Jan Christian Smuts (né le à Riebeek West dans la colonie du Cap et mort le à Irene, au Transvaal, en Afrique du Sud), est un avocat, un militaire, un philosophe et un homme d'État sud-africain.

Général boer, chef militaire durant la Première Guerre mondiale, Field Marshal de l’Empire britannique, stratège militaire qui libère l’Éthiopie de l'Italie fasciste durant la Seconde Guerre mondiale, il est également un homme politique précoce, ministre de la Justice de la colonie du Transvaal avant d'être, pour l'union d'Afrique du Sud, ministre de la Défense, des Mines, de l’Intérieur, des Finances, des affaires indigènes, de la Justice ainsi que Premier ministre à deux reprises de 1919 à 1924 et de 1939 à 1948.

Membre du cabinet impérial de Winston Churchill durant la Seconde Guerre mondiale, il est le seul homme d’État à avoir été l'un des fondateurs de la Société des Nations en 1920 puis à avoir participé à la naissance de l’ONU en 1945. Il est notamment l'un des principaux auteurs de la structure juridique de l’organisation et le rédacteur du préambule de la Charte des Nations unies.

Jan Smuts est également l'auteur d'une thèse sur le holisme, qui a inspiré tant des économistes post-keynésiens que des sociologues tels Edgar Morin pour développer le concept de « pensée complexe ».

Jeunesse

Jan Smuts est né dans une famille afrikaner de Bovenplaats près de Riebeek West, district de Malmesbury dans la colonie du Cap. Fils cadet d’une famille de six enfants, ses ancêtres sont des Néerlandais du côté paternel et des huguenots français du côté maternel. On y trouve aussi Krotoa, une femme khoï qui est interprète pour les colons néerlandais lors de la fondation de la colonie du Cap In the beginning there was Eva, IOL, 10 octobre 2004..

Son père, Jacobus Abraham Smuts, est un fermier mais aussi un notable, plus tard député de la circonscription de Malmesbury au parlement de la colonie du Cap. Sa mère, née Catherina Petronella, est la sœur d'un prédicateur de l’Église réformée néerlandaise. De bonne éducation, cultivée, musicienne, elle a appris le français au collège du Cap ce qui en fait une érudite pour l’époque notamment au sein de sa communauté rurale.

En 1878, la famille Smuts déménage à Klipfontein, une vingtaine de kilomètres plus loin.

Fils cadet, la coutume voulait donc que la ferme familiale revienne, à la mort du patriarche, au fils aîné de la famille et non à Jan. C’est pourquoi, souvent, seule l’éducation de l’aîné est la plus poussée. Mais en 1882, Michel, le fils aîné des Smuts, meurt de la typhoïde, mettant Jan en première position de succession. Âgé de 12 ans, il est alors envoyé à l’école de Riebeek West. Après toute une enfance passée dans un environnement rural, conservateur et afrikaner, ne parlant pas anglais et d’éducation rudimentaire, il se retrouve avec un grand retard à rattraper. Mais après seulement quatre années d’école, il avait non seulement comblé son retard sur ses camarades mais obtenait dorénavant de meilleurs résultats qu’eux. Lors des examens de fin de scolarité, ses résultats étaient les deuxièmes meilleurs de toute la colonie.

Études thumb|left|redresse|Le jeune Jan Smuts en 1891 diplômé du collège Victoria de Stellenbosch. À l’âge de 16 ans, en 1886, il se présenta à l’examen d’entrée du prestigieux collège afrikaans de Victoria à Stellenbosch et y est reçu. Il y passe cinq années où il se fait remarquer par son excessive timidité, un comportement très studieux, sans vie sociale, se tenant volontairement à l’écart des autres étudiants. Autodidacte, il apprend le néerlandais sans recourir à un professeur. Il fait de même avec l’allemand, puis le grec ancien, afin d’étudier les lettres classiques dans le texte. Le dimanche, il ne manque aucun service religieux, lit la Bible aux enfants métis et effectue de très longues promenades et randonnées solitaires à travers le veld sud-africain.

