Le , également connu sous le nom de bouddhisme Shin ou Shinshū, est une école du bouddhisme japonais. Fondé par Shinran (1173-1262), un ancien moine Tendai, le Jōdo-Shinshū est considéré comme le courant du bouddhisme le plus largement pratiqué au Japon avec le courant Jōdo shū Robert E. Buswell Jr. et Donald S. Lopez Jr., The Princeton Dictionary of Buddhism, Princeton, Princeton University Press, 2014, xxxii + 1265 p. p. 399.
Histoire Le fondateur : Shinran vignette|Statue de Shinran à Kyōto. a vécu à la charnière des époques de Heian (794-1185) et de Kamakura (1185-1333), une période de troubles au Japon, où l’empereur a été dépouillé du pouvoir politique par les shoguns. La famille de Shinran appartenait à la petite aristocratie de Kyōto, mais étant donné l’époque, beaucoup de familles aristocratiques préféraient faire entrer leurs fils dans des monastères bouddhistes plutôt que de les associer au gouvernement impérial. Jeune orphelin de père, Shinran est envoyé en 1181 par l'un de ses oncles au temple Enryakuji sur le Mont Hiei, où il est ordonné moine de l'école Tendai. Mais au fil du temps, Shinran perd ses illusions face à ce que le bouddhisme était devenu au Japon, prévoyant un déclin de la force et de l’efficacité des enseignements adoptés.
En 1201, Shinran quitte son rôle de dōsō (chapelain) au Mont Hiei et entreprend une retraite de cent jours au temple Rokkaku-dō, à Kyōto. Le , le prince Shōtoku, considéré au Japon comme une incarnation du bodhisattva Avalokiteśvara (Kannon), lui apparut dans un songe. À la suite de cette retraite, Shinran étudie avec Hōnen durant six ans. Hōnen (1133-1212), un autre ancien moine du Tendai, avait quitté cette tradition en 1175 pour fonder sa propre école, le Jōdo shū (« Ecole de la Terre pure »). À partir de ce moment, Shinran s’est considéré, même après l’exil, comme le disciple de Hōnen plutôt que comme le fondateur d’une école distincte.
Hōnen enseignait la pratique exclusive du à Kyōto et faisait de nombreux adeptes, mais il était aussi de plus en plus l’objet de critiques de la part des autorités bouddhiques de la capitale. Parmi ses détracteurs les plus puissants, il y avait le moine Myōe et les temples Enryakuji et Kōfukuji About Honen Shonin - Honen's Life, site officiel du Jōdoshū..
En 1207, le Kōfukuji persuada l’empereur Go-Toba de proscrire Hōnen et ses enseignements après que deux de ses dames d’honneur se soient converties à la nouvelle foi. Hōnen et ses partisans, parmi lesquels Shinran, sont condamnés à l’exil, et quatre de ses disciples sont exécutés. Les autorités ont alors donné à Shinran le nom laïc de Fujii Yoshizane, lui-même se surnommant Gutoku («Tondu-l'imbécile»). Il a été exilé dans la province d'Echigo, dans l’actuelle préfecture de NiigataEsben Andreasen, Popular Buddhism in Japan: Shin Buddhist Religion & Culture, University of Hawaii Press, 1998 .
Au cours de cet exil, Shinran a cultivé une compréhension plus profonde des enseignements de Hōnen. Il avait épousé Eshinni, la fille d’un fonctionnaire impérial. Le couple eu six enfants. Le fils aîné, Zenran, accusé d’avoir lancé une secte hérétique, prétendait avoir reçu des enseignements spéciaux de son père. Zenran réclamait le contrôle des monto (groupe d’adeptes laïcs) local, mais après lui avoir écrit une sévère lettre d’avertissement, Shinran le renia en 1256, mettant fin à sa légitimité.
