thumb|right|Louisbourg à son apogée comme deuxième ville en importance en Nouvelle-France thumb|right|L’Acadie et l'île de Cap-Breton en 1754. La forteresse de Louisbourg, construite à partir de 1721, doit contrôler l'estuaire du Saint-Laurent et protéger l'accès de la Nouvelle-France. Louisbourg (ou Luipo'lk en micmac Université du Cap-Breton - Mi'kmaw Place Names in Cape Breton) est une ancienne ville de l’Île Royale. Fondée en 1713, la ville est ensuite choisie par le gouvernement français pour y bâtir une grande forteresse chargée de défendre l'entrée du Canada par le fleuve Saint-Laurent. La place connaît une certaine prospérité, mais elle est perçue comme une grave menace pour la sécurité de la Nouvelle-Angleterre. Prise une première fois en 1745, elle est rendue à la France en 1748, avant d'être définitivement ruinée lors de la guerre de Sept Ans, en 1758. Elle cesse d'exister en tant qu'entité autonome en 1760, pour ensuite renaître huit ans plus tard sous l'appellation anglicisée de Louisburg. Laissée pendant des décennies à l'état de ruine, la forteresse est restaurée depuis les années 1960 pour développer le tourisme dans la région.
Bref historique d'un avant-poste de la Nouvelle-France au Une création de la Marine de guerre française thumb|left|Louisbourg en 1731. Le port, qui reçoit 500 navires de commerce par an, connait une réelle prospérité. Port fondé en 1713, Louisbourg vit au départ paisiblement de la pêche à la morue. Le site est choisi au lendemain du traité d'Utrecht pour y établir une grande base navale afin de compenser la perte pour la France de Plaisance à Terre-Neuve et de Port-Royal. Les travaux, conduits par le chevalier Jean-François De Verville sur les crédits de la Marine de guerre sont gigantesques. Ils débutent en 1721, et durent plus de dix ans pour la forteresse, les remparts de la ville n'étant achevés qu'en 1740. La ville est bâtie en pierres sur un plan rationnel et ne peut alors que se comparer à Philadelphie.. La place est « un petit chef-d'œuvre du corps des ingénieurs militaires français » note l'historien Jean Béranger.. L'importance des sommes engagées montre que contrairement à une légende tenace, ni le régent Philippe d'Orléans, ni le cardinal de Fleury ne négligent les intérêts américains de la France. La place offre les mêmes possibilités offensives et défensives que Port-Royal avant 1713.
Elle doit servir à contrôler l'estuaire du Saint-Laurent et protéger l'accès de la Nouvelle-France en abritant une forte escadre. La ville est munie d'une citadelle dotée d'une garnison de 800 hommes de troupes de Marine (dont deux compagnies suisses). Louisbourg est le dernier port libre des glaces en toute saison et se trouve à mi-distance entre la métropole et la Nouvelle-France, si celle-ci est évaluée en espace/temps et non en milles nautiques. Cette position en fait une étape stratégique pour les navires se rendant à Québec. Ces grosses dépenses militaires se révèlent aussi un bon investissement économique car la ville connait une réelle prospérité. En 1740, Louisbourg compte et son trafic commercial est presque égal à celui du Canada : le port reçoit 500 navires par an et sert de base avancée aux pêcheurs de Terre-Neuve, notamment basques, bretons et normands. La ville compte quelques esclaves noirs. Les indiens Mi’kmaq viennent y échanger leurs fourrures, les Acadiens voisins y vendre leurs produits agricoles. On y croise aussi des marins martiniquais ainsi que des Bostoniens, malgré la vive appréhension culturelle et politique qui sépare les populations anglophones et francophones d'Amérique du Nord à cette époque.
Une forteresse que craint la Nouvelle-Angleterre vignette|Plan et profil d'une tour devant servir à la défense de la ville et au guidage des navires (1732). thumb|right|La prise de Louisbourg en 1745. Pour les colons de Nouvelle-Angleterre la forteresse représente une menace insupportable qui doit être anéantie. thumb|right|Reconstitution de garde de la compagnie franche de la marine et de soldat suisse du régiment suisse de Karrer.
