thumb|Un Arborloo à Cap-Haïtien, Haïti.
L’Arborloo est une toilette simple et écologique constituée d'une petite fosse surmontée d'un plancher ou d'une dalle, et d'une superstructure simple. Après remplissage, les excréments compostés sont exploités directement sur place comme engrais grâce à la plantation d'un arbre sur le site. Davantage destiné aux pays chauds et aux zones rurales, ce dispositif connait un certain succès en Afrique australe et notamment au Zimbabwe, où il a été inventé dans les années 1990, et se retrouve dans d'autres pays d'Afrique de l'Est et des Caraïbes.
On l'appelle parfois « toilette à compost à fosse unique » (single pit composting toilet) ou « latrine mobile à fosse unique » (single pit walking latrine).
Histoire et répartition
L'idée de l'Arborloo existait sous d'autres formes avant son invention « formelle » : en Afrique de l'Est, il était déjà habituel dans certaines régions de planter un arbre sur une latrine pleine, mais l'arbre ne pouvait pas tirer parti efficacement des nutriments en raison de la profondeur des fossesMayling Simpson-Hebert, « Low-cost Arborloo offers Ethiopians health and agriculture benefits », dans Waterlines, vol. 26, , octobre 2007 .. Au début des années 1980, l'INPA au Brésil expérimentait la possibilité de toilettes à fosse peu profonde, avec une superstructure amovible à la manière d'un palanquin, appelées Fossas migratóriasDuncan Mara, Fossas migratórias, 17 avril 2008 .. Un arbre était planté entre plusieurs fosses rapprochées, afin que ses racines puissent bénéficier des nutrimentsDuncan Mara, Sanitation and trees: a way out of rural poverty, 6 avril 2008 .. On attribue cependant la création, ou du moins la formalisation du concept de l'Arborloo à Peter Morgan, qui est également à l'origine des toilettes Blair, des toilettes fossa alterna et du skylooMaggie Black et Ben Fawcett, The Last Taboo: Opening the Door on the Global Sanitation Crisis, Earthscan, Londres, 2008 , chapitre 4 « Pit Stops: the expanding technological menu ».. Le concept apparait au Zimbabwe à la fin des années 1990, en combinant les principes de l'assainissement écologique avec les latrines à fosse simple, déjà répandues dans cette région.
Le nom est une combinaison de « arbor » (arbre en latin) et de « loo » (nom familier des toilettes en anglais). La simplicité, le faible prix et les avantages tant sanitaires qu'économiques de ces toilettes (voir plus bas) ont entraîné leur essai dans d'autres pays africains à l'initiative d'ONG, et leur adoption progressive dans les zones rurales. Le concept a ainsi été « exporté » en Éthiopie par le Secours catholique en 2005. L'Arborloo est promu par des ONG tant locales qu'internationales (notamment WaterAid), en utilisant des campagnes de publicité, le bouche à oreille et des modèles de démonstrationWater and Sanitation Programme, Lessons from a low-cost ecological approach to sanitation in Malawi, Field Note, juin 2007 ., notamment pour dissiper les doutes liés aux formes plus classiques d'assainissement écologique. Début 2008, on estimait que toilettes Arborloo et fossa alterna étaient construites en Éthiopie, au Malawi, au Zimbabwe et au MozambiquePeter Morgan, Ecological sanitation: Many approaches to a varied need, présentation à la conférence AfricaSan de Durban en février 2008 .. Leur coût unitaire était compris entre 5 et . D'autres pays expérimentent le concept comme le KenyaWater and Sanitation Programme, Sanitation and Hygiene in Kenya, Lessons on what drives demand for improved sanitation, Field Note, juin 2004 et HaïtiRémi Kaupp, Sanitation in urban and peri-urban areas of Cap-Haitien, Haiti: the promotion of different latrine options through a social marketing approach, mémoire de MSc, Université de Southampton, décembre 2006..
Fonctionnement
L'Arborloo est un modèle de toilettes parmi les plus simples, et souvent encore plus simple et moins cher que les latrines à fosse simple. L'Arborloo se compose d'une fosse de faible profondeur, éventuellement munie d'un cuvelage (protection des flancs), surmontée d'une plate-forme ou d'une dalle, et d'une superstructure assurant le confort et l'intimité. Le fond de la fosse est tapissé de feuilles avant la première utilisation. L'usager ajoute un peu de matière organique après chaque utilisation afin de générer du compost : il peut ajouter de la terre avec un peu de cendres, et de temps en temps quelques feuilles. En plus de faciliter le compostage, la terre et les cendres réduisent considérablement la présence de mouches et d'odeurs.
Une fois la fosse quasiment remplie, la plate-forme et la superstructure sont déplacées sur une nouvelle fosse, tandis que l'autre est comblée avec de la terre. Un arbre y est alors planté, fruitier autant que possible, de façon à utiliser cet engrais. L'opération est répétée à chaque fois que la fosse est pleine, d'où l'expression de « latrine mobile ». Selon le climat, l'arbre peut être planté au début de la saison des pluies, pour favoriser un compost de meilleure qualité. Les nutriments présents dans la fosse aident la croissance de l'arbre, et celui-ci consolide le sol tout en fournissant fruits et bois. L'Arborloo a ainsi été conçu pour les zones rurales pauvres.
