Vanikoro est un groupe d'îlesBien qu'étant techniquement un groupe d'îles, Vanikoro est communément identifiée en français comme s'il s'agissait d'une île unique: ainsi, on parle de “l'île de Vanikoro”, et l'accord est au féminin (“Vanikoro est grande…”). du sud de l'archipel des îles Santa Cruz, la partie la plus orientale des îles Salomon, en mer de Corail.

Géographie thumb|left|200px|upright=1.5|Topographie traditionnelle de Vanikoro (A. François, 2005). thumb|left|Maquette au musée Lapérouse d'Albi. Vanikoro fait partie du petit archipel connu traditionnellement sous le nom de Santa Cruz, aujourd'hui souvent nommé « Temotu », d'après le nom officiel de la province la plus orientale de la République des îles Salomon. Vanikoro se trouve très éloignée de la principale chaîne d'îles des Salomon, et beaucoup plus proche géographiquement des îles nord du VanuatuAlexandre François, Cartes de Vanikoro, 2014.

Elle est composée de deux îles principales : Banie, l'île principale, d'une superficie de plus de ; le point culminant, le mont Banie, est un ancien volcan. Teanu ou Tevai, sa petite voisine ; et de deux petits îlots : Nanunga, et la presqu'île de Manevai.

Les deux îles sont entourées de récifs coralliens, un premier d'environ de large puis un second contre les plages et, entre les deux, un lagon dans lequel six passes sont utilisables par les petits naviresLesson, 1876, p.252..

La plus élevée des montagnes, Kopago, de près de d'altitude, est couverte d'épaisses forêts ; plusieurs ruisseaux fournissent de l'eau en abondance.

La présence de buttes tabulaires de sols anciens avec de nombreuses fougères arborescentes, à un mètre environ au-dessus du sol actuel, montre clairement l'enfoncement de l'île par subsidence..

Risques naturels

Une mission de trois jours (15-) de l'IRD (Institut de recherche pour le développement-France) a essayé d'évaluer le risque d’inondations côtières en lien avec le réchauffement climatique et le mouvement des îles, en s'appuyant sur d’anciennes mesures mises en place pendant les expéditions récentes de l'association Salomon sur les traces des naufragés de Lapérouse. L'IRD tente de définir le rôle respectif joué par les différents facteurs que sont l’érosion, les événements extrêmes (tsunamis, cyclones, tremblements de terre), l’oscillation australe (El Niño/La Niña), les mouvements verticaux de l’île ou encore la montée des eaux liée aux réchauffement global, dans le recul actuel de la côte. La présence de vestiges métalliques lourds datant de la Kaori Timber Company, autrefois bien dans les terres (dans les années 1960) et actuellement dans l’eau, témoigne de ce net recul.

Deux marqueurs géodésiques avaient été mis en place en 2003 au village du Païou, l'un sur le littoral et l'autre dans les jardins intérieurs. Des récepteurs GPS ont été installés pour mesurer précisément leur position qui sera calculée de retour au laboratoire, puis comparée à la position de 2008. Le marqueur du littoral est juste à la limite de l'érosion côtière et a donc servi pour la dernière fois. Un nouveau site GPS a été installé dans le bush, sur un gros bloc de basalte, pour une stabilité optimale. Un lever GPS du trait de côte a été réalisé.

En parallèle, au village de Temuo, une enquête a eu lieu auprès de la population locale pour récolter toutes les informations possibles sur les mouvements relatifs entre la terre et la mer tels qu’ils sont perçus par les habitants mais également sur les histoires coutumières ou les peuplements anciens, ou sur l'évolution de la position de l’habitat par rapport à la côte. Deux présentations ont été organisées à l’école (une pour les petits et une pour les grands) pour expliquer la tectonique des plaques, l’origine des séismes et des tsunamis.

