La Convention nationale est une assemblée constituante élue en , au cours de la Révolution française, à la suite de la chute de le et de l'échec de la monarchie constitutionnelle.
Cette assemblée, qui succède à l'Assemblée législative, est élue pour la première fois en France au suffrage universel masculin et est destinée à élaborer une nouvelle constitution.
Elle reste en place du , date de la proclamation parisienne de la République, au , date de la promulgation de la constitution de l', qui met en place le régime du Directoire.
Son histoire est un épisode exceptionnel de l'histoire de France, marqué notamment par la condamnation à mort de Louis XVI par la Convention elle-même et de la reine Marie-Antoinette par le Tribunal révolutionnaire ; par la guerre civile (Vendée) et étrangère (première coalition) ; par la politique de la Terreur (1793–1794) ; par le redressement militaire de 1794 (sous l'égide de Lazare Carnot), le retrait de la Prusse () et le début de l'expansion de la République française, notamment en Italie sous le commandement du général Napoléon Bonaparte.
L'histoire de la Convention nationale est divisée en trois périodes, en fonction des factions qui se succèdent par des procédures expéditives à la tête du gouvernement : la Convention girondine (–) ; la Convention montagnarde (–/) ; la Convention thermidorienne (–/).
Le conflit entre Girondins, qui dominent d'abord l'assemblée, et Montagnards, soutenus par la Commune de Paris, culmine lors des journées insurrectionnelles du 31 mai et du 2 juin 1793 qui aboutissent à la prise de pouvoir par les Montagnards.
La constitution de l'an I, adoptée par les montagnards le , n'a jamais été appliquée.
Les Montagnards prennent alors le gouvernement en main et lancent la politique de la Terreur et de la mobilisation militaire de masse qui permet aux armées de triompher sur tous les fronts, extérieurs et intérieurs. Au début de 1794, la faction de Robespierre élimine les Hébertistes () puis les Dantonistes (), avant de tomber elle-même le .
Commence alors le gouvernement des « Thermidoriens », qui, tout en combattant les royalistes et les sans-culottes, élabore la constitution de l'an III.
Le régime du Directoire prolonge la Convention thermidorienne, mais ne réussit pas à stabiliser la république et s'achève par le coup d'État du 18 Brumaire ().
Contexte L'échec de la monarchie constitutionnelle
Une situation militaire mauvaise Le , la France a déclaré la guerre à l'Autriche, qui est alliée à la Prusse. Fin juin, une partie du territoire est envahie. Brunswick lance son manifeste (). L'Assemblée proclame la Patrie en danger et fait appel aux volontaires pour renforcer les soldats de ligne qui sont des engagés.
La journée du 10 août 1792 et ses suites
Le 10 août 1792 eut lieu la Commune insurrectionnelle de Paris et la prise des Tuileries.
L'Assemblée législative vote un décret demandant l'élection au suffrage universel d'une convention nationale qui décidera des nouvelles institutions de la France.
Un Conseil exécutif provisoire est aussi formé pour assurer la continuité du gouvernement. Il est composé de six ministres choisis hors de l'Assemblée législative.
Le roi, réfugié à l'Assemblée le , est incarcéré avec sa famille par la Commune de Paris (Manuel) au Temple (), sous la surveillance de la Garde nationale (Santerre).
L'élection des députés à la Convention (septembre 1792)
Le processus électoral Première expérience du suffrage universel de l'histoire de France, les élections législatives se déroulent du 2 au Assemblée électorale de Paris 2 septembre, p. XI.. La participation électorale, très faible, dans les départements est de 11,9 % du corps électoral, contre 10,2 % en , alors que le nombre d'électeurs a plus ou moins doublé.
En fait de suffrage universel, il s'agissait d'un aménagement du vote par foyer, ou vote du chef de famille, qui était pratiqué depuis longtemps pour élire les municipalités des villes. Seuls les hommes de plus de étaient appelés à voter. Ni les femmes, ni les domestiques ni les personnes sans revenus connus n'étaient autorisés à participer au suffrage. Selon le décret relatif à la formation des assemblées primaires pour le rassemblement de la convention nationale du 11–, les conditions de vote étaient les suivantes : pour voter, (Art. 2) ; pour être éligible : (Art. 3).
