébellions des Irlandais de l'époque, notamment la plus importante campagne de 1578.
Thurston Dart écrivait en 1960 que l'anthologie méritait d'être mieux connue, car
Formes On peut définir les cinq formes principales du recueil, en partie grâce à Thomas Morley, un élève de Byrd des années 1570, qui en évoque certaines dans son Introduction facile et simple à la pratique de la musique (1597), et à d'autres textes contemporains.
vignette|alt=Photo d'une page d'un livre, au centre du texte en anglais, tout autour des dessins représentant différents mots.|Page de titre de (1597) de Thomas Morley, dédiée à W. Byrd.
Il y a . Bien que d'origine dansée, la pavane est devenue, à l'époque des premières composées par Byrd une pièce de musique pour « plaire à l'oreille » ainsi que l'écrit Christopher Simpson en 1677Christopher Simpson, A Compendium or Introduction to Practicall Music, 1677, .. Leur caractère est (Thomas MaceThomas Mace, Musick’s Monument (1676) .). Techniquement, Morley en précise la forme : . Le nombre de trois strophes est réglé en raison du pas de danse lui-même, qui le nécessiteTraité de danses de Thoinot Arbeau, Orchesographie et traicte en forme de dialogue, par lequel toutes personnes peuvent facilement apprendre & practiquer l'honneste exercice des dances, publié en 1589.. Juste après il définit la gaillarde : . Ainsi la longueur des strophes de la pavane engendre celle de sa suivante, la gaillarde. Byrd respecte cet équilibre ; il y déroge seulement avec les pavanes courtes de huit mesures, où il préfère une gaillarde de huit mesures pour avoir plus de place. Il y a . Dans la langue de l'époque les fantaisies sont ou parfois . Pour Morley, il s'agit de Dans sa dédicace de l'ouvrage Morley explique à son maître, W. Byrd, que le contenu du livre , on peut, comme Moroney le remarque, . Il y a . La variation prend généralement des mélodies traditionnelles (tune) pour thème ; d'autres le sont sur une basse. C'est un genre plus léger que les autres. Byrd en a composé quatorze et il en figure six dans le Nevell. La mélodie s'expose en huit et jusqu'à vingt mesures ; le nombre de variations étant à la proportion inverse de la longueur de la mélodie, et varie de trois à vingt-deux (Walsingham ). De variation en variations la complexité augmente. Il y a . En général la basse obstinée qui sert de thème est de huit notes/huit mesures, d'autres de seize. Byrd laisse des partitions où la basse n'est que deux notes (Les cloches), mais dans le Nevell, ils sont plus longs. La mélodie peut parfois monter dans les voix du dessus. Morley indique la nécessaire qualité technique dont doit faire preuve le musicien pour les variations sur un ground. , ainsi parle Thomas Mace, dans son de 1676.
En fait, le compositeur mélange parfois plusieurs genres, que l'on aurait tort de séparer : selon Davitt Moroney. Deux exemples de ce mélange se trouvent dans () et ().
Agencement vignette|upright=2|droite|alt=Schéma indiquant à gauche Battell et Danses, à droite Grounds et Fantaisie|Organisation du premier groupe de pièces ( à 9) de My Ladye Nevells Booke. Byrd ou son compilateur, ont organisé les quarante-deux pièces selon deux parties au poids presque identique : , pièces (folios 1 à 105) , pièces (, ).