Flore et faune Entomologie thumb|upright=1.3|Mosaïque d’espèces cultivées et chenille du papillon Sphinx sur feuille de patate douce. thumb|upright=1.3|Quelques espèces d'Insectes de Vanikoro. Un entomologiste du CIRAD a participé à deux campagnes organisées par Alain Conan, celle de 2003 et celle de 2005.. L'objectif qu'il s'était fixé en réponse à la demande d'Yves Bourgeois, réalisateur des films de Thalassa consacrés à ces expéditions, était, en contribuant à l'inventaire de la biodiversité des insectes de l'île, de faire revivre sur le terrain « le souffle, l'esprit et la manière de travailler des naturalistes de l'expédition Lapérouse, » qui avaient acheté en 1785 pour cette expédition plaques de liège et épingles à insectes.

Ses observations en ce qui concerne les dégâts négligeables provoqués par les insectes dans les jardins vivriers de la côte sont encourageantes : « La proximité de la forêt, l'absence de monoculture intensive, l'évidente préservation de l'équilibre naturel, font que les ravageurs potentiels sont naturellement contrôlés par leurs ennemis naturels : insectes prédateurs et parasitoïdes, nématodes, champignons, bactéries, virus etc. »

Le recensement est en cours de réalisation et permet d'en tirer quelques conclusions d'ordre biogéographique dans un ensemble régional qui va de l'océan Indien à l'océan Pacifique, car les insectes de l'île ont tous été importés, « par les courants marins sur des radeaux flottants de troncs ou de débris végétaux, par les vents ou les cyclones, ou plus récemment par les hommes. » La faune de Vanikoro fait partie de la région australienne mais comprend aussi des éléments présents dans la région orientale.

L'entomofaune de Vanikoro est de caractère typiquement insulaire, relativement pauvre en espèces et déséquilibrée dans sa composition (certains groupes sont absents ou représentés par peu d'espèces), avec quelques espèces endémiques, ceci à cause des faibles dimensions de l'île, de son éloignement de terres richement peuplées et de son âge récent (environ 5 millions d'années).

On observe à Vanikoro divers niveaux d'endémisme : des espèces propres aux îles Salomon : coléoptères et phasme ; des papillons de jour des îles Santa Cruz (archipel auquel appartient Vanikoro) : Lycaenidae, Euploea et Nymphalidae ; enfin, des espèces strictement endémiques de Vanikoro : la Cigale de Lapérouse (découverte par HP Aberlenc en 2003) : Baeturia laperousei Boulard, 2005 et plusieurs espèces de coléoptères (Histeridae, Staphylinidae Pselaphinae, Passalidae, Cerambycidae ou Longicornes, Curculionidae).

Comme le souligne Henri-Pierre Aberlenc, « cet endémisme implique une stratégie de défense de la biodiversité : il est important de préserver des zones en bon état dans le plus grand nombre possible d'îles. »

Trois nouvelles espèces de coléoptères Histeridae dont une endémique et nouvelle pour la science (Tribalus folliardi Gomy & Aberlenc, 2006, dédiée à Jean-Pierre Folliard, un des membres de l'expédition) ont été trouvées et étudiées au retour de la dernière expédition..

La cymbalisation (qui est improprement appelée le "chant") de la cigale de Lapérouse a été enregistrée en 2005 à la demande d'Henri-Pierre Aberlenc par le preneur de son de l'équipe de cinéma d'Yves Bourgeois, Michel Faure. et étudiée par Michel Boulard du Muséum national d'histoire naturelle. Il a pu les comparer avec ses enregistrements de la cigale d'Uvea, la plus grande des îles Wallis en 1996. Il a établi les Cartes d'Identité Acoustique de ces deux espèces, morphologiquement très voisines mais produisant des cymbalisations sensiblement différentes comme le prouve l'analyse des sonogrammes. Le comportement acoustique a ainsi confirmé la distinction entre les deux espèces, qui n'avaient dans un premier temps été séparées que sur la base de caractères morphologiques.