Tandis que la Commune se préoccupe surtout des élections à Paris, le Conseil exécutif, et en particulier le ministre de l'Intérieur, Roland, tente d'orienter les électeurs dans les départements, à travers la publication de journaux, en particulier La Sentinelle de Jean-Baptiste Louvet de Couvray, ou de brochures, comme le Tableau comparatif des votes en faveur de La Fayette, qui cherche à distinguer les vrais patriotes des royalistes masqués parmi les députés sortants.
Divisées, les assemblées électorales envoient des députés de sensibilités différentes, en fonction, semble-t-il, de la notoriété acquise comme ancien député ou patriote local : elles combinent l'élection d'anciens constituants et de membres de la Législative (269 sur les 749 ConventionnelsJ.-C. Martin, La Révolution française, Belin, Capes Agrégation, 2004, .), le plus souvent révolutionnaires modérés, avec des membres des clubs locaux parmi les plus actifs, souvent d'un patriotisme plus virulent que les premiers, l'ordre dans lequel chacun est élu reflétant la considération qu'il inspire aux électeurs et l'influence des différents partis en présence, obligés de négocier. La durée de mandat d'un député s'alignait sur celle prévue par la Constitution de 1791 (Titre III - Chapitre premier, article 2), qui prévoyait que l'Assemblée nationale était « formée tous les deux ans ».
Élus par moins de 10 % de la population, avec une abstention considérable due à la peur ou à l'opposition politique, les nouveaux députés sont tous partisans des récents événements. .
À Paris, c'est le Club des jacobins qui désigne la députation parisienne, beaucoup plus radicale que les députations provinciales. Les Girondins sont écartés. Robespierre est élu le premier, suivi de Danton. Sur , en dehors du duc d'Orléans, devenu Philippe-Égalité, deux seulement sont des modérés.
Nombre de députés élus En 1792, la Convention est officiellement composée de .
Dans la pratique, il n'y eut que rarement plus de au cours des séances371 députés étaient présents lors des débats sur l'abolition de la monarchie, le lendemain de la bataille de Valmy. Voir Anne Héritier, Genèse de la notion juridique de patrimoine culturel, 1750-1816, Paris, L'Harmattan, 2003, 304 p., ..
Composition sociale de la Convention La plus grande partie des députés est issue de milieux bourgeois, notamment celui des hommes de loi, dont une majorité d'avocats (Le tiers de quoi ? des hommes de loi).
Le peuple n'est représenté que par 2 ouvriers. Ce sont Jean-Baptiste Armonville (1756-1808), dans la Marne, cardeur de laine et Noël Pointe (1755-1825), dans le Rhône-et-Loire, armurier.
La Convention inclut (les « ci-devant ») et ecclésiastiques.
Parmi les nobles, le plus remarquable est un cousin du roi, ci-devant duc d'Orléans, devenu Philippe-Égalité, qui siège parmi les montagnards (et va voter la mort de Louis XVI). L'ex-marquis de Condorcet fait partie des Girondins.
Parmi les ecclésiastiques, on trouve l'abbé Sieyès, auteur de brochures célèbres, qui a déjà siégé à l'Assemblée nationale constituante. Il siège avec la Plaine.
Les trois périodes de la Convention Forces en présence en septembre 1792 vignette|gauche|La Convention nationale se réunit dans la salle du Manège des Tuileries jusqu'au 9 mai 1793. Elle s'installe ensuite dans l'ancienne salle des Machines du palais des Tuileries, vaste local au rez-de-chaussée utilisé pour des spectacles divers. Dans cette dernière salle, les tribunes étaient prévues pour huit à neuf cents personnes, ce chiffre pouvant dans certaines occasions être doublé.
