Hornachos est une commune d’Espagne appartenant à la province de Badajoz, dans la communauté autonome d’Estrémadure.

La commune est traversée par la Sierra Grande, sur le flanc sud de laquelle s’étend le bourg-centre, en bordure de la fertile pénéplaine de Tierra de Barros. L’économie est essentiellement agricole (oliveraies, élevage porcin), avec quelques industries agroalimentaires.

Mentionnée pour la première fois par Ptolémée, la zone d’Hornachos hébergeait à l’époque romaine un oppidum, peut-être en rapport avec quelque activité minière. Décadent sous les Wisigoths, Hornachos connut un nouvel essor après la conquête islamique et l’arrivée de populations berbères, industrieuses et dépositaires de nouvelles techniques agricoles (irrigation, agriculture intensive, cultures nouvelles), qui vinrent se fixer au pied de la Sierra. La forteresse, en surplomb du bourg, date de cette époque islamique. Attribué à l’ordre de Santiago après la reconquête chrétienne (1352), Hornachos, qui comptait au , demeura très majoritairement musulmane, y compris après l’édit de 1502 prescrivant la conversion forcée des morisques ; en effet, les Hornacheros, s’ils avaient certes accepté le baptême, allaient, à la faveur de l’isolement de leur lieu de résidence, de leur position majoritaire et de la cohésion clanique de leur communauté, maintenir leurs traditions et leur culture (mélange singulier d’éléments barbaresques et islamiques et de traditions proprement hispaniques) et continuer à pratiquer clandestinement leur ancienne foi, en dépit des persécutions par le tribunal de l’Inquisition, des confiscations de biens, des baptêmes forcés, et des tentatives de métissage avec des familles de chrétiens de souche. Après le décret d’expulsion (1609), les Hornacheros furent déportés, souvent en abandonnant femme et enfants, vers le Maroc, où ils réussirent, en exploitant les guerres intestines locales et en préservant leur ancienne cohésion, à s’emparer, par un coup de force, de la kasbah de Salé ; c’est sur ce territoire exigu, comprenant une enceinte fortifiée sur l’embouchure du fleuve, que des écueils rendaient d’accès difficile, qu’ils fondèrent une sorte de république corsaire indépendante (1626-1666). Finalement vaincus par le sultan, les Hornachegos de Salé se fondirent dans la population pour échapper aux persécutions, ou, pour certains, retournèrent secrètement en Espagne. Entre-temps, le bourg d’Hornachos se remit mal de l’expulsion, déclinant démographiquement et économiquement dans les siècles suivants.

De la période islamique, la commune garde la forteresse, d’origine incontestablement maure, et quelques tours de guet et maisons-fortes, ainsi qu’un ensemble d’hortillons (huertas) avec leur système d’irrigation. L’église paroissiale, datée du , est un exemple marquant d’art mudéjar.

Géographie vignette|La pénéplaine de Tierra de Barros, avec, à l’avant-plan, quelques méandres de la rivière Matachel. À l’arrière-plan, la chaîne de montagne Sierra Grande, au pied de laquelle (sur son flanc sud-ouest) s’accroche l’agglomération d’Hornachos. La commune de Hornachos, dont les limites dessinent une forme vaguement trapézoïdale d’environ de hauteur, se situe au centre de la province de Badajoz. Le territoire de la commune est traversé diamétralement par la chaîne montagneuse appelée Sierra Grande (ou Sierra Grande de Hornachos), qui s’étire selon un axe nord-ouest / sud-est et détermine une séparation entre les régions de Tierra de Barros, de La Serena et de Campiña Sur. Culminant, par le piton Peñón de Marín, à , c’est le massif montagneux le plus élevé du territoire de Tierra de Barros, dont il occupe la partie sud. Les flancs de la Sierra Grande déversent leurs eaux dans trois rivières différentes : le Matachel, l’un des plus importants parmi les affluents du fleuve Guadiana, qui baigne la pénéplaine de Tierra de Barros, au sud-ouest de la Sierra ; le río Palomillas, affluent du Matachel, qui longe la Sierre Grande au nord et dont le lit correspond au point le plus bas de la commune, à d’altitude ; et le río Guadámez, également affluent du Guadiana.