En 1211, l’interdiction du nembutsu est levée, et Shinran est gracié. Hōnen, gracié lui aussi, meurt à Kyōto en 1212 : Shinran ne l’aura jamais revu après leur exil. L’année même de la mort de Hōnen, Shinran se met en route pour la région du Kantō où il a fait de nombreux adeptes et où il a commencé à mettre ses idées par écrit. En 1224, il écrit son livre le plus important, le Kyōgyōshinshō (教行信証, « Anthologie exposant l’enseignement, la pratique, la foi et la réalisation véritables de la Terre pure »), qui contient des extraits des Trois Sûtra de la Terre pure, des traités et commentaires de maîtres indiens, chinois et japonais, dont Shinran s’est inspiré et auxquels il ajoute ses propres commentaires .
Dans les années 1230, Shinran quitte le Kantō pour Kyōto, tandis qu'Eshinni est restée en Echigo. Là, il consacre le reste de ses jours à l’écriture et à l'enseignement. C’est alors qu’il écrit les Wasan (« Hymnes »), une série de versets à réciter résumant ses enseignements pour ses disciples. Kakushinni, sa fille cadette, vint à Kyōto avec lui et le soigna durant ses derniers jours. Elle a joué un rôle dans la préservation de l’enseignement de Shinran après sa mort. Elle a aussi conservé les lettres qu’elle a reçu de sa mère, Eshinni (qui semble avoir survécu à Shinran de plusieurs années) : elles fournissent des informations biographiques cruciales sur le début de la vie de Shinran. Ces lettres sont actuellement conservées au temple Hompa-Hongan-ji à Kyōto.
Shinran meurt à l’âge de 90 ans en 1263. Son mausolée devint plus tard le Hongan-ji, « temple du vœu originel ».
Renouveau et formalisation vignette|Porte du Hompa-Hongan-ji, à Kyōto. Après la mort de Shinran, le Jōdo-Shinshū s’est propagé lentement dans tout le Kantō et la région côtière du nord-est. Les descendants de Shinran ont continué à garder sa tombe et à enseigner, mais ils étaient toujours ordonnés au sein de l’école Tendai. Certains parmi les disciples de Shinran ont fondé leur propre école, tels que le Bukkō-ji, le Kōshō-ji à Kyōto. Le Jōdo-Shinshū n’a vraiment prospéré qu’à l’époque de Rennyo (1415-1499), descendant de Shinran et huitième patriarche du Hongan-ji. Grâce à son charisme et à son prosélytisme, le Jōdo-Shinshū a fait un plus grand nombre d’adeptes et a gagné en pouvoir. Au , durant l’époque Sengoku, le pouvoir politique du Hongan-ji a conduit à plusieurs conflits entre lui et le seigneur de guerre Oda Nobunaga, conflits qui culminèrent avec celui, long de dix ans, à l’emplacement même du Hongan-ji d’Ōsaka, qu’Oda Nobunaga convoitait en raison de sa valeur stratégique. La secte allait devenir si puissante qu’en 1602, sous le shogunat de Tokugawa Ieyasu, le temple principal Hongan-ji de Kyōto a été scindé en deux écoles afin de limiter son pouvoir. Chacune de ces deux écoles, le Hompa-Hongan-ji (ou Nishi Hongan-ji, Hongan-ji de l'ouest) et le Higashi Hongan-ji (Hongan-ji de l'est), existent encore aujourd’hui.
À l’époque de Shinran, les disciples se rassemblaient dans des lieux de réunion informels (appelés dōjō — « lieu de la voie ») et pratiquaient une liturgie elle aussi informelle. Toutefois, au fil du temps, comme ce manque de cohésion et de structure fit peu à peu perdre au Jōdo-Shinshū son identité en tant qu'école, et les fidèles commencèrent à mélanger d’autres pratiques bouddhistes avec le rituel Shinshū, comme le mantra de la Lumière (光明真言, kōmyō shingon), popularisé par Myōe et le bouddhisme Shingon. D’autres pratiques, comme le nembutsu odori (念仏踊り, « nembutsu dansé ») tel que pratiqué par les adeptes d’Ippen et du Ji-shū, ont également pu être adoptées par les premiers bouddhistes Shin. Rennyo a mis fin à ces pratiques en formalisant une grande partie du rituel et de la liturgie du Jōdo-Shinshū, et a ranimé la communauté clairsemée du temple Hongan-ji tout en revendiquant un nouveau pouvoir politique. Rennyo a aussi largement fait des convertis parmi les autres écoles, et a réuni la plupart des petites branches Shin. Aujourd’hui, il y a encore dix branches Shinshū différentes, le Hongan-ji-ha (Nishi-Hongan-ji) et l'Otani-ha (Higashi-Hongan-ji) étant les deux plus grandes.
