L’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, présent en Terre sainte jusqu'en 1291, est un ordre religieux qui a existé des environs de l’année 1080, quelques années avant la première croisade (1095-1099), jusque vers 1800 et qui est plus connu sous les noms d’ordre hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, d’ordre de l'Hôpital, d’ordre Hospitalier ou plus simplement des Hospitaliers.
Apparu autour de 1100 à Jérusalem, l'ordre s'installe après 1291 à Chypre et à Rhodes ; expulsé de Rhodes par la conquête turque (début ), l'ordre s'installe à Malte et devient une puissance maritime souveraine. Il est expulsé de Malte en 1798 par Bonaparte et se place sous la protection de Paul de Russie. Mais rapidement se produit une crise qui aboutit à l'éclatement de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem en ordres concurrentsSur l'ensemble de l'histoire de l'ordre : voir la page Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
Durant la première période de son existence, qui dure environ deux siècles, les Hospitaliers jouent un rôle important en Terre sainte, aux côtés des autres forces croisées, notamment l'ordre des Templiers.
Les origines de l'Ordre Les xenodochia bénédictins (1035–1080)
Selon certaines sources, c'est vers 1035 que des marchands d’Amalfi s’introduisent auprès du calife Ma’ad al-Mustansir Billah de la dynastie des Fatimides d’Égypte. Mauro di Pantaleone, le plus influent d'entre eux, obtient de lui .
Mais, comme Nasir-i-Khusrau, poète et voyageur, décrivant en 1047 la ville de Jérusalem, parle d'« un merveilleux bimaristan qui soigne les malades avec des breuvages magiques et des lotions », mais ne fait pas état des amalfitains, nombre d'historiensAlain Beltjens, Anthony Luttrell, Alain Demurger situent plutôt entre 1048 et 1070 l'édification ou la restaurationSelon Anthony Luttrel, suivant Joseph Delaville Le Roulx et Jonathan Riley-Smith du monastère bénédictin de Sainte-Marie-Latine, dans lequel est établi un xenodochion (hôpital en grec, correspondant à un hospice ou une hôtellerie) dédié à saint Jean l'Aumônier, afin de faire face à l’afflux de voyageurs maladesBertrand Galimard Flavigny situe en 1060 ou 1061 la construction d'un hospice.
Ils en confient la gestion à Frère Gérardou Pierre-Gérard de Martigues ; originaire soit de Martigues soit, plus vraisemblablement d'Amalfi, avec fonction de recteur et d’administrateur, un . Un peu plus tard est établi un couvent féminin dédié à sainte Marie Madeleine, aussi doté d'un hospice confié à l'administration d'une noble dame, Agnès. Le lieu de cette implantation, dans le quartier de la partie chrétienne de la ville, serait celui de la maison de Zacharie, père de Jean Baptiste, où se trouve l'église Saint-Jean-Baptiste.
L'hospice de frère Gérard (1070-1099) Sans doute pour prendre ses distances avec les Amalfitains, Frère Gérard, entre 1070 et 1080, fait bâtir un nouveau xenodochium dédié dans un premier temps à Saint-Jean l'Aumônier (certains auteurs envisagent une fondation plus précoce (vers 1060) en se fondant sur la chronologie courte de la chronique d'Aimé du Mont-Cassin).
En 1078-1079, les Seldjoukides s’emparent de Jérusalem et persécutent les chrétiens. Aucun texte n’explique comment les amalfitains ont pu survivre à ces persécutions ; l’historien Alain Bletjens explique cela par le fait que Zacharie étant considéré par les mahométans comme un prophète (secondaire), le lieu a bénéficié d'un certain respect de leur part.
La prise de Jérusalem par les Croisés (1099)
Face à la menace seldjoukide, Alexis Comnène, empereur chrétien d’Orient, demande l’aide du pape Urbain II qui au concile de Clermont prêche aux chrétiens de se croiser pour délivrer les lieux saints. Bien que les Fatimides reprennent Jérusalem aux Seldjoukides en 1098, cela n'empêche pas la Croisade de se poursuivre. En 1099, les Croisés établissent le siège de Jérusalem ().
