L’ermitage de San Antonio de la Florida (en ou ), devenu une église, est considéré comme le dernier des trois ermitages consacrés à saint Antoine de Padoue aux abords de Madrid. Il est situé sur la place du même nom dans le quartier de Moncloa-Aravaca la capitale espagnole. Il est classé monument historique en 1905. La dénomination de l'ermitage devrait être au pluriel depuis le début du , car il s'agit de deux ermitages similaires qui se sont depuis 1929 spécialisés en deux versants : l'un d'eux offre au public la visite des peintures murales de Francisco de Goya et est un musée, tandis que l'autre n'est habilité que pour le culte religieux.
Depuis le , on célèbre aux alentours de l'ermitage la tous les , étant originellement une plutôt qu'une fête populaire. Elle voit se développer le rituel des treize épingles et la collecte des pains du saint. Ces deux ermitages, avec celui de et de (devenu l'église d'un rectorat), sont les seuls ermitages de Madrid ayant survécu au début du .
Elle possède une coupole peinte par Goya. En 1919, la dépouille de Goya est transférée depuis Bordeaux, où il fut initialement enterré, vers l'église San Antonio de la Florida.
Histoire Plusieurs ermitages consacrés à saint Antoine de Padoue ont été érigés dans différents endroits de Madrid et alentours. De par sa grande popularité, il est également appelé « San Antonio Abad » ou encore « San Antón ». L'un des ermitages se trouve dans le « jardin du Français » () des jardins du Retiro ; c'est sur ses bases qu'est ensuite érigée la fabrique royale de porcelaine du Buen Retiro en 1760. Un autre des ermitages se trouve dans l'actuelle .
La popularité de saint Antoine et la célébration de ses fêtes populaires se voient reflétées par le vif intérêt des habitants des villes du pour la chose rurale Honorio M. Velasco Maíllo, « Naturaleza y cultura en los rituales de San Antonio », Revista de Dialectología y Tradiciones Populares, 2009, vol. 64, .. À cette époque, il y avait une croix de chemin près de la consacrée à la . La croix de chemin, située au-delà de la et édifiée sur un modeste pisé par l'architecte Manuel del Olmo, a eu une courte existence d'environ deux décennies.
Premier ermitage : Churriguera vignette|185px|C'est des suiveurs de San Antonio, qu'on appelle les (qui collectent), qu'est né le premier ermitage près de la . Au , les suiveurs de San Antonio sont appelés (qui collectent) : ils portent un scapulaire autour du cou représentant la et le , ils offrent les « cerises du saint ». La congrégation des naît d'une légende madrilène contant qu'un muletier qui montait à dures peines la avec son âne chargé de cerises destinées à être vendues au vit sa marchandise se renverser après que les amarres de la charge se rompirent. Quand il vit les cerises dévaler la pente, le paysan se mit à prier San Antonio pour qu'il lui vînt en aide. Peu après, un moine apparut et aida le paysan à ramasser les cerises ; il lui fit promettre d'apporter une poignée des cerises à l' après qu'il eut terminé sa vente. À la fin de la journée, le paysan se dirigea vers l'église mais la trouva vide ; il se rendit compte que le moine qui l'avait aidé était San Antonio de Padua grâce à une représentation de lui dans un tableau. Des festivités consacrées à San Antonio, comme les étaient très populaires et se tenaient entre cet ermitage et Julio Caro Baroja, El Carnaval. Análisis histórico-cultural, Madrid, 1965..
C'est précisément quand la fut formée que fut édifié le premier ermitage en 1720, par l'architecte madrilène José Benito de Churriguera.. Le financement des travaux fut assuré par les réserves royales. Consacré à San Antonio, il était constitué d'une simple chapelle dont la forme au sol est hexagonale et les murs en briques. Son toit se terminait en lanterne et en flèche. À l'intérieur se présentait une image de San Antonio taillée dans le bois par le sculpteur asturien (père de l'architecte Juan de Villanueva). Mais les plans de remodélisation urbanistique de la nouvelle Maison de Bourbon prévoient de démolir l'ermitage en 1768 à cause de l'ouverture de la ..