Il finit cependant par sortir de sa réserve et commença à écrire dans le magazine du collège et à participer à des débats politiques. Il devient ainsi le président de la société de débat du collège. C’est dans ces conditions, en 1888, qu’il est amené à écrire et prononcer le discours de bienvenue à Cecil Rhodes, en visite dans cet établissement et, à l’époque, potentiel Premier ministre de la colonie. Smuts rédigea un discours sur le panafricanisme proche des idéaux de Rhodes, partisan de l’union africaine sous l’égide du Royaume-Uni.

En 1891, Smuts est diplômé avec mention en littérature et en science. Âgé de 21 ans, il obtient alors une bourse d’études pour étudier le droit au Christ’s College de l’université de Cambridge en Angleterre.

À Cambridge, plus âgé de deux à trois ans que ses condisciples, il est encore isolé. Isolement accentué par ses origines sociales et culturelles. Il vivait de plus dans des conditions modestes, la bourse ayant été insuffisante et diminuée de moitié à cause d’une erreur de la banque. Il avait dû utiliser toutes ses économies pour payer le voyage vers l’Angleterre et y vivait presque de la charité de ses anciens amis et professeurs de Stellenbosch dont J.I. Marais, enseignant en théologie. Pour remercier ce dernier, à son retour au Cap, Smuts prit une assurance-vie dont il fit de Marais le bénéficiaire.

Smuts participe néanmoins au journal du collège et à sa société des débats sans réellement se créer beaucoup d’amis, juste des relations.

En 1893, il gagne le prestigieux prix George Long en droit romain et jurisprudence. Il est à l’époque décrit par le professeur FW Maitland, comme l’un des plus brillants étudiants en droit qu’il ait rencontré.

En 1894, il est diplômé mais au lieu de suivre une prestigieuse carrière en droit qui s’annonce pour lui en Angleterre, il préfère revenir dans la colonie du Cap.

Le jeune homme politique afrikaner Le libéral du Cap thumb|redresse|Jan Smuts, à , en 1895. À son retour au Cap, il est reçu avec les honneurs par l’intelligentsia locale, mise au courant de son parcours brillant en Angleterre. Avocat, pourtant, il déçoit. Ses manières et sa timidité l’empêchent de se lier dans son milieu professionnel avec ses collègues.

Il a alors peu de clients à défendre et se tourne vers le journalisme pour arrondir ses fins de mois, écrivant en néerlandais ou en anglais sur des sujets aussi divers que la littérature, la randonnée, la politique. Il devient alors un collaborateur régulier du Cape Times.

Politiquement, il commence à s’engager du côté des Unionistes britanniques et de la politique d’expansion économique et territoriale. Il rejoint alors l’Afrikaner Bond, partisan de l’unité sud-africaine, où il rencontre Jan Hofmeyr. Sur la recommandation de ce dernier, La compagnie de Beers, propriété de Cecil Rhodes, l’embauche comme conseiller juridique. À cet emploi, il délivre ou participe à de nombreux discours prenant la défense de la politique volontariste de Rhodes.

En 1895, il est de ces Afrikaners du Cap choqués par le Raid Jameson contre le Transvaal, orchestré par Rhodes et qui a pour but de renverser le gouvernement légitime de Paul Kruger, pour le remplacer par un gouvernement pro-britannique qui aurait demandé l’intégration à l’Empire. L’affaire est un fiasco.

Si l’Afrikaner Bond et Hofmeyr se contentent de censurer Rhodes au parlement, Smuts, lui, rompt ses liens professionnels et politiques avec son mentor. Il quitte Le Cap pour Riebeek West. Au bout de quelques mois, il décide de quitter la colonie, de résilier son statut de sujet britannique et, en , s’établit à Johannesburg, au Transvaal, comme avocat.

L’Afrikaner nationaliste du Transvaal

Ses vieilles manières, sa timidité, son dédain pour tous les vices ne lui facilitent pas la vie à Johannesburg. Il déménage rapidement pour Pretoria où il reprend sa carrière de journaliste politique.