Au début du siège, Gérard, un des rares chrétiens de Jérusalem, est accusé par les Sarrazins de complicité avec les assiégeants, il est torturé mais non exécuté. Des textes hagiographiques racontent qu'il est accusé de jeter du haut des fortifications de Jérusalem des miches de pain aux assiégeants. Reproduisant ses gestes devant les autorités, les miches de pain se transforment miraculeusement en pierres, ce qui vaudra la vie sauve à Gérard. Il est autorisé à retourner lapider les croisés avec… des miches de pain.
Les croisés finissent par prendre Jérusalem d'assaut () et désignent Godefroy de Bouillon pour être Advocatus Sancti Sepuchri. Après sa mort en 1100, son frère Baudoin (comte d'Édesse) lui succède et se fait couronner roi de Jérusalem.
De l’hospice à la congrégation (1099-1120) Pour services rendus, Godefroy concède aux de Gérard un certain nombre de biens : le casal (village fortifié) de Hessilia en Palestine et son fief de Montboon en Brabant ainsi que deux fours banauxActe conservé à la Bibliothèque nationale de Malte, . C'est dans cette période suivant la prise de Jérusalem qu'a lieu la séparation formelle de l'hôpital de Gérard d'avec le couvent bénédictin de Sainte-Marie-Latine, et que le patronage passe de Saint-Jean l'Aumônier à Saint-Jean Baptiste.
La reconnaissance officielle de l'Église vient le par la bulle Pie postulatio voluntatis fulminée par le pape Pascal II . Cette promulgation fait de l’Hospital de Jérusalem, une congrégation — il n’est pas encore possible de parler d’ordre Hospitalier. Cette bulle papale précise que tous les biens, charges ou possessions de l’Hostellerie lui sont définitivement acquis et que son supérieur, le frère Gérard, garde le droit de désigner de façon indépendante et autonome ses successeurs ; que l'hostellerie de Jérusalem avait exemption de paiement de la dîme sur ses biens et droit à perception sur les terres d'autrui. De plus le pape impose, en plus des vœux de pauvreté, obéissance et chasteté, un quatrième vœu, celui d'hospitalitéActe conservé à la Bibliothèque nationale de Malte, .
Le frère Gérard meurt le . Les historiens sont partagés à propos de sa succession. Il est communément admis que le deuxième supérieur de l'hostellerie de Jérusalem est Raymond du Puy, nommé ou élu supérieur dès 1120, d'autres, tel Alain Bletjens, font état de l'intérim de frère Roger (peut-être précédé d'un autre intérim par Pierre de Barcelone). Ce ne serait qu'en 1123 que Raymond du Puy serait élu comme supérieur.
La confraternité de l’Hôpital (1120-1158)
Vers 1130, Raymond du Puy aurait rédigé en latin une première règle sur le modèle de celle de saint Augustin, qui est la règle la plus communautaire, insistant plus sur le partage que sur le détachement, sur la communion que sur la chasteté et sur l'harmonie que sur l'obéissance. Elle comporte dix-neuf chapitres : Comment les frères doivent faire leur profession Les droits auxquels les frères peuvent prétendre Du comportement des frères, du service des églises, de la réception des malades Comment les frères doivent se comporter à l'extérieur Qui doit collecter les aumônes et comment De la recette provenant d'aumônes et des labours des maisons Quels sont les frères qui peuvent aller prêcher et de quelle manière Des draps et de la nourriture des frères Des frères qui commettent le péché de fornication des frères qui se battent avec d'autres frères et leur portent des coups Du silence des frères Des frères qui se conduisent mal Des frères trouvés en possession de biens propres Des offices que l'on doit célébrer pour les frères défunts Comment les statuts, dont il est question ci-dessus, doivent être rigoureusement observés Comment les seigneurs malades doivent être accueillis et servis De quelle manière les frères peuvent corriger d'autres frères Comment un frère doit accuser un autre frère Les frères doivent porter sur leur poitrine le signe de la croix
Cette règle établit clairement trois choses : il s'agit bien une règle monastique ; elle parle par deux fois de l'accueil des malades et elle fixe comme signe distinctif des frères hospitaliers celui des croisés (la croix sur la poitrine ; pour les Hospitaliers, une croix blanche sur une chasuble noire).