Deuxième ermitage : Sabatini Peu après avoir été couronné, Charles III ordonne la démolition puis la reconstruction de l'ermitage en 1768, sous la direction de Francesco Sabatini et exécutée par José de la Ballina José Camón Aznar, José Luis Morales y Marín, Enrique Valdivieso, Enrique Valdivieso González, « Arte español del siglo XVIII », Summa Artis: Historia General del Arte, vol. 27, 1991, p. 748.. Ce nouvel ermitage est finalement démoli vingt-deux ans plus tard par le nouveau roi, Charles IV. L'ermitage de Sabatini était plus éloigné du centre de Madrid, sur la montagne du Príncipe Pío, que la précédente, qui était à Churriguera, avec la , également de Sabatini. Le plan consistait à remodeler l'urbanisation de la zone, pour permettre l'élargissement de l'une des voies les plus pratiquées de la capitale afin de prolonger l'axe - - camino del Pardo, longeant le Manzanares, alors que l'autre était située près de la Casa de Campo. De premiers travaux sont ensuite menés pour la , et les ponts en ville sont remodelés. Dans ce plan d'élargissement, le premier ermitage de Churriguera gênait : il a dont fallu le démolir et le reconstruire sur un emplacement plus éloigné. Une fois la maison royale de la Poste sur la Puerta del Sol finalisée, le bois des cintres restant sont récupérés pour construire un « pont vert » près de l'ermitage Pedro Navascués Palacio, Jaime Marquet y la antigua Casa de Correos de Madrid, Villa de Madrid, 1962..
Troisième ermitage : Fontana vignette|gauche|Ermitage et de San Antonio de la Florida (dans El Museo Universal, 1857)
Charles IV acquiert le pour construire sur ses terres un domaine de récréation royale. Les œuvres de la « » commencent dès 1792, incluant dans le projet l'ermitage de Sabatini, proche du domaine. Il est ainsi démoli, et l'on construit à sa place les nouvelles écuries du palais de la Florida. Charles IV charge l'architecte italien — collègue de Sabatini au début de sa carrière en Espagne — de dessiner un nouvel ermitage. En 1792, le roi pose lui-même la première pierre de l'ermitage, inclut lors de cet événement une capsule temporelle qui contient des monnaies d'or à son effigie. Les travaux terminent en 1798, les pièces de l'ermitage étant démontées et transférées, et Fontana a pris quelques libertés artistiques lors de sa reconstruction. On ne conserve plus rien du palais de la Florida, car il a été détruit au pour construire la , actuelle station de métro du Príncipe Pío María José Rivas Capelo, « La ermita de San Antonio de La Florida una historia de arte y devoción », San Antonio de la Florida y Goya: la restauración de los frescos, 2008 , p. 13-76..
vignette|Vue de l'ermitage depuis le paseo de la Florida, en 1890. Suivant le de 1769, le nouvel ermitage de Fontana est déplacé plus au nord, en remontant le Manzanares jusqu'à ce qui deviendra la ., plus tard appelée « source des onze tuyaux » (..
Ainsi, un édifice néo-classique dont la nef est en forme de croix grecque très simple est érigé au centre d'un rond-point toujours conservé au début du . Il possède une coupole avec lanternes reposant sur des pendentifs. L'utilisation de l'ermitage est élargi à celle de la chapelle pour le culte, ce qui lui confère le nom de San Antonio de la Floria. À l'intérieur, Francisco de Goya peint une fresque où il représente l'un des miracles les plus célèbres du saint. Le roi avait l'intention d'utiliser de l'ermitage comme chapelle royale lors de ses séjours au palais de la Florida et le , la chapelle est inaugurée. Certains illustrateurs de l'époque tels que José Gómez de Navia décrivent l'ermitage et ses environs vers la fin du ..
Au début du soulèvement du Dos de Mayo à Madrid en 1808, les fusillades du se produisent dans la montagne de Príncipe Pío, tout près de l'ermitage Virgilio Pinto Crespo, Rafael Gili Ruiz, Fernando Velasco Medina, Madrid: la ciudad durante la Guerra de la Independencia 1808, Lunwerg, 2008.. L'ermitage devient une église en 1881 à l'initiative du , qui en cède l'usufruit à l'archevêque de Tolède.