Ses positions anciennes libérales pro-Rhodes et pro-britannique ne pouvaient rencontrer aucun écho dans la rude et conservatrice république boer. Mais pragmatique et animé d’un instinct politique hors du commun, il parvient assez rapidement à se faire adopter par le monde politique du Transvaal avec un discours diamétralement opposé à celui qu’il tenait au Cap. Ainsi, avec la foi des nouveaux convertis, ses chroniques dans la presse afrikaans sont radicalement anti-britanniques dont il conspue l’impérialisme. Il parcourt alors tout le pays avec un discours virulent appelant à la résistance contre les diktats britanniques.

Sa rencontre avec Paul Kruger n’est pas facile. Le vieux président est méfiant envers la jeunesse afrikaner et préfère s’entourer de comparses des temps anciens ou de vieux néerlandais. Au contraire, Smuts veut assumer l’africanité des Afrikaners, la liberté de l’Afrique du Sud et rompre tout lien avec la lointaine Europe. Il fonde dans ce but le « Mouvement des jeunes Afrikaners » destiné à promouvoir l’identité de la communauté à laquelle il appartient.

En 1898, Paul Kruger est élu une troisième fois à la présidence du pays contre le chef de la Cour de justice, John Gilbert Kotzé. Son conservatisme politique est alors à l’opposé du libéralisme de Smuts, outré par les libertés que Kruger prend notamment par rapport à la séparation des pouvoirs. La dernière crise en la matière est pourtant une chance pour Smuts qui présente un mémoire de défense de Kruger particulièrement bien argumenté et légitimant le renvoi de Kotzé de la Cour de justice par Kruger.

Le ministre de la Justice du Transvaal

Âgé seulement de 28 ans, Smuts est alors nommé ministre de la Justice de la république du Transvaal et en profite pour demander presque immédiatement à Kruger le renvoi des vieux ministres néerlandais. Ce toupet sidéra ses partisans comme ses adversaires mais sa réputation, son audace est désormais établie. Désormais, la vieille garde de Kruger composée de Néerlandais âgés est hors jeu. Smuts entreprend d’éradiquer tout l’ancien système lié à la vieille garde, renvoie le chef de la police de Pretoria, et centralise les forces de police à son ministère. À ce poste, s’il gagne le respect et l’engouement des jeunes Afrikaners, il se multiplie les ennemis chez les Néerlandais, les vieux Afrikaners et les Britanniques.

En 1898, la menace de guerre avec les Britanniques est réelle. Lors de la conférence de paix de Bloemfontein sous l’égide du président Marthinus Steyn, Smuts fait partie de la délégation du Transvaal. Son anglais courant lui permet de suivre les conversations de la délégation britannique et de se poser en interlocuteur à la place de Kruger face à lord Alfred Milner, le haut commissaire au Cap. La conférence est finalement un échec.

Le général boer thumb|redresse|Jan Smuts et les membres de son commando boer en 1901. Le , débute la deuxième guerre des Boers, entre le Transvaal et l’État libre d'Orange d’une part et le Royaume-Uni d’autre part.

Smuts est alors le bras droit de Kruger à Pretoria, écrivant les discours, diffusant la propagande, organisant la logistique et maintenant le contact avec les ambassades du pays en Europe.

Après les défaites boers de Ladysmith, Mafeking et Paardeberg, les forces armées britanniques avancèrent sur l’Orange et le Transvaal. Le gouvernement de Kruger est alors obligé de quitter la capitale sud-africaine pour Machadodorp. Avant d’évacuer, l’ordre de Smuts de détruire les mines d’or qu’il concevait comme l’objectif principal des Britanniques est invalidé par un juge. Il lève alors une armée de 500 hommes, vide les coffres-forts de la ville, s’empare des réserves d’or du Transvaal, les place dans un train sous son escorte à destination de Machadodorp.

Alors que Kruger s’embarque pour un voyage sans retour en Europe, Smuts rejeta l’offre de paix des Britanniques et organisa la résistance et les commandos, dont les directions sont prises ou confiées notamment aux généraux Louis Botha, James B. Hertzog, Christiaan de Wet et Koos de la Rey.