Les Girondins, presque tous jeunes, sont majoritairement issus de la bourgeoisie provinciale des grands ports côtiers. Les Brissotins, Rolandins ou Girondins se méfient du peuple parisien. Leurs appuis sont en province et parmi la riche bourgeoisie du négoce et des manufactures. Ils sont très attachés aux libertés individuelles et économiques de 1789 et répugnent à prendre des mesures d'exception pour sauver la jeune république à laquelle ils sont toutefois attachés. Ils sont dirigés par Brissot, Vergniaud, Pétion, Guadet et Roland. Ils quittent assez vite le club des Jacobins. Appelés à l'époque Brissotins ou Rolandins, l'appellation de Girondins est plus récente et ne fut popularisée qu'au début du , notamment par Lamartine dans son Histoire des Girondins.
Les Montagnards (appelés ainsi parce qu'ils siégeaient sur les plus hauts bancs de l'Assemblée) sont considérés comme les plus radicaux de l'assemblée, avec les députés de Paris, emmenés par Robespierre. Ils sont plus sensibles aux difficultés du peuple. Ils sont prêts à s'allier aux sans-culottes de la Commune de Paris et à prendre des mesures d'exception pour sauver la patrie en danger. Leurs chefs sont, entre autres, Robespierre, Danton, Marat, Saint-Just. Pour les jacobins, la séparation des pouvoirs n'est pas justifiée dans un régime démocratiqueInstitutions et vies politique, la documentation française, 2003.. La forme de gouvernement la plus parfaite est selon eux un régime d'assemblée avec une seule chambre élue au suffrage universel direct qui concentre les trois pouvoirs. La Convention telle qu'ils l'ont dirigée entre 1793 et 1794 remplit ces critères.
Au centre siège une majorité de députés, surnommée la Plaine (le Marais par ses détracteurs), qui soutient tour à tour les deux autres tendances selon les circonstances, dont le plus connu est Bertrand Barère. Dans un premier temps le centre soutient les Brissotins.
Les Girondins comme les Montagnards sont membres du club des Jacobins. Après le , le club tend à former un pouvoir parallèle face à la Convention. C'est aux Jacobins le plus souvent que s'ouvrent et se déroulent les débats fondamentaux, que se dessinent les grandes décisions : la Convention suit, plus ou moins récalcitrante. Le club est sans arrêt épuré des opposants à Robespierre. Après la chute de Robespierre le club est rapidement fermé.
Période de la Convention girondine
vignette|Jugement de Louis XVI par la Convention nationale dans la Salle du Manège.
La Convention girondine ( – ) est la première période de l'histoire de la Convention nationale dominée par les Girondins. Lors de sa première séancePierre Prades, Ils ont tué le poète André Chénier (3 octobre 1762-20 juillet 1794), 1998, 135., elle proclame l'abolition de la royauté le , faisant place à la Première République. Elle est marquée par la violente rivalité entre les Girondins et les Montagnards. Les Girondins essaient d'éviter le procès du roi, craignant que celui-ci ne ranime la contre-révolution et ne renforce l'hostilité des monarchies européennes. Mais la découverte de l'armoire de fer aux Tuileries le rend le procès inévitable. Les documents trouvés dans ce coffre secret prouvent sans contestation possible la trahison de . Le procès débute le . Les Montagnards emmenés par Saint-Just et Robespierre placent le débat sur le plan idéologique. Louis XVI est qualifié d'ennemi étranger au corps de la nation et d'« usurpateur »Jean-Clément Martin, La Révolution française, Encyclopaedia Universalis, DVD, 2007.. À l'issue des débats, le roi est reconnu coupable à une écrasante majorité, contre 78. Il est condamné à mort, à 387 voix contre 334. Le sursis et l'appel au peuple demandés par les Girondins est repoussé, dans la crainte de la guerre civile, à contre 297. Le roi Louis XVI est guillotiné le lendemain, le , place de la Révolution. L'exécution de Louis XVI entraîne la formation de la première coalition. Elle soude la plupart des pays européens contre la France.