La place n'est pas seulement bien placée pour défendre le Canada français : elle permet aussi de menacer les colonies anglaises d'Amérique du Nord. Il s'agit d’une menace plus virtuelle que réelle, car avec la longue période de paix commencée en 1713 aucune escadre française ne stationne dans le port, mais à Boston et Philadelphie on se montre de plus en plus inquiet vis-à-vis de cette forteresse qui apparaît comme un « pistolet braqué sur le cœur de la Nouvelle-Angleterre »... En cas de guerre, le port peut aussi se transformer en nid de corsaires dirigé contre l'important trafic maritime de la Nouvelle-Angleterre. Au fur et à mesure que les travaux de construction avancent, on voit se développer dans les colonies anglaises une virulente propagande anti-française, poussée aussi par la crainte d'une concurrence commerciale, vu la croissance économique que connaît la place. Au tournant des années 1740, alors que les travaux s'achèvent, ce courant prend littéralement des allures de croisade protestante contre les « papistes » (catholiques) canadiens.
Le retour de la guerre en 1744 (il s'agit de la guerre de Succession d'Autriche en Europe) installe Louisbourg comme enjeu principal de la lutte franco-anglaise en Amérique du Nord. Les Anglo-Américains décident de monter une expédition pour attaquer la place. Le gouverneur du Massachusetts nommé par Londres, William Shirley, demande l'aide de la métropole et mobilise des miliciens. Le plan est soutenu par le Connecticut, le Rhode Island et le New Hampshire.. Les milices, peu efficaces, sont complétés par des troupes régulières. Cette force de qui se rassemble à Boston en voit ses étendards bénis par les pasteurs avant d'embarquer sur les vaisseaux de la Royal Navy. L’opération, qui bénéficie de l'effet de surprise est un succès. Les troupes, placées sous le commandement de William Pepperrell, débarquent sans encombre et la forteresse mal défendue par une garnison en révolteLa garnison s’est mutinée contre le gouverneur, dans l’incapacité de payer aux troupes les suppléments de solde dus pour avoir participé aux travaux de fortification de la place. . capitule au bout de 49 jours de siège (). Le gouvernement de Louis XV, soucieux de la sécurité de la place avait pourtant porté la garnison à . Cette lourde et inattendue défaite ouvre les portes de la Nouvelle-France à l’invasionElle porte aussi lourdement atteinte au commerce. Les Anglais laissent flotter le pavillon français sur Louisbourg afin que les navires marchands de la Compagnie des Indes viennent s’y jeter comme dans la gueule du loup. Ils font ainsi plus de 25 millions de livres de gain sans effort. . Un vaisseau de guerre tout neuf, le Vigilant de 64 canons est capturé aussi. Il avait été envoyé en renfort, mais son capitaine s’est laissé entrainer à poursuivre un petit corsaire et s’est retrouvé au milieu de plusieurs vaisseaux anglais à qui il a dû se rendre. ..
La réaction de Versailles montre l'importance que la France attache à la place, puisqu'on engage l'année suivante une grosse expédition de reconquête. Le duc d'Anville reçoit le commandement d'une escadre de 10 vaisseaux, 3 frégates, 3 galiotes à bombes et 55 bâtiments portant de troupe pour reprendre Louisbourg. La Marine royale française parait sans complexe, puisqu'on prévoit même de reprendre Port-Royal, l’ancienne capitale de l'Acadie devenue Annapolis, et rien moins que détruire Boston en représaillesRémi Monaque, Suffren, le destin inachevé, éditions Tallandier, 2009, .… Mais l'expédition, partie tard dans la saison, s'épuise dans une interminable traversée de l'Atlantique et n'arrive devant Louisbourg qu'en . Elle est bousculée par une terrible tempête qui cause de graves avaries à plusieurs bâtiments, aussitôt contraints de rentrer en France. L'expédition tourne finalement à la catastrophe sanitaire. Le scorbut, puis une toxicose liée à la mauvaise qualité des vivres se déclare et décime les équipages. 800 soldats et décèdent en quelques jours. La moitié de l'expédition réussit cependant à atteindre la baie de Chibouctou où les Acadiens ravitaillent les soldats et les marins. D'Anville, emporté par une crise d’apoplexie s'écroule sur le gaillard arrière de son vaisseau et décède. Son Second se suicide. La Jonquière, qui reprend le commandement, fait une ultime tentative avec 4 vaisseaux et ce qui reste du convoi contre la ville d'Annapolis. Mais la tempête s'en mêle à nouveau alors que l'épidémie poursuit ses ravages et que les vaisseaux sont réduits à l'état d'hôpitaux flottants. La Jonquière doit donner l'ordre de rentrer. L'escadre a été vaincue par la maladie sans même avoir rencontré l'ennemi.