Les ermitages « jumeaux » vignette|Vue aérienne du téléphérique de Madrid d'où l'on peut voir les toits des ermitages « jumeaux ». L'ermitage devient une église en 1881. Ce changement porte préjudice au microclimat des fresques de Goya à cause de la fumée des cierges. Elle est déclarée monument historique en 1905 Conde de Polentinos, « La Ermita de San Antonio de la Florida », Boletín de la Sociedad Española de Excursiones, , 1941, p. 59-61 .. Afin de promouvoir l'accès à la zone, l'architecte se voit chargé d'élaborer le (qui remplace le « pont vert ») en 1909. Ce nouveau pont permet d'accéder aux villages des deux côtés du fleuve.
En , les restes de Francisco de Goya sont rapatriés depuis Bordeaux, où le peintre est mort, au cimetière Saint-Isidore.., puis en , ces restes sont transférés à l'église San Antonio de la Florida.. On y place également une image du peintre, sculptée par . La préoccupation pour l'état de conservation des fresques de Goya grandit et l'on charge l'architecte de dessiner un nouvel ermitage à ériger en 1925 , « El templo parroquial de San Antonio de la Florida, de Madrid » dans Academia: Boletín de la Real Academia de Bellas Artes de San Fernando, 1959, , p. 74-75.. Ce nouvel ermitage, jumeau de l'autre, est exclusivement consacré aux offices religieux. L'Académie royale des beaux-arts Saint-Ferdinand est chargée de la maintenance de l'ancien ermitage, où sont célébrés deux messes, les et , dates de naissance et de mort de Francisco de Goya. Ainsi, la dénomination de l'ermitage devrait être au pluriel depuis le début du , car il s'agit de deux ermitages similaires qui se sont depuis 1929 spécialisés en deux versants : l'un d'eux offre au public la visite des peintures murales de Francisco de Goya et est un musée, tandis que l'autre n'est habilité que pour le culte religieux.
Les deux ermitages sont pillés et saqués peu avant l'éclatement de la guerre civile. La position des ermitages les rend témoins, lors du siège de Madrid, des intenses batailles ayant eu lieu sur le front de la cité universitaire. Ils ne subissent cependant aucun dommage majeur, quoique la fresque de Goya à l'intérieur de la coupole ait été un peu endommagée, de même que l'entrée de l'édifice, qui a subi des tirs de mitraillette.
Caractéristiques des ermites Les deux ermitages actuels ont un style architectural néo-classique : le plan au sol a une forme de croix grecque, la reproduction des ermitages correspond au troisième dessin des ermitages qu'avait fait Filippo de Fontana. Les toits sont parachevés par de voyantes lanternes reposant sur des pendentifs. Les édifices sont distribuées de façon symétrique par rapport au plan principal de la place où ils se trouvent. Les autels sont de stuc italien recouvert de sculptures d'anges de , et dans le grand autel, domine un Christ en ivoire et écailles du .
Fresques de Goya vignette|left|Vue zénithale de la voûte (de 6 mètres de diamètre), œuvre de Francisco de Goya. La sobriété de l'architecture, aussi bien intérieure qu'extérieure, cède le protagonisme à des fresques à tempera de Francisco de Goya José María Galván y Candela, Juan de Dios de la Rada y Delgado, Frescos de Goya en la ermita de San Antonio de la Florida, Madrid, 1994 .. L'aragonais, en tant que peintre de cour, est chargé de décorer l'ermitage : il s'y atèle pendant six mois, entre août et Juan Ruiz Pardo, « Restauración de las pinturas murales de Goya en la ermita de San Antonio de La Florida », San Antonio de la Florida y Goya: la restauración de los frescos (coord. par José Manuel Pita Andrade), 2008 , p. 135-172.. Son travail n'est pas réalisé au style du jésuite italien Andrea Pozzo, si populaire à cette époque : il se rapproche davantage d'une vision fantasmagorique et onirique propre à Goya, le tout suivant le style de la .