Giannitsá (en , prononcé Yannitsa) est la plus grande ville du dème de Pella dans le district régional du même nom en Macédoine-Centrale, en Grèce. Elle fait partie de la région historique de Macédoine.
Centre agricole situé à de Thessalonique, elle est aussi très proche des ruines de Pella, lieu de naissance d'Alexandre le Grand et capitale de l'ancienne Macédoine.
En 2011, sa population était de .. Sous l'Empire ottoman elle était considérée ville sacrée.
Lors de la première guerre balkanique, la ville fut le siège de la bataille du même nom.
Nom L'opinion la plus répandue est qu'en 1385, , le premier commandant turc parti pour la Macédoine en tant qu' de l'armée ottomane, conquiert la région, et occupe la colonie romaine de Vardarion. La ville a été nommée Yenice (prononcé Yenidjé), c'est-à-dire (ville) nouvelle, ou Yenice-i VardarEncyclopédie de l'Islam : Yenice-i Vardar, pour la distinguer de Yenice-i KarasuEncyclopédie de l'Islam : Yenice-i Karasu. La nouvelle ville devient une base pour la conquête des autres pays voisins des Balkans. La transcription bulgare est Енидже Вардар (Enidje Vardar). À partir de son rattachement à l'État grec, la ville s'appelle Genitsá (en , prononcé Yenitsa) et en 1926, elle est officiellement rebaptisée Giannitsá..
Économie Giannitsá est une région rurale. On y cultive des céréales, de l'orge, de l'avoine, du maïs, du sésame, du coton et de la pastèque.
L'assèchement du lac de Giannitsá, entre 1928 et 1932, a augmenté la surface des terres agricoles, conduisant à une croissance de la population dans la région.
Au , on pêchait dans ce lac et on récoltait les massettes pour fabriquer des nattes. Gianitsa était alors un important centre commercial de l'Empire ottoman, mais en raison de fréquentes épidémies de paludisme, il a décliné économiquement. En 1894, le chemin de fer Thessalonique - Bitola a été mis en service , mais il contournait Gianitsa, ce qui l'a encore isolé.
Histoire
Moyen Âge À l'exception de la côte, la Macédoine a été largement slavisée à la fin du et au début du . Ce fut le cas pour Giannitsá. Une cité fortifiée existait à l'époque byzantine, attestée par des fouilles archéologiques. Mais l'importance de la ville commence avec sa fondation par le bey probablement entre 1383 et 1387. Le fait qu'Evremos a été enterré dans la ville de Giannitsá en fera une ville sainte des Turcs et un lieu de culte. Le , largement remanié au cours des siècles, abrite aujourd'hui des activités culturelles.
Temps modernes En 1519, la population comptait déjà musulmanes, 25 familles chrétiennes et 44 familles juives. Les recensements de 1528, 1542, 1568-1570 ont donné respectivement 580, 622, 791 familles musulmanes et 24, 37, 63 familles chrétiennes, et pas de familles juivesKotzageorgis, Ph.New Towns and Old Towns in the Ottoman Balkans. Two case studies from Northern Greece.–In: Festschrift in Honor of Ioannis P. Theocharides. Studies on the Ottoman Empire and Turkey, Istanbul, 2014, ..
À partir du milieu du , Giannitsá devint un centre des lettres et des arts. Sous le bey Şemseddin AhmedŞemseddin Ahmed Beg and his waqf in Giannitsa according to (H. 904) 1498 dated waqfiy, 2016, de nombreuses mosquées, écoles, orphelinats ont été créés et des travaux publics ont été réalisés. Il invita le maître soufi Abdullah-ı İlahiEncyclopédie des savants islamiques, qui mourrut à Giannitsá vers 1487 - 1491, où il a son tombeauYenice-i Vardar, Une ville historique en Grèce. In « Encyclopédie TDV de l'Islam », Istamboul, 2013, pages 445-448..
Au , l'apparence de la ville changea et le Vénitien , qui la visita en 1590, écrivit :
Vers 1667, Sherif Ahmet, un descendant d'Evrenos, construisit la tour de l'horloge au centre de la ville. C'est un bâtiment rectangulaire, d'une hauteur de 25 m, construit en pierres jusqu'aux 4 premiers mètres et ensuite en briques.