La Sierra Grande de Hornachos et ses alentours s’inscrivent ainsi dans le bassin hydrographique du fleuve Guadiana. Le Matachel, affluent gauche (sud) du Guadiana, et la rivière Palomillas, affluent du Matachel, flanquent la Sierra Grande par le sud-ouest et le nord-est respectivement, c’est-à-dire que l’adret de la Sierra déverse ses eaux dans le Matachel, qui garde un notable débit même en période d’étiage, tandis que le Palomillas, qui recueille les eaux de l’ubac, tombe alors à sec. Mérite mention d’autre part le riche réseau de ruisseaux, étangs, mares, fontaines et sources, aux débits différents, distribués à travers la chaîne montagneuse et ses environs ; cependant, sauf exceptions, tous ces éléments sont frappés d’assèchement en période d’étiage.

Administrativement, la commune, sise dans le sud-ouest de l’Estremadure, près de Villafranca de los Barros, fait partie de la comarque de Tierra de Barros et de la circonscription judiciaire de Villafranca de los Barros.

Le bourg-centre, qui compte quelque (2022), se trouve à d’altitude, au pied du flanc sud-ouest de la Sierra Grande, entre deux combes s’enfonçant perpendiculairement dans cette chaîne montagneuse, à savoir celle de Los Moros (au nord-ouest) et celle de Los Cristianos (au sud-est).

En contrebas du bourg s’étale la pénéplaine du Matachel, qui occupe la partie sud-est de la comarque de Tierra de Barros (qu’on pourrait traduire par Terre des Limons), où prédominent les sols argileux. Ceux-ci, réputés pour leur haute fertilité, fournissent la plupart des terres productives.

Économie vignette|Plaine fertile s’étendant en contrebas et à l'ouest d’Hornachos. La principale activité économique d’Hornachos est l’agriculture, de laquelle sont tributaires la plupart des activités des secteurs secondaire (industrie) et tertiaire (services), même si ce dernier voit se développer une industrie touristique rurale en expansion. L’industrie agro-alimentaire est centrée sur la production de vins, d’huiles d’olive, de jambons et de cochonnailles.

L’élevage concerne principalement l’exploitation du porc ibérique. Dans les cultures prédominent les plantations d’oliviers, tant pour la production d’olives de table que pour l’extraction d’huile.

Démographie Courbe de population de 1842 à 2021.

Histoire Période romaine et wisigothique vignette|Carte de la commune. L’oppidum romain d’Hornachuelos, situé en dehors des limites de la commune actuelle d’Hornachos, est figuré par un triangle dans la case 47-48/68-69. vignette|Oppidum d'Hornachuelos. Les peintures rupestres du site Abrigos de la Sillá, dans la Sierra Grande de Hornachos, témoignent de la présence humaine dans cette zone dès le Néolithique. Ces peintures, de couleur rouge ocre, sont du type schématique. Dans cet ensemble, les figures prédominantes sont anthropomorphes (schématisations du corps humain), dans des variantes anchoriforme (en forme d’ancre) et ramiforme (en forme de rameaux pour figurer les bras et les jambes). On y trouve en outre des représentations zoomorphes (schématisations d’animaux), à côté de groupes de barres et de digitations, de difficile interprétation, dont la signification fait l’objet de discussions.