Les bouddhistes Shinshū attribuent généralement à Rennyo le mérite d’avoir inversé la tendance à la stagnation de la communauté Shinshū des origines, et ils le considèrent comme le « deuxième fondateur ». Son portrait, avec celui de Shinran, est présent sur les autels de la plupart des temples. Toutefois, Rennyo a également été critiqué par certains en raison de son engagement dans la politique médiévale et de ses divergences présumées avec la pensée originelle de Shinran.
À la suite de l’unification du Japon au cours de l’époque d'Edo, le Jōdo-Shinshū s’est adapté, tout comme les autres écoles du bouddhisme japonais, en fournissant des services commémoratifs et funéraires à ses membres inscrits (danka seido), ce qui était légalement requis par le shogunat des Tokugawa afin d’empêcher la propagation du christianisme au Japon. En raison du système danka seido – qui existe encore aujourd’hui, même s’il n’est plus aussi strict que durant la période prémoderne – le bouddhisme japonais d'alors est également qualifié de « bouddhisme funéraire » (sôshiki bukkyô) par les historiens car les pompes funèbres étaient la principale fonction des temples bouddhistes. Le Hongan-ji a également créé une impressionnante tradition académique qui a conduit à la fondation de l’Université de Ryūkoku à Kyōto, et a formalisé un grand nombre de traditions Jōdo-Shinshū, qui sont toujours suivies aujourd’hui. À la fin du , à la suite de la Restauration Meiji et de la persécution consécutive du bouddhisme (haibutsu kishaku) en raison d’un nationalisme ravivé et de la modernisation, le Jōdo-Shinshū a réussi à demeurer intact grâce à la dévotion de ses monto. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, comme les autres écoles du bouddhisme japonais, il a été contraint de soutenir la politique du gouvernement militaire et le culte de l’État shinto. Il a ensuite présenté ses excuses pour ses actions durant la guerre.
De nos jours, le Jōdo-Shinshū est l’une des formes de bouddhisme le plus largement suivie au Japon, bien que comme d’autres courants, il doit faire face aux nombreux nouveaux mouvements religieux (connus au Japon sous le nom de shinshūkyō et apparus après la Seconde Guerre mondiale), et à la sécularisation et au matérialisme grandissants de la société japonaise.
L’ensemble des dix branches du bouddhisme Jōdo-Shinshū a commémoré en 2011 le de la mort de Shinran.
Doctrine Contexte
La pensée de Shinran a été influencée par la doctrine du mappō (末法), une eschatologie essentiellement mahāyāna, selon laquelle la capacité de l'humanité à comprendre et à pratiquer le dharma du Bouddha (les enseignements bouddhiques) se détériore au fil du temps et perd son efficacité à rapprocher les pratiquants individuels de la bouddhéité. Cette dégradation se fait en trois temps, mappô étant la dernière et la moins propice à l'acquisition des enseignements.
En Chine (où cette vue était très répandue), on pensait que cette dernière période devait commencer vers 550, tandis qu'au Japon (pays également très marqué par cette théorie), on pensait plutôt à 1050, ou vers la fin de l'époque Heian. Comme son maître Hōnen, Shinran considérait que l’ère à laquelle il vivait était celle, dégénérée, où les êtres humains ne pouvaient plus espérer être en mesure de s’extirper du cycle des naissances et des morts par leur pouvoir propre, ou jiriki (自力). Aussi bien pour Hōnen que pour Shinran, tous les efforts conscients en vue d’atteindre l’éveil et de réaliser l’idéal du bodhisattva étaient artificiels et enracinés dans l’ignorance égoïste, car les hommes de cette ère sont si profondément enracinés dans le mal karmique qu’ils sont incapables de développer la compassion véritablement altruiste nécessaire pour devenir un bodhisattva.