Les oiseaux de Vanikoro vignette|Platyrhynque de Vanikoro, 1833. vignette|gauche|upright|Globicera tarrali de Vanikoro. D'après les observations du marin et explorateur français Jules Dumont d'Urville, sur place en 1827Yves Jacob, Dumont d'Urville : le dernier grand marin de découvertes, Grenoble : Glénat, 1995, ., l'île de Vanikoro a peu d'oiseaux : trois espèces de colombes – océanique, turvert (Chalcophaps indica) et une variété de la Kurukuru (Columba purpurata) qui se distingue par la vivacité de ses couleurs et le violet de son ventre) – un merle qui tient des fourmiliers, et la poule sultane à tête noire. Ont également été observés le souïmanga rouge et gris, un martin-chasseur, l'hirondelle, le platyrhynque (πλατυ-ρρυγχος « au bec large ») de Vanikoro, le moucherolle à queue en éventail et le grimpereau rouge et noir (ces deux derniers sont également aux îles Mariannes).. Le Muséum national d'histoire naturelle possède un Ptilopus greyi décrit par Charles-Lucien Bonaparte en 1857 « rapporté depuis 1829 de l’île de Vanikoro au Muséum par L’Astrolabe »..

Le monarque de Vanikoro est une espèce endémique qui s'est bien adaptée aux perturbations apportées par l'homme à son habitat forestier.

Population

La population de Vanikoro est de Cf. Recensement national de 2009.. Elle est composée en majorité de Mélanésiens (environ 800), premiers habitants de l'île, et d'une petite population de colons polynésiens (environ 500), arrivés de l'île voisine de Tikopia au cours des derniers siècles. Les Mélanésiens vivent en bonne entente dans six villages côtiers, depuis leur christianisation par des missionnaires à la fin du . Auparavant, trois chefferies se partageaient jalousement le territoire, les Teanu au nord-est (village Puma), les Lovono au nord-ouest et les Tanema au sud – là où se sont installés les Polynésiens. Chacune de ces trois tribus avait sa propre langue. Ils communiquent par mer.

Observations par les visiteurs français du

Hommes et femmes portent une ceinture en fibres d'hibiscus ou en rotin fendu en minces lanières. Les hommes adultes portent une coiffure en étoffe tirée du figuier ou de l'arbre à pain qui emmaillote complètement la tête pour la protéger des moustiques. Les bijoux (bracelets et colliers) sont en coquillages ; ils sont portés aux bras, aux poignets, aux chevilles et à la ceinture. Hommes et femmes portent aux oreilles des pendants en os, en coquillages ou en écailles de tortues, et un bâtonnet en travers de la cloison nasale. Les fards utilisés sont noirs et bruns. Les tatouages, pratiqués par piqûres, se portent dans le dos et se composent de figures de poissons, de lézards et de triangles.

Les pirogues sont monoxyles à un balancier avec une voile triangulaire très haute.

Les cases sont adaptées aux pluies diluviennes avec des toitures en pente très raide qui s'appuient sur trois rangées de pieux ; toits et parois sont en feuilles tressées de cocotier. Un foyer carré est placé au centre de chaque habitation avec un four creusé dans la terre et chauffé par des cailloux. Dans chaque village se trouve au moins une maison commune avec estrade servant de lit ; c'est là qu'ont lieu les danses et la confection des flèches ou des ornements. Objets importants et armes y sont entreposés.

Est tapu tout ce qu'il est défendu de vendre, comme le poisson (réservé aux chefs ?) ou le cochon.

La nourriture est très variée, à base de fruits, racines et coquillages.

Langues

Tandis que les Polynésiens établis à Vanikoro parlent une langue polynésienne (le tikopien ou tikopia), les langues mélanésiennes de Vanikoro sont au nombre de trois – toutes trois océaniennes..

Le teanu est parlé par environ 800 locuteurs. Les deux autres langues ancestrales de Vanikoro, le lovono et le tanema, sont en voie d'extinction — elles ne sont connues respectivement que par quatre et uneNombres de locuteurs, révisés en 2012 (site du linguiste Alexandre François). personnes disséminées sur l'île. Ces deux anciennes communautés ont désormais adopté le teanu comme langue principale, depuis la pacification de l'île par les missionnaires anglicans et les intermariages qui ont suivi tout au long du .