Le nom Fornacis est cité par Ptolémée. Une thèse postule la fondation d’Hornachos par les Romains, baptisé par eux Fornacis, nom dérivé du latin fornus (four), en référence aux fours utilisés dans l’Antiquité pour la fonte des métaux tels que la galène argentifère, que l’on extrayait des mines de la zone. Des traces de la présence romaine ont été découverts dans les environs, de même que des vestiges des époques antérieures. En particulier, à à vol d’oiseau du bourg d’Hornachos se situe le site de Cerro de Hornachuelos., actuellement sur le territoire de la municipalité de Ribera del Fresno ; il s’agit d’un oppidum élevé sur un morne de quelque d’altitude, du haut duquel l’on dominait la vallée du Matachel et qui eut son moment de gloire du milieu du av. J.-C. jusqu’à la fin du ap. J.-C., en lien direct avec l’exploitation des mines d’argent de la Sierra Grande et avec l’activité agricole de la vallée. Quelques historiens veulent situer en ce lieu la fondation romaine de Fornacis, sous réserve qu’à la suite du déclin de l’oppidum vers la fin du ap. J.-C., les occupants natifs de Fornacis aient décidé de changer de lieu d’habitation. Le territoire de la commune hébergeait autrefois un établissement romain sur le trajet de la route conduisant à Augusta Emerita (actuelle Mérida) et à Alange, où se trouvaient des thermes romains.

L’état dans lequel se trouvait Fornacis à l’époque wisigothe est objet de controverse. Certains auteurs tiennent qu’à l’arrivée des conquérants islamiques, la localité avait, depuis l’apogée romaine, connu une décadence extrême, au point de s’être retrouvée dépeuplée sous les Wisigoths. Cependant, aucune confirmation documentaire et archéologique ne vient corroborer ni infirmer cette thèse.

La mention du lieu sous le nom de Hornachos apparaît pour la première fois dans les chroniques du Moyen Âge, après la reconquête chrétienne de 1235 et après qu’il en eut été fait don à l’ordre de Santiago.

Période islamique Deux thèses s’affrontent concernant la genèse de l’enclave islamique d’Hornachos, qui remonte aux débuts de la conquête islamique au . Pour les uns, elle s’est implantée sur un établissement préexistant de l’époque romano-wisigothe ; pour les autres, il s’agirait dès le départ d’une création exclusivement islamique. La première hypothèse postule la fondation d’Hornachos par les Romains, cette première implantation humaine recevant alors le nom de Fornacis. À l’opposé, Víctor Manuel Gibello Bravo classe Hornachos dans la catégorie des foyers de peuplement nouvellement créés par l’envahisseur islamique en Estrémadure.. Cependant, Fornacis devait au moins avoir gardé une population minimale à l’arrivée des Berbères pour que ceux-ci adoptent le toponyme. Pour la première hypothèse plaide aussi la préférence notoire, manifestée par les nouveaux arrivants pendant le premier siècle de la présence islamique, pour se fixer dans des unités de peuplement indigènes préexistantes, plutôt que d’en créer de nouvelles. À l’acclimatation en arabe du terme latin Fornacis, devenant Furnayuš, correspondrait donc une continuité de l’implantation humaine.

On ignore si les habitants, après la conquête musulmane, étaient mozarabes ou maladíes, c’est-à-dire étaient restés chrétiens ou s’étaient convertis à l’islam. Ils peuvent avoir été des descendants de ceux qui arrivèrent dans la région de Mérida aux côtés de Moussa Ibn Noçaïr, l’année suivant la marche de Tariq sur Tolède, et qui étaient tous originaires de la région côtière méditerranéenne, conquise récemment par les Arabes, et dont beaucoup ont pu rester foncièrement chrétiens. Aux époques almoravide et almohade, d’autres apports berbères ont pénétré dans la Péninsule ibérique, venus cette fois avec femmes et enfants de l’intérieur du Maroc et des rivages du Sahara, et musulmans depuis des siècles, dont l’influence fut sans doute beaucoup plus ferme que la précédente. Il ne semble pas que dans la population morisque de Hornachos (pas davantage qu’ailleurs en Espagne) ait figuré un nombre appréciable d’Arabes au sens strict.

Subdivision La présence islamique s’est prolongée à Hornachos de façon ininterrompue pendant neuf siècles, du début de la conquête islamique jusqu’en 1610, date à laquelle le roi Philippe III signa l’édit d’expulsion définitive des Morisques. On sait peu de choses sur le devenir historique de la bourgade sous la domination islamique proprement dite (du début du à 1235, année de la reconquête chrétienne).

Il y a lieu de distinguer trois phases dans la période de domination islamique, à savoir celle qui va du au ; celle qui va du au ; et celle qui court du au .