Pourtant, à Versailles on ne se décourage pas puisqu'une nouvelle expédition est montée en 1747. Une petite escorte de 3 vaisseaux accompagnant 40 navires de transport de troupes est confiée à La Jonquière (nommé par ailleurs gouverneur du Canada) pour reprendre la place. Mais la Royal Navy, qui guette les mouvements français dans le golfe de Gascogne intercepte l'expédition. La puissante escadre d'Anson anéantit l'escorte française lors de la bataille du cap Ortegal () et s'empare de 24 transports de troupes, condamnant la deuxième et ultime tentative française de reconquête lors de ce conflitParmi les captifs se trouve La Jonquière. Le reste du convoi qui n'a pas été saisi (16 navires sur 40) parvient à destination et apporte ainsi quelques renforts à la Nouvelle-France. . Michel Vergé-Franceschi soutient cependant que la totalité du convoi est parvenu à destination. . L'escorte française comptait en réalité 6 vaisseaux et 6 frégates, mais la moitié seulement était à destination du Canada, l'autre partie devait se rendre en Asie en accompagnant 15 voiles de la Compagnie des Indes. L'escorte est anéantie par les 14 vaisseaux d'Anson au large des côtes espagnoles avant que les deux groupes ne se soient séparés chacun pour sa destination. Pour le détail de cet engagement, voir l'article bataille du cap Finisterre (mai 1747)..
Ces deux échecs ne sont cependant pas catastrophiques car les Anglo-Américains se montrent incapable d'exploiter leur succès. Le Canada français reste inviolé jusqu'à la fin de la guerre et Louisbourg est récupérée au traité de paix de 1748. Après trois ans de gouvernance britannique, la place est échangée contre Madras que les Français, victorieux en Inde, avaient conquis en 1746.
La fin de Louisbourg pendant la guerre de Sept Ans
La paix dure peu. Elle n'a d'ailleurs jamais été totalement effective en Amérique du Nord où les colons français et anglais n'ont pas cessé de s'affronter dans les immensités forestières au sud des Grands Lacs. En 1755, la guerre reprend (il s'agit de la guerre de Sept Ans en Europe). À Londres, triomphe au Parlement un puissant courant anti-français, mené par William Pitt qui est déterminé à briser l'expansion coloniale et maritime de la France. L'Angleterre engage donc une guerre navale totale contre la France, alors que le gouvernement de Louis XV, qui n'a pas compris la détermination de son adversaire, espère pouvoir encore éviter le conflit par la négociation. La déclaration de guerre est retardée jusqu'au printemps 1756, alors que la Royal Navy s'en prend aux navires français depuis le début de 1755. Les premières agressions ont lieu au large de Louisbourg avec la tentative d'intercepter les renforts de qu'apporte la flotte de Dubois de La Motte. C'est un semi-échec puisque 2 navires seulement sont capturés sur les 20 de l'expédition, mais qui montre que tous les coups sont permis alors que c'est toujours officiellement la paixCette agression provoque une émotion considérable à Paris où l'on n'a visiblement pas voulu voir venir la guerre ..