La date de l'approbation de la règle par le pape Eugène III n'est pas connue avec exactitude, mais les historiens la fixent avant 1159. À partir de là, il est possible de parler de la fraternité de l’Hôpital : .
Un nouvel ordre est né, l'ordre Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem.
Les « moines-soldats » Depuis la prise de Jérusalem, une paix précaire existe en Palestine. Des bandes de , des incursions sarrasines font régner une insécurité constante. Une grande partie des croisés sont repartis chez eux après la conquête ; il reste quelques chevaliers et une soldatesque trop souvent limitée aux villes, les déplacements entre villes doivent s'effectuer en groupe. L'augmentation des dispensaires et leur dispersion étaient un problème pour les pèlerins malades et pour les Hospitaliers.
Les débuts des Templiers (1118–1129)
Suivant Guillaume de Tyr, c'est un baron champenois, Hugues de Payns, qui propose à Baudouin II de Jérusalem la création d'une communauté des « Pauvres Chevaliers du Christ » pour assurer la sécurité des routes. Lors du concile de Naplouse, en 1120, ces sont invités à reprendre les armes.
La nouvelle confrérie est installée par Baudouin et Gormond de Picquigny, patriarche de Jérusalem, à l'emplacement de l'ancienne mosquée al-Aqsa, considéré comme l'emplacement du temple de Salomon : de là leur nom de milites Templi, , .
Très vite, ces , qui prononcent les vœux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté, mais qui combattent les armes à la main les Sarrazins, posent problème au regard des principes de l'Église : ils sont en état de péché en tuant des ennemis même si ceux-ci sont . Hugues de Payns fait appel à l'abbé de Clairvaux, un sien parent, pour intercéder auprès du pape. Bernard de Clairvaux compose De laude novae militiae (« Éloge de la nouvelle chevalerie ») dans laquelle il développe l'idée de (malicidium) : en fait ce n'est pas un homme que tueraient les mais le mal qui est en cet homme, il n'y aurait donc pas homicide mais malicide. Hugues reprend ses propos dans sa lettre De Christi militibus (« Les chevaliers du Christ ») qu'il soumet au concile de Troyes en : celui-ci donne son approbation au nouvel ordre.
Les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean (1137–1205)
Le processus faisant passer d'une congrégation à un ordre militaire comporte deux phases.
Le début de la militarisation de l'Hôpital (milieu du )
Le pavillon Dans le même temps où Raymond du Puy, le supérieur de l'Ordre, écrit la règle de l'Ordre et la transmet à Rome, il propose l'adoption d'une bannière « de gueules à la croix latine d'argent » (rouge à croix blanche). Ce serait en 1130 que le pape Innocent II l'approuve. Elle flotte dès lors sur toutes les possessions de l'Ordre. Ce serait l'ancêtre de tout ce qui deviendra les pavillons nationaux.
Les frères d'armes Nécessité faisant loi, Raymond du Puy ajoute un nouveau vœu à sa règle, le secours, la défense des pèlerins et de la religion sans faire état d'un statut de . Il organise alors l'Ordre en trois classes plus fonctionnelle que sociale à la différence des Templiers : ceux qui par naissance avaient tenu ou étaient destinés à tenir les armes : frères d'armes (chevaliers et sergents) ; les prêtres et les chapelains destinés à assurer l'aumônerie : frères prêtre ou chapelain ; enfin, les autres frères servants destinés à assurer le service : frères d'offices.
Chacune de ses catégories relevant (d'après les statuts de 1301) d'un bailli conventuel ou assimilé, respectivement du maréchal, du grand commandeur et du grand prieur (à l’exception, à partir des statuts de 1304, des frères malades qui obéiront alors à l'Hospitalier).
Mais de quelque classe qu'il soit, l'Hospitalier se devait au service du malade. À leur tour, les Templiers et à leur suite, les Teutoniques adoptent cette organisation hiérarchique exception faite de l'entretien des malades.