Les risques sanitaires et environnementaux sont considérés comme très faibles : à moins que la nappe phréatique ne soit particulièrement haute, la faible profondeur de la fosse ( à ) empêche les pathogènes de polluer l'eau souterraine. D'autre part, il n'y a pas de contact entre l'usager et les excréments, puisque le compost ainsi produit n'a pas besoin d'être manipulé (contrairement à d'autres types de toilettes à compost). L'ajout de matières organiques et de terre permet une bonne prédation des pathogènes durant le compostage.
thumb|center|500px|L'Arborloo après environ un an et demi d'utilisation : sur la première fosse (à gauche), un arbre a déjà porté des fruits ; un jeune arbre grandit sur la deuxième ; la troisième est en cours d'utilisation ; une quatrième est déjà creusée, et la superstructure y sera déplacée quand la troisième sera pleine.
Construction
thumb|Vue de l'intérieur d'un Arborloo avec une dalle en béton transportable, un siège en bois et des parois en paille.
L'Arborloo impose d'avoir assez de place disponible, puisqu'une nouvelle fosse est creusée tous les six mois environ dans le cadre d'une utilisation familiale.
La construction de l'Arborloo a été très développée dans les ouvrages de Peter Morgan, notamment Toilets that make compost: Low-cost, sanitary toilets that produce valuable compost for crops in an African context ; les pratiques varient selon les pays, de façon à s'adapter aux usages locaux.
La construction se fait de différentes façons suivant le type de sol et la qualité désirée. Si le sol est suffisamment stable, la fosse n'a pas besoin de cuvelage : il suffit de creuser une petite fosse, et de faire reposer la dalle ou la plate-forme dessus. En revanche, si le sol est instable, le risque d'effondrement de la fosse est réel et un renforcement minimal est nécessaire. Le cuvelage peut être réalisé avec un anneau en béton prémoulé, mis directement en place pendant le creusement ; si le sol n'est pas trop instable, un revêtement de briques ou de pierres avec du mortier est envisageable. Ce revêtement peut ne s'étendre que sur 20 à en profondeur, afin de stabiliser uniquement le sommet de la fosse.
La fosse a généralement des dimensions réduites, afin de faciliter le creusement et de réduire le coût : les dimensions correspondent généralement aux racines de l'arbre qui sera planté ensuite. Le plus courant est d'avoir une fosse circulaire (plus facile à creuser) d'environ de diamètre, pour une profondeur allant de à , plus couramment 1 à . Le volume utilisable varie ainsi de 300 à , soit une durée d'utilisation de 4 à 9 mois pour une famille moyenne. Le fond de la fosse est laissé sans revêtement afin de permettre l'infiltration de l'urine ; quelques feuilles d'arbre sont simplement placées au fond pour démarrer le processus de compostage.
Au-dessus de la fosse est placée la dalle. Selon les moyens, il peut s'agir d'une dalle en béton ou d'une plate-forme en bois. Pour une dalle en béton, il existe deux méthodes consistant soit à réaliser une dalle plate en béton armé, généralement de d'épaisseur, soit une dalle en forme de dôme, moins épaisse ( d'épaisseur au milieu) et non armée, puisque travaillant en compression. Dans un cas comme dans l'autre, un trou est percé au milieu et, selon les habitudes de défécation, on peut trouver soit un siège en béton ou en bois, soit des endroits surélevés où mettre les pieds pour faciliter la position accroupie. Une plate-forme en bois est plus rudimentaire, et peut être constituée d'un assemblage de planches, avec un simple trou ou un siège. La terre extraite de la fosse peut servir à maintenir et consolider la dalle, et à éviter que le ruissellement de l'eau de pluie ne rentre dans la fosse. Dans certains endroits, des dalles plus réduites pour enfants ont été construites.
La superstructure assure l'intimité de l'usager, ainsi qu'une protection contre le vent, la pluie, le soleil. Les superstructures varient énormément selon les pays, d'une part car elles dépendent des pratiques de construction locales, d'autre part car l'Arborloo a surtout été développé dans les zones rurales pauvres, et en utilisant des matériaux locaux. On trouve ainsi des superstructures en paille, en bambou, en sacs de riz, parfois couvertes d'un toit en tôle, voire formant une petite cabane en bois, parfois carrée et munie d'une porte, ou en spirale. L'intérieur est doté des ustensiles habituels des toilettes (matériaux de nettoyage anal, ustensiles de nettoyage, seau et savon pour se laver les mains, etc.). Puisque la superstructure est appelée à être déplacée régulièrement, elle doit être légère.
Utilisation
thumb|upright|Une superstructure d'Arborloo facilement déplaçable.
Comme pour toute toilette à compost, il faut ajouter des matériaux pour accélérer et améliorer le processus de compostage. Après chaque selle (mais pas après chaque miction), il faut ajouter une poignée de terre et si possible de cendres, qui vont couvrir les excréments et limiter les odeurs. Quelques feuilles d'arbre peuvent être ajoutées périodiquement. En revanche, aucun détritus ne peut y être mis. Quand le contenu arrive à environ du haut de la fosse, la dalle et la superstructure sont déplacées sur une nouvelle fosse. La fosse est comblée avec de la terre.
Le contenu de la fosse peut être utilisé de différentes manières. Il est possible de planter un arbre au début de la saison des pluies : le contenu de la fosse se sera déjà bien transformé en compost, il n'y aura pas besoin d'arroser l'arbre. Il est aussi possible de planter l'arbre juste après avoir comblé la fosse, mais dans ce cas il faudra éventuellement l'arroser. La dernière méthode est d'attendre que le contenu soit entièrement composté, soit six mois à un an, et de le déterrer pour l'épandre sur des champs. Cette dernière méthode se rapproche de la fossa alterna et des autres toilettes à compost.