Époque contemporaine En 1840, Victor Grigorovitch écrit, dans « Esquisse de voyage dans la Turquie d’Europe » (page 107)The truth about Macedonia, 1917, page 6Maps in the Service of the Nation, 2021, page 65:
Les voyageuses anglaises et ont visité Gianitsa en 1863 et ont écrit :
Dans la première moitié du , il n'y avait pas d'église chrétienne à Giannitsá. En 1856, le rescrit impérial qui était un édit d'émancipation des communautés non musulmanes, leur donnait la libre gestion de leurs affaires internes, et interdisait toute discrimination sur une base religieuse. Malgré cela le firman du sultan pour la construction de l' fut difficile à obtenir, car Giannitsá était une ville sainte pour les musulmans. Il ne fut délivré qu'en 1858 et l'église achevée en 1860. Sur le plan architectural, il s'agit d'une basilique à trois nefs avec une nef centrale plus grande et mesurant sur sur .
En 1859 l'Ordre des Lazaristes de Giannitsá obtient un firman du sultan pour la construction d'une église uniate. Le terrain fut donné par le pope Dimo. Le vicariat apostolique bulgare de Constantinople donna or turques. L' fut consacrée le 9 (21) . Les offices étaient en bulgare et pendant longtemps, ce fut aussi un lieu de diffusion de la littérature bulgare parmi la population. C'est maintenant une église grecque uniate, depuis l'échange de population entre la Grèce et la Turquie en 1922.
L'église bulgare a été construite en 1908 sous le nom de « Saints Cyrille et Méthode ». Les Grecs l'ont rebaptisée « Saints Constantin et Hélène ».
gauche|vignette|upright=2.0|Le Comité révolutionnaire à Enidje Vardar le 11 mai 1906.
À l'issue de la guerre russo-turque de 1878, le traité de Berlin, qui révise le traité de San Stefano, jamais appliqué, crée un État bulgare, constitué de la principauté autonome de Bulgarie et de la province de Roumélie orientale, semi-autonome, qui se réuniront en 1885, mais laisse la Macédoine, et donc Giannitsá, sous domination turque.
Vers 1900, selon les statistiques de () Enidje VardarЕнидже-Вардарска Каза compte , dont 4000 Bulgares, 5100 Turcs, 25 Grecs, 24 Aroumains, 90 Juifs, 300 Tsiganes et 60 autres.
Le livre donne la répartition de la population chrétienne vers 1905page 102, qui est, pour Enidje Vardar, de 6240 Bulgares et 5 Grecs. Les Bulgares se décomposent en 2800 exarchistesExarchat bulgare, 3040 patriarchistePatriarcat œcuménique de Constantinople dont 240 , 320 uniates, 80 protestantsNous avons donné ici deux statistiques. Il y en a d'autres qui diffèrent en fonction de leurs auteurs. Sur ce sujet, on pourra consulter LES BULGARES dans leurs frontières historiques, ethnographiques et politiques qui donne dix cartes ethnographiques entre 1861 et 1900. Par ailleurs, Tassos Kostopoulos, dans How the North was won. Épuration ethnique, échange des populations et politique de colonisation dans la Macédoine grecque. » note : .
Des mouvements révolutionnaires bulgares s'organisent pour libérer les Bulgares de Macédoine. L'Organisation révolutionnaire intérieure macédono-andrinopolitaine (VMORO), en 1893, le Comité macédonien ou (VMOK), en 1895. A Giannitsá, la lutte a été organisée principalement par , surnommé le soleil d'Enidje Vardar, entre 1897, où il adhère au VMORO, et sa mort en 1911. Les Grecs, très minoritaire à Giannitsá, combattirent les Turcs, mais aussi les Bulgares. Le cousin d'Apostol Petkov, dit Gonos Yotas combattit avec lui de 1900 à 1904. Le fait que sa mère était patriarchiste lui donnait des sympathies pour la cause grecque. Il remit en question son appartenance au VMORO lorsque celui-ci organisa la lapidation publique du métropolite d'Édessa, Stefanos, au début de 1904. À l'été 1904, alors que Guéorgui Yotov assistait à la messe à Agios Loukas (Saint Luc), trois Bulgares armés exigèrent qu'un prêtre exarchiste accomplisse le service divin, il y eut un échange vigoureux entre eux et les Bulgares acceptèrent de partir. À la suite de cette altercation, en il rejoignit les andartes (αντάρτες, soit rebelles) grecs. Il apprit le grec avec eux, dans le dialecte crétois, car les détachements étaient composés principalement de soldats grecs originaires de Crète. Avec eux il combattit les Bulgares, y compris son cousin Apostol Petkov. En 1911, furieux de la trahison des grecs et Antonis Antonakis avec qui il avait combattu, et qui collaboraient avec les Jeunes-Turcs, il fut trahi par eux et fut tué le dans une opération de l'armée ottomane, au lac de Giannitsá. Les autorités grecques exilèrent Matopoulos aux États-Unis et exécutèrent Antonakis.
La rivalité s'exprime aussi au niveau scolaire et religieux. Les Grecs essayent d'helléniser les Bulgares dans les écoles grecques ou par l'appartenance au patriarcat œcuménique de Constantinople. Suivant de quel côté on se place on dira, par exemple, que Guéorgui Yotov est un Bulgare hellénisé (un grécoman) ou un Grec bulgarophone.
Au début de la première guerre balkanique en 1912, 74 personnes d'Enidje Vardar étaient volontaires dans la milice macédonienne-EdirneLe Corps des volontaires macédono-andrinopolitains 1912-1913 : Personnel selon les documents de la Direction centrale des archives militaires. Sofia, Direction générale des archives, Direction des archives militaires centrales V. Tarnovo, Référence : livre № 9, 2006. . . Македоно-одринското опълчение 1912-1913 г. : Личен състав по документи на Дирекция „Централен военен архив“. Ce fichier PDF est cité dans .. En les Grecs remportèrent la bataille de Giannitsá contre les Turcs, ce qui leur ouvrit la route de Thessalonique. À l'issue de la deuxième guerre balkanique, la Macédoine Egée devint grecque et le resta à l'issue de la Première Guerre mondiale, au traité de Neuilly, qui vit un échange de population entre quittant la Grèce pour la Bulgarie, tandis que de Bulgarie faisaient le trajet inverseTasos Kostopoulos, La guerre civile macédonienne de 1903-1908 et ses représentations dans l’historiographie nationale grecque, Cahiers Balkaniques, 2011, paragraphe 18.Bulgarie dans la Première Guerre mondiale. Les émigrés d'Enidje Vardar et de Goumendje (actuellement Gouménissa en Grèce) fondèrent en Bulgarie la .
En 1924, la population du district de Giannitsá se décomposait en 13336 slavophones exarchistes, 6500 musulmans et 3049 réfugiés grecs (il n'y avait aucun grec local).
À partir de 1936, la langue slave a fait l’objet d’une répression étatique systématiqueNationalisme d’État, répression des minorités linguistiques et revendications identitaires. Le cas du macédonien dans la Grèce des années 1930 et 1940. Christina AlexopoulosGreece's invisible minority - the Macedonian SlavsMcDougall, Gay (2008). Mission to Greece. Promotion and protection of all human rights, civil, political, economic, social and cultural rights, including the right to development: Report of the independent expert on minority issues, Gay McDougall. New York: Organization for Security and Co-operation in Europe.Country Reports on Human Rights Practices for 2018: Greece. Washington, DC: United States Department of State..
En , la Bulgarie entra en guerre aux côtés de l'Allemagne contre la Yougoslavie et la Grèce, ce qui lui permit de récupérer le débouché sur la mer Égée, perdu au traité de Neuilly, et la Macédoine. L'armée allemande envahit Giannitsá le . Le , une division autrichienne fut temporairement constituée et les habitants furent témoins de leur comportement violent. Le à Giannitsá, 112 personnes furent exécutées. Parmi eux se trouvait le maire de Giannitsá, . L'ambassadeur suédois Tümberg déclara qu'un tiers de la ville avait été détruit par un incendie. Les habitants de Giannitsá quittèrent la ville. Ils se réfugièrent dans les champs et vécurent dans des huttes de fortune. Emil Wenger se rendit à Giannitsá quelques jours après l'exécution collective, en tant que représentant du Comité international de la Croix-Rouge et écrivit . Les allemands quittèrent Giannitsa le .
Le Loudías À au sud du centre se trouve le fleuve Loudías, où est installé un centre de voile. Le Club Nautique de Giannitsá (NOG) enseigne le canoë et le kayak.
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